Étude de la carrière prophétique de Mohamed

par

ALI DASHTI

Copyright © 1985,1994 de F. R. C. Bagley

TABLE DES MATIÈRES

Note sur L'auteur
Note sur la traduction

Chapitre 1 : MOHAMED
SA NAISSANCE
SON ENFANCE
LE PROBLÈME DE LA PROPHÉTIE
SON RENDEZ-VOUS
APRES SON RENDEZ-VOUS

Chapitre 2 : LA RELIGION DE L’ISLAM
Le CADRE
LES MIRACLES
LE MIRACLE DU CORAN
L’HUMANITÉ DE MAHOMED

Chapitre 3 : LES POLITIQUES
L’ÉMIGRATION
LES CHANGEMENTS DANS LA PERSONNALITÉ DE MOHAMED
L’ÉTABLISSEMENT D’UNE ÉCONOMIE SAINE
LA PROGRESSION DU POUVOIR
PROPHÉTIE ET POUVOIR
LES FEMMES DANS L’ISLAM
LES FEMMES ET LE PROPHÈTE

Chapitre 4 : MÉTAPHYSIQUES
DIEU DANS LE CORAN
GÉNIES ET MAGIE
COSMOGONIE ET CHRONOLOGIE

Chapitre 5 : APRÈS MOHAMED
LA SUCCESSION
LA QUÊTE DU BUTIN

Chapitre 6
RESUMÉ
NOTES

 

Note sur l'auteur

par F. R. C. Bagley

La religion de l'Islam, fondée par Mohamed durant sa carrière prophétique qui a commencé en 610 et fini à sa mort dans 632, a aidé à former les cultures et les styles de vie de beaucoup de nations.

Ces 100 dernières années, de nombreux livres savants ont été écrits sur Mohamed, le Coran, et la théologie islamique, lois, sectes et mouvements mystiques. Les savants étrangers ont accompli les tâches essentielles de recueillir et d'analyser les données. Les savants indigènes ont pour la plupart écrit des expositions et des apologies et à quelques exceptions près comme celle de l'égyptien aveugle Tam Hosayn qui vécut de 1889 à 1973, n'ont pas prêté beaucoup d'attention aux difficultés.

Le livre Bisl O Seh Sal (Vingt Trois Ans) du savant iranien Ali Dashti (1896 – 1981/2) est précieux parce qu'il discute des valeurs et des problèmes que l'Islam présente aux musulmans modernes.

Né en 1896 dans un village du Dashtestan, une zone touchant le port de Bushehr sur le golfe Persique, Ali Dashti était le fils de Shaykh Abd al-Hosayn Dashtestani. Tout jeune, son père l'a emmené à Karbala en Irak, qui appartenait alors à l'empire Ottoman. Karbala, où le petit-fils du Prophète Mohamed, Hosayn, a été martyrisé en 680, et Najaf (environ 70 km au sud), où Ali le cousin et gendre du Prophète a été martyrisé en 661, sont des villes visitées par des pèlerins chiites musulmans, elles possèdent des universités de théologie (madrasas) où est formé le clergé chiite (Coloma). En dépit des conditions non réglées dans la première guerre mondiale, Ali Dashti a reçu dans ces madrasas une formation complète et a acquis une connaissance approfondie de la théologie et histoire islamiques, de la logique, de la rhétorique, et de la grammaire et de la littérature classique arabes et persanes.

Cependant, à son retour d'Irak en Iran en 1918, il décidait de ne pas poursuivre de carrière cléricale. Ayant de forts sentiments patriotiques et conscience des développements mondiaux, il a préféré consacrer sa plume talentueuse au journalisme. Plus tard il a réussi à fonder son propre journal à Téhéran, Shafaq-e Sorkh (L'aube Rouge), qui a fonctionné du 1er mars 1922 au 18 mars 1935. Il en a été le directeur jusqu'au 1er mars 1931 où Ma'el Tuyserkani lui a succédé. En 1919 Ali Dashti a été emprisonné quelque temps pour avoir écrit des articles critiquant le traité Anglo-Iranien proposé cette même année (qui plus tard a été abandonné), et à partir de 1921 il a fait des courts séjours en prison. Il décrivait ses expériences et ses pensées dans des articles qui ont été rassemblés en un livre, Awam-e Mahbas (Les Jours de Prison). Avec son ton radical et moderne, ses observations judicieuses, son humeur plaisante et son style élégant, ce livre a été immédiatement populaire et a été plusieurs fois réimprimés dans les éditions complétées. Shafaq-e Sorkh (L'Aube Rouge) est devenu remarquable pour la haute qualité de ses articles sur les sujets sociaux et littéraires écrits par Ali Dashti et ses jeunes collaborateurs d'alors, parmi eux se trouvaient des hommes distingués tels que le poète et historien littéraire Rashid Yasemi et les savants Sa'id Nafisi, Abbas Eqbal, et Mohamed Mohit Tabataba'i.

Durant ces années-là, Ali Dashti apprenait seul le français et se consacrait à la lecture de la littérature française moderne ainsi que la littérature anglaise et russe dans leur traduction française. Il lisait également en français les actualités, ce qui concernait la musique et la peinture (qui l'intéressaient), ainsi que les questions islamiques. Il était un des rares iraniens à s'intéresser à la littérature arabe moderne, particulièrement égyptienne. À une époque où la plupart des auteurs de prose persane étaient encore inconditionnels des métaphores et des phrases complexes, il développait un style fluide mais élégant qui a été beaucoup admiré et copié, on peut juste lui reprocher d'avoir employé trop de mots empruntés du français. Ses écrits originaux n'étaient pas les seuls populaires, ses traductions de A quoi tient La supériorité des Anglo-Saxons d'Edmond Demolins et une version arabe de Self-Help de Samuel Smiles, l'étaient tout autant.

En 1927, Ali Dashti était invité à visiter la Russie à l'occasion du dixième anniversaire de la révolution bolchevique, il profitait de l'occasion pour prolonger son voyage et visiter la France et d'autres pays d'Europe occidentale. En 1928 il était élu au Majles (Parlement) comme député de Bushehr, il fut réélu les deux parlements suivants, tandis qu'il gagnait une réputation de puissant orateur. Cependant, en 1935, à la fin du Neuvième Majles, il était de nouveau emprisonné pendant 14 mois. En 1939 il était réélu au Majles comme député de Damavand (près de Téhéran), et après l'occupation anglo-russe de l'Iran il regagnait ce même siège aux élections de 1941 et de 1943. C'était la figure principale du parti Adalat (Justice), un groupe favorisant des réformes sociales modérées et réalisables. Comme patriote, il a alerté des risques pris en 1946 par le premier ministre d'alors, Qavam os-Saltana, qui avait fait entré dans son cabinet des membres du parti Toudeh soutenu par les soviétiques et de la négociation à la demande des soviétiques d'une concession de pétrole. Sa franchise le conduisait en prison en avril 1946. Après sa libération six mois plus tard, il allait en France et y restait jusqu'à fin 1948, où il était nommé ambassadeur en Egypte et au Liban. Il a été brièvement ministre des affaires étrangères dans le cabinet de Hosayn Ala, qui est resté en poste deux semaines jusqu'à l'arrivée de Mohammad Mosaddeq au poste de premier ministre le 2 avril 1951.

En 1954 il a été nommé sénateur (une moitié des membres du sénat étaient élu et l'autre désignée par le Shah). Il est resté sénateur jusqu'à la révolution islamique de 11 février 1979 et ses contributions aux débats, qui avaient souvent plus de poids que ceux du Majles lui ont amené encore plus d'estime.

Dans le monde littéraire, Ali Dashti était plus connu dans les premières années d'après-guerre en tant qu'essayiste et romancier. Dans Saya (1946), un recueil d'articles réimprimés et de sketches, la tonalité reste modernisante, mais moins radicale que dans ses écrits précédents.

Pendant et après le règne de Rasa Shah, le problème social qui était le plus discuté en Iran, ou du moins dans des cercles de la bourgeoisie moyenne et supérieure, était le statut des femmes. Les femmes iraniennes avaient été dévoilées de matière obligatoire le 7 janvier 1936, mais après la guerre les femmes des classes inférieures avaient remis le voile et les femmes des bourgeoisies moyennes et supérieures subissaient une forte pression pour faire de même. Ali Dashti soutenait le désir des femmes iraniennes instruites de liberté d'utiliser leurs cerveaux et d'exprimer leur personnalité; mais il n'en présente pas une image très favorable dans ses recueils de nouvelles Etna (1943 et 1949), Jeu (1951), et Hemu (1955). Ses héroïnes s'engagent dans des flirts et les intrigues sans autre motif apparent que le calcul froid. Néanmoins ces histoires sont agréables à lire, et elles fournissent un témoignage vivant, et sans doute partiellement exact, de la vie sociale des classes aristocratiques et les problèmes psychologiques des femmes instruites du Téhéran d'alors. Toutefois la réputation littéraire d'Ali Dashti, repose sur son travail de savant et de critique des classiques persans. Les iraniens tirent une légitime fierté de leur héritage mais montraient un manque d'enthousiasme pour discuter des difficultés que présentent leurs classiques à leur jeune génération, encore moins aux étrangers.

Une difficulté est la langue archaïque des classiques, une autre est leur atmosphère médiévale, et une autre est leur volume. Sa'eb, le principal poète de la période Safavide, a écrit 300.000 vers, lesquels n'ont probablement pas été prévus pour être autre chose qu'éphémères. Quoi qu'il en soit, personne ne peut lire tous les classiques. Les savants iraniens modernes ont généralement considéré la grandeur d'un auteur classique pour acquise et ont concentrés leur recherche sur des sujets tels que l'effet de la formation et de la carrière de l'auteur, ses précurseurs et ses mécènes, sur la forme et le contenu de son travail, et de sa propre influence sur des successeurs. Ali Dashti, tout en ne négligeant pas ces points, a essayé de sélectionner et expliquer des éléments des œuvres de certains poètes classiques qui avaient encore de la valeur artistique et morale pour le lecteur moderne. Il faisait des critiques franches, signalant par exemple que Sa'di donne quelques conseils très immoraux à côté des maximes toujours populaires de bon sens, de bonnes manières, et de bonne humeur. Bien qu'il y ait nécessairement une part de subjectivité dans les évaluations d'Ali Dashti, sa nouvelle approche a rencontré un grand besoin et a aidé à rétablir l'intérêt populaire pour les classiques. Ses livres dans ce domaine, qui ont été plusieurs fois réimprimées, sont les suivants :

Naqshi az Hafez (1936), sur le poète Hafez (~1319-1390).

Sayri dar Divan-e Shams, sur les strophes lyriques du poète Mawlavi Jalal od-Din Rumi (1207-1273).

Dar Qalamraw-o Sa'di, sur le poète et écrivain Sa'di (1208?-1292).

Sha'eri dir-ashna (1961), sur Khaqani (1121?-1199), un poète particulièrement difficile mais intéressant.

Dami ba Khayyam (1965), sur l'auteur de quatrains et mathématicien Omar Khayyam (1048?-1131); traduit par Laurence P.

Elwell Sutton, In Search of Omar Khayyam, London 1971.

Negahi be-Sa'eb (1974), sur le poète Sa'eb (1601-1677).

Kakh-e ebda', andishaha-ye gunagun-e Hafez, sur les diverses idées exprimées par Hafez.

Durant ses dernières années Ali Dashti est revenu à l'étude de l'Islam, pour lequel il était bien qualifié par sa formation en madrasa et ses importantes lectures des œuvres des modernes égyptiens et européens. Son approche a été la même que pour ses études littéraires, à savoir souligner les éléments de valeur durable et discuter franchement des problèmes. Ses écrits dans ce domaine sont les suivants :

Parda-ye pendar (1974, réédité deux fois), sur le soufisme (mysticisme islamique).

Jabr ya ekhtiyar (anonyme et non daté, d'abord publié dans le périodique Vahid en 1971), dialogues avec un soufi sur la prédestination et le libre arbitre.

Takht-e Pulad (anonyme et non daté, d'abord publié dans le périodique Khaterat en 1971-72), dialogues dans le cimetière historique de Takht-e Pulad d'Esfahan avec un érudit 'alem qui colle à la lettre du Coran et du Hadith.

Oqala bar khelaf-e 'aql (1975 et deux fois réédités, versions révisées d'articles publiées dans les périodiques Yaghma en 1972 et 1973, Vahid en 1973, et Rahnoma-ye Ketab en 1973, avec deux articles ajoutés), sur les contradictions logiques dans les arguments employés par des théologiens, en particulier Mohamed al-Ghazzali (1058-1111).

Dar diyar-e Sufiyan (1975), sur le soufisme, la suite de Parda-ye pendar.

Bist O Seh Sal (anonyme et sans indication du lieu et de la date de la publication, mais manifestement après 1974 et selon Ali Dashti imprimé à Beyrouth), une étude de la carrière prophétique de Mohammad.

Le gouvernement de Mohamed Reza Shah Pahlavi et son premier ministre de 1965 à 1977, Amir Abbas Hovayda, a instauré une censure qui a touché beaucoup d'intellectuels iraniens, bien qu'elle semblait aux étrangers moins oppressante que la censure de la plupart des autres pays du Moyen Orient.

La censure iranienne s'est durcie après les attaques terroristes de 1971 et dirigée principalement contre des écritures révolutionnaires marxistes et islamiques; mais elle a été également utilisée pour empêcher toute publication pouvant causer potentiellement un quelconque problème. On a interdit la publication de toute critique de la religion orthodoxe ou populaire en Iran entre 1971 et 1977. Ali Dashti a donc été obligé de faire imprimer Bist O Seh Sal (Twenty Three Years), son principal travail en ce domaine, à l'étranger (à Beyrouth) et de le publier anonymement.

Nous ne disposons que de maigres informations orales sur ce qu'a vécu Ali Dashti après la révolution islamique. Il a été arrêté, et pendant un interrogatoire il a reçu des coups, est tombé et s'est cassé la cuisse. Nous ne savons pas dans quelle mesure il s'était remis. A sa libération, on ne lui a pas permis de retourner à sa maison, une petite maison plaisante avec jardin à Zargandeh, la banlieue nord de Téhéran. Il est peu probable qu'il ait revu ses livres et ses papiers. Un avis dans le périodique iranien Ayanda a annoncé sa mort au mois de Dey de l'année iranienne 1360, c.-à-d. entre le 22 décembre 1981 et le 20 janvier 1982.

Note sur la traduction

de F. R. C. Bagley

Un ami mutuel m'a présenté à Ali Dashti alors que j'étais à Téhéran au printemps 1975. Je me rappelle bien son port droit et son physique fin à un âge mûr et la perspicacité et l'esprit de sa conversation. Il semblait avoir devant lui plusieurs d'années de vie vigoureuse et utile.

Il m'a présenté un exemplaire de Bist O Seh Sal (Twenty Three Years) et m'a invité à le traduire mais à ne pas en parler et à ne pas publier la traduction avant sa mort. Il a réitéré ces demandes lorsque je l'ai à nouveau rencontré à Téhéran en septembre 1977, et lorsque il m'a téléphoné et m'a écrit de Londres pendant un court voyage à Paris et Londres qu'il a fait en juin 1978. J'ai perdu contact avec lui après la révolution, mais je suis resté lié par mes promesses.

J'ai essayé de faire une traduction lisible tout en restant fidèle au texte d'Ali Dashti. En certains endroits j'ai légèrement abrégé ou inséré des explications. Au chapitre VI, j'ai changé la position de paragraphes manifestement pas imprimés dans le bon ordre dans l'original persan. J'ai trouvé quelques dates et noms mal imprimés ou incorrects, et les ai vérifiés et corrigés. J'ai incorporé au texte quelques notes d'Ali Dashti et ajouté quelques notes supplémentaires pour donner identifications et explications pouvant être utiles aux lecteurs non spécialistes.

Ali Dashti cite les passages du Coran en arabe d'origine, qui est compris par beaucoup de ses lecteurs, et donne les traductions en persan qui sont plus souvent des paraphrases explicatives que des traductions littérales. J'ai traduit les passages coraniques aussi littéralement que possible en anglais moderne en prenant en considération les interprétations d'Ali Dashti ainsi que les versions anglaises, françaises, et allemandes. J'ai préféré ne pas citer des versions anglaises très répandues de Arthur J. Arberry et Marmaduke Pickthall car leur littéralisme strict et leur anglais archaïque rendent souvent la compréhension difficile. La numérotation des versets coraniques diffère, et je n'ai pas suivi Ali Dashti sur ce point, j'ai utilisé le système de Gustav Flügel.

Bien que ce soit une traduction d'un livre persan, les thèmes exigent un système de transcription reproduisant la prononciation arabe plutôt que persane des noms et des mots. Le système choisi se passe des points diacritiques, nécessaire à l'identification des consonnes arabes, mais distingue entre voyelles longues et courtes comme suit : a long (comme dans father), a court (comme la voyelle de cut plutôt que cat), u long (comme peruse), o court (comme la voyelle de put plutôt que pot), i long (comme dans prestige), e court (comme la voyelle de sit plutôt que set). Les diphtongues sont écrites ay et aw (quoique parfois le premier se prononce comme dans my plutôt que may et le dernier comme dans now ou know plutôt que gnaw).

Le guttural est transcrit par ' et l'arrêt de la glotte par '; l'élision est indiqué par '. Sauf si séparé par un trait d'union (par exemple s-h dans Es-haq), th représente la consonne initiale de thing, kh la consonne finale de loch, dh la consonne initiale de this, sh la consonne de shoe, et gh une consonne semblable au r français. Dans les constructions avec l'article arabe, la forme nominative arabe est utilisée (par exemple Abdollah pas Abdallah). L'article lorsqu'il précéde les dites "lettres du soleil" est retranscrit comme il se prononce (par exemple Abd or-Rahman, pas Abd oJ-Rahman comme il est orthographié).

Je présente mes excuses au arabistes et à ceux accoutumés aux épellations telles qu'Ibn Abbas au lieu de Ebn Abbas. Des épellations anglaises conventionnelles, telles que l'Islam, Irak, sont maintenues. Des noms arabes avec l'article défini (par exemple ol-Madina, ot-Ta'ef, oJ-Basra, oJ-Hasan, ol-Hosayn), par commodité, sont écrits sans lui (par exemple Madina, Hosayn). L'abréviation b. représente l'ebn ou ben (fils de) arabes et bent (fille de). Banu (fils de) signifie la tribu ou le clan.

Les dates sont données en années lunaires par rappoprt à l'hégire ainsi que dans le calendrier grégorien

Note du traducteur en français : les b. on tous été traduits en ben. Les ol a été traduit en al, Es-haq en Ishaq, Mohammad en Mohamed, Qur’an en Coran … Ainsi que d'autre noms propres qui ont été traduits dans leur forme habituelle en français. Je n'ai pas conservé la date par rapport à l'hégire, très rarement utilisée par les francophones. J'ai utilisé Hadith comme un nom commun hadith éventuellement au pluriel.

Voici quelques explications de termes techniques :

Sourate : chapitre du Coran. Les chapitres sont divisés en versets appelés aya. Les deux mots apparaissent dans le Coran, où sourate signifie l'écriture (par exemple dans la sourate 2, verset 21) et aya signifie le signe (de l'existence, de la puissance ou de la générosité de Dieu).

Compagnons (sahaba) : premiers convertis et autres associés proches du Prophète Mohamed.

Hégire : émigration à Médine du Prophète Mohamed et un certain nombre de mecquois convertis, en septembre 622. L'ère islamique s'appelle l'ère de l'hégire, mais son point de départ est le 16 juillet 622.

Mohajerun (émigrants) : mecquois convertis qui ont accompagné ou suivi le Prophète Mohamed à Médine.

Ansar (partisans) : membres des tribus médinoises Khazraj et Aws dont les chefs ont invité Mohamed à Médine et qui là l'ont soutenu.

Hadith (nouveaux) : rapports des paroles et des actions du Prophète Mohamed, attribués à ses compagnons, ses épouses, aux hommes qui l'ont connu ou vu, et aux hommes qui ont connu ses compagnons. Le Hadith islamique chiite, également appelé Akhbar (rapports), comprend des paroles et des exemples des Emams. Le Hadith complètait le Coran comme source de loi et théologie islamiques, et a été écrit au 9ème siècle et après des siècles de compilations massives dont les savants modernes pensent qu'elles incluent du matériel provenant de nombreuses sources orientales.

Sunna (coutume) : la coutume du Prophète Mohamed, telle qu'elle est enregistré dans le Hadith, et des musulmans en général les premiers siècles de l'Islam.

Sunnites : musulmans qui croient que, après le Coran, la Sunna et le consensus de la communauté font autorité dans les sujets religieux et légaux.

Calife (Khalifa) : successeur de Mohamed à la tête de l'état islamique.

Emam (chef) : personne à la tête de la communauté religieuse islamique.

Chiites : musulmans qui croient que le Prophète Mohamed a désigné Ali comme Emam pour lui succéder et être le chef de l'état et que seuls les Emams qui descendent d'Ali et désignés par leur prédécesseur, peuvent donner une direction faisant autorité. Des sectes chiites différaient sur les lignées des Emams et sur des points de doctrine. Les chiites duodécimains, qui sont majoritaires en Iran et nombreux en Irak, croient que le douzième Emam a disparu en 939 et que depuis lors les conseils bien fondés sont donnés par le 'olama le plus instruit et le plus pieux agissant en tant que représentants de l'Emam.

'olama (pluriel), 'alem (singulier) : savant de la religion islamique qui remplissent la fonction cléricale et aussi de juristes.

Les lecteurs souhaitant poursuivre l'étude des sujets traités dans ce livre pouront trouver des conseils bibliographiques dans Encyclopaedia of Islam, 2ème édition, Leyde, 1960- (mis à jour en 1984); Encyclopaedia Iranica, New York, 1982- (mis à jour en 1984); D. Grimwood-Jones, D. Hopwood et J. D. Pearson, éd., l'Arabe- XVII

Islamic Bibliography, Hassocks, Sussex/Atlantic Highland, New Jersey, 1977; L. P. Elwell Sutton, éd., Bibliographical Guide to Iran, Hassocks, Sussex/Totowa, New Jersey, 1983; J. D. Pearson, éd., Index Islamicus (articles en périodiques etc. depuis 1906), Cambridge, 1958.

CHAPITRE 1

MOHAMED

SA NAISSANCE

A la Mecque des années 570, Amena ben Wahb donna naissance à un enfant appelé Mohamed. Son père Abdullah était mort avant qu'il n’ouvre les yeux et il perdit sa mère alors qu’il avait cinq ans. Quelque temps après, son influent et généreux grand père Abd al-Mottaleb ben Hashem qui avait été son seul protecteur et son unique soutien, trépassât à son tour. Par la suite, cet enfant, qui avait plusieurs riches oncles paternels, fut élevé par le plus pauvre mais le plus courageux d’entre eux, Abu Taleb. L’attendait une carrière étonnante, peut-être unique dans les annales mondiales des self-made-man qui ont fait l'Histoire.

Des milliers de livres ont été écrits sur la vie de cet homme extraordinaire, sur les événements des vingt trois années de sa mission, sur tout qu'il a fait et dit. Erudits et chercheurs disposent de plus d'informations sur lui que sur n'importe quels grands hommes de l'histoire avant lui. Pourtant il manque toujours un livre acceptable, objectif et rationnel donnant son portrait désembrumé des préconceptions, suppositions, et fanatismes; ou alors si un tel livre a été écrit, je ne l'ai pas vu.

Les musulmans, comme les autres, ont négligé les faits historiques. Ils se sont continuellement efforcés de transformer cet homme en un être imaginaire surhumain, sorte de Dieu dans des vêtements humains, et le plus souvent ont ignoré son humanité tout à fait évidente. Ils ont été prêts à mettre de côté la loi de cause à effet, qui régit la vraie vie, et à présenter leurs imaginations comme des miracles.

Rien d’important n’a été signalé sur la vie de Mohamed jusqu'en 610, sa quarantaine année. Dans les archives de cette période, même dans les biographies du Prophète, aucun récit ne relate quoi que ce soit de remarquable ou sortant de l'ordinaire. Pourtant vers la fin du 9ème siècle le grand historien et commentateur du Coran Tabari1 dans son exégèse du verset 21 de la sourate 2 (al-Baqara), pourra insérer un fait non justifié concernant la naissance du Prophète qui montre comment le peuple était enclin en ces temps-là à créer et répéter des mythes impossibles, et comment même un historien n’a pu s'en tenir qu’à l'Histoire. Le verset dit, "Si vous doutez de ce que nous avons descendu vers Notre serviteur, apportez une sourate comme celle-ci, et appelez vos témoins, autre que Dieu, si vous êtes sincères !". Voici le fait que Tabari ajoute à son explication du verset : "Avant le rendez-vous du Prophète, une rumeur s'était répandue à La Mecque qu'un messager de Dieu du nom de Mohamed apparaîtrait et que l'Est et l'Ouest du monde tomberaient sous son empire. Au même moment quarante femmes de La Mecque attendaient un enfant, et chacune d’entre elles, après avoir donné naissance, a appelé son fils Mohamed au cas où il pourrait être le messager attendu."

L’évidente sottise d’une telle allégation se passe de commentaire.

Personne à la Mecque ne pouvait avoir entendu une telle rumeur ou prévu l'apparition d'un Prophète nommé Mohamed. Le protecteur et gardien de Mohamed Abu Taleb, qui est mort sans avoir embrassé l'Islam, n’a assurément rien vu ni rien entendu de tel. Mohamed lui-même ne savait pas avant que son rendez-vous qu'il allait être un Prophète, comme le certifie éloquemment le verset 17 de la sourate 10 (Yunos) : «Si Dieu ne l'avait pas voulu, je ne vous les lirais pas et Il ne vous les aurait pas fait connaître. Je passerais ma vie durant parmi vous sans le faire». Il n'y avait aucune statistique des registres de La Mecque prouvant qu'en l'an 570, il n'y eut que quarante femmes à accoucher et que toutes sans exception ont appelé leurs fils Mohamed. Mohamed dans son enfance a-t-il eu quarante copains du même âge et du même nom ?

L'historien Waqedi2 raconte un autre type d'histoire sur la naissance du Prophète : "Dès qu'il fut sorti de l'utérus de sa mère, il dit 'Dieu est grand'. À un mois il rampait, à deux mois il se tenait droit, à trois mois il marchait, à quatre mois il courait, et à neuf mois il tirait des flèches.» Il est remarquable que Mirza Jani Kashani (mort en 1852) fasse un récit semblable sur Sayyed Ali Mohamed Shirazi, le fondateur du Babisme, dans son livre Noqlal al-Kaf3, que les Bahai's ont tenté de supprimer. Selon lui, à sa naissance Sayyed Ali a crié les mots «La souveraineté appartient à Dieu

Si des choses aussi extraordinaires que celles que Waqedi relatent s'étaient produites, elles seraient devenues assurément notoires à toutes les habitants de La Mecque, et assurément ces gens, qui adoraient des idoles en pierre, se seraient alors prosternés devant Mohamed.

Cette histoire est un exemple de construction de mythes et de fabrication de l'Histoire par les musulmans. Réciproquement, certains auteurs chrétiens occidentaux ont été guidés par le parti pris religieux et ont décrit un Mohamed menteur, imposteur, aventurier, avide de puissance, et débauché. Ni l'un ni l'autre groupe n'ont été capables d'étudier objectivement des faits.

La raison en est que les idéologies, politiques, religieuses, ou sectaires, empêchent les hommes et les femmes d'utiliser leurs cerveaux et de penser clairement. Les sujets deviennent ainsi voilés par des notions préconçues de bon et de mauvais. L'amour ou la haine, le fanatisme ou le préjudice, qui sont inculqués {pour fixer la croyance ou les idées dans l'esprit de quelqu'un, notamment en les répétant souvent} enveloppent la personne qui discute dans un brouillard d'imagination irréelle.

Sans aucun doute le Prophète Mohamed est une figure exceptionnelle. Parmi les qualités qui l'ont distingué de ses compagnons il y a l'acuité esprit, la profondeur de la pensée, et son intolérance envers les illusions et des superstitions courantes de son temps. Les plus importantes de ces qualités étaient la puissance de sa volonté et l'énergie extraordinaire qui le porta durant son combat singulier avec le mal. Avec des mots fervents il a éclairé le peuple sur la malhonnêteté et l'immoralité, réprouvé la méchanceté, le mensonge, et l'égoïsme, soutenu les classes inférieures déshéritées et nécessiteuses, reproché à ses compatriotes d’adorer des idoles en pierre au lieu d'un grand Dieu, ainsi que le ridicule et l’inutilité de ces idoles. Naturellement ceux qui jouissaient d’un prestige et d’une position de pouvoir dans la communauté mecquoise ne tinrent aucun compte de ses mots. Les accepter aurait exigé l'abandon des coutumes et des croyances enracinées depuis des siècles et, comme toutes les idéologies héritées, étaient censées avoir une validité absolue et incontestable.

Ce qui a le plus offensé les dirigeants mecquois était le fait que cet appel pour le renversement de la structure sociale traditionnelle est venu d'un homme de statut inférieur au leur. Bien qu'il ait été de la même tribu, les qorayshites, il n'était pas du même rang, étant un orphelin qu'un oncle avait charitablement logé et élevé. Après une enfance passée à garder les chameaux de son oncle et de ses voisins, il est entré, très jeune, au service d’une femme riche, Khadîdja, et commencé à gagner en estime. Un tel homme, vu jusqu'ici comme un qorayshite ordinaire, dénué de toute distinction, revendique soudain l’autorité d’enseigner et de guider pour la raison que Dieu l’a nommé pour être un Prophète.

L'attitude et la mentalité des chefs est illustrée par une remarque rapportée par Walid ben al-Moghiril, mort avant 615, à la tête du clan Makhzum de la tribu Qoraysh les premières années du missionnariat de Mohamed : «Alors que les Qoraysh ont un chef comme moi et les Banu Tamim un chef comme Orwa ben Mas'ud, comment Mohamed peut prétendre être un Prophète ?». Il y a une référence à cette notion grossière dans les verset 30 et 31 de la sourate 43 (oz-Zokhrof) : «Et ils disent : ‘Si au moins le Coran avait été révélé à un des hommes puissants des deux villes (c.a d. La Mecque et Médine) !’ Sont-ils distributeurs des faveurs divines ? C'est nous qui leur distribuons leur subsistance dans ce bas monde» Le clan de Makhzum avait gagné du terrain dans des affaires de La Mecque.

Le puissant clan qorayshite d'Abd Manaf était scindé en plus petits clans prenant le nom des fils d'Abd Manaf ; parmi ces derniers était le clan d’Hashem, où Mohamed était né, le riche clan d'Abd Shams et le clan du dernier fils Omayya. La mentalité de clan se lit dans les mots rapportés d’Abu Jahl4 le second du clan de Makhzum, à Akhnas ben Shariq, à la tête d'un autre clan : "Nous étions rivaux des Banu Abd Manaf pour la suprématie, et nous les avons rattrapés. Et maintenant l’un d'entre eux en sort avec la prétention d’être un Prophète. C’est ainsi que les Banu Abd Manaf espèrent reprendre la haute main sur nous.". Ces propos ainsi que d'autres nous permettent de comprendre la pensée des chefs qorayshites et leur réaction à la prédication de Mohamed.

Ils ont adopté un point de vue négatif parce qu'ils n'ont pas cru en existence d'un Dieu ou en nomination divine d'un homme de leur propre peuple pour les enseigner et les guider. Leur objection, plusieurs fois a citée dans le Coran (par exemple dans la sourate 6 verset 8; la 11 verset 15; la 25 verset 8) était que si un dieu avait souhaité les guider, il n'aurait pas nommé un homme de leur propre peuple pour le faire, mais leur aurait envoyé un ange. La réponse, également donnée dans le Coran (sourate 17, verset 97), est que si les anges vivaient sur terre, un Prophète de leur peuple leur aurait été envoyé de même.

Il est significatif que les chefs mecquois n’aient prêté aucune attention à la question fondamentale. Ils n'ont jamais écouté l'enseignement de Mohamed avec une quelconque volonté de s'assurer de sa vérité et d'évaluer sa compatibilité avec la raison et le bien de la communauté.

Dans toute communauté, si mauvaise ou immorale qu’elle soit, il y a toujours quelques individus à la pensée claire et bien intentionnés prêts à accepter les mots de la vérité, peu importe de quelle bouche ils proviennent. Parmi les hommes d'influence dans la société mecquoise, Abu Bakr doit être compté comme le premier ayant reconnu les enseignements de Mohamed comme vrais. Suivant son exemple quelques autres notables qorayshites, tels qu'Abd -Rahman ben Awf, Othman ben Afffm, Zobayr ben al-Awwam, Talha ben Obaydollah, et Sa'd ben Abi Waqqas, qui embrassèrent l'Islam.

Dans n'importe quelle communauté il y a également un groupe qui ne partage pas la bonne fortune du groupe riche et forme naturellement une classe pauvre et mécontente. A La Mecque des membres des deux groupes se sont ralliés à Mohamed et se sont rejoints dans son éloge et ses idées. Dans la situation mecquoise un conflit entre les deux groupes était inévitable.

Les riches, qui bénéficiaient de l'appui de la majorité, étaient fiers de leur richesse et de leur argent. La minorité soutenant Mohamed étaient convaincue de la justesse de leur cause, et afin de la propager, ils ont attribué à leur leader des facultés et des mérites hors du commun. De son vivant cette tendance est restée dans des limites raisonnables mais elle a continuellement gagné en force après sa mort. L'imagination populaire l'a bientôt déshumanisé et l'a doté des qualités d'un fils de Dieu, cause de la création, contrôleur de l'univers.

Pour montrer comment la plupart de ces fictions sont née et ont proliféré, on va partir d’un exemple important. La preuve est ici claire et incontestable. Pour les musulmans le Coran est la preuve décisive. Le verset 1 de la sourate 17 (al-Esra), une des sourates mecquoises, était à l’origine de la croyance selon laquelle le Prophète fit un voyage nocturne au ciel. Les mots du verset, cependant, sont simples et rationnellement explicable: "Loué soit Celui qui porta de nuit son serviteur de la Mosquée du Sanctuaire vers une Mosquée Lointaine, dont Nous avons bénie l'enceinte, de sorte que nous pourrions lui montrer certains de nos signes. Il est (tout-) entendant, (tout-) voyant.". Les mots peuvent certainement être compris comme signifiant un voyage spirituel. On connaît d'autres exemples de voyage spirituel de penseurs visionnaires.

Dans des esprits musulmans, cependant, ce simple verset est recouvert de mythes merveilleux et rationnellement inacceptables. Ici il suffira de citer l'exposé relativement tempéré donné dans le Tafsir al-Jalalayn, commentaires du Coran les plus dignes de confiance car les érudits égyptiens Jalal od-Din al-Mahalli, qui l'a commencé, et Jalal od-Din os-Soyuti (1445-1505), qui l'a terminé, étaient pratiquement exempts du préjugé sectaire, leur seul souci étant expliquer les significations des versets et dans certains cas les circonstances des révélations. Néanmoins, dans leurs exégèses de la sourate 17, ils ont mis des mots non prouvés dans la bouche du Prophète Mohamed. Est-ce que leur but était d'expliquer la signification et la circonstance de la révélation du verset, ou de récapituler les histoires à son sujet qui circulaient parmi des musulmans ? De toute façon, ils ne donnent aucune preuve que le Prophète n’ait jamais dit de telles choses. Les auteurs des compilations de Hadiths ont tenté autant qu’ils le purent de vérifier la transmission des dires attribués au Prophète, bien que ceci ne prouve pas nécessairement la fiabilité des émetteurs.

Les auteurs du Tafsir al-Jalalayndo ne mentionnent aucune source du tout. Ceci suggère que peut-être ils ne croyaient pas à l'histoire qu'ils racontaient. D’après le Tafsir, le Prophète dit : "Cette nuit Gabriel est venu, apportant un quadrupède plus grand qu'un âne et plus petit qu'une mule, avec des sabots aux pieds. Je l'ai monté et j’ai chevauché vers la Maison du Sanctuaire. J'ai attaché la bride de Boraq (l'animal) sur l'anneau où les Prophètes l’attachaient habituellement. Dans la Mosquée Lointaine j'ai baissé ma tête trois fois au sol pour prier. Quand je suis sorti, Gabriel m’a apporté deux navires, un rempli de lait et un rempli du vin. J'ai choisi celui rempli de lait et Gabriel a approuvé mon choix. Alors nous avons volé jusqu’au premier ciel. À la porte du premier ciel un garde a demandé, 'Qui est là?' Gabriel a répondu, 'C'est Gabriel.' Le garde a demandé, 'Qui est avec vous?' Gabriel a répondu, 'Mohamed.' Le garde a demandé, 'Il a été convoqué ?' Gabriel a dit, 'Oui.' Alors le garde a ouvert la porte du ciel. Adam est venu pour me rencontrer et dit, 'Vous êtes le bienvenu.' [de manière similaire Mohamed traverse les sept cieux et dans chacun d'eux est salué par un Prophète]. Dans le septième ciel j'ai vu Abraham allongé dans une demeure très peuplée dans laquelle soixante-dix mille anges viennent chaque jour et aucun n’en sort jamais. Ensuite Gabriel m'a porté au dernier micocoulier5 dont feuilles était aussi grandes que des oreilles d'éléphant et dont les fruits étaient comme (…) Alors une révélation est venue me commandant de prier cinquante fois chaque jour et chaque nuit. A mon retour, le Prophète Moïse m’a dit, 'Cinquante prières sont un trop grand nombre. Demande à Dieu de les réduire!' Ainsi je suis retourné vers Dieu et je lui ai demandé une réduction. Le Seigneur m’a accordé une réduction à quarante prières. Cette fois Moïse m’a dit, 'J'ai essayé dans ma propre communauté. Le peuple ne peut prier quarante fois chaque jour et chaque nuit'. Je suis retourné de nouveau vers Dieu..." [en bref, le Prophète a continué à marchander jusqu'à ce que Dieu ait ramené le nombre de prières quotidiennes à cinq.]

Cet exposé du voyage nocturne du Prophète dans le Tafsir al-Jalalayn est plutôt pâle à côté des extravagances du Tafsir de Tabari (commentaire du Coran) et des écrits d'Abu Bakr Atiq Nishapur. Les représentations islamiques du voyage nocturne l’ont transformé en fable à la manière des aventures du héros folklorique {persan} Amir Arslan. Même le biographe moderne et généralement raisonnable du Prophète, Mohamed Hosayn Haykal6 tout en niant que le voyage nocturne soit une ascension physique, présente le récit mythique sous une forme modifiée tirée d'un livre d’Emile Dermenghem7.

A toute personne familière du Coran, qui reflète les événements et les expériences de la carrière prophétique de Mohamed, il est évident que le Prophète n'a pas dit de telles choses et que ces fables enfantines sont des fruits de l’imagination de personnes naïves qui concevaient l'ordre divin comme une reproduction de la cour de leur propre roi ou souverain.

D’après cette même sourate 17, dont le premier verset a provoqué le mythe, le Prophète dit dans le verset 95 comment répondre à ceux qui exigent de lui un miracle : "Dis ‘Gloire à mon Seigneur! Suis-je autre chose qu'un humain, un messager ?'" Le verset 50 de la sourate 42 (osh- Shawra) énonce clairement que "il ne serait pas (accordé) à un humain que Dieu lui parle, excepté par la révélation." Puisque les révélations étaient descendues au Prophète, il n'y avait nul besoin qu'il dût aller aux cieux. Même en acceptant un tel besoin, pourquoi un quadrupède ailé ou aéroporté devrait-il être nécessaire ? La Mosquée Lointaine était-elle sur la route des cieux ? Dieu, qui est omnipotent, a-t-il un quelconque besoin des prières de ses adorateurs ? Pourquoi les gardes des cieux n’ont pas été prévenus du voyage du Prophète ? Les esprits crédules relient cause et effet sans référence à la réalité. Le Prophète a besoin d'une monture parce qu'il part en long voyage; donc la monture, tout en ressemblant à une mule, doit posséder une des sortes d'ailes pour lui permettre de voler comme un pigeon. Dieu veut éblouir Mohamed avec sa magnificence et ordonne donc à Gabriel de montrer à Mohamed les merveilles des cieux. Comme un roi puissant qui ordonnerait à ses fonctionnaires de collecter plus d’impôts pour faire face aux dépenses de l'Etat, et dont le ministre des finances mettrait en garde contre l'appauvrissement des sujets par excès d’impôts, le Seigneur exige des prières de ses adorateurs tandis que Son Prophète plaide que cinquante prières seraient beaucoup trop.

La grandeur de Mohamed est incontestable. Il fut l’un des plus exceptionnels hommes de génie de l'histoire humaine. Si l’on prend en considération les circonstances sociales et politiques de son temps, il n'a alors aucun égal parmi les initiateurs des grands changements historiques. Les hommes tels qu'Alexandre, César, Napoléon, Hitler, Cyrus, Gengis Khan, ou Tamerlan ne soutiennent pas la comparaison avec lui. Ils ont tous eu l'appui d’armées et de l'opinion publique de leurs peuples, tandis que Mohamed a tracé sa voie dans l'Histoire les mains vides et dans une société hostile.

Peut être Lénine pourrait être considéré comme l'homme le plus efficace du siècle actuel et être comparé à Mohamed. Pendant presque vingt ans (1904-1924), faisant preuve d’une inépuisable énergie et d’ingéniosité, avec une fidélité têtue à ses principes, il a pensé, écrit, gardé le contrôle à distance des activités révolutionnaires, sans jamais s’arrêter, jusqu'à ce qu'il ait établi le premier état communiste dans l'environnement physiquement et socialement défavorable de la Russie. Il a certainement surmonté des obstacles internes et externes énormes. D'un autre côté, un mouvement révolutionnaire s'était développé en Russie ½ siècle avant lui, et les centaines de milliers de révolutionnaires et de mécontents étaient prêts à le soutenir. Une autre différence frappante est qu'il a toujours vécu dans la pauvreté ou l'austérité volontaire.

Il est naturel et normal que des légendes sur de grands hommes naissent après leur mort. Le moment arrive où leurs points faibles sont oubliés et seuls leurs points forts sont rappelés et transmis. Les vies de beaucoup de penseurs et d’artistes n’étaient nullement moralement irréprochables, mais leurs œuvres leur survivent et sont admirées. Nous ne savons pas comment Nasir od-Din Tusi8 est parvenu à devenir un ministre du conquérant Mongol Hulagu Khan9, mais même si ses expédients étaient immoraux, ses écrits scientifiques en ont fait un fils honoré de l'Iran. Rien d’extraordinaire, alors, qu’après la mort d’un grand chef spirituel, les imaginations se mettent en marche et le dotent d’une profusion de vertus et de mérites. Le problème est que ce processus ne reste pas dans des limites raisonnables mais devient vulgarisé, commercialisé, et absurde.

La naissance du Prophète Mohamed a eu lieu de manière normale et sans conséquence immédiate, comme la naissance de millions d'autres enfants; mais la manie des miracles fait que les gens inventent et croient aux fables à ce sujet, par exemple qu’à sa naissance l’arche de Ctésiphon10 se fendit tandis que des feux des temples du feu de Fars s’éteignirent. Même si de tels événements se produisirent à ce moment-là, comment pourraient-ils être des effets de la naissance du Prophète et comment pourraient-ils être des avertissements de Dieu ? La raison, l'observation, et les mathématiques exigent aux effets d'avoir des causes. Tous les phénomènes sur Terre, qu’ils soient physiques, sociaux, ou politiques, ont des causes. Parfois ceux-ci semblent évidents; le soleil donne la chaleur et la lumière, le feu brûle sans protection, l'eau coule vers le bas à moins qu'elle puisse être pompée vers le haut. Parfois ils ne sont pas évidents et n’ont été découverts qu’après de longs efforts, telles les causes du tonnerre, de la foudre ou des maladies et leurs traitements.

Entre la naissance d'un enfant à la Mecque et l'extinction des feux d’un temple en Iran, aucune relation de cause et d'effet n'est possible. Si une faille est apparue dans l’arche de Ctésiphon, elle doit avoir été provoquée par un affaissement. Par la suite les vendeurs de miracles ont décrit ces événements comme des avertissements divins, signifiant que Dieu souhaitait prévenir les habitants de Ctésiphon, et en particulier le roi d'Iran, d’un cataclysme imminent, et faire connaître aux gardiens des temples du feu de Fars, l'arrivée d'un homme qui renverserait la vénération du feu. Pourtant, de quelle manière le roi iranien ou les prêtres Zoroastriens auraient-ils pu interpréter la voûte fendue et l’extinction des feux comme des indications de la naissance d'un enfant qui ne devait commencer sa mission religieuse que quarante ans plus tard ? Pourquoi Dieu, qui est sage et bienveillant, devrait-il avoir voulu que les Iraniens portent attention à l'Islam quarante ans avant que Mohamed a été désigné pour le prêcher ?

Tout ce qui est connu au sujet de la situation en Arabie préislamique confirme l’affirmation coranique que Mohamed lui-même n'a eu aucune prémonition de son futur destin de Prophète. Si Dieu avait souhaité signaler l'importance extraordinaire de la naissance de Mohamed, pourquoi n'a-t-Il donné aucun signe aux mecquois ? Dans son omnipotence Il aurait pu faire tomber le toit de la Kaaba et renverser ses idoles, ce qui auraient été un avertissement plus fort aux qorayshites que l'extinction des feux dans des temples lointains. Pourquoi la désignation du Prophète n'a-t-elle pas été accompagnée d'un miracle qui aurait convaincu tous les qorayshites et épargné au messager choisi par Dieu treize ans d'hostilité et de persécution ? Pourquoi une lumière allumée au coeur du Roi Khosrô Parviz11 I n'était-elle pas là pour le guider vers la vraie foi et pour le dissuader de déchirer la lettre du Prophète ? Les Iraniens auraient été alors guidés par l'exemple de leur roi, et ils seraient devenus musulmans sans devoir souffrir de la défaite aux batailles de Qadesiya et de Nehavand.

Il y a bien des d'années, j'ai lu la Vie de Jésus du grand auteur français Ernest Renan (1823-1892), qui a peint un portrait réaliste et vif du Messie avec un talent magistral. Plus tard, j'ai trouvé par hasard un autre livre, intitulé Son of Man, dont le scrupuleux auteur allemand, Emil Ludwig, affirmait qu'il était aussi factuel que possible sur un sujet dont la documentation historique fiable est si rare.

Dans ce court ouvrage, je n'essayerai pas de faire un exposé complet de vingt trois des soixante trois années de la vie du Prophète Mohamed. Sans fausse modestie, je ne me vois pas posséder le talent d'Ernest Renan ni la sensibilité, la patience et la compétence d'Emil Ludwig pour la recherche, toutes ses qualités seraient nécessaires pour une bonne présentation d'un homme dont la force spirituelle et morale a changé le cours de l'histoire humaine.

Mon but est esquisser un contour et de dissiper un fantôme. La forme du livre a évolué dans mon esprit de l'étude du Coran et de la réflexion sur la genèse de l'Islam. Pour être plus précis et franc, j'admets qu'une partie de l'impulsion pour l'écrire m’est venue d'une théorie ou plutôt d'une observation psychologique. Qui est que la croyance peut engourdir la raison humaine et le bon sens. Comme nous le savons, les idées qui, dans l’enfance, ont été inculquées dans l'esprit d'une personne demeurent dans le fond de sa pensée. En conséquence, lui ou elle voudra faire des faits se conformer aux idées inculquées qui n'ont aucune validité rationnelle.

Même les savants érudits, à de rares exceptions, sont porteurs de cet handicap qui inhibe leur bon sens; ou s'ils l'emploient, c’est seulement s’il corrobore leurs idées inculquées. L'humanité est douée de facultés de perception et de raisonnement qui rendent possible la solution des problèmes scientifiques, mais lorsqu’il est question de croyances religieuses ou politiques, elle est prête à piétiner la preuve de la raison et même des sens.

SON ENFANCE

Les informations sur l'enfance du Prophète Mohamed sont rares. Il était orphelin de père et de mère, vivant chez son oncle paternel, Abu Taleb, un homme avec un bon fond mais peu de richesse matérielle. Pour qu'il puisse s’occuper et aider à payer sa subsistance, on lui a confié la tâche de mener les chameaux d’Abu Taleb et d'autres propriétaires pâturer dans la plaine. Il passait ainsi ses jours seul dans le désert sinistre hors de La Mecque.

Pour un enfant sensible et intelligent, l'expérience de plusieurs années dans ce métier doit, selon l'expression persane, avoir été "aussi amère que mâcher des brindilles de pistachier {un petit arbre de la famille de l’acajou produisant l’essence de térébenthine}". Il se demanderait naturellement pourquoi il était venu au monde sans père et avait si tôt perdu cette jeune mère, seule personne qui aurait pu lui apporter amour et caresses. Il se demanderait aussi pourquoi le destin aveugle avait emporté son grand-père fort et généreux et l'avait envoyé se réfugier auprès de son oncle. C’était un homme bon et aimable, mais il avait une famille nombreuse et ne pouvait se permettre de lui donner le soin que ses cousins et d'autres enfants du même rang recevaient. Ses autres oncles, tels qu'Abbas et Abu Lahab, vivaient confortablement mais l'avait ignoré. De telles pensées amères ont dû occuper son esprit pendant ces longues années de chagrin et d’épreuves.

Dans la solitude monotone de la plaine aride, où les chameaux tendent leur cou parmi les pierres à la recherche d’épines ou de brins d'herbe, qu’y avait-il à faire d’autre que de s'affliger et de méditer ? Les malheurs rendent une personne amère et consciente de la souffrance, particulièrement quand elle est laissée à elle-même sans rien pour la distraire. On peut conjecturer sans risque qu'au fil du temps, les pensées de cet enfant se sont tournées vers le système social et y ont trouvé quelques-unes des causes de son malheur. La raison pour laquelle les autres garçons de son rang et de son âge menaient des vies agréables était que leurs pères avaient la charge de la Kaaba. Ils fournissaient l'eau, le pain, et d'autres nécessités aux pèlerins qui venaient à La Mecque pour les cérémonies annuelles de la Kaaba et faisaient de gros bénéfices sur la vente de marchandises importées de Syrie qu’ils revendaient chèrement aux pèlerins alors qu’ils leur achetaient leurs produits à bas prix. Ces entreprises étaient la source du bien-être de leurs enfants.

Pourquoi tant de tribus soutenaient-elles la richesse et la puissance qorayshite en venant à la Kaaba ? La raison était que le Kaaba abritait de célèbres idoles et renfermait une pierre noire que les Arabes considéraient comme sacrée. Ils pensaient que marcher autour de la Kaaba apportait le bonheur et le salut et que courir entre les collines voisines de Safa et de Marwa, au sommet desquelles deux autres idoles avaient été placées, était nécessaire pour rendre les prières efficaces. Chaque groupe de pèlerins devaient crier ses supplications à son idole tout en faisant leur circumambulation autour de la Kaaba et en courant de Sara à Marwa.

L'oeil perçant et l'intelligence de Mohamed ont dû l’inciter, dès l'âge de onze ou de douze ans, à commencer à se demander si une quelconque force cachée résidait dans la pierre noire et si une quelconque action pouvait procéder de statues sans vie. Ses doutes peuvent avoir résulté d'une expérience personnelle. Il n’est nullement improbable qu'en sa douleur et son angoisse spirituelle il ait adressé plein d’espoir des réclamations ardentes aux idoles et n'ait obtenu aucun résultat. Cette hypothèse est soutenue par des versets dans deux sourates qui sortirent de sa bouche trente ans plus tard : "N'ayez pas plus à faire avec les ordures!" (c.-à-d. les idoles; sourate 74, Al Mouddathir, verset 5), et "Ne vous a-t-Il pas trouvé égaré et vous a guidé?" (sourate 93, od-Doha, verset 7).

Les chefs qorayshites eux-mêmes pouvaient difficilement être ignorants des faits. Ils vivaient près du temple et pouvaient voir que les objets en pierre ne bougeaient pas ni n’émettaient de grâce ni n’accordaient de miséricorde. Le silence des qorayshites et leur culte de Lat, Manat, et Ozza n’étaient peut être dus qu’à l'intérêt. Il existe une maxime persane qui dit que la sainteté d'un saint dépend du gardien de son tombeau. Si les chefs qorayshites perdaient la garde de la Kaaba, leur revenu cesserait et leur commerce florissant avec la Syrie diminuerait faute de bédouins pèlerins venant à La Mecque à qui ils pouvaient vendre cher et acheter à bon marché.

Les inspirations de l'âme visionnaire de Mohamed doivent avoir surgi pendant les longues journées qu'il a passées dans la solitude effrayante observant les chameaux cherchant leur maigre nourriture dans le désert roussi par le soleil. L'approche du coucher du soleil, quand il rassemblait les chameaux et les ramenait à la ville, devait le ramener à la réalité. Il devait les appeler, les bousculer, et les empêcher de s'égarer, afin de les ramener sains et saufs pour la nuit à leurs propriétaires.

Dans l'obscurité de la nuit ces inspirations devenaient visions, et au soleil du matin, de retour dans le désert monotone, elles recommençaient. Peu par peu elles ont pris forme dans les profondeurs de son esprit.

Une personnalité introvertie, encline à méditer et à rêver loin du bruit et privée des plaisirs normaux, deviendra plus introvertie à chaque année passée dans le désert. Un jour, soudainement, un fantôme pourra apparaître ou elle pourra entendre un éclaboussement de vagues d’une mer inconnue.

Après plusieurs années de la même routine, une expérience nouvelle fit une marque profonde dans l'esprit de Mohamed. À onze ans il accompagna son oncle Abu Taleb à un voyage en Syrie. Là il vit un monde différent et plus lumineux sans ces marques d'ignorance, de superstition, et de grossièreté répandues parmi les mecquois. Les personnes qu'il rencontra étaient polies, l'atmosphère sociale étaient plus heureuses, et les coutumes admises étaient d'un ordre supérieur. Ces observations ont dû s’ajouter au trouble de son âme. C'était probablement là qu'il a perçu pour la première fois combien son propre peuple était primitif, rude et superstitieux; peut-être là également qu’il commença à souhaiter qu’il pourrait y avoir une société plus ordonnée, moins superstitieuse et plus humaine. On ne sait pas avec certitude s'il entra pour la première fois en contact avec des adeptes des religions monothéistes au cours de ce voyage, et il semblerait qu’il était alors trop jeune pour apprendre quoi que ce soit de tels contacts; mais l'expérience doit avoir impressionné son esprit perceptif et inquiet, et l'avoir peut-être convaincu de faire un autre voyage. Certaines déclarations rapportées indiquent qu’à ce deuxième voyage il n'était plus trop jeune et qu'il a avidement écouté les informateurs religieux.

Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi on en sache si peu sur l'enfance et la jeunesse du Prophète Mohamed. Il n'y avait rien important dans la vie d'un orphelin élevé sous la tutelle d'un oncle. Personne n'a jugé utile de conserver un quelconque souvenir du Mohamed de cette époque. La plus grande partie de ce que j’écris ici sont seulement des conjectures basées sur l’hypothèse de ce que la solitude et la monotonie du quotidien d’un gardien de chameau dans un désert pourraient entraîner chez un enfant introspectif, imaginatif et visionnaire.

Il est possible que beaucoup des versets Coraniques qui plus tard sortirent de sa bouche angoissée soient l'écho de ses rêveries de jeunesse et de ses impressions d’alors sur la nature et sa création. Par exemple : «Est-ce qu’ils considèrent jamais les chameaux, comment ont-ils été créés? Et le ciel, comment a-t-il été élevé ? Et les montagnes, comment ont-elles été érigées ? Et la terre, comment a-t-elle été étalée ?» (sourate 88, al-Ghashiya, versets 17-20).

L'étude des sourates mecquoises donne quelques aperçus de l'âme remplie de visions d'une personne éloignée des bienfaits matérielles de la vie et sous l’emprise d’une communion avec lui-même et la nature. Ces sourates expriment également l'indignation de la vantardise des hommes vaniteux tels qu'Abu Lahab12 et Abu'I-Ashadd13.

Plus tard, lorsque le succès des prêches de Mohamed eut exalté son prestige, des croyants cultivèrent les champs fertiles de leur imagination et inventèrent des fables telles que celles que l’on trouve dans les travaux de Tabari et de Waqedi, cités dans le chapitre précédent.

Un autre point important à considérer, bien qu’il ne sera pas discuter en détail ici, est que les auteurs musulmans dépeignent les conditions dans le Hedjaz, et en particulier à La Mecque, avant la mission du Prophète Mohamed, comme plus sombres qu'elles ne l’étaient réellement. Selon la plupart des récits, les Arabes de ce temps auraient vécu dans l’obscurité totale de la barbarie et de l’idolâtrie, sans qu’aucune étincelle d’une pensée élevée ni de croyance religieuse n’y soit apparue. Cette exagération a été probablement motivée par le désir de souligner le changement opéré par l'élévation et l'enseignement du Prophète. Pourtant un certain nombre de savants modernes des pays arabes, comme Ali Jawad, Abdullah Samman, Taha Hosayn,14 Mohamed Hosayn Haykal, Mohamed Ezzat Darwaza, et le professeur Haddad, ont établi que le Hedjaz du sixième siècle possédait une certaine civilisation et qu’un théisme naissant n’était nullement aussi négligeable qu’on ne le suppose généralement. A partir des recherches de ces savants, de divers indices et des sources anciennes, on peut considérer comme certain qu'une réaction contre l’idolâtrie avait commencé dans le Hedjaz dans la deuxième moitié du sixième siècle.

Dans une certaine mesure cette réaction était due à la présence de tribus juives, en particulier à Médine, et des chrétiens de Syrie qui voyageaient dans le Hedjaz, et aussi, dans une certaine mesure, le travail d’hommes de réflexion connus sous le nom de hanif. Le récit suivant provient de la biographie du Prophète d’Ibn Hesham15: "un jour les qorayshites se réunirent dans une palmeraie près de Taïef pour célébrer le festival d'Ozza, la déesse chef des Banu Thaqif. Quatre d'entre eux se retirèrent et parlèrent entre eux, 'Ces personnes font fausse route. Elles ont perdu la religion de notre ancêtre Abraham’. Puis ils ont crié au gens, 'choisissez une religion différente de cela ! Pourquoi marchez-vous autour d'une pierre que ni ne voit ni n’entend et ne peut ni vous aider ni vous nuire ?' Ces quatre hommes étaient Waraqa ben Nawfal, Qbaydollah ben Jahsh, Othman ben al-Howayreth, et Zayd ben Amr. Depuis lors ils se sont appelés eux-mêmes hanif et ont révélé leur choix de la religion d'Abraham. Le dernier des quatre exprima ces mots dans sa prière : 'ici je suis, dans la vérité, dans le culte et l’humilité. Je prends refuge où Abraham a pris le refuge. J'étais loin de Toi Je mérite quoi qui puisse advenir.' Alors il s'est mis à genoux et a mis sa tête à terre."

Bien qu'il ne peut y avoir aucun doute que l'ignorance et la superstition prédominaient dans la majeure partie de l'Arabie et que idolâtrie était pratiquée par la grande majorité, le monothéisme n'était pas une nouveauté et était bien compris dans le Hedjaz, en particulier à Médine et dans le nord où résidaient les tribus juives et chrétiennes. Avant Mohamed, des poètes étaient apparus dans diverses régions de l'Arabie et dans leurs prêches mettaient en garde contre l’idolâtrie; certains d'entre eux sont mentionnés dans le Coran, à savoir Hud du peuple des Ad, Saleh du peuple des Thamud, et de Sho'ayb de Medyan. Les sources arabes mentionnent des prédicateurs nommés Hanzala ben Safwan, Khaled ben Senan, Amer ben Zareb al Adwani, et Abdullah al-Qoda'i. Est mentionné aussi un poète et orateur éloquent, Qass ben Sa'eda al-Iyadi, qui, dans les récitations annuelles de poésie à la foire d’Okaz près de La Mecque, et même à la Kaaba, appelait les gens dans de fervents vers et sermons à renoncer à l’idolâtrie. Omayya ben Abi's-Salt, un contemporain de Mohamed et membre de la tribu Thaqif à Taïef, étaient un avocat du monothéisme et un hanif particulièrement renommé.

Il fit de fréquents voyages en Syrie, où il passa beaucoup de temps en conversation avec des prêtres chrétiens et des érudits juifs. C'était là qu'il entendait les nouvelles sur l’émergence de Mohamed. Bien qu'on dise que les deux se rencontrèrent, il n'est pas devenu musulman. A son retour à Taïef, on rapporte qu’il a dit à un de ses amis, "J’en sais plus au sujet des livres et des traditions des autres religions que Mohamed. Je connais également l’araméen et l’hébreu. J'aurais meilleur droit que lui à la prophétie." Selon Bokhari,16 Mohamed dit que "Omayya ben Abi's-Salt n’était pas loin de devenir musulman"

La poésie, particulièrement la poésie d'une jeune nation, donne des images vives des sentiments et des coutumes. Dans la poésie arabe de la période préislamique, il y a des vers qui pourraient s'être composés par un musulman, comme ceux de Zohayr : 17

"Ne cachez à Dieu ce qui est dans vos âmes,
car même aussi soigneusement caché et dissimulé
Dieu le saura !
Soit se sera ajourné, mis dans un livre
et noté pour un jour du jugement,
soit ça comparaîtra aussitôt et sera jugé
"

Ou ceux-ci par Abdullah ben al-Abras :

"C'est Lui que le peuple désire adorer,
parce que ceux qui quêtent Dieu ne seront pas déçus.
Grâce à Dieu tous les bienfaits sont à portée de main;
mentionner seulement quelques uns d’entre eux est déjà une victoire.
Dieu n'a aucun associé, et Il sait ce que les cœurs cachent.
"

On mentionne que Mohamed cita un fois un poème de Labid : 18

"Hors Dieu,
tout est vain
toutes les prospérités ont une fin.
"

Il est remarquable que ceux-ci et quelques autres poètes préislamiques emploient le mot Allah pour Dieu, et que plusieurs qorayshites païens, y compris le père de Mohamed, ont été appelés Abdullah qui veut dire l'esclave de Dieu. Ceci indique que le mot Allah était bien connu d’eux, bien que les idoles aient été pensées comme des moyens d'approcher Dieu - un concept qui est mentionné dans le Coran (sourate 10, verset 19).

Un autre poète préislamique, Amr ben Fadl, rejetait catégoriquement les idoles des Arabes :

"J'ai tout à fait abandonné Lat et Ozza
Tout homme fidèle et constant fera de même.
Plus jamais je ne visiterai Ozza et ses deux filles
ou les deux idoles du Banu Ghanm.
Ni ne visiterai Hubal quand, comme ça se produit souvent,
Le sort est défavorable; car ma patience est légère.
"

L'appel à rejeter idolâtrie et d’adorer un grand Dieu n'était donc pas sans précédent. Ce qu'il y avait de neuf était l’insistance pressante. Le miracle de Mohamed fut qu'il a fermement fait face à toutes les insultes, harcèlements, et rejets, et il n’a jamais reculé à toutes les étapes jusqu'à ce qu'il ait imposé l'Islam à l'Arabie et ait unifié les différentes tribus arabes sous un drapeau.

La mentalité de ces tribus était généralement primitive, uniquement intéressées par les choses visibles et tangibles et peu familières avec les idées métaphysiques. Leur seul but était le gain immédiat. Elles n’avaient aucun scrupule à se saisir de la propriété d’autrui et rien ne les arrêtait dans la course au pouvoir. Un bon exemple de leur façon de penser est la remarque déjà citée d'Abu Jahl à Akhnas ben Shariq comme quoi la prophétie de Mohamed aurait été une ruse des Banu Abd Manaf pour reconquérir leur domination. La même idée réapparaît dans le souhait du calife omeyyade Yazid ben Mo'awiya (680-683) que les hommes que Mohamad avait défaits à la bataille de Badr (en 624) puissent voir comment les troupes omeyyades avaient défait les Banu Hashem et tué Husayn ben Ali à la bataille de Karbala (en 680). On rapporte que Yazid dit en vers :

"Les Hachémites jouent pour le pouvoir
Mais aucun mot ne vint, aucune révélation ne descendit.
"

LE PROBLEME DE LA PROPHETIE

Ces derniers temps de nombreux savants ont fait des études détaillées de la naissance et de la diffusion de l'Islam, de la signification et de l'arrangement du Coran, des causes de la révélation des versets, des origines et du développement des Hadiths. Un travail de valeur a été accompli par de grands savants occidentaux tels que Theodor Noldeke, Ignaz Goldziher, Alfred von Kremer, Adam Mez, Régis Blachère, et d'autres. Ils ont examiné les problèmes avec une précision microscopique et d'un point de vue purement scientifique. Leurs écrits ne montrent aucune trace de fanatisme ni ne désirent déprécier l'Islam. Dans leur recherche ils ont employé des sources islamiques authentiques et fiables.

Il y a également des auteurs européens dont le fanatisme religieux obscurcit la vision. Ils décrivent Mohamed comme un aventurier et un imposteur et le Coran comme son outil pour gagner le pouvoir. S'ils avaient pareillement critiqué Moïse et Jésus, leurs vues pourraient être dignes de considération (quoique ce serait hors de l’objectif de ce livre); mais ils présupposent que Moïse et Jésus ont été désignés par Dieu et que Mohamed ne l'était pas. Leurs thèses ne sont soutenues par aucune preuve rationnellement acceptable.

En réponse aux tenants de telles vues, il est préférable de commencer par discuter de la question de principe. Ils doivent logiquement accepter le principe de la prophétie car leur point de vue implique l'acceptation dans un cas et le rejet dans l’autre.

Certains penseurs profonds tels Mohamed ben Zakariya al-Razi19 et Abul-Ala al-Ma'arri20 ont rejeté le principe même de la prophétie. Ils ont trouvé les arguments théologiques selon lesquels la nécessité générale des prophéties est illogique et peu vraisemblable.

Tandis que les théologiens disaient que Dieu dans Sa grâce désigne une personne pour prévenir Son peuple contre les péchés et les mauvaises actions, les rationalistes ont argué du fait que si Dieu avait été préoccupé par la vertu et harmonie de Son peuple, Il les auraient créés tous innocents et bons, dans ce cas il n'y aurait eu aucun besoin d'envoyer un Prophète. La réponse habituelle est que le bien et le mal n'ont pas été créés par Dieu, qui est pure bonté, et que les propensions pour le bien et le mal sont inhérentes à la nature humaine. Nous sommes alors obligés de nous demander qui donne à un individu sa nature particulière avec ses bonnes et mauvaises potentialités.

Les êtres humains commencent leur vie avec une nature déterminée par leurs parents au moment de la conception. Chaque enfant nouveau-né vient au monde avec certaines caractéristiques physiques et par conséquent avec les caractéristiques psychologiques et mentales qui dépendent de sa constitution physique. Personne ne peut volontairement déterminer sa propre puissance cérébrale, son énergie nerveuse, et ses instincts, pas plus qu'il ne peut choisir la couleur de ses yeux, la forme de son nez, sa pression cardiaque, sa stature, ou ses capacités physiques telles que la vue. Quelques individus sont de tempérament calme et modéré, d'autres sont turbulents, têtus, et enclins aux excès. Ceux ayant des personnalités bien équilibrées ne dérangent pas la liberté et ne violent pas les droits des autres. Ceux ayant des personnalités agressives commettent souvent des actes violents.

S’il est dit que les Prophètes sont envoyés pour changer la nature des gens, la question se pose si une personnalité déséquilibrée peut être transformée en personne équilibrée, plus sûrement qu'une peau noire peut devenir blanche. Si c'est possible, pourquoi l'histoire de la race humaine depuis son adoption de la religion a été ainsi souillée par la violence, la cruauté, et le crime ? Nous sommes bien obligés de conclure que les envois des Prophètes par Dieu à l'humanité n'ont pas réussi à rendre tous les hommes et femmes bons et heureux. Un observateur objectif pourrait remarquer qu'une manière plus sûre pour que Dieu réalise ce but aurait été qu'il crée en premier lieu tous les hommes et femmes bons.

Les théologiens ont une réponse toute prête à cette critique. Ils disent que la vie dans le monde actuel est un essai, que le bien et mal doivent être autoritairement définis, et que l’envoi d'un Prophète est une sorte d’avertissement annonçant aux bienfaisants, qui obéissent aux commandements, leur future récompense dans le ciel et aux malfaisants, qui y désobéissent, leur future punition méritée.

Les dénégateurs des prophéties disent que la notion de la vie comme essai est grossière et insoutenable. Pourquoi Dieu voudrait-Il tester Ses serviteurs alors qu’Il connaît leurs pensées secrètes mieux qu'eux-mêmes ? Pourquoi voudrait-Il qu’ils se rendent compte de leurs mauvaises actions ? Ils ne se pensent pas eux-mêmes comme mauvais et ne voient pas leurs actions comme des péchés, parce qu'autrement ils ne les commettraient pas. Ils agissent de manière conforme à leur nature et leur tempérament. Si tous les individus avaient des natures identiques, le fait que certains obéissent et d'autres désobéissent aux Prophètes seraient inexplicables. En d'autres termes, tous les individus nécessairement soit obéiraient soit désobéiraient si les bonnes et mauvaises propensions en leurs natures étaient uniformément distribuées.

Hormis ces considérations générales, les théologiens musulmans ne doivent pas oublier les nombreux versets coraniques qui rendent les erreurs et la rectitude humaines dépendantes de la volonté de Dieu. Par exemple, "Vous ne guidez pas ceux que vous aimez, mais Dieu guident ceux qu'Il veut" (sourate 28, verset 56); "Ceux que Dieu déroute n'ont aucun guide" (sourate 39, verset 24); "Et si nous avions ainsi voulu, nous aurions donné à chaque âme ses conseils" (sourate 32, verset 13). Le nombre de versets qui déclarent que les conduites et l'erreur sont de la seule volonté de Dieu est si grand qu'il serait impossible de les citer tous ici.

Ces versets, et l'incapacité des Prophètes de changer radicalement l'humanité, montre le non-sens des efforts des théologiens à prouver la nécessité générale de la prophétie.

L'erreur de base dans le raisonnement des théologiens de l'Islam et des autres religions se situe dans leur concept de la création. Leur croyance dans l'existence des Prophètes envoyés par le Créateur et Soutient de l'univers dépend de leur croyance dans le Créateur, et leur croyance dans le Créateur exige la supposition que l'univers est contingent et fut créé ex nihilo, en d'autres termes que l'univers n’existait pas jusqu'à ce que le Créateur l'ait amené à l'existence. Cette hypothèse n'est pas vérifiable, comment pourrions-nous savoir s'il y avait un temps sans aucun univers, ni aucune trace d'êtres ? L'hypothèse que la terre et le système solaire et les étoiles et les nébuleuses n'ont pas toujours existé est admissible, mais la supposition que leurs éléments les composant n'aient pas existé par le passé puis ensuite sont venus à l’existence semble difficilement raisonnable.

Il semble plus raisonnable de supposer le contraire, à savoir la préexistence des atomes à partir desquels la fusion du Soleil a émergé, bien que nous ne sachions pas avec certitude quels facteurs ont causé la fusion et cette émergence du Soleil. Cette hypothèse est étayée par des observations qui montrent un processus continuel d’émergence et d’extinction des étoiles. Venir à l’existence n'est en conséquence pas une genèse de substance mais un de changement de forme. Dans ce cas, l'argumenter en faveur de l'existence d'un Créateur devient difficile.

Un autre problème qui survient si nous supposons que l'univers n'a pas existé jusqu'à ce qu'il fût créé par Dieu tout Puissant, est le but de sa création. Bien que nous nous donnons beaucoup de mal et exaltons nos esprits, nous ne trouvons pas de réponses aux deux questions: pourquoi l'univers n'a-t-il pas existé avant, et pourquoi Dieu a-t-il choisi de le créer ? La raison pure est aussi impuissante pour résoudre ces problèmes qu'elle l’est pour prouver ou réfuter l'existence du Créateur.

Dans cette confusion, une chose semble certaine à nos esprits terre à terre. Nous les humains ne sommes pas, ou ne souhaitons pas être, dans la même catégorie que les autres animaux terrestres. Les humains peuvent penser, et depuis les temps les plus reculés ils ont supposé qu'il doit y avoir une personne qui a lancé et commande le système et exerce des influences favorables et défavorables. Cette idée, qu’elle soit soufflée par le raisonnement ou par la fierté de se distinguer des autres animaux, a poussé les humains à construire les religions.

Dans toutes les sociétés, de la plus primitive à la plus avancée, des croyances religieuses sont apparues et restent fortes. Chez les peuples primitifs elles sont entachées de superstitions et d'illusions. Chez les peuples avancés elles ont acquis des aspects moraux et sociaux sous l'influence des grands penseurs, dont les enseignements ont par la suite mené ces peuples à adopter des façons de vivre plus civilisées et plus équitables.

Ces grands hommes se sont manifestés dans des rôles de législateurs, réformateurs, ou comme philosophes, tels Hammourabi, Confucius, Bouddha, Socrate et Platon. Dans les peuples sémitiques, ils se sont toujours présentés en tant que Prophètes, c'est-à-dire en tant que porte-parole autoproclamé de Dieu.

Moïse est monté au mont Sinaï, en a rapporté des tables, et décrété des lois pour reformer les manières des enfants d'Israël. Jésus, trouvant les juifs enfermés dans la vanité et la fausse piété, est venu pour enseigner une morale meilleure. Il a comparé Dieu à un père affectueux, et soit il a parlé de lui comme fils de ce père céleste ou soit il a été décrit ainsi par ses disciples; une autre possibilité est que les quatre Evangiles déforment ou accentuent ce qu'il a dit.

Six siècles plus tard Mohamed apparu dans le Hedjaz et a lancé un appel à la réforme. En quoi a-t-il différé de Moïse et de Jésus ? Les croyants à l’esprit simple font des miracles le critère de la prophétie. Les auteurs islamiques ont donc attribué des centaines, et même des milliers, de miracles à Mohamed. Plus remarquable encore est l'attitude d'un savant arabe chrétien moderne appelé Haddad. En son livre érudit et bien renseigné, Le Coran et la Bible, il cite de nombreux passages coraniques comme preuves qu'aucun miracle n'a été jamais réalisé par Mohamed, et puis naïvement il déclare que les miracles sont des preuves de prophétie et que les miracles de Jésus et de Moïse montrent qu'ils étaient des prophètes. Tous les miracles cités entrent dans la catégorie de l’imagination ou des hallucinations invérifiables. Si Jésus avait vraiment redonné vie à un corps humain mort, personne dans la communauté juive contemporaine n'aurait hésité à s’incliner vers lui et croire en lui. Si Dieu avait voulu que toutes les personnes croient en l'un de ses Serviteurs et tirent bénéfice des enseignements de cette personne, assurément il aurait été plus simple et plus sage que Dieu rende toutes les personnes bonnes, ou dote cette personne de pouvoir sur les esprits plutôt que du pouvoir de ressusciter les morts, d’arrêtez l'écoulement des fleuves, d’empêchez le feu de brûler, et autres choses semblables.

Le problème de la prophétie doit donc être approché d'un autre angle. Elle doit être vue comme une sorte de génie mental et spirituel, particulier à un individu extraordinaire.

Parmi les chefs militaires il y a eu des individus tels que Cyrus, Alexandre, César, Nader, et Napoléon qui ont eu le génie de planifier et gagner des guerres, sans qu'ils n'aient rien eu à enseigner à leur prochain. Dans les domaines scientifiques et artistiques des hommes tels que Ibn e Sina (Avicenne), Nasir od-Din Tusi, Edison, Einstein, Leonard de Vinci, Beethoven, Homer, Ferdowsi, Abul-Ala al-Ma'arri, Hafez, et des centaines d’autres ont éclairé le cours de la civilisation avec des découvertes, des inventions, et des chefs d'oeuvre de l’art et de la pensée. Pourquoi un être humain ne devrait-il pas posséder le génie semblable dans le domaine spirituel ? Il n'y a aucun fondement raisonnable pour exclure l'apparition d’individus qui dans les profondeurs de leur esprit conçoivent l'idée de l'Etre Absolu et par la force de la méditation atteignent graduellement une sorte de découverte ou de révélation qui les pousse à enseigner et guider les autres.

Un processus de cette sorte avait commencé dans l'esprit de Mohamed pendant son enfance et l'avait incité à rencontrer et à parler avec des prêtres chrétiens durant son voyage syrien au lieu de passer tout son temps aux affaires commerciales. A son retour, par les terres de Medyan, de Ad et de Thamud, il avait entendu les légendes des peuples locaux. A La Mecque elle-même il avait rendu visite a des adeptes des religions du Livre. Il s'était assis pendant des heures dans le magasin de Jabr près de la colline de Marwa, et avait été en contact constant avec le cousin de Khadîdja, Waraqa ben Nawfal; dont on dit que qu’il a traduit une partie du Nouveau Testament en arabe. Toutes ces expériences sont susceptibles d'avoir transformé l'inquiétude toujours présente dans son esprit en tumulte.

Il y a une référence dans le Coran à ces longs et aride fréquents entretiens de Mohamed avec Jabr. Les qorayshites alléguèrent que Mohamed avait appris les paroles du Coran de Jabr, qui était un étranger. La réponse est donnée dans le verset 105 de la sourate 16 (on Nahl) : "Et Nous savons ce qu'ils disent, ‘Ce n’est qu’un humain qui lui enseigne.' La langue de la personne à laquelle ils font allusion est étrange, alors que celle-ci est en arabe clair". Les biographies du Prophète mentionnent plusieurs autres adeptes des écritures et des détenteurs de savoir à qui il a rendu visite avant le début de sa mission, par exemple A'esh, la sage de la tribu Howayteb, Salman l'al-Farsi, et Belal l'abyssinien. Abu Bakr eut également des discussions avec lui à cette époque et fut d'accord avec lui.

En partant des récits des rencontres de Mohamed donnés par ses biographies, de certain Hadiths, et des témoignages de certains versets coraniques, un étudiant réfléchi peut retrouver les faits. Toutes ces sources indiquent qu'un processus d'agitation intérieures et l’absorption par une idée a culminé en Mohamed voyant une apparition, qui se devine dans les cinq premiers vers de la sourate 96 (al-Alaq): "Récite au nom de votre Seigneur qui a créé, créé l’humanité d'un caillot de sang ! Récite! Et votre Seigneur est généreux, Lui qui a enseigné par la plume, enseigné à l'humanité ce qu'elles ne savait pas."

Le Prophète Mohamed à l'heure de son rendez-vous avait quarante ans, de stature moyenne, avec un teint pâle tendant à la rougeur, les cheveux noirs, et l’œil noir. Il plaisantait et riait rarement; et lorsqu'il riait il tenait sa main devant sa bouche. Il marchait pesamment et sans hâte, ne regardait jamais d’un côté ou de l'autre. Bien qu'il semble probable, sur la foi de certains passages, qu'il ait pris part à certaines des cérémonies rituelles de sa communauté, il ne s'était jamais associé aux amusements des jeunes qorayshites ou toutes autres frivolités. Il avait gagné une réputation d'honnêteté, même parmi ses adversaires. Depuis qu’il avait été délivré des soucis pécuniaires par son mariage avec Khadîdja, il consacrait beaucoup de temps aux sujets spirituels. Comme la plupart des hanifs, il considérait Abraham comme le modèle parfait de la dévotion à Dieu, et naturellement il détestait l’idolâtrie de son peuple. Selon l’opinion de Taha Hosayn, la majorité des chefs qorayshites avaient vraiment cessé de croire aux idoles de la Kaaba, mais essayaient de maintenir un respect apparent car l'idolâtrie régnait toujours parmi les bédouins et le culte leur apportait des avantages financiers et sociaux.

Mohamed était prudent et réfléchi quant aux choix des mots. Il était timide, selon une source "plus timide qu'une jeune vierge.". Son éloquence était puissante et toujours exempte de tautologie et de prolixité. Il avait de longs cheveux couvrant presque la moitié de ses oreilles et il portait habituellement une coiffe blanche. Il avait habituellement cheveux et barbe parfumés. Il était d’un tempérament disposé à la modestie et à la bonté. Quand il serrait la main de quelqu'un, il ne retirait jamais sa main le premier. Il réparait lui-même ses vêtements et ses chaussures. Il se mêlait aux subalternes et accepta un jour l’invitation d'un esclave, avec qui il s’assit par terre et mangea quelques dattes. En prêchant il élevait parfois la voix, en particulier pour condamner les mauvaises actions et alors ses yeux rougissaient et son visage s’empourprait.

Une autre des autres qualités de Mohamed était le courage. Pendant les batailles il s’appuyait sur un arc et encourageait les musulmans à combattre. Parfois quand la crainte de l'ennemi saisissait les guerriers de l'Islam, il allait à l'avant près de l'ennemi devant ses hommes. En dépit de ceci, il n’a qu’une seule fois tué de sa propre main, et c'était pour parer un coup mortel.

Voici quelque unes de ses paroles qui ont été rapportées :

"Si une personne s’associe avec un pécheur en sachant que c’est un pécheur, cette personne n’est pas un musulman"
 "Si une personne se remplit l’estomac alors qu’il y quelqu’un qui a faim à côté, cette personne n’est pas un musulman"
 "Une bonne moralité c’est la moitié de la religion."
 "Le meilleur Djihad est de dire un mot de vérité à un pécheur"
 "Les plus forts d’entres vous sont ceux qui contrôlent leur colère."

SON RENDEZ-VOUS

Le mont Hera est une hauteur rocheuse et aride à trois miles au nord-est de La Mecque. Sur ses pentes presque inaccessibles il y a quelques cavernes dans lesquelles des hanifs ascétiques avaient l’habitude de faire des retraites de méditation solitaire.

Mohamed le fit un certain temps. Un fort désir de se sentir loin du vacarme de la vie et d'être seul l'avait souvent entraîné à cet endroit. Parfois il prenait des réserves de nourriture et ne rentrait pas chez lui jusqu'à ce qu'elles soient finies; parfois il y allait tôt le matin et rentrait le soir venu.

Un jour de l'année 610, alors que Mohamed devait rentrer le soir, il ne vint pas, et Khadîdja qui devenait de plus en plus inquiète, envoya quelqu'un à sa recherche, mais peu après Mohamed apparu à la porte, tremblant et pâle. Il dit, "Enveloppez-moi !" Ce qu’ils firent. Plus tard, quand sa force fut revenue et son agitation passée, il raconta à Khadîdja l'expérience qui l'avait mis dans cet état.

Le récit d’Aïcha qui suit est cité dans les collections fiables de Hadiths de Bokhari, Moslem ben al-Hajjaj, Abu Da'ud ot-Tayialesi, Ibn Abd al-Barr, Nowayri, et Ibn Sayyed on-Nas, et dans les Mosnad (compilation) du célèbre théologien Ahmad ben Hanbal (780-855) :

"Le début de la révélation fut une vision sacrée qui vint au Prophète aussi lumineuse que le lever du jour. Au coucher du soleil, un jour qu'il avait passé dans la caverne du Mont Héra, un ange est apparu devant lui et lui dit, 'Récite!' Le Prophète répondit, 'Je ne peux pas réciter.'"21 selon ce récit, Mohamed décrivit ainsi son expérience à Khadîdja :

"Il (l'ange) m'a pris et m'a serré si durement que ça a dépassé mes forces. Quand j’ai retrouvé mes esprits, il me dit à nouveau 'Récite !' et j’ai répété 'Je ne peux pas réciter.' Il m'a encore serré jusqu'à ce que je sois devenu sans force, et m'a alors libéré et a dit, pour la troisième fois, 'Récite !' De nouveau j’ai répété, 'Je ne le peux pas'. Une fois de plus il m'a serré puis m’a libéré. Alors il a dit 'Récite au nom de votre Seigneur qui a créé, créé l’humanité d'un caillot de sang ! Récite ! Et votre Seigneur est généreux, Lui qui a enseigné par la plume, enseigné à l'humanité ce qu'elle ne savait pas'. Alors l'ange a disparu, et j'ai retrouvé mes esprits et j’ai marché jusqu’à la maison.". Plus tard Mohamed dira à Khadîdja qu'il avait craint pour sa vie. Comment ces mots devraient-ils être interprétés ? Qu’est ce qui l'avait tant effrayé ? Avait-il supposé qu'il perdait la raison, qu'il avait été victime de sorcellerie ou frappé par une maladie incurable ? Une telle possibilité peut être déduite de la réponse consolante de Khadîdja : "Le Seigneur ne vous priverait jamais de Son attention alors que vous êtes si honnête, si bon pour les pauvres, si hospitalier, si affectueux à votre famille, et si utile aux affligés."

Après cette conversation et le rétablissement de Mohamed, Khadîdja sortit de la maison en hâte pour raconter à Waraqa ben Nawfal ce qui venait de se produire. Ayant toujours détesté l’idolâtrie mecquoise, Waraqa avait longtemps encouragé Mohamed de s’éloigner les sottises qorayshites et de pratiquer des méditations spirituelles. Il dit à Khadîdja, "Cet événement montre probablement que Dieu s'occupe de lui et l'a désigné pour guider son peuple."

Il n'y a rien de surnaturel dans le récit d'Aicha. Tout y est conciliable avec les connaissances générales en psychologie.

Un fort désir peut faire que son objet apparaisse vrai et concret. Formé par presque trente années de méditation, renforcé par des contacts avec des adeptes des religions du livre, et suralimenté par des retraites ascétiques du Mont Héra, le désir de Mohamed a acquis la forme d’une vision ou, dans la terminologie mystique, d’une illumination. Sous une forme personnifiée, un appel pour l'action a surgi des profondeurs de son subconscient. La crainte d'agir a pesé très fortement sur lui au point de provoquer une prostration et un évanouissement. Aucune autre explication de cet ange le serrant jusqu'à ce qu'il soit devenu sans force n'est imaginable. L'ange a personnifié l'aspiration longtemps latente dans les profondeurs de son être.

Cette analyse, bien qu'hypothétique, est étayé par un autre témoignage, selon lequel Mohamed dit à Khadîdja : "Tandis que je dormais, il (l'ange) m'a apporté un morceau de brocard {tissu lourd souvent orné de fils d'or ou d'argent}, dans lequel il y avait un livre, et a dit 'Récite !' Je me suis réveillé, et un livre a semblé s'être dessiné dans mon cœur." La fatigue d'un jour de méditation intense l'a plongé dans un sommeil transe dans lequel son aspiration latente a émergé, mais la tâche l'a intimidé.

Le récit d'Aicha, est ainsi formulé : "Alors l’Apôtre de Dieu est retourné le cœur palpitant. Il est allé vers Khadîdja et lui a dit, 'Enveloppe-moi'. Ils l'ont maintenu enveloppé jusqu'à ce que le tremblement ait cessé". Son tremblement avait été manifestement provoqué par une extrême crainte ou angoisse. Cet état est connu pour se produire chez les personnes qui mènent une double vie - une vie ordinaire combinée avec une vie intérieure ombragée, remplie de fantôme et inabordable.

Après cet événement, Mohamed alla deux fois en retraite dans la caverne du Mont Hera; mais là aucune vision n'est venue, aucun ange n’est apparu, aucune voix n’a retenti.

L'expérience entière n'était-elle pas plus qu'un rêve et une hallucination ? Le message de la désignation à la prophétie et la prédiction d’al Waraqa ben Nawfal n’étaient-ils que de vaines paroles ? Depuis lors, l'esprit de Mohamed fut tant assailli par un doute corrosif et obsessionnel qu'il a plus d’une fois pensé au suicide, de se jeter d'une falaise; mais Waraqa et Khadîdja ont toujours pu le calmer et lui redonner l'espoir.

La période pendant laquelle Mohamed ne reçu aucun message et n’entendit qu'aucune voix de l'invisible (dans la terminologie historique islamique, l'interruption de la révélation) est selon les sources de trois jours, trois mois, ou trois ans. Elle dura jusqu'à ce que la descente de la sourate 74 (al-Moddather). Puis la révélation cessa de nouveau.

Il n'est pas difficile de trouver la cause de l'interruption de la révélation. Après la vision ou l'illumination, la quête brûlante de son âme diminua. La manifestation de son souhait intérieur longtemps chéri éteignit les flammes. Naturellement doute et désespoir survinrent. Davantage de méditation était nécessaire pour rallumer le feu. Alors seulement, le Mohamed intérieur caché, extérieurement endormi, se réveillera et remuera à nouveau.

Le récit factuel d'Aicha du rendez-vous du Prophète a été cité ci-dessus. Pas beaucoup plus d’un siècle après sa mort, des récits d'un type très différent étaient en circulation. À cette époque l’imagination avait commencé à s'imposer sur les faits, et au fur et à mesure des années, la fabrique à mythe et les vendeurs de miracles sont devenus de plus en plus répandus et extravagants. La biographie du Prophète d'Ibn Ishâq, qui subsiste dans la recension {une révision critique d'un texte} d'Ibn Hisham, a déjà été mentionnée. Ibn Ishâq est mort en 767 et a écrit parfois avant cette date. Je cite quelques lignes de ce travail afin de donner aux lecteurs objectifs matière à réflexion:

"Les jours précédents le rendez-vous, alors que Mohamed s’éloignait des maisons de La Mecque pour soulager les demandes de la nature, dès que les maisons disparurent derrière les courbures du chemin, une voix disant la 'Paix sur toi, Ô Apôtre de Dieu !' retentit de chaque rocher et de chaque arbre devant lesquels il passait. Mais si l'Apôtre regardait d’un côté ou de l'autre, il ne voyait personne. Il y avait seulement des rochers et des arbres autour de lui". Les rochers sont naturellement inanimés, et les arbres n'ont pas des cordes vocales pour énoncer sentiments et pensées. L'histoire est si répugnante à la raison que plus tard beaucoup de théologiens et d’auteurs sur la vie du Prophète ne la crurent pas mais soutinrent que les voix étaient la voix des anges. Il n’est jamais venu à leurs cerveaux que ces voix pouvaient avoir été la voix de la propre âme de Mohamed. Des années de méditation et de concentration sur une idée tendent naturellement à concrétiser cette idée. Dans un esprit totalement engagé, l'idée pourra jaillir comme une voix.

De toute façon, ces théologiens qui, toute à leur inquiétude ne pas contester la vérité d'Ibn Hisham, ont attribué les voix aux anges, n’ont pas vu le corollaire évident de leur assertion. Si les anges avaient salué le Prophète, assurément ils l'auraient salué publiquement. Ainsi, tout le monde aurait cru en lui, et but de Dieu d'apporter l’Islam aux arabes aurait été accompli sans aucune peine. Admettons qu’à cette phase de l’histoire on ne pouvait s’attendre à ce que les théologiens reconnaissent que la voix (si c’est vrai) soit la voix de la propre âme de Mohamed; mais ils auraient pu prendre une autre question en considération. Si le Prophète avait entendu une telle voix quand il était hors de la ville et seul, comment est-ce que quiconque d'autre l’aurait su ? Il n'en a pas parlé lui-même; il n'y a aucun Hadith authentifié et fiable sur le sujet. Clairement, c'était un fruit de l’imagination des fabricants de mythes et des vendeurs de miracle.

Ibn Ishâq n'a pas menti au sens d'inventer délibérément des mensonges. Il a dû entendre l'histoire de quelqu'un et l'a acceptée inconditionnellement parce qu'elle était en accord avec sa propre foi et ses propres sentiments. Il n'a probablement jamais demandé à son informateur ou à lui-même si d’autres personnes avaient entendu les roches et les arbres saluant le Prophète ou s'il y avait une preuve que le Prophète lui-même n’ait jamais revendiqué les avoir entendus. Les seuls paroles relatées de Mohamed sur son rendez-vous sont celles du récit d'Aicha cité ci-dessus

Les gens ont tendance à être prisonniers de leurs croyances acquises et soumis à leurs appétits physiques et à leurs instincts. Quand c'est le cas, leur faculté de raisonnement est obscurcie. Au lieu de penser clairement, ils ignorent les faits qui peuvent entamer leurs convictions ou être en conflit avec leurs désirs et sautent sur la moindre occasion qui leur apporte des semblants de réalité à leurs suppositions et leurs espérances. Cette tendance a été la cause première de la diffusion de superstitions et d’illusions.

APRES SON RENDEZ-VOUS

On ne peut dater avec précision le début de la prédication de l'Islam, car la révélation a été interrompue pour une durée indéterminée après l’avertissement du rendez-vous donné à Mohamed, quand il eut quarante ans, dans les cinq premiers versets de la sourate 96. Qui plus est la prédication eut lieu un certain temps dans le secret et en cercle restreint. Les sept, ou dix sourates révélées après la sourate 96 indiquent que la prédication a rencontré dérision et rejet et que Mohamed a été hésitant et indécis. Malheureusement le Coran a été mal rédigé et son contenu fut ordonné stupidement. Tous les étudiants du Coran se demandent pourquoi les rédacteurs n'ont pas employé la méthode normale et logique de classement par date de révélation, comme dans la copie perdue d’Ali ben Abi Taleben Ceci aurait rendu le contenu plus significatif et donné aux générations futures une meilleure compréhension des débuts de l'Islam et des inspirations et des pensées de son fondateur.

L'initiative d'éditer le Coran vint d'Omar. Il était allé voir Abu Bakr après que ce dernier soit devenu calife, et argué du fait que le Coran devait être rassemblé et ordonné car avaient surgi trop de désaccords sur sa formulation et sa lecture. La question était pressante car des animaux avaient dévoré des copies sur branche de palmier appartenant à des compagnons du Prophète tués à la bataille de Yamama. Abu Bakr s’y opposa pour la raison que si l'édition avait été nécessaire, le Prophète l’aurait faite de son vivant; mais sur l'insistance d'Omar, Zayd ben Thabet, le dernier scribe qui avaient noté les révélations, fut appelé et chargé de rassembler le Coran. Plus tard, quand Omar fut devenu calife, Othman eut la responsabilité de ce travail. Lui et ses aides ordonnèrent les sourates selon leurs longueurs et inclurent beaucoup de versets mecquois dans des sourates médinoises et des versets médinois dans des sourates mecquoises.

L'étude des continuités thématiques, des contextes historiques et des événements mentionnés a permis aux musulmans et au savants européens en particulier Th. Nöldeke, de tenter de réordonner le contenu du Coran grosso modo selon les significations des versets et des dates de révélation des sourates.22

Ainsi les premières sourates mecquoises évoquent beaucoup les combats de l'Islam des premières années. Dans le sourate 93 (od-Doha), après deux invocations, viennent les mots "Votre Seigneur ne vous a pas abandonné, ni pris en aversion. La fin sera plus heureuse pour vous que le commencement. Votre seigneur vous donnera, et vous serez réjouis. Ne vous trouve t il pas orphelin et vous protège, vous trouve égaré et vous guide, vous trouvent dépendant et vous rende autonome ?". Que s'était-il produit pour que Dieu console et encourage ainsi Mohamed ? Est-ce que cette sourate avec son troisième verset "Votre seigneur ne vous a pas abandonné, ni pris en aversion," est descendue à la fin de la période de l'interruption de la révélation ? C'est ainsi que c’est interprété dans le Tafsir al-Jalalayn. Si l'interprétation est correcte, la sourate 93 doit être chronologiquement la deuxième sourate du Coran, bien qu'elle soit généralement assignée à la onzième place. La formulation de la sourate 93 suggère qu'elle a été descendue à Mohamed pour le consoler et l'encourager face au rejet de ses adversaires. De même dans les deux premiers versets juste après la sourate 94 (al-Ensherah), qui est réputée être chronologiquement la douzième, Dieu demande, "N’avons-nous pas encouragé ton cœur et libéré de ton fardeau ?". Ceux-ci et les versets restants ont pratiquement la même signification que la sourate précédente, et doivent également avoir été descendues pour dissiper l'inquiétude de Mohamed et pour renforcer sa résolution. Du point de vue objectif de la psychologie, les deux sourates peuvent être interprétées comme l’expression de la volonté et de l'espérance dans l’esprit même de Mohamed.

Après avoir pendant un certain temps prêché l'Islam dans le secret et un petit cercle, Mohamed reçut un nouveau commandement de Dieu dans le verset 214 de la sourate 26 (osh-Sho'ara) : "Et avertissez votre tribu, vos parents proches!". Il appela les chefs qorayshites à une réunion sur la colline de Sara, et quand tous furent assemblés, les sollicita pour embrasser l'Islam. Parmi eux Abu Lahab se leva et cria en colère, "Péris, Mohamed ! Tu nous as invités ici pour cela ?". La réponse au défi d'Abu Lahab est venue dans le verset 1 de la sourate 3 (al-Masad), dans lequel la même signification arabe de mot "péris" apparaît: "Périssez les mains d'Abu Lahab, et puisse qu’il (lui-même) périsse!". Abu Lahab était fier de sa richesse et de ses enfants. Dieu dit, "Sa richesse ne lui donnera pas la sécurité, ni les gains qu'il a faits. Il rôtira dans un feu flamboyant" (versets 2 et 3). Son épouse non plus, Omm Jomayyel, qui avait répandu des épines dans le chemin du Prophète, n’était laissée impunie : "Et son épouse, la porteuse des morceaux de bois, aura une corde de fibre de palmier à son cou."

L'étude des événements des treize années qui ont suivi le rendez-vous, et surtout l'étude des sourates mecquoises, met en évidence l'épopée d'un homme qui a fait face seul à sa tribu et que rien n’a arrêté dans son zèle à les convaincre et à en triompher. Il envoya même certains disciples en Abyssinie demander de l'aide au souverain de ce pays, le Négus. Il n’a jamais reculé devant la moquerie et la calomnie. Quand al-As ben Wa'al se moqua du Prophète (après la mort de son fils Qasem) de n'avoir plus d’héritier, le verset 3 de la sourate 108 (al-Kawthar) est descendu : "c'est ton moqueur qui est stérile."

Pendant la saison du pèlerinage, chaque fois que Mohamed approchait les chefs des tribus visitant la Kaaba pour les inviter à embrasser l'Islam, son influent oncle Abu Lahab avait l’habitude de le suivre pour leur dire devant lui, "Mon neveu est fou. Ne tenez aucun compte de ce qu'il dit !"

La sourate 52 (al-Tur), qui est une des sourates mecquoises la plus brillante et mélodieuse, donne quelques aperçus de la polémique de Mohamed avec ses compatriotes : "Rappelle (-leur) ! Par la grâce de ton Seigneur, tu n'es pas un diseur de bonne aventure et tu n'es pas fou. Ou s'ils disent, ‘Il est poète, nous attendrons et verrons ce que l'incertitude du destin a (en magasin) pour lui’, réponds, 'Attendez et vous verrez ! Je serai un de ceux qui attendent avec vous’" (versets 29-31). "Ou s'ils disent, 'Il l'a inventé'... qu’ils apportent un récit comme celui-ci s'ils disent vrai" (versets 33-34). D'autres exemples de la discussion et de l’énergie de Mohamed en parole et argumentation existent dans la sourate 20 (Taha).

Les versets 5-9 de la sourate 25 (al-Forqan) éclaircit le type d'accusation qui furent lancées à Mohamed: "Les incrédules disent : ‘Ce livre n'est qu'un mensonge qu'il a inventé ; on l'a aidé à le faire’. Ils commettent méchanceté et perfidie. Et ils ont dit, ‘Ce ne sont que d’anciennes fables, qu'il a mise par écrit ; elles lui ont été dictées le matin et le soir’ Réponds, ‘Il a été descendu par Celui qui connaît les secrets des cieux et de la terre et Il est indulgent et miséricordieux’. Et ils ont dit : ‘Quel est donc cet apôtre ? Il fait ses repas, il se promène dans les marchés. Pourquoi un ange ne descend ni ne prêche avec lui ? Pourquoi aucun trésor ne lui a été envoyé, ou pourquoi n'a-t-il pas un jardin pour manger ?’ Et les méchants ont dit, ‘Vous ne faites que suivre un homme touché par la sorcellerie.’"

Beaucoup de passages dans les sourates mecquoises dépeignent la controverse et les charges contre Mohamed. On a dit qu'il était un fou possédé par des génies, un sorcier, et un allié de Satan. On a dit que les versets coraniques étaient des incantations et formules d'un sorcier. Parfois on a dit que ses expressions devaient avoir été soufflées par d'autres parce qu'il ne savait ni lire ni écrire. Des critiques plus modérées ont dit qu'il était un visionnaire hanté des rêves sauvages, ou un poète exprimant ses rêves et notions en prose rimée:

On trouve aussi dans les sourates mecquoises des versets qui divergent du principal thème de la polémique. Ils montrent l’état d’esprit désespéré qui envahissait Mohamed et qui parfois affaiblissaient sa résolution. On peut en déduire que l'idée de se concilier ses adversaires lui soit alors venue durant ces états. Peut-être en échange d’une offre d'amitié il acceptait un certain compromis avec les polythéistes. Les versets 75-77 de la sourate 17 (al-Esra) évoque cette idée : "Ils t’ont presque tenté loin ce que Nous t’avons indiqué, (espérant) que tu pourrais fabriquer autre (chose) contre nous. Alors ils t’auraient en effet accepté comme ami. Et si Nous ne t’avions pas raffermi, tu aurais presque pu t’incliner un peu vers eux. Dans ce cas Nous t’aurions fait goûter une double (punition) dans la vie et une double (punition) dans la mort. Vous n'auriez alors trouvé aucune aide contre Nous."

Ces trois versets exigent une étude soigneuse. Y eut-il vraiment des moments où Mohamed se senti épuisé par l'opposition têtue des qorayshites et donc qu’il pensa à des compromis ou au moins à un espoir de fraternisation ? Peut-être... La nature humaine étant ce qu’elle est, une telle réaction aux difficultés et à de médiocres espérances ne serait pas improbable. Du reste selon certains commentateurs, la cause de la révélation de ces versets avait été un incident - l'affaire des grues - qui est rapportée dans plusieurs des biographies et des histoires du Prophète.

Selon eux, un jour, le Prophète récitait la sourate 53 (on-Najm) à quelques qorayshites près de la Kaaba. Cette belle sourate est un exemple fin de sa ferveur spirituelle et de sa force de persuasion. Tandis qu'il parlait de sa mission et de la vérité de sa quête, l'ange messager lui apporta l’inspiration, et il fit allusion alors aux idoles célèbres des Arabes, demandant "avez-vous pensé à Lat et à Ozza ? Et à Manat, la troisième, l'autre?" (sourate 53, versets 19 et 20). La tonalité est presque méprisante, impliquant que les idoles sont inutiles. Après ces versets vinrent deux versets supplémentaires, qui ont été retirés de la plupart des premières copies du Coran parce qu'on a pensé que Satan les avait mises dans la bouche du Prophète et que le Prophète regrettait de les avoir exprimées : "Ce sont les grues là-haut. Ainsi leur intercession peut être espérée". Puis il se mit à genoux. Les auditeurs qorayshites se sont également mis à genoux après avoir vu Mohamed faire ce geste de respect envers les trois déesses et l’avoir entendu reconnaître leur capacité d'intervenir ou négocier.

Ceux qui croient dans l'infaillibilité absolue du Prophète nient toute possibilité d’un quelconque événement contredisant ce principe. Ils ont donc traité cette histoire comme une fabrication et sont allés jusqu’à retirer ces deux phrases du Coran. Néanmoins, la preuve apportée par des sources certifiées et dans les interprétations de certains commentateurs fait qu’il est vraisemblable que cet incident eut lieu.

Les deux auteurs pieux et irréprochables du Tafsir al-Jalalayn considèrent cet événement comme étant la circonstance de la révélation du verset 51 de la sourate 22 (al-Hajj), qu'ils interprètent comme une sorte de consolation divine descendue pour soulager le Prophète de l’amer remord qui a ressenti après avoir dit ces deux phrases. Ce verset rassure le Prophète comme suit : "Nous n'avons envoyé avant toi aucun apôtre sans que Satan ne soit intervenu dans son espérance quand il espérait ; mais Dieu anéantit ce que Satan suggère, et confirme Ses signes. Car Dieu est (tout) connaissant et (tout) sage"

Le Coran contient d'autres passages avec la même signification, et dans plusieurs contextes ce qui indique clairement que le Prophète, n'était pas infaillible. Certains des premiers disciples de l'Islam considéraient que le Prophète n’était infaillible que dans l'annonce de sa mission prophétique. Étant donné que le Prophète n'était pas infaillible, l'incident, peut être expliqué sans difficulté. Quand Mohamed s'est lassé de l'obstination des opposants, il a vu des signes d'un souhait pour la tolérance et l'amitié sur les visages de ses auditeurs et puis leur a dit quelques mots apaisants. Ils étaient heureux, et avec Mohamed ils se sont mis à genoux. Peu après, cependant, quand la foule s’est dispersée et l'épisode terminé, une voix a retenti des profondeurs de l'âme de Mohamed pour l'avertir contre une telle conciliation et pour lui rappeler que pendant plus de trente années il avait cru en Un Dieu et avait déploré le polythéisme dégradant de son peuple. Alors les versets 75-77 de la sourate 17 sont successivement descendus à lui. Leur contenu s'accorde entièrement avec cette interprétation hypothétique. La seule autre hypothèse imaginable serait que l'incident entier a été mis en scène, en d'autres termes que Mohamed a voulu faire comprendre aux qorayshites païens que bien qu'il ait été prêt pour la conciliation et l'amitié, Dieu l'avait interdit. Puisque Mohamed avait une réputation de sincérité et d'honnêteté, une telle hypothèse serait à peine croyable. {le texte original de Dashti cite la sourate 17 versets 73-75 qui est plus approprié, il est possible que le traducteur ait fait une erreur ici : [Yusufali 17:73]. "Et leur but était de te tenter loin de ce que vous t’avions indiqué, de substituer à Notre nom quelque chose de tout à fait différent ; (dans ce cas), vois ! Ils t’auraient certainement fait leur ami !" [Yusufali 17:74]. "Et si nous ne t’avions pas donné la force, tu te serais presque incliné un peu vers eux." [Yusufali 17:75]. "Dans ce cas nous t’aurions fait goûter par partie égale (une punition) dans cette vie, et une partie égale dans la mort : et tu n’aurais trouvé personne pour t’aider contre nous !" [Yusufali 17:76]. "Leur but était de te mettre en fuite, de t’expulser ; mais dans ce cas ils ne seraient pas restés avec toi, sauf un court moment". [Yusufali 17:77] "(C'était Notre) intention avec les messagers que Nous avons envoyés avant toi : tu ne trouveras aucun changement dans Nos voies."}

CHAPITRE 2

LA RELIGION DE L’ISLAM

LE CADRE

La religion à proprement parler n'a jamais pris fermement racine chez les bédouins Arabes, qui sont, encore aujourd’hui, peu intéressés par les sujets spirituels et métaphysiques. Vivant sur une terre inhospitalière, ils étaient pauvres et n’avaient aucune institution sociale stable indépendamment de quelques coutumes et inhibitions. De tempérament versatile, ils changeaient rapidement d’humeur, par exemple, ils tombaient en extase ou en fureur sur un vers de poésie; égocentriques et vaniteux, toujours impatients de se vanter de leurs particularités, y compris de leurs points faibles, même de leurs crimes et de leurs cruautés; et tant ignorants que c’était des proies faciles pour l'illusion et la superstition, étant prêts à voir un démon menaçant sous chaque pierre ou arbre. L'aridité de leur terre leur avait interdit l'agriculture, qui était la base de la civilisation humaine. Selon un de leurs proverbes, la queue d'une vache symbolisait le déshonneur et le front d'un cheval, la gloire. Leur seul but dans la vie était de satisfaire leurs besoins physiques immédiats, et leur seule raison de prier les idoles était d’être aidés dans la poursuite de ce but. L'agression était chose normale et acceptable, sauf bien sûr si de l'autre côté on était bien armé ou préparé pour se défendre. Souvent un acte de violence était exalté et l’occasion d'une poésie héroïque. En cas d’enlèvement de l'épouse d'un homme, les poètes bédouins faisaient preuve d’un manque totale de chevalerie; ils n’avaient aucun scrupule à révéler les secrets de la femme, de décrire son embarras, et d'évaluer son apparence.

Dans l’esprit d’un tel peuple, un dieu était un être artificiel et conventionnel. Ils ne croyaient pas en l’existence objective et indépendante d'un dieu. Pour concurrencer une tribu possédant une idole connue, ils inventaient et vénéraient une autre idole pour eux seul. La Kaaba était un important temple d’idoles, très visité par les tribus bédouines et très respecté en tant que lieu saint.

C'est pour cette raison qu'Abd od-Dar ben Hoday de la tribu Johayna poussa son peuple à construire un aussi beau temple dans la région d’Hawra afin d'y attirer les bédouins au lieu de la Kaaba. Son peuple ayant rejeté cette proposition car trop ambitieuse et risquée, on s’en moqua dans une poésie satirique préservée dans le Tankis al-Asnam23 de Hisham ben Mohamed al-Kalbi {le livre des Idoles} (~737-819 ou 821), le premier travail fiable dépeignant de manière vivante les idées religieuses des Arabes païens. J’en cite ci-dessous quelques extraits comme exemples de leur mentalité : "Quand Abraha (le souverain chrétien du Yémen après la conquête abyssinienne du milieu du 6ème siècle) eut construit une église à Sanaa appelée Al Qelis, en pierre et bois précieux, il jura ne pas relâcher sa pression sur les Arabes jusqu'à ce qu'ils aient abandonné la Kaaba pour cette église. C’est pourquoi un chef arabe y envoya quelques hommes une nuit pour souiller Al Qelis avec des saletés et des excréments". "Le fils d'un homme assassiné voulut venger son père, mais il alla d’abord consulter une idole appelé Dhu'l-Khalasa. Au moyen de flèches divinatoires il demanda s'il devait traquer le tueur de son père ou pas. La prédiction fut négative, ce qui signifiait que Dhu'l-Khalasa conseillait d’abandonner ce projet. L'Arabe a alors tourné le dos à Dhu'l-Khalasa, disant 'Si ton père avait été assassiné comme le mien, tu ne m'aurais jamais interdit de venger mon père.'". D'après un poète préislamique : "Si on t’avait fait du tort comme à moi, Ô Dhu'l-Khalasa, si ton vieil homme était dans la tombe comme le mien, tu n'interdirais pas de tuer furtivement mes ennemis."24. Alors que d'autres peuples primitifs vénéraient le soleil, la lune et les étoiles, les Arabes bédouins étaient obsédés par les pierres et avaient l’habitude de la circumambulation. À chaque halte lors d’un voyage à travers le désert, la première action d'un voyageur arabe était de trouver quatre pierres; il mettait la plus belle au sol et marchait autour d'elle, puis il utilisait les trois autres comme supports pour la marmite. L'abattage sacrificiel des moutons, des chèvres, et des chameaux devait être fait devant une pierre et de telle manière que le sang colore la pierre de rouge.

On a déjà dit que les anciens Arabes n'étaient pas sérieux dans leur idolâtrie, mais simplement ignorant et crédules. À cet égard une autre histoire de Tankis ol-Asnam vaut la peine d’être citée : "Un Arabe mena ses chameaux à une idole appelé Sa'd afin qu’elle les bénisse. Les chameaux se tinrent à distance de la pierre, qui était rouge du sang des animaux sacrifiés. Ceci contraria tellement l'Arabe qu'il jeta un caillou à la tête de l’idole en criant ‘Puisses-tu être privée de la bénédiction de la louange des gens !'" L'incident est rappelé dans ces vers :25

"Nous sommes venus à Sa'd chercher la prospérité.
Mais Sa'd l’a dissipée. De ce fait nous n'aurons plus rien à faire avec Sa'd.
Sa'd n'est-elle pas juste une pierre sur un monticule ?
Elle est incapable de dérouter ou de guider.
"

Une impression semblable sur le caractère bédouin ressort de l'étude des événements des premières années de la carrière du Prophète à Médine. Les tribus du voisinage s'étaient ralliées aux musulmans par crainte ou par espoir de butin, mais se tenaient à distance ou changeaient de bord chaque fois que les musulmans subissaient un revers tel que la défaite du Mont Ohod. Mohamed était bien conscient de leur mentalité et de leurs manières. Le sujet est fréquemment évoqué dans des versets coraniques et surtout dans le sourate 9 (al-Tawba), qui est chronologiquement la dernière sourate du Coran et peut être considéré comme le testament du Prophète : "Les Arabes bédouins sont les plus têtus dans l'incroyance et l'hypocrisie, et les plus susceptibles d'ignorer les limites de ce que Dieu a indiqué à son Apôtre" (verset 98). C'est pourquoi il souhaita que Dieu "pourrait l'avoir révélé à des non-Arabes" (sourate 26, osh-Sho'ara, verset 198). Presque partout en Arabie, la superstition était endémique et les prières étaient adressées aux idoles pour des demandes d’aides lors des cérémonies ou de besoin occasionnel.

Cependant ce n'était pas le cas dans le Hedjaz, ou du moins pas à la Mecque ni à Yatrib (connus après l’hégire comme Médine). Les habitants de ces deux villes, en particulier Yatrib, avaient été influencés par la croyance des juifs et des chrétiens. Ils employaient le mot Allah, signifiant Dieu. Ils se considéraient comme étant des descendants d'Abraham, et étaient plus ou moins au courant des légendes des enfants d'Israël et des histoires de l’Ancien Testament. Ils connaissaient généralement l'histoire d'Adam et de Satan. Ils croyaient en existence des anges et les imaginaient comme des filles - une erreur à laquelle le Coran fait référence plusieurs fois, par exemple la sourate 53 (on-Nairn), verset 21:  "Vous avez des mâles (c.-à-d. fils) et a-t-Il des femelles ?". En outre ces habitants des villes avaient adopté plusieurs pratiques juives telles que la circoncision, l'ablution rituelle, éviter les femmes ayant leurs règles, et l’observation d’un jour de repos, qu’ils avaient choisi vendredi au lieu de samedi.

Ainsi dans le Hedjaz la prédication de l'Islam n'était pas complètement novatrice ou étrangère à l'environnement social. Non  seulement il y avait quelques individus lucides qui évitaient idolâtrie mais les idolâtres eux-mêmes commençaient à voir des lueurs vacillantes de lumière. Ceci est aussi mentionné plusieurs fois dans le Coran, par exemple dans le sourate 43 (oz'-Zokhrof), verset 87 : "Et si vous leur demandez qui a les a créés, ils disent Allah" dans la sourate 29 (al-Ankabut), verset 61 : "Et si vous leur demandez qui a créé le ciel et la terre et ont soumis le soleil et la lune, ils disent Allah."

Les polythéistes qorayshites voyaient leurs idoles comme symboles des forces et comme moyens d'approcher la déité. Ce concept est mentionné dans la sourate 39 (oz-Zomar), verset 4 : "Et ceux qui choisissent des amis autres que Lui disent, ‘Nous ne les adorons que pour qu'elles puissent nous rapprocher d’Allah.’"

Néanmoins l'Islam ne réussit pas à La Mecque. Après treize ans de prédication du Prophète Mohamed, et après la révélation des merveilleuses sourates mecquoises, il eut si peu de réussite que le nombre de convertis dans la ville est généralement estimé à pas plus d’une centaine. La lutte constante de Mohamed chaque jour et chaque nuit de ces treize années ne cassa pas les résistances tenaces des qorayshites. Parmi ceux qu'il gagna à l'Islam il n’y avait que quelques possédants tels Abu Bakr, Omar, Othman, Hamza ben Abd al-Mottaleb, Abd or-Rahman ben Awf, et Sa'd ben Abi Waqqas. Le reste étaient la plupart du temps soit de la classe inférieure soit non riches, et n’avaient donc aucun prestige ni influence dans la société mecquoise.

Waraqa ben Nawfal, qui n'était pas formellement devenu musulman mais avait toujours soutenu Mohamed, lui conseilla de convaincre Abu Bakr parce qu'Abu Bakr était un homme fortement respecté et dont l'acceptation de la foi aiderait à faire avancer la cause. Ce fut en raison de la conversion d'Abu Bakr qu'Othman ben Affan, Abd or-Rahman ben Awf, Talha ben Obaydollah, Sa'd ben Abi Waqqas, and Zopayr ben al-Awwam devinrent musulmans.

Dans la prédication de l'Islam un facteur essentiel fut la persévérance du Prophète Mohamed, qui en soi est la preuve de sa fidélité à son noble but. Il n'a jamais dévié malgré les incitations, les menaces, les moqueries, ou les persécutions de ses disciples non influents. De surcroît Mohamed était inventif et prêt à employer tous les moyens disponibles. A la cinquième année de sa mission il envoya un de ses disciples en Abyssinie dans l'espoir que le roi chrétien de ce pays entreprendrait quelques démarches afin d'aider un homme qui se révoltait contre l’idolâtrie. Ceci alarma les chefs qorayshites, qui envoyèrent une délégation au Négus pour le persuader d'ignorer les émigrants musulmans et de les leur remettre en tant qu’individus indésirables et rebelles.

Au début de la prédication de l'Islam, les qorayshites se sentirent probablement peu concernés et se contentèrent de se moquer de Mohamed et de sa quête. Ils le traitèrent de fou, poète, beau parleur, voyant, possédé par des génies ou ligué avec Satan. Le temps passant, cependant, la persistance de Mohamed et son succès auprès de quelques notables respectés commencèrent à les inquiéter. Les raisons de l'exacerbation progressive et de l'hostilité des qorayshites contre le Prophète sont claires. Non sans pertinence, les chefs qorayshites estimèrent que si la cause du Prophète gagnait du terrain, leur propre vie serait sapée. La Kaaba était le centre du pèlerinage des tribus bédouines, venant par milliers chaque année. Elle avait fait de La Mecque le lieu de rencontre des poètes et orateurs arabes, et lui avait apportée une foire annuelle et un bazar fréquentés par des personnes venant de toute l'Arabie. La vie mecquoise et le prestige des chefs qorayshites dépendaient de ces aller et venus. Les bédouins venaient visiter la Kaaba, temple d’idoles. Si la nouvelle religion exigeait la destruction des idoles, ils ne viendraient plus.

Quinze ans après, alors que l'Islam avait triomphé, les musulmans de La Mecque étaient pareillement inquiets au sujet de leur subsistance. Les versets coraniques, révélés au Prophète après la conquête de la ville en 630, ont expressément interdit les polythéistes de la Kaaba. Cette inquiétude a été apaisée par la révélation du verset 28 dla sourate 9 (ol-Tawba) : "Si vous craignez l'appauvrissement, Dieu vous enrichira de sa générosité," c.-à-d. compensera vos pertes commerciales.

Quand les chefs qorayshites constatèrent la persistance de Mohamed dans sa prédication, et surtout se rendirent mieux compte du danger qu'elle posait, ils procédèrent par étapes plus positives. Ils approchèrent d’abord le devenu vieux Abu Taleb, dont l’avis aurait été susceptible, selon eux, d'influencer son neveu. Ils lui demandèrent de convaincre Mohamed d’arrêter de prêcher, et promirent en échange de nommer Mohamed à un poste à la Kaaba. Après l’échec d'Abu Taleb de dissuader son neveu de faire sa prédication, presque tous les chefs qorayshites décidèrent de boycotter les Banu Hashem. Les membres du clan Hachémite connurent alors de grandes difficultés consécutives à l'interdiction de faire des affaires avec eux, jusqu'à ce que finalement certains individus, motivés par une conception Arabe de l’honneur, les aidèrent à sortir de leur fâcheuse situation.

Après cette affaire, et particulièrement après la mort d'Abu Taleb, ils ne leur restaient plus aucun espoir de réduire Mohamed au silence. Les chefs qorayshites se décidèrent alors pour une action énergique. Il y avait trois possibilités : l'emprisonner, l’exiler ou le tuer. Après discussion, ils conclurent que tuer Mohamed serait la plus sage des solutions à condition que de toutes les mains soient souillées de son sang et qu'aucun clan ne soit exposé à la vengeance des Hachémites. Ce plan fut conçu durant la douzième ou la treizième année de la mission de Mohamed. C’est ce qui l’incita à quitter La Mecque et d’émigrer à Médine.

LES MIRACLES

Beaucoup d'Iraniens ont été élevés au régime des mythes et sont prêts à croire que n'importe quel emamzada26 {saints locaux, habituellement descendants de Mohamed ou d’Ali} à l'ascendance pourtant douteuse, peut à tout instant réaliser un miracle. S'ils venaient à lire le Coran, ils seraient étonnés qu’aucun miracle n’y soit rapporté.

Ils apprendraient dans plus de vingt passages du Coran que chaque fois que des incrédules ont demandé au Prophète Mohamed de réaliser un miracle, il restait silencieux ou disait qu'il ne le ferait pas parce qu'il était un être humain comme un autre, sans autre fonction que de communiquer, d’être "celui qui apporte les bonnes nouvelles et celui qui réprimande." Le plus explicite de ces passages est dans la sourate 17 (ol-Esra), versets 92-95 : "Et ils dirent, ‘Nous ne te croirons pas à moins que tu ne fasses jaillir de terre une source d’eau pour nous, ou que tu aies un jardin planté de palmiers et de vignes, que tu fasses jaillir des torrents du milieu de ce jardin, ou qu'une partie du ciel tombe sur nous, ou à moins que tu n’amènes Dieu et les anges comme garants de tes paroles, ou que tu aies une maison ornée de dorures, ou que tu montes au ciel; et nous ne croirons pas que tu y es monté à moins que tu ne fasses descendre un livre que nous puissions tous lire’. Dis (leur), ‘Gloire à mon Seigneur ! Suis je quelque chose d’autre qu’un humain, un messager?’"

Dans les deux versets suivants (96 et 97), il exprime de la surprise devant les demandes de ces incrédules : "Et la seule chose qui empêche les gens de croire, quand les conseils viennent à eux, était qu'ils ont dit, ‘Dieu a envoyé un humain comme messager ?’ Dis (leur),S'il y avait des anges marchant et vivant sur terre, nous leur enverrions un ange du ciel comme messager.’"

Ces deux versets sont tout à fait intelligibles et logiques. Un homme, parmi les autres, qui pouvait voir et penser plus clairement, était venu et avait commencé de leur montrer l'absurdité et la folie de leur croyances superstitieuses et de les dissuader de suivre leurs coutumes cruelles et nuisibles. La solidité et la lucidité de son conseil ne font aucun doute. La raison de la croissance de l'opposition est également limpide. La majeure partie du peuple était fortement attachée aux habitudes de pensée et de comportement, bien que stupides, qui leur avaient été inculquées depuis l'enfance. Le même phénomène est tout aussi évident au vingtième siècle censément rationnel et éclairé. La réticence des gens de cette lointaine époque à suivre un homme déterminé à renverser leurs manières ancestrales est des plus compréhensible qui soit. Quand il prétendait parler du nom de Dieu, il n’était rien moins que normal qu’on lui demande de le prouver, reconnaissant lui-même divers miracles des anciens prophètes, reprenant les déclarations des adeptes des diverses religions au sujet de leurs prophètes. Il y a un proverbe persan qui dit que l'éloge des capacités d'une autre personne implique sa propre incapacité. Les qorayshites pensaient que si le tour de Mohamed était venu, il devait aussi exécuter un miracle clair. Ils n'étaient pas disposés à obéir à leur égal. C’est pourquoi ils demandaient (sourate 25, al-Forqan, versets 8 et 9), "Quel est cet apôtre qui mange des repas et fait des promenades dans les bazars ? Pourquoi n’est-ce pas un ange qui a été envoyé pour annoncer avec lui ? Pourquoi aucun trésor n’a été jeté avec lui, ou pourquoi n'a-t-il pas un jardin pour manger ?’ Et les méchants ont dit,’ vous ne faites que suivre un homme qui a été ensorcelé.’"

Le Prophète Mohamed ne répondait pas à ces demandes et ces pinaillages. Face à toute cette clameur exigeant un miracle, il restait silencieux. Un peu plus tard il y eut une référence à un de ces reproches quand Dieu le rassure (verset 22 de cette même sourate 25), "Chaque apôtre que nous avons envoyé avant toi mangeait des repas et marchait dans les bazars.". Le thème revient dans la sourate 15 (al-Hejr), verset 6 et 7 : "Et ils ont dit, ‘Ô l'homme à qui le rappel (c.-à-d. les Écritures) a été descendu, tu es possédé par un génie (c.-à-d. fou) ! Pourquoi tu ne nous apportes aucun ange, si tu dis la vérité ?’". De même dans la sourate 21 (al-Anbiya), versets 3 et 5, "Les malintentionnés chuchotent entre eux, 'Cet homme est-il autre chose qu’un être humain comme vous ? Allez-vous succomber à la sorcellerie les yeux ouverts ?'" … "Ou plutôt ils ont dit, ‘Des rêves. Non, il l'a inventé. Il est poète. Laissez-le nous apporter un signe, comme les hommes jadis qui ont été envoyés comme messagers !’"

Une réponse suffisante leur a été donnée par les versets 7 et 8 de la sourate 21, dans lequel Dieu dit à Mohamed, "Avant toi, Nous n’avons envoyé que des hommes que Nous inspirions.". Le mot utilisé pour hommes signifie humains, pas anges. Ainsi Mohamed est chargé de conseiller le peuple, "Demandez à ceux qui détiennent la mémoire, si vous ne savez pas !". De nouveau au sujet des Prophètes précédents, il est informé, "Nous ne leur avons pas donné les corps qui ne mangent pas. Et ils n'étaient pas immortels."

En tout, plus de 25 passages dans les sourates mecquoises réfutent l'argument que Mohamed, en tant que Prophète, doit exécuter un miracle et ne devrait pas être un humain. La réponse de Mohamed était le silence ou l’affirmation de son humanité.  Bien qu'il ait reçu l'inspiration de Dieu, il était un homme mortel comme les autres. Ce fait est affirmé clairement dans la sourate 10 (Yunos), verset 21 : "Et ils disent, ‘Si seulement un signe de son Seigneur lui avait été descendu.’ Dis (leur), ‘L'invisible appartient à Dieu seul. Alors attendez ! Je suis un de ceux qui attendent avec vous." Comme le reste du peuple, il n'avait aucune connaissance des buts impénétrables de Dieu. Dans la sourate 13 (or-Ra'd), verset 8, à la question sur la prophétie de Mohamed, il est répondu par la déclaration que sa seule fonction est de transmettre les commandements de Dieu, alors qu’à la question au sujet du manque de signe miraculeux, il n’y a pas de réponse spécifique : "Les incrédules disent. ‘Pourquoi un signe de son seigneur ne lui a pas été descendu ?’" (Dieu dit à Mohamed), "Tu êtes seulement celui qui avertit, et chaque nation a un guide."27. Ces mots sous entendent, cependant, que réaliser des miracles n'est pas une des fonctions du Prophète.

Un autre passage en réponse au même argument des polythéistes répète que le Prophète est un avertisseur et que seul Dieu exécute des miracles, mais continue à présenter la révélation du Coran comme un miracle. Dans le verset 49 de la sourate 29 (al-'Ankabut), Mohamed est chargé de répondre à la question "Pourquoi aucun signe (c.-à-d. des miracles) de son Seigneur ne lui a été descendu ?" par les mots "Les signes appartiennent à Dieu seul, et je suis seulement un simple avertisseur;" mais dans le verset 50 Dieu demande, "N'est-ce pas assez pour eux que Nous t’ayons descendu le livre pour leur être récité ? Il y a une clémence et un rappel à un peuple qui croit." Dans la sourate 67 (ol-Molk), verset 25, les polythéistes demandent, "Cette promesse (résurrection) sera pour quand, si tu dis vrai ?". Et le Prophète est chargé, dans  verset 26, de répondre, "La connaissance appartient à Dieu. Je suis seulement un simple avertisseur.". Dans la sourate 79 (on-Naze'at), versets 42-44, encore au sujet du jour de la résurrection, le démenti de la connaissance prophétique est bien plus explicite : "Ils t’interrogent au sujet de l'heure, du moment où l'ancre sera lâchée. Quelle compétence as-tu à parler de ça ? À ton Seigneur appartient la fin (heure) de cela. Tu es seulement l’avertisseur pour ceux qui en ont peur."

La persistance des polythéistes à exiger des miracles et leurs promesses proclamées qu'en cas d’un tel événement ils croiraient, avait peu à peu engendré dans les esprits des musulmans et même dans les profondeurs de l'âme de Mohamed, l’espérance que Dieu envoie une confirmation miraculeuse de la prophétie de Mohamed qui amènerait le respect des opposants à la croyance. La question a été résolue par la révélation des versets 109-111 de la sourate 6 (ol-An'am) : "Et ils ont juré solennellement à Dieu que si tu leur apportais un signe, ils y croiraient. Dis (leur), les ‘Les signes sont de Dieu seul.’ Et comment sais-tu que, s’il en venait, ils ne croiraient pas ?" Dieu dit alors au Prophète, "Nous mettrons la confusions dans leur cœur et leurs yeux, comme (quand) ils n’ont pas cru la première fois et les laisseront errer aveuglément dans leur entêtement. Même si Nous leur descendions des anges et laissions les morts leur parler et rassemblions devant eux tout ce qui existe, ils ne croiraient pas à moins que Dieu l’ait voulu ainsi. Mais la plupart d'entre eux l’ignorent.". Ces trois vers exigent l'analyse et l'étude.

  1. les polythéistes avaient juré que si un quelconque des miracles qu’ils avaient exigés du Prophète se produisaient, ils croiraient; et Dieu avait ordonné au Prophète de répondre que les miracles n’étaient pas en son pouvoir mais seulement en celui de Dieu. Cette affirmation claire de l'incapacité de l'être humain, même d’un prophète, de réussir un acte surnaturel signifie que les lois de la nature sont immuables et que les actions ou les phénomènes contraires à ces lois sont impossibles. Le feu, par exemple, ne peut jamais perdre sa capacité de brûler.

  2. le Prophète s'est demandé comment il savait qu’en cas d'un miracle futur, les polythéistes ne croiraient pas ? Cette question entraîne une contre question : peut-on prendre pour certain que si un miracle s'était produit, les polythéistes auraient cru ? En raison de la tendance humaine de s'émerveiller d'un acte anormal et d'admirer son auteur, ils auraient naturellement été susceptibles de se soumettre. Les commentateurs du Coran, cependant, attribuent la non occurrence d'un miracle à la prescience de Dieu que les polythéistes ne croiraient jamais.

  3. Dieu déclare qu'Il rendrait confus (c.-à-d. égarerait) les cœurs et des yeux des polythéistes parce qu'ils avaient été incroyants dans les signes qu'Il avait précédemment descendus. Ceci amène la question, si Dieu Tout-puissant provoque vraiment la sottise en privant les gens de la capacité de voir la vérité. S'Il le fait, que peut-Il espérer de l'humanité, et quelle utilité y a-t-il à envoyer des prophètes à l'humanité ? La signification de "signes" n’est cependant pas claire.

    Ce pourrait être des actes des premiers prophètes ou les actes du Prophète Mohamed. Sur les premiers prophètes, on connaît peu de chose avec certitude. Au sujet du Prophète Mohamed, le Coran certifie qu'il a toujours répondu aux demandes de miracle par l'affirmation qu'il était seulement un apporteur de bonnes nouvelles et un avertisseur. Peut-être que l’affirmation que des signes précédents n’avaient pas été crus se rapporte aux versets du Coran; mais si c’est le cas, ce n'était pas une réponse suffisante, parce que les polythéistes refusaient de croire en la révélation divine à Mohamed de ces versets à moins qu'il n’ait apporté une preuve semblable aux preuves apportées par Jésus, Moïse, Saleh, et autres prophètes dont les miracles sont cités dans le Coran même.

  4. Dans le dernier verset du passage, Dieu déclare que les polythéistes ne croiraient pas même si des anges leur étaient envoyés et les morts revenaient à la vie et leur parleraient. Ils avaient demandé à Mohamed de prouver son affaire en apportant des anges du ciel sur la terre ou en ressuscitant un mort comme Jésus l’avait fait, et Mohamed avait espéré un tel événement. Alors Dieu lui a dit que même alors ils n’auraient pas cru.

  5. Une telle situation amène certaines questions. Si les futures incroyances et persistances dans le polythéisme de ces gens étaient déjà prédéterminées, à quel but utile avait répondu la désignation par Dieu d'un homme pour prêcher et les guider vers le bon chemin ? Une action inutile peut-elle être attribuée à Dieu qui est sage, omniscient, et infaillible ? Les formalistes, qui rejettent l'application de la raison aux questions religieuses, interprètent cette déclaration comme un ultimatum ou un essai destiné à rendre les humains conscients qu'ils sont mauvais et méritent d’être punis dans la prochaine vie. Cette interprétation, cependant, est contradictoire avec les mots juste après "à moins que Dieu l’ait voulu ainsi" dans le même verset 111. L’inévitable conclusion est que ces personnes ne croiraient pas parce que Dieu ne souhaitait pas qu’elles croient, et c’est confirmé par cette déclaration claire "Nous rendrons confus leurs cœurs et leurs yeux" du verset 110. Avant dans la même sourate 6 il est dit, dans le verset 107, que "Si Dieu l’avait voulu ainsi, ils n'auraient pas été polythéistes.". Dieu doit donc avoir voulu qu’ils devaient être polythéistes. Assurément les humbles créatures de Dieu Tout-puissant ne peuvent pas changer Sa volonté. Même Mohamed ne pourrait pas dissuader du polythéisme ceux dont le polythéisme a été provoqué par la volonté de Dieu. Les idolâtres en question ne devaient pas être blâmés. Pourquoi, alors, ont-ils été menacés de punition après la mort ? Si la volonté divine est la condition préalable à la croyance religieuse des gens, la justice et la logique indiquent que cette même volonté divine se soucie de les guider et de leur bonheur. Dans ce cas, il ne serait d’aucun besoin de désigner des prophètes, de demander des miracles, et de s'excuser de ne pas en faire.

De l’esprit de ces versets et aussi d'autres, on peut en déduire que la réponse initiale du Prophète aux demandes de miracles des polythéistes avait été tolérante et évasive. C'est assurément l'impression donnée par la sourate 81 (al-Takwir), qui avec sa prose rimée, mélodieusement rythmique, est une des plus expressive et poétique des sourates mecquoises et un exemple brillant d'éloquence prophétique. Le Prophète évite manifestement une réponse directe aux polythéistes et, au lieu de cela, présente sa propre quête en une langue vivante et fervente, parlant bien sûr au nom de Dieu. Après dix-huit invocations dans les dix-huit premiers versets, les polythéistes, qui parlaient des expressions de Mohamed comme des inventions d'un diseur de bonne aventure ou des illusions d’épileptique, sont abordés comme suit : "Elles sont les paroles d'un messager honoré (l'ange Gabriel) qui est puissant, installé auprès du Seigneur du Trône, il doit être obéi et est digne de confiance. Et votre compagnon n'est pas possédé par un génie. Il l'a vu (Gabriel) clairement sur l'horizon. Il ne refuse pas (les messages de) l'invisible. Elles ne sont pas les paroles d'un Satan qui doit être lapidé" (versets 19-25).

La grande majorité des mecquois voulaient un miracle de Mohamed avant d’envisager de devenir musulmans, et Dieu se référait à ce fait quand Il disait qu'ils ne croiraient pas même s’Il envoyait des anges ou laissait les morts leur parler : dix ou douze ans après, quand les épées de Mohamed et de ses adeptes commencèrent à briller, ils professèrent leur foi et "entrèrent en foule dans la religion de Dieu" (sourate 110, on-Nasr, verset 2). Abu Sofyan, un des opposants de Mohamed les plus têtus et ayant participé à plusieurs batailles contre les musulmans, embrassa l'Islam en l'année 631.

Après que Mohamed eut conquis La Mecque à la tête de plusieurs milliers d’hommes, Abbas ben Abd al-Mottaleb amena Abu Sofyan en présence du Prophète, qui hurla, "Malheur à toi ! Tu comprends sûrement maintenant qu'il n'y a aucun autre dieu que Le Pourvoyeur Omniscient !" "Oui," répondit Abu Sofyan, "Je vais peu à peu vers cette croyance.". Alors le Prophète demanda, "Nies-tu encore que Mohamed soit l'apôtre de Dieu ?" Abu Sofyan murmura, "J’ai besoin de réfléchir davantage à cette question.". Abbas lui dit, "Vous feriez mieux de devenir immédiatement musulman, Abu Sofyan ! Sinon le Prophète ordonnera  de vous décapiter sur le champ." Ainsi en désespoir de cause Abu Sofyan embrassa l'Islam au milieu du camp des guerriers musulmans. Sur le conseil d'Abbas ben Abd al-Mottaleb, le Prophète rassura Abu Sofyan en ordonnant que sa maison soit un endroit d'asile aussi sûr que la Kaaba. "Quiconque entre dans sa maison," dit le Prophète, "sera en sécurité.". Plus tard cette même année, lorsque les musulmans vainquirent la tribu Hawazen et s’emparèrent d’une grande quantité de butin, le Prophète se concilia Abu Sofyan et d'autres chefs qorayshites par des cadeaux si princiers que les chefs Ansar (les partisans médinois du Prophète) s’en plaignirent bruyamment. Un autre exemple est la conversion de Wahshi, qui après avoir tué Hamza ben Abd al-Mottaleb à la bataille d'Ohod en 625 avait mutilé son corps. Le Prophète en avait été si irrité qu'il s'était juré de venger son courageux oncle bien-aimé; mais quand Wahshi fut amené en présence du Prophète et embrassa l'Islam, le Prophète l'accepta.

Manifestement le motif de telles conversions était la peur. Néanmoins le Prophète les a acceptées.

Les commentaires précédents sur les trois versets de la sourate 6 ne sont pas de pures conjectures ou hypothèses; ils sont justifiés par d'autres passages coraniques qui montrent que Mohamed a connu l'incertitude alors qu’aucun signe de Dieu ne venait confirmer sa mission. Le passage le plus explicite est dans la sourate 10 (Yunos), versets 94 et 95 : "Et si tu es dans le doute au sujet de ce que nous t’avons descendu, demande à ceux qui ont récité le livre (c.-à-d. les Ecritures) avant toi ! La vérité est venue à toi de ton Seigneur. Ainsi ne sois pas parmi les incrédules ! Ne sois pas de ceux qui nomment mensonges les signes de Dieu (c.-à-d. les révélations) ! Tu serais alors un des perdants.". Pour expliquer ces versets, il n'y a nul besoin de visualiser une scène où ils auraient été récités dans le but de convaincre les incrédules ou les hésitants en révélant que le Prophète avait éprouvé un doute similaire jusqu'à ce que Dieu lui ait ôté. Une explication beaucoup plus probable est que les deux versets sont la voix de la propre conscience, ou l’esprit, de Mohamed qui lui a parlé alors qu’il perdait l'espoir d'un miracle.

Il y a d'autres versets comme ceux-ci qui fournissent des indications similaires. Dans plusieurs passages des sourates mecquoises on peut voir que Mohamed est passé par une sorte de crise spirituelle intérieure. Dans la sourate 11 (Hud), verset 15, on discerne une note de reproche dans les mots que Dieu lui envoie : "Peut-être négliges-tu certaines des paroles qui te sont révélées, et (ressens de la) contrariété à leur sujet, parce qu'elles disent, ‘Si seulement un trésor lui avait été descendu ou si un ange était venu avec lui.’. Tu n’es rien qu’un avertisseur.". En d'autres termes, quoi que les gens puissent dire, son unique fonction était de prêcher.

Dans le verset 35 de la sourate 6, Mohamed encoure un reproche différent : "Et si leur entêtement pèse fortement sur toi, alors, si tu pouvais chercher un tunnel dans la terre ou une échelle jusqu'au ciel et leur revenir avec un signe ! Sache que si Dieu l’avait voulu ainsi, Il les aurait rassemblés vers le droit chemin. Ainsi ne sois pas un de ces ignorants !"

Dans un autre contexte, le même souci réapparaît dans la sourate 4 (on-Nesa), verset 152, où le sujet est l'attitude des possesseurs des Ecritures. Il semble que les juifs aient exigé également un miracle de Mohamed et que le verset ait été révélé pour les apaiser.  "Les détenteurs des Écritures te demandent de descendre pour eux un livre du ciel. Ils ont demandé plus que cela à Moïse, car ils dirent, ‘Montre-nous Dieu ouvertement !’ Alors le désastre les a attrapés en raison de leur méchanceté. Puis  ils se sont tournés vers le veau, (même) après que les preuves leur soient parvenues. Nous leur avons pardonné cela, et avons donné à Moïse une claire autorité."

Dans le verset 61 de la sourate 17 (al-Esra), l'absence de miracle est expliquée comme suit : "Rien ne Nous a empêché d'envoyer des signes sauf que le peuple de jadis les a appelés mensonges. Nous avons donné la chamelle (au peuple de) Thamud comme (signe) visible, et il lui a fait du tort. Considérant cela (maintenant) Nous envoyons seulement des signes afin d'effrayer.". Selon le commentaire sur ce verset dans Tafsir al-Jalalayn, le Prophète Saleh a été envoyé à la tribu arabe antique de Thamud, et ils n'y ont pas cru. Dieu a alors réalisé un miracle au nom de Saleh, et sortit une chamelle vivante d'un rocher; mais les Thamudites ont tué la chamelle et ont persisté dans leur incrédulité, et Dieu les a punis pour elle en les détruisant d’un coup de foudre. Si Dieu exécutait un miracle au nom de Mohamed et si les gens persistaient pareillement dans leur incrédulité, ils mériteraient également la destruction; mais Dieu a souhaité leur donner un sursis en attendant l'accomplissement de la tâche de Mohamed.

Le verset suivant (sourate 17, 62) est intéressant et provoquant : "Et quand Nous t’avons dit que ton Seigneur entourait (c.-à-d. contrôle) les gens et avait conçu la vision (c.-à-d. du voyage nocturne) ce que nous t’avons montré, (n’était) qu’une épreuve pour eux, et de même l'arbre maudit dans le Coran. Nous les effrayons, mais ça ne fait qu’endurcir leur grand entêtement.". L'implication des mots d’introduction est que puisque Dieu commande aux gens, Mohamed ne devrait pas avoir peur et parler ouvertement.

La vision s’est manifestée pour éprouver les gens qui raillaient Mohamed et un certain nombre avait renoncé à l'Islam après qu'il leur en ait parlé. Les trois mentions coraniques de l'arbre maudit zaqqum (versets 60, 43, et 52 des sourates 37, 44, et 56) étaient également destinées à effrayer et éprouver les gens, mais en fait ça les avaient rendus plus récalcitrants encore; les arabes avaient commencé par demander d’un ton ironique comment un arbre pouvait pousser dans le feu de l'enfer.

En fin de compte le discours s’est éloigné de la manifestation des miracles et est passé à la menace de l'enfer, comme par exemple dans le verset 60 de cette même sourate 17 : "Il n'y a aucune ville que Nous ne détruirons pas avant le jour de résurrection, ou que nous ne puniront sévèrement.". Il est vraiment étrange que Dieu, qui est juste et miséricordieux et qui déclare dans le verset 13 de la sourate 32 "Si nous l’avions voulu ainsi, Nous aurions donné à chaque âme son conseil", devrait pourtant menacer ceux qu'il a choisi de ne pas guider de la destruction dans cette vie et de graves punitions après leur mort. Est-ce qu'au lieu d'une telle sévérité, un miracle n'aurait pas été préférable ? Tout le monde auraient alors embrassé l'Islam, et beaucoup de guerre et de carnage auraient été évités.

Une explication différente de l’absence de miracle est donnée dans la sourate 6 (al-An'am), verset 37 : "Et ils ont dit, ‘Pourquoi aucun signe de son Seigneur ne lui a pas été descendu ?’ Dis (leur), ‘Dieu peut descendre un signe.’. Mais la plupart d'entre eux ne le savent pas.". Le contenu de ce verset a-t-il une consistance rationnelle et une séquence logique ? Les dénégateurs réclamaient un miracle et il leur fut dit que Dieu peut causer des miracles. Mais la capacité de Dieu de le faire n'était pas en question; c’était parce qu’ils lui reconnaissaient cette capacité qu'ils en faisaient la demande. Dieu, étant omnipotent, était en mesure de réaliser un miracle, mais aucun miracle ne s'était produit. Selon le verset, la plupart d'entre eux ne le savaient pas.

Qu’est ce qu’ils ne savaient pas ? Ils devaient savoir que Dieu est omnipotent; autrement ils n'auraient pas exigé de miracle. Le rapport entre la réponse et la demande des gens est obscur. L'explication donnée dans le Tafsir al-Jalalayn est que "la plupart des demandeurs de miracle ne savent pas qu'ils mériteront la destruction si un miracle se produit et qu’ils restent incroyants.". Ceci entraîne deux questions. Premièrement, pourquoi les demandeurs de miracle devraient-ils rester incroyants après l'occurrence d'un miracle ? Deuxièmement, est-il souhaitable que les personnes stupides et obstinées, qui même après l'occurrence d'un miracle persistent dans l'incrédulité, devraient être détruites ? La destruction des quarante huit païens mecquois massacrés à la bataille de Badr était-elle une perte pour le monde, ou ne l’était-elle pas ?

LE MIRACLE DU CORAN

Dans la section précédente nous avons noté que l'attitude du Prophète Mohamed envers la demande d'un miracle visible était négative et que sa réponse aux polythéistes était qu'il n’était que celui qui apportait les bonnes nouvelles et les avertissements.

Tout à fait différente a été son attitude vis-à-vis du Coran. Quand les polythéistes lui disaient qu'il était de son invention ou mis dans sa bouche par d'autres hommes, il leur répondait par un défi (sourate 11, Hud, verset 16) : "Ou s'ils disent ‘Il l'a inventé’ ? Dis (leur) 'Et bien, apportez dix sourates comme celle-ci, inventées, et faites appel à qui vous pouvez, à part Dieu, si vous êtes sincères !". Une autre allégation était que le Coran était composé de vieilles fables. "Et quand Nos signes (c.-à-d. les versets coraniques) leur sont récités, ils disent, ‘Nous avons déjà entendu (de telles choses). Si nous le souhaitions, nous pourrions dire (des choses) comme celles-ci. Ce ne sont que des fables des anciens" (sourate 8, ai-Antal, verset 31). Selon les biographes, l'homme que disait cela était Nadr ben al-Hareth., qui fut plus tard fait prisonnier à la bataille de Badr et décapité sur l'ordre du Prophète par Ali ben Abi Taleb. La réponse est venue dans le verset 90 de la sourate 17 (al-Esra) : "Dis, ‘Si les humains et les génies s’associaient pour apporter la même chose semblable au Coran, ils n'apporterait rien de pareil, même s’ils se soutenaient mutuellement."

Mohamed voyait le Coran comme garant de sa prophétie. Les savants musulmans sont unanimes à considérer le Coran comme un miracle de Mohamed. Cependant il y a eu beaucoup de discussions sur la question de savoir si le Coran est miraculeux en ce qui concerne son éloquence ou son contenu ou les deux. En général les disciples musulmans le considèrent comme étant miraculeux sur ces deux aspects. Cette opinion résulte clairement de leur foi zélée plutôt que de l'étude impartiale.

Les savants non musulmans ont trouvé de nombreuses raisons pour remettre en cause l'intelligibilité et l'éloquence du Coran, et des savants musulmans l’ont reconnu, pour autant qu'ils envisageaient que le Coran avait besoin d'interprétation. Un chapitre dans Ketab ol-Etqan28 de Soyuti est consacré à ce sujet. Non seulement le désordre du contenu de la recension d'Othman mais également la langue du Coran présente des difficultés.

Parmi les savants musulmans de la première période, avant que bigoterie et hyperbole ne l’emportent, certains tels qu'Ebrahim on Nazzam29 ont ouvertement reconnu que l'arrangement et la syntaxe du Coran ne sont pas miraculeux et qu’un travail de valeur égale ou plus grande pourrait être produit par d'autres personnes Craignant Dieu. Il a ensuite argué du fait que le Coran est miraculeux car il a prévu le futur, pas de la manière sibylline des devins mais avec une prescience correcte des événements qui se sont produits réellement. Cette opinion, comme le cite Ibn or-Ravandi30, fut la raison de la condamnation d’on-Nazzam par l’hérésiologiste Abd al-Qaher al-Baghdadi (mort en 1037) dans son Ketab al-farq bayna’l-feraq (livre sur des différences entre les sectes). Selon al-Baghdadi, les thèses de on-Nazzam contredisent la claire déclaration du verset 90 de la sourate 17 selon laquelle le Coran est pour toujours inimitable, même par des humains et des génies agissant ensemble.

Des élèves et des admirateurs ultérieurs d’on-Nazzam, tels Ibn Hazm31 et al-Khayyat32, l’ont défendu dans des écrits, et plusieurs autres principaux interprètes de l'école Motazélite ont partagé son avis. Ils n'ont vu aucun conflit entre les thèses d’on-Nazzam et les déclarations du Coran. Un de leurs arguments est que le Coran est miraculeux parce que Dieu a privé les contemporains du Prophète Mohamed de la capacité d’en produire un semblable; à d'autres époques et d’autres endroits, construire des expressions ressemblant à des versets Coraniques est possible et en effet facile.

Il est largement reconnu que le poète syrien aveugle Abu'l-Ala ol-Ma'arri (979-1058) écrivit son Ketab ol-fosul wa’l-ghayat dont une partie subsiste, en imitant le Coran.

Le Coran contient des phrases inachevées et pas entièrement intelligibles sans l’aide des commentaires; des mots étrangers, des mots arabes peu familiers, et des mots utilisés avec une autre signification que la normale; des inflexions d’adjectifs et de verbes sans observation des accords de genre et de nombre; des pronoms utilisés illogiquement et non grammaticalement, parfois sans aucun référent; et des prédicats qui dans les passages rimés sont souvent éloignés des sujets. Tout ceci et d'autres aberrations de langue ont donné matière aux critiques qui nient l'éloquence du Coran. Le problème a également occupé les esprits des musulmans dévots. Il a obligé les commentateurs à chercher des explications et a été probablement une des raisons des désaccords sur ses lectures.

Par exemple, dans le premier verset de la sourate 74, "Ô toi qui est vêtu d’un manteau," la lecture admise du mot pour "vêtu d’un manteau" est moddather, mais il y avait une opinion très répandue que ce devrait être motadathther; de même dans le premier verset de la sourate 73, "Ô toi qui est enveloppé de vêtements," la lecture mozzamel l’a emporté sur motazammel.

Dans le verset 160 de la sourate 4 (on-Nesa), "Mais ceux qui parmi eux sont pleins de connaissances, les croyants …, et les observateurs de la prière, et les payeurs d’aumône,", le mot pour "observateurs" est à l’accusatif, tandis qu'il doit être dans la forme nominative ainsi que les mots "pleins", "croyants", et "payeurs". Dans le verset 9 de la sourate 49 (ol-Hojorat), "Si deux partis de croyants ont commencé à se combattre, faites la paix entre eux", la signification de verbe "ont commencé à se combattre" est au pluriel, alors qu'il doit être duel comme son sujet "deux partis".

Le verset 172 de la sourate 2 (al-Baqara), qui répond aux protestations juives contre le changement de la direction de la prière de Jérusalem vers la Mecque, est admirablement exprimé et impressionnant mais contient une difficulté lexicologique : "La vertu (berr) n'est pas que vous tourniez vos visages à l'est et à l'ouest, mais la vertu (berr) est celui qui croit en Dieu et le Dernier Jour …". l'explication donnée dans le Tafsir al-Jalalayn est que le mot berr dans la deuxième partie de la phrase signifie "le possesseur de la vertu". Le premier grand grammairien Mohamed ben Yazid al-Mobarrad (mort ~ 898) avait timidement suggéré que le mot devrait être lu comme barr, qui est une variante acceptable de la signification de barr "vertueux (homme)", mais il avait été accusé d’irrespect et insulté.

Dans le verset 66 de la sourate 20 (Taka), où le peuple du Pharaon disent de Moïse et son frère Aaron "Ces deux-là sont des sorciers", le mot pour "ces deux-là" (hadhane) est dans la forme nominative, tandis qu'il doit être à l'accusatif (hadhayne) parce qu'il vient après une préposition introductive d'accentuation. On rapporte qu'Othman et Aïcha lisaient le mot comme kadhayne. Le commentaire d'un savant musulman illustre le fanatisme et l'ossification intellectuelle des périodes ultérieures : "Puisque l'opinion unanime des musulmans que les pages reliées de ce volume et formant le Coran sont la parole de Dieu, et puisqu'il ne peut y avoir aucune erreur dans la parole de Dieu, l’affirmation qu'Othman et Aïcha lisaient ‘hadhayne’ au lieu de ‘hadhane’ est mauvais et faux.". Tafsir ol-Jalalayn plus modérément prétend que le suffixe duel peut être tine dans chacun des trois cas et ne doit pas être ayne à l'accusatif et au génitif. Pourtant le grand savant coranique et philologue des débuts Abu Amr ben al-Ala (mort 770) lit hadhayne, comme Othman et Aïcha l’avaient fait.

Une humaine et salutaire injonction dans le verset 33 de la sourate 24 (on-Nur) prouve que des abus cruels et immoraux étaient commis à cette époque : "Ne contraignez pas vos filles esclaves à se prostituer, quand elles désirent la chasteté, de sorte que vous puissiez gagner quelques suppléments dans la vie en ce monde ! Et si quelqu'un les contraint, Dieu, après qu’elles aient été contraintes, est pardonnant et miséricordieux.". Évidemment le verset interdit la vile pratique des propriétaires d’esclaves qui prostituaient les femmes et empochaient les revenus, et non moins évident sont les mots "Dieu, après qu’elles aient été contraintes, est pardonnant et miséricordieux.» signifie que Dieu pardonne les esclave filles d’avoir pratiqué la prostitution à contrecœur.

La formulation, cependant, est telle qu'on peut comprendre que Dieu est pardonnant et compatissant pour les hommes qui prostituent leurs femmes esclaves. La phrase est vague et n'exprime pas dans une juste proportion l'intention humanitaire.

Les opinions d’Ebrahim on-Nazzam sur le Coran ont été déjà mentionnées, et on doit ajouter qu'il n'était pas le seul, mais elles ont été aussi celles d'autres savants de l'école Motazélite tels que Hisham ben Amr al-Fuwati. (mort 833) et Abbad ben Solayman (mort 864). Tous étaient de pieux croyants. Ils n'ont vu aucune contradiction entre leurs vues et leur foi sincère.

Le grand et pénétrant penseur arabe Abu'I-Ala al-Ma'arri considérait certaines de ses propres écritures comme étant sur un pied d’égalité avec le Coran.

Pour résumer, on a noté plus de cent aberrations coraniques dans les règles et la structure de la langue arabe. Inutile de le dire, les commentateurs se sont efforcés de trouver des explications et des justifications à ces irrégularités. Parmi eux il y eut le grand commentateur et philologue Mahmud oz-Zamakhshari (1075-1144), au sujet duquel un auteur maure écrivit : "Ce pédant obsédé de grammaire a commis une erreur choquante. Notre tâche n'est pas de rendre la lecture conforme à la grammaire arabe, mais de prendre la totalité du Coran tel qu’il est et de rendre la grammaire arabe conforme au Coran."

Dans une certaine mesure cet argument est justifiable. Les grands orateurs et les auteurs d'une nation respectent les règles de sa langue pour autant qu'ils évitent les modes d'expression qui ne sont ni généralement compris ni populairement acceptés, bien qu'ils puissent de temps en temps se trouver obligés de prendre des libertés. Chez les arabes préislamiques, la rhétorique et la poésie était bien développées et des conventions grammaticales étaient déjà établies. Le Coran étant, dans la croyance des musulmans, supérieurs à tous les produits précédents du génie rhétorique, doit contenir quelques irrégularités.

Pourtant la censure de Zamakhshari par l'auteur maure est critiquable pour la raison qu'elle renverse l'argument habituel. Qui est que le Coran est la parole de Dieu car il a une éloquence si sublime qu'aucun être d'humain ne peut l’atteindre, et que l'homme qui l’a exprimée était donc un Prophète. L'auteur maure soutient que le Coran est parfait parce que c'est la parole de Dieu et que le problème de ses erreurs grammaticales doit être résolu en changeant les règles de la grammaire arabe. En d'autres termes, tandis que la plupart des musulmans répondent à des dénégateurs en citant l'éloquence du Coran comme preuve de la prophétie de Mohamed, l'auteur maure, ayant pris l'origine divine du Coran et la prophétie de Mohamed pour acquise, considère toute discussion des expressions et du contenu du Coran pour inadmissible.

En même temps le Coran est en effet unique et merveilleux.

Il n'avait aucun précédent dans la littérature Arabe antique. Dans les sourates mecquoises nous trouvons des passages intensément spirituels et poétiques, qui témoignent du cadeau de Mohamed à la pensée et à la parole et donnent une certaine idée de son pouvoir de persuasion.

Un bon exemple est la sourate 53 (on-Najm), si nous enlevons le verset 33 qui est médinois et qui a dû y être inséré, pour une raison inconnue, par le calife Othman et ses rédacteurs. Avec une éloquence vivante rappelant les Chants de Salomon, mais sans la mention des plaisirs tel que le badinage avec les jeunes filles de Jérusalem dont les seins sont aussi blancs que les chèvres du Mont Gilead, cette sourate affirme allègrement l'apostolat de Mohamed et explique la nature de son illumination et de ses visions prophétiques. Bien que l'assonance, le rythme, et la beauté de l'arabe ne puissent pas être reproduits en une autre langue, peut-être la traduction suivante des dix-huit premiers versets donnera une petite idée de l'ardeur de l'âme visionnaire de Mohamed :

"Par l'étoile quand elle se couche,
votre compagnon n'est pas perdu, pas égaré,
et il ne parle pas selon son désir.
Ce n'est qu'une révélation qui est révélée,
que lui a transmise une puissance au pouvoir 33,
doué d’une grande force. Il se tenait là,
à l'horizon supérieur.
Puis il s’approcha et survola,
à deux portées d'arc, ou plus près.
Il révéla à Son serviteur ce qu'Il révéla.
Le cœur n'a pas falsifié ce qu'il a vu.
Lui contesterez-vous ce qu'il voit ?Et Il le vit, une autre fois,
près du micocoulier au lointain,
le jardin du refuge est près de lui,
Lorsque le micocoulier a été couvert de ce qui couvre.
(Son) œil ne s’est pas détourné, n’a pas hésité.
Il vit quelques grands signes de son Seigneur.
"

Divers conseils au peuple suivent, et dans des versets 30 et 31, Dieu s’adresse à Mohamed : "Ainsi sépare-toi de ceux qui ont cessé de se rappeler de Nous et qui s'inquiètent seulement pour la vie présente ! C'est toute leur connaissance. Ton Seigneur sait bien qui s’est égaré de son chemin et qui a trouvé la juste voie,". On rapporte qu'Omm Jomayyel, l'épouse de l'oncle de Mohamed Abu Lahab, vînt un jour au Prophète et lui dit ironiquement, "Nous espérons que votre Satan vous a abandonné,". C’était pendant l'interruption de la révélation, quand Mohamed était si déçu et affligé qu'il a pensé se jeter d’une falaise. On pense que l'incident a été l'occasion de la révélation de la très mélodieuse sourate 93 (od-Doha) :

"Par l’aube,
Par la nuit lorsqu’elle est calme,
Ton Seigneur ne t’a pas abandonné, ni pris en aversion.
La fin te sera plus heureuse que le commencement.
Ton Seigneur te donnera, et tu te réjouiras.
Ne t’a-t-il pas trouvé orphelin et abrité,
trouvé égaré et guidé,
trouvé dépendant et rendu autonome ?
Aussi, les orphelins, ne les accablez pas,
les mendiants, ne les repoussez pas,
et la bonté de votre Seigneur, parlez en !
"

En toute équité le Coran est une merveille. Ses sourates courtes de la période mecquoise sont chargées de force expressive et de puissance persuasive. Son style n'a aucun précédent dans la langue arabe, qu’il provienne de la bouche d'un homme illettré sans éducation, sans parler de formation littéraire, est un phénomène qui, à cet égard, peut légitimement être décrit comme un miracle.

Quelques savants ont nié que le Prophète Mohamed ait été illettré, arguant du fait que mot ommi ne signifie pas "illettré" mais "gentil" en référence aux païens arabes non Juifs et non Chrétiens. Le mot est employé avec cette signification dans la sourate 62 (al-Jom'a), verset 2, "C'est Lui qui a désigné un Prophète parmi les gentils," et dans plusieurs passages coraniques (2, 73; 3, 19 et 69; 7, 156 et 158). Néanmoins, en se basant à la fois sur des preuves et sur la tradition, il y a accord général sur le fait que le Prophète ne pouvait pas écrire, bien que peut-être, il ait pu lire plus tard quelques mots. En plus des récits explicites, il y a deux références coraniques sur ce sujet : dans le sourate 29 (al-Ankabut), verset 47, "Avant, tu ne récitais aucun livre ou tu n'écrivais pas avec ta main droite;" et plus clairement dans la sourate 25 (al-Forqan), verset 6, "Et ils disent, ‘Ce ne sont que des fables des anciens, qu'il a fait mettre par écrit ; elles lui sont dictées le matin et le soir". Ces mots montrent que les polythéistes étaient conscients que Mohamed ne pouvait ni lire ni écrire.

Pour ceux qui considèrent que le Coran est un miracle en raison de son contenu, la difficulté provient plutôt qu'il ne contient rien de neuf sur le plan des idées qui n’aient déjà été exprimées par d'autres. Tous les préceptes moraux du Coran sont évidents par eux-mêmes et reconnus généralement.

Les histoires qu’on y trouve proviennent, à l’identique ou légèrement modifiées, des coutumes juives ou chrétiennes, pour lesquelles Mohamed avait rencontré et consulté des rabbins et des prêtres lors de ses voyages en Syrie et aussi de la mémoire des descendants des peuples Ad et Thamud.

Ce fait n’amoindrit pas, tout bien pesé, la grandeur du Prophète Mohamed. Un illettré, membre ignorant d'une communauté superstitieuse, immorale, et injurieuse, sans d’autre loi que la force et la cruauté pour maintenir sa cohésion, a surgi courageusement pour combattre le mal et l’idolâtrie et pour propager des valeurs plus élevées, par le rappel inlassable des expériences antérieures d’autres communautés.

Son initiative est en soi la preuve de son génie inné et de sa force spirituelle, de sa conscience morale, et de ses sentiments humanitaires. Entendre les mots de la bouche de cet homme illettré dans la sourate 80 (Abasa) est comme entendre le battement de son cœur anxieux. Cette sourate très musicale et intensément spirituelle n’est pas plus traduisible qu'une poésie de Hafez34. Ce qui suit est une traduction très imparfaite des versets 16-33 :

"Que les humains périssent ! Ils sont si ingrats.
De Quoi les a-t-Il créés ?
D’une graine qu’Il créa puis lui donna forme.
Puis Il aplanit leur chemin,
puis Il les fit mourir et enterrer,
puis, quand Il le voudra, Il les fera renaître.
Non ! Ils n’ont pas accompli ce qu’Il leur a offert.
Que les humains voient leur nourriture !
Nous avons versé l’eau,
puis fissuré le sol,
et y avons fait poussé le grain,
les vignes, les roseaux,
les oliviers, les palmiers,
et des jardins luxuriants,
des fruits, des herbages,
à votre disposition et pour votre bétail.
Mais quand la trompette retentit …
"

Avec de tels sermons si beaux et si merveilleusement remplis de spiritualité Mohamed s’est efforcé de guider son peuple vers une meilleure voie.

Sur le plan de l’enseignement moral, cependant, le Coran ne peut être considéré comme miraculeux. Mohamed a repris des principes que l'humanité avait déjà conçus des siècles plus tôt en beaucoup d'endroits. Confucius, Bouddha, Zoroastre, Socrate, Moïse, et Jésus ont dit des choses similaires.

Le Coran contient également des lois et des ordonnances que décréta Mohamed, en tant que législateur de l'Islam. On doit toujours garder à l’esprit que la plupart des lois et des ordonnances coraniques ont été rédigées au coup par coup en réponse à des incidents et à des réclamations des personnes lésées. C'est pourquoi il y a quelques incohérences et qu’on y trouve des ordonnances abrogées et abrogeant. Ni oublier que la jurisprudence islamique est le produit d’un long effort des savants musulmans et a été développée durant les trois premiers siècles de l'ère islamique. Les lois coraniques sont brèves et insuffisantes pour les besoins de l’énorme communauté musulmane qui vit le jour durant le siècle et demi après la mort du Prophète.

Le jeûne provient du judaïsme par le biais d’une pratique arabe préislamique du jeûne le dixième jour du mois de Moharram, qui était connu comme le jour d'Ashura et correspondait au Yom Kippur juif. Après l'émigration du Prophète Mohamed à Médine et son changement de direction de la prière de Jérusalem vers la Mecque, la durée du jeûne ait été rallongée de un à dix jours, c’est à dire les dix premiers jours de Moharram; et après que la rupture finale entre musulmans et juifs, tout le mois de Ramadan fut réservé au jeûne.

On trouve la prière dans toutes les religions, l'expression des requêtes et des éloges à une déité étant une composante fondamentale de tous les modes de vie religieux. Dans l'Islam, la prière est le premier devoir d'un musulman et est exécutée d'une façon singulièrement islamique qui s’est constituée par la force de la coutume; il n'y a aucune instruction détaillée sur le sujet dans le Coran.

Pendant les treize années de la mission du Prophète Mohamed à La Mecque et la première année et demi de sa mission à Médine, les musulmans ont prié dans la même direction que les juifs, c’est à dire en direction de la "Mosquée Lointaine"" (c.-à-d. l’emplacement du temple) à Jérusalem.

Incluant le pèlerinage islamique à La Mecque, on sai t que plusieurs coutumes nationales des Arabes ont été approuvées et perpétuées. Toutes les cérémonies du hajj (pèlerinage au mois de Dhu'l-Hejja) et 'amra (pèlerinage surérogatoire ou inférieur), comme le port d'une robe longue blanche sans couture, les baisers ou les contacts de la pierre noire, la course entre Sata et Marwa, la halte à Aratat, et le lancement de caillou (lapidation symbolique de Satan), étaient pratiquées dans la période préislamique et ont été maintenues avec seulement quelques modifications.

Les Arabes païens, en faisant la circumambulation à la Kaaba, avaient l’habitude d’appeler Lat, Ozza, Manat, ou toute autre idole que leur tribu reverrait, "Ici je suis à votre service (labbayka), O Manat !" par exemple. Sous l'Islam, l'appel à une idole a été remplacé par l'appel à Dieu (Allahomma), et la formule est devenue labbayka d'Allahomma de labbayka ! Les Arabes païens avaient interdit la chasse le mois du pèlerinage, mais le Prophète n’a maintenu cette interdiction que les jours de pèlerinage lorsque les pèlerins sont dans l'état de consécration (ehram). Les arabes païens faisaient parfois leur circumambulation de la Kaaba nus; l'Islam l’a interdit et a exigé le port de robes longues sans couture. Les arabes païens avaient une inhibition à manger de la viande d’animaux sacrifiés; le Prophète l’a autorisé.

On sait qu'après la conquête de La Mecque et du renversement des idoles qorayshites, les musulmans se sont abstenus de courir entre Sata et Marwa car auparavant il y avait une idole de pierre sur chacune de ces collines, et la motivation des pèlerins païens de courir de l’une à l’autre étaient de gagner la bonne fortune (baraka) en baisant ou touchant ces idoles. Le Prophète Mohamed, cependant, a reçu une révélation (sourate 2, al-Baqara, verset 53), qui a non seulement autorisé la course entre Sata et Marwa mais a également déclaré ces collines pour étant des jalons de Dieu.

Abu'I-Fath Mohamed Shahrestani (1086-1153) écrit dans son bon livre sur les religions et les sectes (al-melal wa'nnehal) que beaucoup des devoirs et des rites de l'Islam sont la continuation des pratiques que les arabes païens avaient adopté des juifs.

Dans des périodes préislamiques, le mariage avec la mère, la fille, ou l'épouse du père était déjà interdit et le mariage avec deux sœurs était désapprouvé. Les ablutions après une souillure et après un contact avec un cadavre humain, se rincer la bouche, le reniflement d'eau par les narines, se oindre les cheveux, employer le cure-dent, se laver après défécation, s’épiler les poils des aisselles et se raser les poils pubiens, la circoncision et l’amputation de la main droite des voleurs étaient pratiquées par les arabes avant l'Islam et la plupart du temps d’origine juive.

Parmi les devoirs des musulmans il y en a deux qui sont particuliers à la loi islamique, le service dans la guerre sainte (jehad) et le paiement de l’impôt aumône (zakat). La raison pour laquelle aucune obligation comparable n’était imposée dans d’autres systèmes est que les autres législateurs n’avaient le même but que Mohamed. Son but était d'organiser un Etat. Aucun état ne peut être organisé et maintenu sans armée et sans moyens financiers.

La guerre sainte doit être considérée comme une loi islamique spécifique et sans précédent, produit de l'esprit clairvoyant et réaliste de Mohamed. Quand le message spirituel des belles sourates mecquoises se révéla inefficace, le seul remède qu'il pouvait trouver fut l'épée.

L'entretien d'une armée opérationnelle, dans laquelle chaque homme doit être prêt au combat, est coûteux. Butin et appropriation peuvent être utiles et inciter les soldats à combattre, mais une source de revenu sûre et permanente est nécessaire. Ceci est fourni dans la loi islamique par l’impôt aumône.

La pensée constructive de Mohamed avait toujours en vue les nouvelles conditions et besoins de la communauté. Toutes ses étapes avaient pour but d’en favoriser le progrès. Parmi elles il y eut la prohibition de ce qui enivrait, autre loi spécifiquement islamique qui fut décrétée principalement en considération les conditions sociales locales. Les Arabes étant un peuple passionné, excitable et indiscipliné, lorsqu’ils s’abandonnaient à l’alcool, qui était demandé et disponible, cela entraînait souvent des troubles et des désordres. La prohibition fut décrétée en trois étapes : Tout d’abord, par le verset 216 de la sourate 2 (al-Baqara) : "Ils t’interrogent au sujet des boissons fortes et des tirages au sort avec des flèches. Dis, ‘Il y a en eux de grands péchés et aussi des avantages. Le péché est plus grand que l'avantage.’". Puis, par le verset 46 de la sourate 4 (on-Nesa), qui fut révélé à l'occasion d'un homme venant à la prière à Médine dans un état ivresse : "Ô croyants, ne venez pas près du prêcheur lorsque que vous êtes ivres !". Finalement, par les versets 92 et 93 de la sourate 5 (al-Ma'eda), dans lequel la prohibition devient absolue : "Ô croyants, la boisson forte, les jeux de flèches, les images, et les flèches divinatoires sont des choses répugnantes, parmi les œuvres de Satan. Ainsi éloignez-vous d'eux ! Puis, peut-être, vous deviendrez plus prospère" (verset 92).

Dans le verset 216 de la sourate 2 et dans le verset 92 de la sourate 5, boire des boissons fortes est lié avec le jeu; et dans le dernier passage, sont également interdits les images et la divination au moyen de flèches, pour obtenir l'aide des idoles. Dans le verset suivant 93, le sujet est la boisson forte et le jeu, et la raison de leur prohibition, qui a été probablement révélée après un incident désagréable, est expliquée comme suit : "Satan ne veut que semer l'hostilité et la haine parmi vous par les boissons fortes et les jeux de flèches, et vous distraire du souvenir de Dieu et de la prière. Alors serez-vous abstinents ?". Ce verset confirme l’idée que boire et jouer provoquaient souvent des disputes et du désordre parmi les arabes.

Sur la polygamie, le divorce, l’adultère, la prostitution, la sodomie, et beaucoup d'autres sujets, les commandements coraniques sont des modifications des lois juives ou des réformes des pratiques arabes précédentes.

Ces observations ne changent pas le fait que le Coran est un miracle - pas un miracle embrouillé par des siècles de mythe et seulement crédibles aux faibles esprits, mais un véritable miracle vivant et important.

Ni les préceptes moraux et légaux du Coran ni l'éloquence ne sont miraculeux. Le Coran est miraculeux parce qu'il a permis à Mohamed, sans l’aide de quiconque et en dépit de la pauvreté et de l'analphabétisme, de surmonter la résistance de son peuple et de fonder une religion durable; parce qu'il a fait évoluer des hommes sauvages vers la discipline et a leur a imposé sa volonté d’apporteur.

Mohamed a exprimé sa fierté du Coran, le prenant pour être la garantie de sa prophétie parce que c'était la révélation de Dieu et il était le médium de sa transmission.

Le mot arabe wahy, qui est habituellement traduit en français comme révélation ou inspiration, se présente plus de soixante fois dans le Coran, dans la plupart des contextes avec la signification de base de mettre quelque chose dans l'esprit d'une personne, et dans quelques contextes avec la connotation d'un conseil passager. Pour cette raison le Prophète était impatient, après chaque révélation, qu'un scribe l'écrive immédiatement. Il y a des références à sa hâte dans le Coran, par exemple dans le verset 113 de la sourate 20 (Taha), "Ne te dépêche pas avec le Coran avant que la révélation en toi ne soit terminée!", et dans les versets 16-19 de la sourate 75 (al-Qiyama), "Ne hâte pas ta langue pour en finir au plus tôt ! À Nous incombe sa collecte et sa récitation ! Quand Nous l’avons récité, suis sa récitation ! C'est à Nous que revient sa rédaction."

Ces mentions de la hâte du Prophète Mohamed font allusion à l'état mental que la réception de la révélation induisait en lui. La lumière qui a brillé dans son âme en ces occasions n'était pas une expérience normale. Selon Abu Sa'id al-Khodri (un défenseur médinois de Mohamed et source de beaucoup de témoignages) cité dans le Sahih (compilation de Hadith) de Moslem ben al-Hajjaj (mort 261/875), le Prophète avait l’habitude de demander : "Ne notez rien de que je dis sauf le Coran ! Si quelqu’un a écrit autre chose de mes paroles que le texte du Coran, qu’il les efface !" Le point important et remarquable est que le Prophète Mohamed tombait dans un état anormal quand une inspiration lui venait. Un effort intérieur intense semble avoir été exigé. Le Sahih de Bokhari cite une déclaration d’Aïcha, l'épouse du Prophète : "Hareth ben Hisham demanda au Prophète ‘A quoi ressemble les inspirations ?'’. Il répondit, ‘Les plus fortes d'entre elles sont comme le bruit d'une cloche qui sonne dans mon esprit après avoir été silencieuse. Parfois un ange apparaît sous une forme humaine et disparaît dès que je saisis le sujet", Aïcha ajoute, "Pendant les inspirations, de la sueur coulait de son front, même des jours froids.". Venant confirmer les propos d'Aïcha, Bokhari cite Safwan ben Ba'li (dont le père a accepté l'Islam après la conquête musulmane de La Mecque) dans ce récit : "Ba'li souhaitait observer le Prophète durant une de ses inspirations. Un jour un homme portant un manteau parfumé s’enquit auprès du Prophète s'il était dans l'état de consécration nécessaire pour l'exécution de l’amra (petit pèlerinage) en portant ce manteau. Un état d'inspiration vînt au Prophète. Omar dit à Ba'li d’entrer. Ba'li entra et vit le Prophète paraissant endormi, ronflant, et son teint béni était rouge. Quelque instant après, le Prophète sortit de cet état et appela le questionneur. Il lui dit de rincer le parfum hors de son manteau trois fois ce qui le consacrera pour l’amra comme pour le hajj."

L’HUMANITE DE MAHOMED

Les Prophètes étaient des hommes ordinaires. Sinon, dans Votre générosité, vous auriez versé de l'élixir sur le cuivre de leur être.

Mawlavi Jalal od-Vacarme Rumi35

Les premiers savants de l'Islam reconnaissaient tous que le Prophète Mohamed était un être humain normal sauf pour ce qui concerne sa distinction spirituelle. Ceci est attesté par le verset 110 de la sourate 18 (ol-Kahf) : "Je ne suis qu’un humain comme vous. On m’a indiqué que votre Dieu est Un Dieu."

Aucun savant Sunnites ne considéraient que la connaissance parfaite et l’absence de péchés fussent des attributs essentiels du Prophète Mohamed. Ils voyaient sa prophétie comme un cadeau spécial de Dieu dans le sens où Dieu a choisi pour la tâche prophétique un homme doué de qualités humaines, terlles que la connaissance et la vertu, à un degré extraordinairement élevé, ou plutôt qui fut doué de ces extraordinaires qualités à l'heure de son rendez-vous pour guider le peuple.

Les savants Sunnites croyaient que nous plaçons notre foi en une personne parce que nous la croyons être porteuse d’une révélation. Ils n’arguaient pas que nous pensons qu’une personne est un prophète parce que Dieu l'a placée sur un plan de connaissance et de morale plus élevé. Leur avis se base sur plusieurs versets Coraniques, par exemple la sourate 42 (osh-Sho'wra), verset 52 : "Et c’est ainsi que par notre volonté nous t’avons révélé un esprit. Tu ne savais pas ce qu’étaient le livre (c.-à-d. le Coran) et la foi. Mais Nous t’avons mis une lumière par laquelle Nous guidons ceux de nos serviteurs que Nous voulons.". Le même point est implicite dans le verset précédent, puis très clair dans le verset 50 de la sourate 6 (al-An'am), qui est une réponse à ceux qui avaient demandé un miracle au Prophète : "Dis (leur), ‘Je ne vous dis pas que ce je possède les trésors de Dieu. Je ne connais pas l'invisible. Je ne vous dis pas que je suis un ange. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé.’" Dans la sourate 7 (al-A'raf), verset 188, Mohamed est instruit, "Dis (leur), ‘Je ne prends aucun bénéfice, ni perte, excepté ce que Dieu veut. Si je savais l'invisible, j'en aurais gagné beaucoup d'avantages et je n'aurais pas été touché par l’adversité. Je ne suis qu’un avertisseur et l’apporteur de bonnes nouvelles aux gens qui croient’". Ce verset est également une réponse aux polythéistes, qui demandaient pourquoi Mohamed ne s'était pas engagé dans le commerce et fait de grands bénéfices si ses affirmations de communiquer avec le monde invisible étaient vraies.

Les vers coraniques à ce sujet sont explicites et clairs, et les Hadiths et les biographies fiables confirment que le Prophète Mohamed n'a jamais prétendu être sans péché ou avoir la connaissance des choses invisibles. Il était bien conscient de ses faiblesses humaines, et il l’admettait ouvertement et franchement. Selon un Hadith bien certifié, il été obligé de dire lors d’une tentative de quelques polythéistes de le troubler avec des questions non pertinentes : "Qu’est ce que ces gens attendent-ils de moi ? Je suis un des serviteurs de Dieu. Je sais seulement ce que Dieu m'a appris." L'exactitude et l'honnêteté de Mohamed sont admirablement claires dans les versets 1 et 2 de la sourate 80 (Abasa), qui sont manifestement un reproche divin :

"Il a froncé les sourcils et s’est éloigné
quand l'aveugle vint à lui.
Comment peux tu savoir ? Peut-être deviendra-t-il pur (de cœur),
ou s’en rappellera-t-il, et le souvenir lui profitera.
Mais l'homme qui prétend n'avoir nullement besoin (de l'aide de Dieu),
Prêtes-lui attention.
Ce ne sera pas de ta faute s'il ne devient pas pur.
Mais l'homme qui vient à toi, en courant (avec grand effort)
et craignant (Dieu),
Tu le négliges.
Plus jamais ! C'est un rappel.
"

Le Prophète avait conçu l’ambition très humaine de convertir à l’Islam quelques hommes riches et puissants. Peut-être était-ce un but justifiable, car les polythéistes avaient demandé avec vantardise, "Laquelle des deux parties a la position la plus élevée, porte le plus de poids dans une discussion ?" (sourate 19, Maryam, verset 74). Quoi qu’il en soit, le souhait de Mohamed de l’emporter sur quelques notables était tout à fait normal. Un jour qu’il était en conversation avec un membre de cette classe et sans aucun doute absorbé par l'effort de persuader, un aveugle appelé Abdolah ben Omm Maktum, qui avait embrassé l'Islam, s'était approché de lui et lui dit : "Enseigne-moi une partie de ce que Dieu t’a enseigné !". Le Prophète ne prêta aucune attention à la demande de l’aveugle et est rentré chez lui. Alors cette noble sourate fut descendue au Prophète, manifestement comme le lui reprocher. Dès lors, chaque fois qu'il rencontrait Abdullah ben Omm Maktum, il donnait un accueil chaleureux à l'homme pour l'intérêt duquel Dieu l'avait réprimandé.

Dans la sourate 40 (al-Ghafer, également appelée al-Mo'men), verset 57, le Prophète est sermonné, "Sois patient ! La promesse de Dieu est vraie. Prie pour la rémission de tes péchés, et prie ton Seigneur soir et matin.". Ce verset attribue de la culpabilité à Mohamed en le commandant de prier pour la rémission de ses péchés. La croyance dans l'infaillibilité absolue du Prophète soutenue plus tard par les musulmans est donc en conflit direct avec le texte du Coran.

Le thème revient sous une variante dans les trois premiers versets de la sourate 94 (al-Ensherah) : "Ne t’avons-nous pas encouragé le cœur et libéré du fardeau, qui pesait (si lourdement) sur ton dos ?". Le mot wezr (fardeau) est remplacé par dhanb (péché) dans les deux premiers versets de la sourate 48 (al-Fath) : "Nous t’avons donné une claire victoire de sorte que Dieu puisse pardonner tes péchés d’avant et d’après, et t’accorder la plénitude de Sa générosité, et te guider sur le droit chemin.".

Pris ensemble, ces passages coraniques explicites et incontestables montrent que le Prophète Mohamed, loin de revendiquer son infaillibilité et un rang de surhomme que d’autres lui ont plus tard attribués, se savait enclin au péché. Pour quiconque voulant étudier et penser, ceci augmente considérablement la stature spirituelle de Mohamed.

Lorsque qu’il s’agit des croyances religieuses et politiques et des coutumes sociales, à qui il manque la certitude les mathématiques et la démontrabilité relative des sciences naturelles, les êtres humains répugnent toujours à utiliser leurs facultés rationnelles. Au lieu de ça, ils acquièrent d'abord une croyance et ensuite se torturent le cerveau pour trouver des arguments qui la soutiennent. Les ulémas de l'Islam n’échappent pas à cette règle. Dans leur dévotion zélée, ils ont commencé par croire à l'infaillibilité du Prophète et puis, dans l'espoir de la prouver, ont essayé d'élucider des déclarations coraniques claires.

La sophistique passionnée des commentateurs du Coran sur cette question rappelle une histoire concernant Sahl Tustari (un premier prédicateur soufi renommé à Shushtar au Khuzestan, mort en 886). Un de ses disciples vint à lui a lui dit, "Les gens disent que vous pouvez marcher sur l'eau.". Sahl répondit, "Va demander au muezzin ! C’est un honnête homme.". Le disciple alla demander au muezzin, qui lui répondit, "Je ne sais pas si Sahl peut marcher ou non sur l'eau. Mais je sais qu’un jour alors qu’il allait à la piscine pour faire ses ablutions rituelles, il est tombé dedans et se serait noyé si je ne l'en avais pas tiré.". Un aspect de cette question, qu'aucun chercheur impartial de la vérité ne peut nier, est l'abondance de preuves documentées.

Goldziher36 considérait que les premières compilations de Hadith et biographies de Mohamed dépeignent le fondateur de l'Islam avec une précision et une clarté qu’on ne trouve pas dans la documentation historique des autres religions du monde, et que, sans exception elles montrent toutes qu’il avait des faiblesses humaines.

Dans ces sources, il n’est fait aucune tentative de déshumaniser Mohamed; au contraire, il est placé sur un pied d’égalité avec les croyants et ceux qui l’entourent. Par exemple, on relate que dans la guerre du fossé à Médine en 627, il a creusé comme les autres combattants du camp musulman. Au sujet des plaisirs de la vie, on le cite comme disant, "J’affectionne trois choses en votre monde : le parfum, les femmes, et surtout la prière.". Certains des faits rapportés du Prophète sont très peu conformes à la renonciation de d'ascétisme et du monde.

Malgré les témoignages du Coran, des Hadiths, des biographies, Mohamed a été rapidement déshumanisé. Le processus a commencé dès qu'il est sorti de la scène. Le jour même qui suivit sa mort, Omar (ou peut-être un autre de ces principaux compagnons) a menacé, épée à la main, de couper la gorge de quiconque dirait que Mohamed était mort, Abu Bakr protesta, citant la déclaration coranique "Tu es mortel et ils sont mortels" (sourate 39, oz-Zomar, verset 31). Comme Abu Bakr avait raison ! Plus la distance augmente, dans le temps et l'espace, après la mort du Prophète en 632 et de Médine, plus les musulmans ont laissé leur imagination fonctionner librement. Ils ont exagéré et se sont exaltés tellement qu'ils ont oublié deux prémisses qui sont énoncées dans les cinq prières quotidiennes aussi bien que dans beaucoup de versets coraniques, à savoir que Mohamed était le Serviteur de Dieu et le messager de Dieu. Au lieu de cela, ils l'ont transformé en raison ultime de la création, disant "Mais pour vous, l'univers n'aurait pas été créé.". Un auteur zélé, Shaykh Najm od-Din Daya (mort 1256) est allé jusqu’à affirmer dans son livre Mersad al-Ebad que le Créateur omnipotent, qui peut faire exister toutes les choses en disant le mot simple "soit", a d’abord fait exister la lumière de Mohamed puis, il a regardé la lumière, ce qui a fait suer la lumière d’embarras, il a pu ainsi créer les âmes des Prophètes et des anges à partir des gouttes de sueur.

Mohamed Abdullah os-Samman, un biographe égyptien moderne du Prophète, a écrit : "Mohamed, comme les autres Prophètes, était humain. Sa naissance, sa vie, et sa mort étaient comme celles des autres êtres humains. Sa prophétie ne l'a pas placé à part de l'humanité. Comme tout le monde, il pourrait être irrité, heureux, attristé, et joyeux. Il fut ainsi si irrité par Aswad ben Abd al-Mottaleb ben Asad qu'il l'a maudit, disant ‘Puisse Dieu le rendre aveugle et faire de son fils un orphelin!" Mohamed Ezzat Darwaza, un auteur palestinien moderne, a écrit un livre sur la vie du Prophète où il fait attention à ne pas exprimer son propre avis à moins qu'il ne soit soutenu par des preuves coraniques. Sa sincère dévotion au Prophète et à l'Islam éclate à chaque page de ce travail impressionnant de deux volumes. Il conclut avec regrets que les exagérateurs musulmans (ghalat), parmi lesquels il mentionne Qastallani (1448-1517)37 se sont complètement égarés et ont donné libre court à leurs fantasmes, pour lesquels il (Darwaza) ne pouvait trouver aucune base dans le Coran ou dans les Hadiths authentiques et les premiers récits.

Ces fanatiques croyaient, sans aucune justification, que Dieu a créé l'humanité afin que Mohamed puissent naître dans la race humaine, et donc que Mohamed était la raison de la création de l'humanité; ils ont même maintenu que les tablettes, la plume, le trône, et le tabouret, et les cieux, la terre, les génies, les humains, le paradis, l’enfer, en bref toutes choses, ont été créées par la lumière de Mohamed. Ils ont oublié les mots clairs du verset 124 de la sourate 6 (Al-An'am) : "Dieu sait mieux où placer Son message." Ils ont ignoré le principe fondamental de l'Islam que seul Dieu détermine le monde des êtres.

Le même auteur musulman palestinien éclairé note également que dans plusieurs passages coraniques tous les Prophètes sont décrits comme des mortels ordinaires que Dieu a désignés pour guider l'humanité.  Dans les versets 7 et 8 de la sourate 21 (al-Anbiya), "Avant toi Nous n’avons envoyé que des hommes que Nous inspirions. Demande aux détenteurs de la mémoire (c.-à-d. juifs et chrétiens), si tu ne le sais pas ! Nous ne leur avons pas donné des corps qui ne mangent pas. Et ils n'étaient pas immortels.". Le même point que les Prophètes ne diffèrent pas du reste d'humanité sauf dans leur élection par Dieu pour transmettre Ses messages est réitéré dans les passages suivants cités par Mohamed Ezzat Darwaza "Dis, ‘Loué soit mon Seigneur ! Suis-je autre chose qu'un humain, un messager ?’ Et la seule chose qui empêchait le peuple de croire quand les conseils leur vinrent était qu'ils disaient, ‘Dieu a-t-il envoyé un humain comme messager ?" (sourate 17, al-Esra, versets 95 et 96). "Et ils ont dit, ‘Qui est cet apôtre qui mange et se promène dans les bazars ?" (sourate 25, al-Forqan, verset 8).  "Nous te relaterons la meilleur des histoires dans Notre révélation de ce Coran, même si auparavant tu étais un des insouciants". (sourate 12, Yusof, verset 3). "Nous avons accordé l'immortalité à aucun humain avant toi. Ainsi si tu meurs, sont ils immortels ?" (sourate 21, al-Anbiya, verset 35). "Et Mohamed n’est qu’un messager. Les messagers sont venus et sont partis avant lui" (sourate 3, al Emran, verset 138). "Tu ne savais pas ce qu’est le livre et la foi" (sourate 42, osh-Showra, verset 52).  "Dis (leur), ‘Je ne suis pas quelque chose de nouveau parmi les Prophètes. Ni ne sais ce qui me sera faitainsi qu’à vous. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé, et je suis seulement un clair avertisseur" (sourate 46, al-Ahqaf, verset 8).

Les indications de l'humanité de Mohamed et de ses sentiments et faiblesses humaines peuvent être trouvées dans tous les rapports certifiés. Plusieurs jours de suite après le raid sur le puit de Maouna, où soixante-dix musulmans furent tués, il commençait la prière du matin par ces mots "Ô Dieu, piétine les Modar !" (c.-à-d. les tribus Arabes du nord). Après la défaite de la bataille du Mont Ohod, dans laquelle son oncle Hamza ben Abd al-Mottaleb fut tué, un Abyssinien nommé Wahshi coupa le nez et les oreilles de Hamza, et l’épouse d'Abu Sofyan, Hend, déchira l'estomac de Hamza et mâcha son foie. La vue du corps mutilé de Hamza mit tellement le Prophète en colère qu'il cria vindicativement, "Par Dieu, je vais mutiler cinquante qorayshites." Ces événements et d’autres semblables illustrent la cruauté et la méchanceté de l'ancien état d’esprit arabe.

L'environnement social était de ceux où même une femme aristocratique déchirait l'estomac d'un homme mort, prenait et mâchait son foie, et le jetait si elle ne l’avait trouvé à son goût. Pendant la bataille, Hend et plusieurs autres femmes de l'aristocratie qorayshite allaient au milieu des combattants mecquois pour les encourager de leurs charmes féminins et de promesses.

Dans la biographie du Prophète d'Ibn Hesham38 on trouve un rapport où il est dit que quelques hommes de la tribu Bajila qui étaient tombés malades vinrent à Médine et demandèrent au Prophète de les aider. Il leur répondit que boire du lait de chameau les guérirait, et il les envoya à son berger hors de la ville. Après avoir bu du lait de chameau, ils récupérèrent. Alors ils tuèrent le berger du Prophète, piquèrent des épines dans ses yeux, et s’enfuirent avec les chameaux. Le Prophète fut extrêmement fâché en l’apprenant, il envoya sur le champ Korz ben Jaber à leur poursuite. Après qu'ils aient été rattrapés, ils furent conduits au Prophète. Il ordonna que leurs mains et pieds soient coupés et leurs yeux arrachés, et ceci fut fait.

Un des dires du Prophète cité dans le Sahih de Bokhari est "Je suis un humain, très enclin à la colère et à la tristesse, comme tout le monde je me mets en colère.". De nombreux récits le confirment.

Abu Rohm al-Ghefari, un compagnon du Prophète, relate qu'un jour alors qu’il chevauchait près du Prophète lors d’un raid, sa monture l’amena accidentellement si près du Prophète que sa lourde massue frappa le tibia du Prophète et lui fit mal. Le Prophète lui lança un regard sombre et frappa le pied d'Abu Rohm avec sa cravache. Abu Rohm, selon l’explication de Bokhari, fut très contrarié car il craignait qu'une révélation à son sujet et de sa mauvaise conduite ne descende.

Le Prophète, dans les derniers mois de sa vie, nomma Osama ben Zayd commandant des armées qui devaient envahir la Syrie. Rien d’étonnant à çà, le choix d'un jeune de vingt ans pour mener une armée dans laquelle de vieux compagnons tels qu'Abu Bakr devaient servir, provoqua des murmures de mécontentement et de désapprobation, même parmi les partenaires les plus proches du Prophète. Lorsque ces murmures lui parvinrent, le Prophète en fut si fâché qu'il se traîna de son lit de malade jusqu’à la mosquée, et après avoir conduit la prière, il alla en haut du pupitre et demanda avec colère, "Quelles sont ces plaintes au sujet de la nomination d'Osama ?" Pendant la maladie terminale du Prophète, Maymuna, un de ses épouses, prépara une potion qu’elle avait apprise en Abyssinie, et on lui versa dans la bouche alors qu'il était sans connaissance. Il se réveilla soudain et cria en colère, "Qui a fait cela ?" Ils répondirent, "Maymuna a préparé la potion et a demandé à votre oncle Abbas de la verser dans votre bouche.". Le Prophète ordonna alors que la potion soit versée dans la bouche de tous les participants exceptés Abbas. Même Maymuna, qui jeûnait, a bu une partie de la potion.

Les réactions psychologiques et les émotions humaines du Prophète Mohamed sont perceptibles en de nombreux événements rapportés durant les vingt trois années de sa mission, et particulièrement les dix années à Médine : par exemple, dans l'affaire du mensonge au sujet d'Aïcha, dans son évitement volontaire de la Copte Mariya, et dans sa hâte d’épouser Zaynab, de l'apporter à sa maison, aussitôt que la période d'attente après son divorce eut expiré.

Pourtant en dépit de l'existence de tous ces témoignages et de l'absence de toute attribution coranique d’une puissance surnaturelle à Mohamed, dès qu'il fut mort, de pieux musulmans vendeurs de miracle ont commencé à dire qu'il avait réalisé toutes sortes de merveilles impossibles. Plus la distance dans le temps et l'espace était grande, plus la masse de fiction croissait, alors même que beaucoup des meilleurs savants de l'Islam connaissaient leur invraisemblance et les considéraient comme des indignités. Quelques exemples suffiront.

Qadi 'Iyad (1088-1149), un juge andalou (qadi), théologien, poète, et généalogiste, a écrit un livre faisant l'éloge du Prophète intitulé Kelab osh-shefa be-ta'rif hoquq Mostafa. Contrairement à ce que l’on pourrait s’attendre, le livre n’a pas pour thème la force spirituelle et morale de Mohamed ni sa compétence politique. Son contenu conduit le lecteur à se demander comment un homme instruit et vraisemblablement pas inintelligent a pu songer à écrire de telles balivernes sur le Prophète. Par exemple, se réclamant de l’autorité de serviteur du Prophète et éminent traditionaliste, Anas ben Malek39, Qadi 'Iyad crédite le Prophète d’une puissance sexuelle miraculeuse qui lui permettait d'avoir des rapports quotidiens avec ses onze épouses et le pouvoir de trente hommes ordinaires. Toujours se réclamant de l'autorité de Malek ben Anas, Qadi 'Iyad joue au Prophète et dit, "J'ai quatre supériorités sur les autres hommes : générosité, courage, fréquence de copulation, et fréquence de balsh" (un mot arabe signifiant abattre un ennemi). Ce dernier point contredit le témoignage des sources, où Mohamed n’a tué qu’un homme au combat. Même si cette allégation provenait de Malek ben Anas, n'importe qui avec du bon sens le discréditerait. La vérité est que le Prophète ne s'est jamais vanté à ce sujet. Dans le Coran il n'y a aucune mention de sa générosité et de son courage, mais seulement les mots "Tu as la force morale" dans la sourate 68, al-Qalam, verset 4. Si Qadi 'Iyad s'était vanté de ses propres munificence et valeur, il pourrait peut-être y avoir eu une certaine justification; mais il n'avait aucun droit de mettre dans la bouche d'un autre homme de déshonorantes vantardises sur les prouesses sexuelles et sur les personnes tuées, particulièrement quand cet homme était le Prophète qui n’a jamais dit de telles choses. Ignorant les faits, Qadi 'Iyad n’a évidemment exprimé que ses propres convoitises et ambitions secrètes. Dans son zèle fébrile à déshumaniser Mohamed, il va jusqu’à faire parler l'urine et les fèces du Prophète, et de déclarer que, selon l'opinion de certain ulémas, elles étaient non polluantes. À ceci il ajoute une histoire idiote selon laquelle la domestique de Mohamed, Omm Ayman a bu son urine pendant un jour comme traitement contre l’hydropisie, et que le Prophète lui dit alors que pour le reste de sa vie elle ne souffrirait plus jamais de douleurs d'estomac. La plus absurde de toutes les affirmations de Qadi 'Iyad est que quand le Prophète sortait de La Mecque pour soulager ses entrailles, les pierres et les arbres marchaient vers lui et formaient une haie autour de lui de sorte qu'il ne soit pas vu. Tout lecteur de ce non-sens est obligé de se demander pourquoi le zèle de Qadi 'Iyad de rendre Mohamed inhumain n’est pas allé pas plus loin. N'aurait-il pas été plus sensé de dire que le Prophète n'avait aucun besoin de manger ni d’excréter comme les autres hommes? Dans ce cas il n'y aurait rien eu à cacher pour les pierres et les arbres qui marchent.

De telles divagations ne sont pas particulières à Qadi 'Iyad. Des douzaines d'auteurs sur le Prophète, tel que Qastallani mentionné supra, ont répété des centaines d'histoires idiotes similaires qui expose la personnalité unique de Mohamed à l’humiliation et au ridicule. On a même fait dire au Prophète, "Dieu m'a mis dans les reins d'Adam quand il a créé Adam, puis dans les reins de Noé, et puis dans les reins d'Abraham. Je suis resté dans de purs reins et utérus jusqu'à ce que je sois né de ma mère.". Ceci suggère que d'autres humains soient soudainement venus au monde de dessous les buissons. Évidemment chaque humain a eu une potentialité d’existence avant d'acquérir sa réalité en étant conçu puis en naissant.

Encore selon Qadi 'Iyad, toutes les fois que le Prophète passait quelque part, les pierres et les arbres marchaient et disaient, "La paix soit sur toi, Ô Apôtre de Dieu !". Peut-être que les animaux, étant mobiles et dotés de gorge, larynx, et langue, auraient pu venir exprimer une salutation;  mais comment des objets inanimés, sans cerveau, sans vision, sans volonté auraient-t-ils pu identifier un Prophète, et encore moins le saluer ? Certains diront que c'était un miracle; mais quelle réponse ont-ils à la question de savoir pourquoi aucun miracle ne s'est produit quand les polythéistes qorayshites refusaient de croire du fait de leur absence ? Le miracle que ces qorayshites exigeaient de Mohamed était relativement mineur, seulement de faire couler de l'eau d'un rocher ou de transformer une pierre en or. Si les pierres faisaient des salutations au Prophète, pourquoi est-ce qu'une pierre le heurta sur la bouche et le blessa à la bataille du Mont Ohod ? Aucun doute que les vendeurs de miracles répondraient que cette pierre particulière n’était qu’une infidèle. Dans de nombreux livres, d’auteurs sunnites et chiites, on affirme que le Prophète Mohamed n'avait pas d’ombre et pouvait voir derrière lui aussi bien que devant. Sha'rani40 (mort en 1565) va plus loin et écrit dans son livre Kashf al-ghomma ""Le Prophète pouvait voir dans chacune des quatre directions et percevoir des choses la nuit aussi bien que pendant la journée. Quand il marchait avec un homme grand, il semblait plus grand, et quand il était assis, ses épaules étaient plus hautes que ceux des autres hommes.". Les auteurs de telles sottises étaient trop simples d’esprit pour pouvoir mesurer la magnificence d'un homme comme Mohamed autrement que sur une base extérieure et physique, et trop obtus pour savoir que seulement la force spirituelle, intellectuelle, et morale peut donner à une personne une supériorité sur les autres. Néanmoins, il est remarquable qu’aucun vendeur de miracle n’ait demandé pourquoi aucun miracle aidant la cause du Prophète ne s'est jamais produit. Ni pourquoi le Prophète ne pouvait ni lire ni écrire. Au lieu de rendre le Prophète sans ombre et plus grand de la tête et des épaules que les autres hommes, n'aurait-il pas été préférable de le rendre capable d’écrire le Coran de sa propre main bénie au lieu d’engager un scribe juif ? Le plus remarquable de tout est le fait que ces vendeurs de miracle étaient des musulmans qui ont lu le Coran et connaissaient suffisamment bien l'arabe pour en comprendre les significations, mais restaient encore captifs des illusions en conflit direct avec les textes coraniques explicites et avides de présenter ces illusions comme autant de faits établis.

Les versets coraniques qui attestent que Mohamed était un être humain avec tous les instincts et émotions des humains sont parfaitement clairs et n’ont pas à être interprétés. Dans le verset 131 de la sourate mecquoise 20 (Taha), le Prophète dit : "N'écarquille pas tes yeux (c.-à-d. regarder avec envie) de ce que Nous avons permis à certains couples parmi eux d’aimer- la fleur de la vie dans ce bas monde - de sorte que Nous pouvons ainsi les éprouver ! Ce que ton seigneur t’a réservé est meilleur et plus durable.". De même dans le verset 88 de sourate 15 (al-Hejr), qui est également mecquoise : "N'écarquille pas tes yeux de ce que Nous avons permis à certains couples parmi eux d’aimer ! Ne t’afflige pas sur eux ! Et abaisse ton aile (c.-à-d. sois doux) sur les croyants !". De ces deux versets il est évident qu'une certaine sorte d'envie se soit faufilée dans l'âme de Mohamed. Peut-être aurait-il souhaité avoir les avantages de posséder la richesse et des fils, comme les chefs qorayshites.

La grande majorité des adversaires du Prophète étaient les hommes riches, naturellement opposés aux changements et qui tenaient à faire taire toute voix capable de déranger leur position établie. Il était également normal que des groupes mécontents se rassemblent autour de Mohamed. Dans ces circonstances le Prophète se sentait déprécié et souhaitait l’emporter sur quelques hommes riches et influents. Il avait fixé sur eux ses espoirs pour l'Islam. Mais Dieu lui a interdit de continuer dans cette direction. C’est dit clairement dans les versets 33 et 34 de la sourate 34 (Saba) : "Nous n'avons jamais envoyé un avertisseur dans une ville sans que ses hommes riches disent, ‘Nous ne croyons pas dans le message avec lequel tu as été envoyé.’ Ils ont dit, ‘Nous possédons plus de propriété et plus d'enfants. Nous ne sommes pas dans la détresse.’"

Dans la sourate 6 (ol-An'am), verset 52, le Prophète s’exprime par des mots qui ne peuvent manquer d’impressionner le lecteur perspicace : "N’écarte pas ceux qui font appel à leur Seigneur le matin et le soir, impatient de voir Son visage ! Tu n’es pas responsable de quoi que ce soit de leur récit, et ils ne sont pas responsables de quoi que ce soit de ton récit. Si tu les éloignes, tu seras un des oppresseurs.". La tonalité lourde de reproches du verset est très significative comme preuve de la nature humaine et du comportement humain du Prophète. Les polythéistes avaient dit qu'ils ne se joindraient pas à Mohamed parce que ses adeptes étaient des hommes sans richesse et il avait probablement ressenti la tentation d'apaiser le riche et même de dédaigner sa propre pauvre communauté. Cette supposition est attestée par les versets 27 et 28 de la sourate 18 (al-Kahl) : "Sois plus patient avec ceux qui font appel à leur Seigneur le matin et le soir, impatient de voir Son visage ! Ne détourne pas tes yeux d'eux, désirant les parures de la vie terrestre ! Et n'obéis pas à ceux dont nous avons rendu le cœur négligeant de se souvenir de Nous, qui poursuit ses propres plaisirs, dont les manières sont extravagantes ! Dis, ‘La vérité vient de votre Seigneur. Laisse ceux qui le souhaitent croire et ceux qui le souhaitent ne pas croire !’. Nous avons préparé un feu pour les oppresseurs.". Selon le Tafsir al-Jalalayn, la circonstance de la révélation de ce verset fut le refus d'Oyayna ben Hesn (un chef tribal) et ses hommes d’accepter l'Islam à moins que Mohamed ne se débarrasse de ses adeptes impécunieux.

Le même signe de la faillibilité du Prophète et par conséquent de son humanité entièrement normale est très clairement donné dans les versets 75, 76 et 77 de la sourate 17 (al-Esra). Bien que les récits de la circonstance de leur révélation diffèrent, tous confirment la signification du texte : "Ils t’ont presque tenté loin ce que Nous t’avons révélé, (espérant) que tu pourrais fabriquer autre (chose) contre nous. Alors ils t’auraient en effet accepté comme ami. Et si Nous ne t’avions pas raffermi, tu aurais presque pu t’incliner un peu vers eux. Dans ce cas Nous t’aurions fait goûter une double (punition) dans la vie et une double (punition) dans la mort. Tu n'aurais alors trouvé aucune aide contre Nous.". Selon certains commentateurs, ces versets ont été révélés après une réunion du Prophète avec certain qorayshites (mentionné supra) alors qu’il récitait le Sural onr-Najm et dit ces mots, qu'il regretta plus tard, "Ce sont les grues là-haut. Ainsi leur intercession peut être espérée". {Versets Sataniques} On rapporte qu'Abu Horayra41 et Qatada42 ont dit que les trois versets ont été révélés après quelques négociations entre le Prophète Mohamed et les chefs qorayshites, qui avaient exigé qu'il les reconnaisse comme maîtres, ou au moins qu'il cesse de leur montrer de l’irrespect et ils avaient promis en retour de le laisser en paix, de nouer des relations amicales avec lui, et de ne plus battre et de jeter dehors sur les rochers roussis par le soleil les pauvres musulmans sans foyer. De toute évidence, la première fois qu'une telle offre lui fut faite, le Prophète soit céda soit s’adoucit, mais il changea d'avis au moment de l'action. Peut-être fut-il incité à faire ainsi par sa propre âme, la même âme qui l'avait conduit à la spiritualité durant tant d'années puis l’a fait entreprendre le travail d’éradication du polythéisme et de l’idolâtrie; étant donné que le compromis proposé aurait été susceptible de diminuer ou de détruire l'impact de sa prédication. Peut-être que des croyants dévots et inflexibles tel Omar ou des croyants courageux et militants tel Ali et Hamza ont alors pensé qu’un compromis ou quoi que ce soit de ce type seraient soit une gaffe soit une défaite. Quoi qu’il en soit, les mots de ces trois versets montrent que le Prophète Mohamed partageait la caractéristique bien humaine de la sensibilité à la tentation.

Ceci est confirmé dans d'autres passages coraniques. Parmi ceux-ci il y a les versets 94 et 95 de la sourate 10 (Yunos) : "Et si tu es dans le doute au sujet de ce que nous t’avons descendu, demande à ceux qui ont récité le livre (c.-à-d. les Ecritures) avant toi ! La vérité est venue à toi de ton Seigneur. Ainsi ne sois pas parmi les incrédules ! Ne sois pas de ceux qui nomment mensonges les signes de Dieu (c.-à-d. les révélations) ! Tu serais alors un des perdants.". Encore dans la sourate 5 (al-Ma'eda), verset 71 : "Ô Apôtre, transmets ce qui t’a été descendu de ton Seigneur ! Si tu ne le fais pas, tu n'auras pas transmis Son message. Et Dieu te protégera des gens." Comment ces versets doivent-ils être interprétés par un musulman qui croit en Dieu et reconnaît dans le Coran la parole de Dieu ? Quelle est la signification de ces remontrances sévères au Prophète ?

La seule explication ne peut être que celle-ci, la faiblesse et la fragilité humaines avaient commencé à atteindre le meilleur du Prophète. Il a dû avoir eu peur des gens jusqu'à ce que Dieu lui dise de ne pas les craindre car il en serait protégé. Certains qorayshites, en particulier Walid ben al-Moghira., As ben Wa'al, Adi ben Qays, Aswad ben Abdol-Mottaleb et Aswad ben Abd Yaghuth, avaient profondément affligé le Prophète en se moquant de lui et de ses enseignements. Peut-être, dans les profondeurs de son âme, il avait commencé à regretter sa mission et même à envisager d’abandonner et de laisser le peuple aller comme bon lui semble. Autrement il n'aurait pas sûrement reçu le commandement de Dieu dans la sourate 15 (al-Hejr), versets 94 et 95: "Dis à haute voix ce qui t'a été ordonné (de dire), et éloignes-toi des polythéistes ! Nous t'avons donné suffisamment (de protection) contre les moqueurs.". Trois phrases suivant de près dans le même sourate expliquent la question et confirment l'interprétation suggérée : "Nous savons que ton coeur est affligé par ce qu'ils disent. Proclame les louanges à ton Seigneur ! Sois un de ceux qui ont brisé, et sers ton Seigneur ! Alors la certitude viendra à toi.". Quelques commentateurs ont pris le mot yaqin (ici traduit par certitude) comme voulant dire le destin inévitable de la mort; leur présomption de l'infaillibilité de Mohamed les a évidemment empêchés de reconnaître sa vulnérabilité au doute et les a conduits à inventer cela et d'autres interprétations en désaccord avec des formulations coraniques. La signification des trois versets est parfaitement claire; Mohamed souffrait de dépression grave qui l'a conduit à avoir des doutes, même au sujet de sa propre authenticité, mais la prière et les louanges à Dieu ont reconstitué sa certitude, c.-à-d. sa confiance en sa mission.

Dans la sourate 33 (al-Ahzab), verset 1, Mohamed reçut expressément un ordre : "Crains Dieu, et n'obéis pas aux incroyants et aux hypocrites !" Le Tafsir eI-JalaIayn interprète le premier verbe comme "continue de craindre.". Un autre commentaire affirme que les deux commandements, bien qu’adressés au Prophète, sont destinées à toute la communauté musulmane. Le zèle de tels commentateurs est plus grande que leur exactitude, car dans le verset 2 de la même sourate, les ordres de Dieu au Prophète : "Tiens-toi en à ce qui t’a été révélé par ton Seigneur !". Les deux versets disent clairement que Mohamed a réagi à sa déception d'une manière normale et humaine en se demandant s’il allait de soumettre aux demandes de ses adversaires, et que Dieu le lui a sévèrement interdit; en langue plus scientifique, il souffrait d'épuisement et de dépression, mais il fut retenu de la reddition et ramené à sa mission par la force de volonté.

Hors de cette explication, la seule autre possibilité serait que le Prophète a voulu jouer la conciliation en feignant une bonne volonté à se laisser fléchir et à accepter un compromis avec les demandes de ses adversaires, Dieu lui aurait alors interdit de le faire. En raison de la finesse politique de Mohamed, une telle hypothèse est défendable, mais en raison de sa sincérité, de son unique idée, et de sa force morale, ce ne serait guère probable. Mohamed croyait à ce qu'il disait; il croyait qu'il était inspiré par Dieu.

Pour conclure ce chapitre, voici un récit approprié du Tafsir de Cambridge43 (un commentaire du Coran en Persan des débuts de l’Islam) comme illustration de ce que pensaient les musulmans des premiers siècles de l'Islam, de leur éloignement avec les faits de l’époque de la révélation du Coran. Voici l'histoire (page 295, volume 2 de l'édition imprimée à Téhéran) : "Après la révélation de la sourate on-Najm (sourate 53, qui s'ouvre par les mots ‘Par l'étoile quand elle se couche …’), Otaba ben Abi Lahab envoya un message au Prophète disant qu'il ne croyait pas aux étoiles dans le Coran. Le Prophète fut offensé et le maudit, priant, 'Ô Dieu, puisse une de vos bêtes de proie le maîtriser !’ Otaba en entendant cela, fut effrayé. Un jour qu’il voyageait dans une caravane, celle-ci s'arrêta à Harran, Otaba s’allongeât et dormit parmi ses amis. Dieu envoya un lion, qui attrapa Otaba du milieu de ses amis et déchiqueta entièrement son corps mais sans rien manger de cette chose malpropre et maudite. Ainsi tout le monde sut que le lion ne l'avait pas pris pour le manger mais pour accomplir la prière du Prophète". Il n’est pas venu à l’idée des inventeurs de cette histoire que le Prophète, au lieu de maudire Otaba, pourrait avoir sollicité Dieu pour lui montrer de la miséricorde et pour le convertir à l’Islam. Est-ce que l'Islam n’est pas la foi dans le Seigneur des Mondes, le Compatissant, le Miséricordieux ?

A Médine, cependant, l'Islam n’était pas que la foi en Dieu; c'était également devenu la base d'un nouveau système légal et d'un état arabe. Toutes les règles et obligations de l'Islam ont été établies pendant le séjour de Mohamed à Médine les dix dernières années de sa carrière prophétique. La première étape fut le changement de la direction de la prière de Jérusalem vers La Mecque.

Cela a eu comme conséquence que les juifs ont été par la suite imposés séparément des musulmans. Un autre a été que les Arabes de Médine se sont débarrassés de leur complexe d'infériorité et que les bédouin arabes ont commencé à acquérir une sorte de ferveur nationale; car la Kaaba, le temple des idoles que les tribus révéraient, devint la maison d'Abraham et d'Ismaël, les ancêtres de tous les Arabes.

De même pour ce qui concerne le jeûne, exemple des juifs a été laissé de côté. D'abord le jeûne du dixième jour du mois de Moharram, qui était la pratique juive, fut prolongé de plusieurs jours, puis plus tard, tout le mois de Ramadan lui fut réservé.

Toutes les règles des mariage, divorce, menstruation, famille et alliance, transmission et polygamie, les sanctions pour la fornication, l'adultère et le vol, pour la vendetta, le prix du sang, et d'autres questions criminelles, et sur les questions civiles tels que impuretés, interdictions alimentaires, et circoncision, provenaient, avec quelques modifications, principalement de la loi juive ou des coutumes arabes préislamiques et elles furent toutes décrétées à Médine. D'autres règles sur des questions civiles et personnelles, quoique colorées d’idées et de pratiques juives ou païennes, ont été incontestablement des mesures participant à l’instauration d’un ordre social et commercial.

CHAPITRE 3

LES POLITIQUES

L’EMIGRATION

L'histoire est un continuel mouvement, mais ici et là en ses pages nous trouvons des jours fixés dans nos esprits en tant que points de départ de grands événements ou de grandes transformations. L’un d’entre eux est le jour, enregistré comme le 12 du troisième mois {mois lunaire arabe} (Rabi al-Awwal) correspondant au 24 septembre 662 dans le calendrier chrétien grégorien, où le Prophète Mohamed arriva dans la ville alors connue sous le nom de Yatrib.

La raison principale pour laquelle les premiers musulmans ont vu l'émigration de Mohamed (hégire) comme la marque d'une ère fut le simple enthousiasme religieux. Les anciens Arabes n'avaient pas vraiment possédé une ère, bien qu’après la défaite de l’Abyssinie qui avait menacé La Mecque dans l’Année de l'Eléphant44 (probablement en 570), certains d'entre eux comptaient des dates en partant de ce jour.

Une autre raison de l'identification de la nouvelle ère avec l’hégire était qu'elle a permis à des individus de se vanter de la précocité et de l’héroïsme de leur adhésion à la cause du Prophète, et aux membres des tribus Aws et Khazraj de souligner l'importance de la protection qu'ils lui avaient apportée.

Le jour choisi comme début de l'ère n'était pas en fait le douzième jour du mois de Rabi' al-Awwal, mais le premier jour du premier mois, appelé Moharram, de la même année, correspondant à la date grégorienne du 16 juillet 622.

Il n’était certainement pas venu à l’esprit des Arabes en cette année-là que le douzième jour de Rabi 'ol-Awwal était le premier d’une série d'événements qui allaient provoquer un changement sans précédent dans leur façon de vivre. Personne dans le monde contemporain n'imaginait qu'un groupe d’habitants du désert, qui n'avaient joué aucun rôle significatif dans l'histoire de la civilisation et dont les tribus les plus avancées s’étaient elles-mêmes attachées aux empires romains et iraniens et étaient fières de leur vassalité à César et à Khosro {Khosro Anocharvan (en Perse :  Khosro de l'âme immortelle, ou Khosro le juste) : roi perse qui régna sur l’empire Sassanide de 531 à 579 et qui laissa le souvenir d’un grands réformateur et patron des arts et de l’érudition}, deviendraient bientôt les maîtres d'une grande partie des terres de la vieille civilisation.

La migration d'une région à l'autre n'était pas anormale chez les Arabes. L'exemple le plus spectaculaire avait été la migration des tribus Arabes du sud vers les frontières nord de la péninsule après l'éclatement de la digue de Ma'reb45 dans le Yémen. En comparaison, le mouvement de Mohamed et ses compagnons de La Mecque vers Yatrib étaient une affaire sans importance et concernant un nombre restreint de personnes - quelques émigrants fuyant le despotisme des polythéistes qorayshites.

Pourtant cette affaire apparemment sans importance a abouti en une décennie à un complet bouleversement. Dix ans après, les quelques hommes qui avaient quitté La Mecque pour se joindre à Mohamed, certains clandestinement comme des fugitifs, d'autres ouvertement comme des voyageurs, étaient les maîtres de La Mecque tandis que tous leurs adversaires étaient à genoux. Les idoles seraient cassées et le culte traditionnel de la Kaaba, contrôlé par les qorayshites qui fournissait richesse et prestige à leurs chefs, serait déraciné. Abu Sofyan, le successeur d'Abu Lahab et d'Abu Jahl, se rendrait car craignant pour sa vie, et même les plus inébranlables pratiqueraient la croyance dans Un Dieu.

La genèse d'un grand événement à partir d'une chaîne de petits événements n'a pas été rare dans l'histoire. De bons exemples sont la révolution française, la révolution russe, et l'invasion des Mongols en Iran.

Mohamed était en lutte avec les chefs qorayshites depuis qu'il avait commencé à prêcher. Peut-être n’avait-il pas imaginé, au départ, que ses enseignements, fondamentalement rationnels et semblables à ceux des deux autres religions Sémitiques, rencontreraient une telle opposition persistante; peut-être avait-il négligé cet important point que l’extension de l'acceptation de ses enseignements minerait nécessairement le suprématie des qorayshites ainsi que la puissance et la richesse de leurs chefs. Quoi qu’il en soit leur hostilité fut un fait, et il fut obligé de réfléchir aux moyens de la surmonter. Avant son départ à Yatrib, il avait déjà pris deux mesures dans ce sens.

La première mesure avait été une expédition de musulmans en Abyssinie en deux groupes successifs. Manifestement ces musulmans, pauvres et sans protecteur, persécutés par les qorayshites, reçurent du Prophète le conseil de partir en Abyssinie; cependant on peut déduire des identités des membres de la seconde expédition, plus nombreux, incluant son cousin Ja'far ben Abi Taleb, et des instructions qui leur furent données, qu'il y avait à l’origine un but politique. L'espoir d'un appui du Négus a dû naître dans esprit inventif de Mohamed. Le Négus, étant un souverain chrétien, serait naturellement opposé à l’idolâtrie, et au courant de la révolte d'anti-polythéiste d'une partie des monothéistes de La Mecque et de la persécution qu’ils subissaient, peut être serait-il prêt à envoyer une force à La Mecque pour les protéger. Ceci expliquerait la présence de Ja'far ben Abi Taleb, qui en tant que membre d'une famille respectée n'avait pas souffert personnellement de la persécution. Les qorayshites avaient de leur côté envoyé Amr ben al-As et Abdullah ben Abi Rabi'a en Abyssinie avec des présents pour le Négus, espérant le dissuader de toute interposition que pourrait lui demander les émigrants musulmans et si possible pour en assurer aussi l'extradition.

La deuxième mesure avait été le voyage de Mohamed à Taïef46 en 620. Ayant perdu son oncle et protecteur Abu Taleb puis son épouse et soutient Khadîdja, il fut exposé à plus d’hostilité ouverte qu'auparavant. Il avait l’espoir d'un l'appui de la tribu Banu Thaqif, à laquelle il était lié du côté de sa mère. A Taief, qui était le centre de la tribu, les Banu Thaqif étaient tenus en grand respect. Tous les habitants de Taïef étaient envieux de la position privilégiée de La Mecque et du prestige de la tribu qorayshite parmi les bédouins; ils voulaient naturellement faire de leur propre ville l'endroit de réunion des Arabes et échapper à la soumission à l'hégémonie qorayshite. Ce n'était pas un désir secret mais un fait bien concret, le Prophète se souvenait d’une visite de quelques chefs Thaqif qui lui avaient dit que le peuple de Taïef deviendrait probablement musulman s'il en faisait le sanctuaire et la ville sainte de la nouvelle religion. La tribu Banu Amer, également influente à Taïef, lui avait fait auparavant une proposition semblable, demandant qu'en cas du succès de sa cause et de l'implantation de l'Islam par leur aide, il devrait en faire la tribu arabe la plus noble au lieu des qorayshites. Clairement le but du voyage du Prophète à Taïef était d'explorer le terrain. Si les Banu Thaqif étaient vraiment disposés à le soutenir, il devenait possible de soumettre les qorayshites. C'était pourquoi il alla à Taïef secrètement sans autre compagnon que son esclave affranchi et fils adoptif Zayd ben Haretha. Cependant ses espoirs furent déçus, les chefs de Thaqif ayant décidé de ne pas le soutenir.

Les bédouin arabes n'ont jamais montré beaucoup d'intérêt pour les sujets spirituels. Aujourd'hui encore, presque quatorze siècles après la mission de Mohamed, ils tendent à regarder la religion comme un moyen de profit terrestre. Les Banu Thaqif étaient trop préoccupés par leurs moyens d’existence pour penser à négliger des intérêts matériels immédiats pour un futur salut promis. Taïef était la ville estivale de La Mecque, et sa population tirait profit des visiteurs mecquois et des voyages d'affaires. Les qorayshites qui agissaient contre Mohamed auraient été mécontentés par quiconque la soutiendrait. Il n’était donc pas sage de placer ses hypothétiques promesses plus haut que les nécessités pratiques garantissant la sécurité et la prospérité de Taïef. Sur un tel calcul de bénéfice et de perte, les chefs de Taïef lui ont non seulement refusé leur appui mais se sont également montrés méchants envers Mohamed. Ils l'ont agressé, insulté, et ont même rejeté sa dernière demande de s'abstenir de révéler son voyage vain pour ne pas renforcer les qorayshites. À son retour, l'opposition mecquoise à son égard était par conséquent devenue beaucoup plus virulente. Finalement certains polythéistes dirigeants se réunirent dans le hall de l’assemblée (al-nadwa dar) pour discuter du moyen de mettre un terme à l'activité de Mohamed, qui constituait une telle menace à leur position et leur richesse. Des trois solutions suggérées de l'expulser, de l'emprisonner, ou de le tuer, ils se ont décidés pour la dernière.

En dehors de Taïef, une autre ville du Hedjaz rivalisait avec La Mecque dans l'importance économique et sociale. C'était Yatrib, connue également comme al-Madina (un mot araméen, probablement introduit par les juifs locaux signifiant "la ville")47. La Mecque, avec son temple des idoles favorites des Arabes, était certainement le centre religieux le plus visité par les tribus bédouines, et les qorayshites, en tant que gardiens de la Kaaba et fournisseurs du nécessaire aux visiteurs, pouvaient naturellement prétendre être la tribu arabe la plus noble; mais la ville oasis de Yatrib, avec une agriculture florissante, qui manquait totalement à La Mecque, avec un commerce important et un niveau d'instruction relativement élevé dans sa population grâce à la présence de trois tribus juives, avait atteint un niveau culturel et social plus élevé. Malgré cela Yatrib étaient généralement placée en second position parmi les villes du Hedjaz, après La Mecque.

Un autre élément de la population de Yatrib était la présence de deux tribus arabes ennemies, les Aws et les Khazraj, chacune ayant des liens amicaux avec une ou deux des tribus juives. Les Aws et les Khazraj étaient des Arabes Qahtani, c.-à-d. originaires de Yamani et c’était une autre source de rivalité avec la tribu qorayshite, qui était de Adnani, c.-à-d. du nord de l’Arabie.

Du fait de leur indolence et de leur inexpérience de l'agriculture et du commerce, awsites et khazrajites n'étaient pas aussi prospères que leurs voisins juifs, et ils travaillaient pour des employeurs juifs. Ainsi malgré leurs alliances avec certaines tribus juives, ils se sentaient offensés par la supériorité économique des juifs en général, qu'ils voyaient comme leurs maîtres.

Les nouvelles de l'apparition et de la prédication de l'Islam par Mohamed à La Mecque, l'opposition des qorayshites, et les tensions qui en résultaient, s’étaient répandues dans tout le Hedjaz et étaient suivies avec intérêt à Médine. Les récits des voyageurs Yatrébis à la Mecque, les arides discussions tenues par certains d'entre eux avec Mohamed avaient incité un certain nombre de chefs awsites et khazrajites à songer à pêcher dans ces eaux troubles. Si Mohamed et ses compagnons pouvaient venir à Médine et si une alliance pouvait se faire avec lui, plusieurs difficultés seraient surmontées. Une brèche serait ouverte dans le mur de la solidarité des qorayshites car Mohamed et ses compagnons étaient eux-mêmes de la tribu qorayshite. Un pacte d’alliance avec Mohamed et ses compagnons pourrait aider les tribus Aws et Khazraj à en finir avec l'inimitié qui les avait si longtemps tourmentées. En outre Mohamed apportait une nouvelle religion. Si cette religion s’établissait, les juifs ne pourraient plus se réclamer de leur  supériorité parce qu'ils possédaient les Ecritures et étaient le peuple élu de Dieu. La collaboration avec Mohamed et ses compagnons serait donc susceptible de renforcer les Aws et les Khazraj vis à vis des trois tribus juives de Médine.

Pendant la saison du pèlerinage de l'an 620, six hommes de Yatrib rencontrèrent Mohamed et écoutèrent attentivement ce qu'il avait à dire. A la même saison en 621, une délégation de douze hommes le rencontra à al-Aqaba à la périphérie de La Mecque. Ils trouvèrent son enseignement salutaires et ses exigences pas excessives : le peuple devait éviter la fornication, l'adultère, l'usure, et le mensonge, et au lieu des idoles faites par l’homme, devait adorer un Dieu comme le faisaient les possesseurs des Ecritures. Les douze hommes firent allégeance à Mohamed, et après leur retour à Yatrib informèrent leurs proches qu'ils étaient devenus musulmans et étaient en faveur d'un pacte avec Mohamed. Leur action et leur proposition reçurent une large approbation. L'année suivante, en 622, une grande délégation se composant de soixante-treize hommes et de deux femmes allèrent rencontrer Mohamed au même endroit et conclurent avec lui le deuxième pacte de al-Aqaba.

La pensée de l'émigration n'était pas une idée étrange pour Mohamed. Elle est mentionnée, manifestement en référence aux musulmans qui allèrent en Abyssinie, dans le verset 13 de la sourate 39 (oz-Zomar) : "Dis, ‘Ô adorateurs qui croyez, craignez votre Seigneur ! Pour ceux qui font le bien en ce monde il y aura une faveur (récompense). Et la terre de Dieu est vaste.". Le pacte de al-Aqaba a dû répondre aux espoirs secrets de Mohamed. Sa mission à La Mecque, maintenant en sa treizième année, n'avait pas obtenu de succès brillant. Il y avait même eu quelques regrettables relapses de convertis qui, avec la typique instabilité arabe, s'étaient lassés de l'Islam et y avait renoncé quand ils ont vu que la cause de Mohamed n'avançait pas, et surtout quand ils constatèrent qu'être musulman impliquait être humiliés et persécutés. Ils avaient également été poussés à l’abandon par les riches et influents polythéistes. Son approche des Banu Thaqif de Taïef avait non seulement échoué mais avait aggravé l'hostilité des qorayshites envers lui. Bien que son propre clan, le Banu Hashem, continuait de le protéger, il le protégeait seulement contre des attaques personnelles et il n’était pas envisageable qu’il s'associe à sa lutte contre les qorayshites.

L'alliance avec les Aws et les Khazraj transformait la perspective. Avec leur appui il devenait possible de défier les qorayshites. Alors que l'Islam n'avait pas solidement pris racine à La Mecque, il pourrait bien le faire à Yatrib, ne fût-ce qu'en raison de la jalousie des awsites et des khazrajites envers les qorayshites.

Une autre considération était que, vraisemblablement, à Yatrib avec son commerce prospère et son agriculture, les émigrants musulmans pourraient trouver du travail.

Dans les négociations entre le Prophète et les chefs Aws et Khazraj à al-Aqaba, on rapporte qu'Abbas ben Abdol-Mottaleb, qui apparemment n'était pas encore devenu musulman mais était un protecteur de son neveu, était présent et avait fait un discours les invitant à être francs au sujet de leurs intentions. Il dit brusquement aux représentants yatrebis qu’eux et Mohamed seraient probablement attaqués par les qorayshites et qu'ils devaient promettre la même protection à Mohamed qu'ils donneraient à leurs propres épouses et enfants. En aucun cas ils devaient le tromper avec des promesses vides. A cela, un des délégués khazrajites, al-Bara ben al-Ma'rur répondit âprement qu'ils combattaient les hommes sans craindre la guerre et feraient face à toutes les difficultés. On rapporte qu'un délégué awsite expérimenté et prudent, Abu'l-Haytham ben Tayyehan, dit à Mohamed, "Nous avons des relations très étroites avec les juifs, qui peuvent être rompues après la conclusion d'un pacte avec toi et tes compagnons. Peut-être que ta cause avancera. Dans ce cas, ferais-tu un compromis avec ta propre tribu et nous abandonnerais-tu ?". Selon la biographie d'Ibn Hisham, le Prophète sourit et répondit, "Au contraire. Sang, sang, destruction, destruction ! Je serai à vous et vous serez à moi. Je serai en guerre avec ceux qui sont en guerre avec vous et en paix avec ceux qui sont en paix avec vous."

La répétition des mots "sang" et "destruction" rappelle l’expression du célèbre révolutionnaire français Paul Marat, "Je veux du sang".

En outre, une autre expression est remarquable, on dit qu’elle a été employée par le Prophète Mohamed dans sa réponse à Abu'l-Haytham : "Faites la guerre aux rouges et aux noirs parmi le peuple.". Ceci signifiait probablement faites la guerre aux personnes de toutes races, non arabes aussi bien qu’arabes.

Ces mots doivent avoir exprimé les sentiments du Prophète, ou en d'autres termes son désir caché.

La teneur entière de la réponse à Abu'l-Haytham indique que c'était un cri du cœur caché dans le Mohamed extérieur, une articulation d'un long espoir dormant. L'appui des Aws et des Khazraj ouvrait la porte à un futur plus lumineux;  il permettait à Mohamed de continuer la propagation de l'Islam, de s’attaquer aux qorayshites intransigeants, et de manifester son propre moi caché. De la chrysalide du Mohamed qui avait prêché avec un effet limité pendant treize années, le Mohamed qui devait soumettre toute l'Arabie pouvait maintenant émerger.

LES CHANGEMENTS DANS LA PERSONNALITE DE MOHAMED

Des événements sans importance ou apparemment sans importance ont souvent changé le cours de l'histoire. Ils ont eu des effets décisifs, par exemple, sur les carrières de Napoléon et de Hitler.

L'émigration du Prophète Mohamed à Yatrib était apparemment une affaire locale mineure, mais elle a été en fait le début d'une grande transformation du destin arabe et de l'histoire du monde. Les développements ultérieurs fournissent un large champ d'étude pour les savants cherchant à s’informer des causes, des corrélations, et des facteurs sociaux sous jacents.

De tous ces problèmes, peut-être le plus intéressant et certainement le plus frappant est le changement de la personnalité d'un des grands faiseurs de l'Histoire. En l'occurrence, "changement de la personnalité" est insuffisant; "apparition du moi intérieur de Mohamed" serait une description plus précise. L’hégire a déclenché une grande transformation historique, mais également fut suivie d'une transformation de la personnalité de Mohamed qui exige une analyse psychologique et spirituelle méticuleuse.

Mohamed était pieux et exempt des vices de son temps. Il évoquait l'imminence de la fin du monde et du jour du Jugement Dernier. Ses pensées fixées sur l’au-delà, il implorait ses compatriotes mecquois de révérer le Seigneur de l'Univers, et condamnait la violence, l'injustice, l'hédonisme, et le manque d’égards envers les pauvres. Comme Jésus, il était plein de compassion. Pourtant à Médine il devint un guerrier implacable, se fixant pour but de répandre sa religion par l'épée, et un fondateur d'état intrigant. Un Messie s’était transformé en David. Un homme qui avait vécu pendant plus de vingt ans avec une seule épouse devint démesurément amateur de femmes.

Selon l'opinion du romancier anglais H. G. Wells, les êtres humains changent constamment, mais par suite de la lenteur et de l'imperceptibilité du processus nous persistons à imaginer des quinquagénaires pareils qu’à vingt ans alors qu’en réalité ils ont considérablement changé mais graduellement. Dans la mesure où les facultés vitales déclinent tandis que les facultés mentales arrivent à leur maximum par l'expérience, l'étude, et la réflexion, cette théorie est raisonnable. Habituellement la principale différence entre un homme de vingt ans et un homme de cinquante ans est que le premier a des désirs physiques et émotifs forts tandis que le dernier a eu le temps d’acquérir l'expérience et d’apprendre à penser.

Aussi utile que cette théorie puisse être, elle n'est pas toujours exacte, et dans le cas de Mohamed elle est fausse. Après son déplacement à Médine à l'âge de 53 ans, c.-à-d. à un âge où les facultés physiques et émotives de la plupart des hommes sont sur le déclin, un nouveau Mohamed a émergé. Pendant les dix dernières années, qu'il passa à Médine, il n’a pas été le même homme que le Mohamed qui pendant treize ans avait prêché la compassion humanitaire à la Mecque. Le Prophète appelé par Dieu "pour avertir votre tribu, vos proches" (sourate 26, verset 214) est réapparu sous les traits d’un Prophète ayant l'intention de soumettre sa propre tribu et d’humilier les siens qui pendant treize ans l'avaient raillé. Quittant la robe de l’avertisseur "la ville mère (La Mecque) et les personnes autour d'elle" (sourate 42, verset 5), il revêtit l'armure du guerrier qui devait amener sous son drapeau toute l'Arabie, du Yémen à la Syrie.

La beauté et la mélodie des sourates mecquoises, qui évoquent tant les prêches d'Isaïe et de Jérémie et évocateurs de la ferveur d'une âme de visionnaire, ne réapparaissent que rarement dans les sourates médinoises, où la tonalité poétique et musicale est affaiblie et remplacée par un ton péremptoire de règles et de prescriptions.

A Médine, ordres et règles ont été publiés sous l'autorité d'un commandant qui ne permettait aucune infraction ou déviation. Les sanctions prescrites pour leur violation ou leur négligence étaient très graves.

Ignaz Goldziher48 a attribué cette métamorphose brusque à une impulsion intérieure qu'Adolf Harnack avait décrite comme étant à la fois la douleur des surhommes et la source de leur énergie extraordinaire. Une telle impulsion rend les grands hommes immunisés contre l'hésitation, la fatigue, et le désespoir, et impavides devant des obstacles pourtant sérieux. Rien d’autre ne peut expliquer leur capacité d’accomplir des exploits au delà du pouvoir des hommes normaux.

Les citations suivantes suffiront à prouver que la métamorphose de Mohamed après l’Hégire est non seulement certifiée par les récits conservés des événements mais également fait écho avec les différentes tonalités des sourates mecquoises et médinoises. Dans les versets 10-12 de la sourate 73 (al-Mozzamel) mecquoise, il est demandé au Prophète : "Sois patient avec ce qu'ils disent, et quitte-les poliment ! Laisse les dénégateurs, les possesseurs de richesse, pour Moi, et donne-leur un peu de sursis ! Chaînes et feu de l’enfer sont dans Nos mains.". Dans le Tafsir al-Jalalayn, il est déclaré que le commandement de quitter les incroyants aimablement fut donné avant celui de les combattre et d'essayer de les tuer; il aurait été plus proche de la vérité de dire que le premier a été donné avant que le Prophète n’arrive au pouvoir avec l’aide des awsites et des khazrajites. C’est seulement quand il a pu compter sur l'appui d’hommes d'épée que l’ordre de combattre les incroyants lui fut descendu dans le verset 187 médinois de la sourate 2 (al-Baqara) : "Tuez-les partout où vous les trouvez, et expulsez les là où ils vous ont expulsé, car la persécution est pire que le massacre !"

Dans la sourate 6 (al-An'am), le texte du verset 108, qui a été révélé à la Mecque, dit ceci : "Ne maudissez pas ce qu’ils invoquent autre que Dieu ! Car ils maudiront amèrement Dieu dans leur ignorance. Ce sera ainsi car Nous faisons en sorte que la pratique de chaque communauté (lui semble) juste. Plus tard leur retour à leur Seigneur (aura lieu), et Il leur expliquera ce qu'ils avaient fait." On ne distingue pas clairement si ce conseil (avec son verbe pluriel) s'adresse au Prophète ou aux fanatiques à la langue acérée parmi ses compagnons tels qu’Omar ben al-Khattab ou Hamza ben Abd al-Mottaleb. A Médine, toutefois, en particulier après l'expansion de la puissance musulmane, ce n’est plus de simple malédiction des déités qorayshites qu’il est question; le contact paisible et affable avec des incroyants y est catégoriquement interdit. Dans la sourate 47 (Mohamed) médinoise, verset 37, "Ainsi ne sois pas faible et ni n’appelle à la paix quand tu es supérieur ! Dieu est avec toi et ne te privera pas (du revenu de) tes actes."

Parfois deux ordres contradictoires apparaissent dans la même sourate. Bien que la sourate 2 (ot-Baqara) soit considérée comme la première par ordre de révélation après l’Hégire, il est probable en raison de sa longueur qu’elle a été descendue en plusieurs fois durant un ou deux ans. Dans son 257ème verset, qui date manifestement du début de la période, vient la déclaration explicite : "Il n'y a aucune contrainte en religion. Le vrai a été distingué du faux. Ceux qui rejettent les fausses déités et croient en Dieu ont saisi la poignée la plus ferme, qui ne cassera jamais.". D'autre part dans le 189ème verset, qui est peut-être descendu quand la communauté musulmane était plus forte ou à l'occasion de quelque incident, l'utilisation de la force y est encouragée :  "Combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de persécution et la religion est Dieu ! Et s'ils abandonnent, cessez les hostilités, excepté envers les malveillants !". Dans la sourate 9 (ot-Tawba, également connu sous le nom d'al-Bara'a), qui est chronologiquement la dernière sourate du Coran, l’ordre d'employer la force est absolu et péremptoire:

  1. "combat ceux qui ne croient pas en Dieu et au jour dernier …" (verset 29).

  2. "Ce n'est pas au Prophète et aux croyants de prier pour le pardon des polythéistes …" (verset 114).

  3. "Ô Prophète, lutte contre les incroyants et les hypocrites, et soit dur avec eux ! Leur refuge est l’enfer. Quelle destination misérable !" (verset 74).

  4. "Ô croyants, combattez les incroyants qui vous sont près de vous (vos proches), et qu’ils trouvent de la rudesse en vous …" (verset 124).

Le même ordre d'employer la force est employé avec des mots identiques à la fin de la sourate 66 médinoise (ot-Tahrim), verset 9 : "Ô Prophète, lutte contre les incroyants et les hypocrites, et sois dur avec eux. Leur refuge est l’enfer. Quelle destination misérable !". Initialement il n'y avait pas d’autorisation d’user de la force et de la rudesse. Même dans le verset 40 de la sourate 22 (al-Hajj) médinoise, dans laquelle la guerre sainte contre les incroyants fut autorisée la première fois, le verbe n'est pas au mode impératif : "Permission est donnée à ceux qui combattent parce qu’on leur a fait du tort.". Dans le verset 41 on évoque le mal fait aux musulmans : "Ceux qui ont été injustement expulsés de leurs maisons pour la seule raison qu’ils disent, ‘Notre seigneur est Dieu’.". Selon un commentaire de  Zamakhshari, cette première autorisation de guerre aux polythéistes vient après plus de soixante-dix versets Coranique dans lesquels la violence est interdite.

Dans sa justification du droit à faire la guerre, le Prophète Mohamed utilise sa compréhension innée de la nature humaine. Le rappel éloquent du départ forcé des musulmans de La Mecque les incitera à vouloir se venger des qorayshites. La même rhétorique persuasive est employée dans un autre contexte, où les mots sont dits par les enfants d'Israël mais la leçon vise les musulmans : "Pourquoi ne devrions-nous pas combattre pour la cause de Dieu alors que nous avons été expulsés hors de nos maisons et loin de nos enfants ?" (sourate 2, une partie du verset 247). Bien que la guerre était pour la cause de Dieu, le souvenir de la perte personnelle inciterait les musulmans à combattre par vengeance.

Il n'avait pas été question de guerre tant que le Prophète était à La Mecque. Le verset 67 de la sourate 6 (al-An'am) prouve que le Prophète avait l'habitude alors de se réunir et parler avec des polythéistes et qui parfois le traitaient de façon discourtoise et le raillaient : "Et quand tu les vois se lancer contre nos signes (c.-à-d. les versets coraniques), éloigne-toi d’eux d'eux jusqu'à ce qu'ils se lancent sur un autre sujet ! Et au cas où Satan pourrait t’inciter à oublier, ne t’assoie pas, après (ce) rappel, avec les personnes malfaisantes !"

En ce qui concerne les détenteurs des Ecritures, dans le verset 45 de la sourate 29 mecquoise (al-Ankabut), Dieu instruit non seulement le Prophète mais également, puisque le verbe est au pluriel, les musulmans, comme suit : "Ne discutez avec des détenteurs des Ecritures, autre que les malveillants, qu'au moyen d’(arguments) meilleurs ! Et dites, ‘Nous croyons à ce qui nous a été descendu ainsi qu’à vous. Notre Dieu est le même que votre Dieu, et nous nous sommes rendus à Lui."

Un comportement amical envers les détenteurs des Ecritures est recommandé dans plusieurs autres versets mecquois et les premiers versets médinois. "Dis à ceux à qui ont été donné les Ecritures et au peuple49 commun ‘Vous êtes-vous rendu (à Dieu) ?' S'ils se sont rendus, ils sont correctement guidés, et s'ils s’en sont éloignés, ton devoir est seulement de transmettre le message" (sourate 3, al Emran, une partie du verset 19). "Ceux qui croient, et ceux qui sont juifs, chrétiens, et Sabéens {peuple de l'Arabie du sud des périodes préislamiques, fondateurs du royaume de Saba, le Sheba biblique}, tout ceux qui croient en Dieu et au Jour dernier et font le bien, auront leur récompense de leur Seigneur. Ils n'ont pas besoin d’avoir peur ou de s'affliger" (sourate 2, al-Baqara, verset 59, et les mots sont presque identiques dans la sourate 5, al-Ma'eda, verset 73). Les contextes indiquent que ces versets ont été révélés durant la première ou deuxième année après l’Hégire.

Cependant, durant la décennie médinoise, et particulièrement après la conquête de La Mecque, des changements se sont produits, et finalement la sourate 9 (ot-Tawba) est descendue comme un coup de foudre sur la tête des détenteurs des Ecritures. Ce peuple, à qui à La Mecque, sur le conseil de Dieu, il avait été poliment répondu et qui n’était pas menacé (pas plus que les autres) de punition future pour ne pas avoir embrassé l'Islam, la fonction du Prophète étant alors seulement de leur transmettre le message, ont été sommés en l'année 10 A.H. de choisir entre des alternatives à la conversion : soit le paiement d’un tribut et l'acceptation d’un statut inférieur, soit la condamnation à mort. L'édit arrive au verset 29 de la sourate 9: "Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour Dernier et qui n'interdisent pas ce que Dieu et son apôtre ont interdit ! Et (combattez) les détenteurs des Ecritures qui n'acceptent pas la religion de la vérité (c.-à-d. l'Islam) jusqu'à ce qu'ils paient un tribut de leur propres mains, étant inférieur !". Avec les années, ces détenteurs des Ecritures étaient devenus les "les pires créatures" (sourate 98, verset 5).

L'annonce de cet édit par Mohamed après l'élimination des juifs médinois, de l’appropriation des villages juifs de Khaybar et de Fadak, et de la conquête de La Mecque, montre qu'avec l'Islam au pouvoir, la discussion polie et raisonnable avec les dissidents ne fut plus considérée comme nécessaire. La langue des futures discussions avec eux devait être la langue de l'épée.

L'ÉTABLISSEMENT D'UNE ÉCONOMIE SAINE

Après son arrivée à Yatrib, le Prophète Mohamed fixa des conventions de fraternité entre ses partisans locaux (Ansar) et les émigrants musulmans qui arrivaient peu à peu de La Mecque (Mohajerun), par lesquelles les premiers logeraient chez eux les Mohajerun comme des frères adoptifs. Bien que les Mohajerun voulaient travailler, ouvraient des boutiques au bazar ou trouvaient un emploi de travailleurs agricoles, leur position n'était ni facile ni sûre. Étant engagés dans la lutte contre les qorayshites, ils avaient besoin de revenus plus sûrs qui leur permettraient d’être indépendants. Le Prophète lui-même n’avait pas d’emploi mais subsistait de la générosité des Mohajerun et des Ansar, il connu une difficile période, et dût souvent se coucher sans dîner ou soulager sa faim sans rien de plus que quelques dattes.

Ainsi la petite communauté musulmane était face à un problème essentiel : comment acquérir une base économique moins périlleuse et plus autosuffisante. Les mesures prises pour résoudre ce problème sont discutées ci-dessous.

La méthode traditionnelle d'enrichissement individuel des tribus arabes contemporaines, était l’attaque d’une autre tribu et l’appropriation de ses animaux et autres possessions. Pour les musulmans vivant alors à Médine aucune alternative n'était perceptible. Ils ont donc adopté le raid. Le mot arabe ghazwa (incursion, raid) signifiait une attaque soudaine sur une caravane ou une autre tribu afin de se saisir de ses biens et des femmes et de soulager de ce fait la dure tâche de survivre en Arabie.

le Prophète apprit qu'une caravane qorayshite conduite par Amr ben al-Hadrami acheminait de Syrie à La Mecque une grosse cargaison de marchandises. Il envoyât une bande de Mohajerun sous les ordres d'Abdullah ben Jahsh attaquer la caravane. Ils tendirent une embuscade près d'une halte appelée on-Nakhla et prirent par surprise la caravane qui s’approchait, tuant son chef et capturant deux autres hommes, avant de revenir sains et saufs à Médine avec toute la cargaison en leur possession. Cette entreprise réussie est connue dans l'histoire islamique comme le raid de Nakhla.

Cette action causa un grand émoi, parce que c'était le premier raid des musulmans et qu'il eut lieu le premier jour du mois de Rajab, un des quatre mois (Moharram, Rajab, Dhu'l-Qa'da, et Dhu'-l-Hejja) où les combats étaient interdits par les anciennes coutumes. Les cris d'indignation contre la violation de l'interdiction résonnèrent hors ce chez les qorayshites et naturellement firent aussi écho dans les autres tribus. Cet aspect défavorable de la situation semble avoir inquiété le Prophète, qui montra une certaine froideur à Abdullah ben Jahsh et ses hommes, et une certaine incertitude sur les suites à donner. Abdullah ben Jahsh prétendit que l'attaque avait eu lieu le dernier jour du mois de Jomada oth-Thaniya, dans ce cas une solution pourrait être trouvée; mais il y avait également le problème du butin, qui fournirait les nécessaires ressources financières aux partisans du Prophète et ne devait donc pas être abandonné en réponse aux vaines protestations des qorayshites. Probablement, des compagnons lui firent remarquer que ce qui avait été accompli ne pouvait être défait et que n'importe quelle sorte de désaveu équivaudrait à reconnaître la culpabilité musulmane et l'innocence de l'ennemi. L'importance du butin pour améliorer la situation du Mohajerun dût également avoir été présente à leurs esprits.

Tout ceci reçu une solution claire et créa un précédent quand le verset 214 de la sourate 2 (al-Baqara) fut descendu : "Ils t’interrogent au sujet du mois interdit, (sur le fait) de combattre durant celui-ci. Dis, ‘Combattre durant ce mois est un grand (mal), mais détourner (des hommes) loin du chemin de Dieu, ne pas croire en lui, en la Mosquée du Sanctuaire, en en expulsant son peuple, sont de plus grand (maux) au regard de Dieu. La persécution50 est un plus grand (péché) que le massacre. Ils ne cesseront pas de vous combattre avant qu’ils ne vous aient éloignés de votre religion, s'ils le peuvent’."

Après le raid de Nakhla, les attaques suivantes des caravanes qorayshites et des tribus inamicales furent des succès et aidèrent à rendre la position financière des musulmans plus sûre. Ce pillage a ouvert le chemin à la prise du pouvoir par le Prophète Mohamed et ses compagnons et à leur domination finale de toute l'Arabie; mais ce qui assura immédiatement leur base économique et renforça le prestige des musulmans fut l’appropriation des biens des juifs de Yatrib.

Trois tribus juives, les Banu Qaynoqa, les Banu'n-Nadir, et les Banu Qorayza, vivaient à Yatrib. Elles avaient prospéré dans l’agriculture, le commerce et l’artisanat, et grâce à leur éducation religieuse et une relative alphabétisation, avaient atteint un niveau culturel plus élevé que les deux autres tribus locales, les Aws et les Khazraj. Beaucoup d'awsites et de khazrajites étaient employés par les juifs comme travailleurs agricoles ou comme gardiens de magasins et d’entrepôts. Ces deux tribus avaient par conséquent des sentiments d'infériorité et de jalousie envers les tribus juives. Comme nous l’avons déjà mentionné, la raison principale pour laquelle les Aws et les Khazraj étaient entrés en contact avec Mohamed et avaient conclus avec lui le pacte d'ol-Aqaba, était leur désir de surmonter la domination juive et de se débarrasser de leur propre complexe d'infériorité. Le Prophète, après son arrivée à Médine, s'était d'abord tenu sur une prudente réserve. Il évitait non seulement les polémiques avec les juifs, puissants autant que riches mais également avait conclus avec eux une sorte de pacte de non-agression (l'Ahd al-Mowada'a) qui prévoyait dans certaines circonstances une coopération mutuelle. Ce pacte prescrivait que musulmans et juifs continueraient d’appartenir à leurs communautés religieuses respectives; et qu’en cas d'agression par les qorayshites ou toute autre tribu, les musulmans et les juifs devaient défendre conjointement Médine; et chaque partie devait supporter le coût de ses propres opérations militaires contre les tribus hostiles.

S'ajoutait à cela un sentiment commun entre musulmans et juifs. Les deux (groupes) abhorraient le polythéisme et l’idolâtrie. Tous les deux se courbaient dans la même direction pour prier.

Tant que les musulmans ont été faibles, aucun incident n’eut lieu. Jusqu'à ce que, une année et demi après l’Hégire, le Prophète Mohammed ne change la direction de la prière islamique de la Mosquée Lointaine (Jérusalem) vers la Kaba (La Mecque). Cette étape suscita la protestation des juifs, et en réponse le verset 172 de la sourate 2 a été descendu : "La vertu n’est pas que vous tourniez vos visages vers l'est ou l'ouest, l'homme vertueux est celui qui croit en Dieu et au Jour Dernier et aux anges et aux Ecritures et aux Prophètes, et donne de sa richesse, quelque amour qu'on en ait, aux proches, et à l’orphelin, au pauvre et au sans foyer, au mendiant, et qui délie les jougs."

Pour les juifs cette décision a été comme un signal d'alarme. Leur inquiétude s’est précisée après une succession de petits raids et d’attaques sur les caravanes marchandes de La Mecque, qui ont abouti à la victoire des partisans de Mohamed à la bataille de Badr (en mars 624). Les awsites et khazrajites qu’ils avaient dorénavant en face n’étaient plus les pauvres heureux de travailler pour eux, mais des gens unis sous la bannière de Mohamed pour former un front fort et uni appelé Islam. Pour cette raison certains chefs juifs tels que Ka'b ben al-Ashraf se rendirent en personne à La Mecque après la bataille de Badr, pour exprimer leur sympathie aux qorayshites défaits et les inviter à faire la guerre à Mohamed et ses adeptes. Il y a une référence à ce sujet dans la sourate 4 du verset 54 (on-Nesa) : "N’as tu pas vu comment ceux à qui a été donnée une part des Ecritures, placent leur confiance dans les démons et les fausses déités et disent aux incroyants, ‘Ceux-là sont mieux guidés que les croyants ‘?". Le verset est un reproche clair au peuple prétendant posséder les Ecritures qui condamnent le polythéisme et l’idolâtrie, mais pourtant veut fraterniser avec des polythéistes et les considére mieux que les adeptes monothéistes de Mohamed.

Dans cette conjoncture un incident insignifiant dans le bazar de Médine a conduit à une lutte avec les Banu Qaynoqa et le siège de leur rue. Une femme Ansar était allée au magasin d'un orfèvre de la tribu Qaynoqa. Il avait commencé à vouloir flirter avec elle, et elle l’avait repoussé. Pour se venger et l’humilier, il épingla furtivement le dos de sa jupe à son chemisier avec une épine, de sorte que quand elle se mit debout la partie la plus inférieure de son corps fut exposée et le peuple éclata de rire. Elle poussa des cris perçants de protestation de cet acte indécent et incita un homme musulman à la secourir. Cet homme tua l'orfèvre, et les juifs se précipitèrent alors à l'aide de leur coreligionnaire et tuèrent le musulman. Une émeute s’ensuivit, et les musulmans portèrent plainte auprès du Prophète. Avec son autorisation ils assiégèrent la rue des Banu Qaynoqa, bloquant leur accès aux ressources alimentaires. Après quinze jours les Banu Qaynoqa se rendirent aux conditions offertes, qui étaient que leurs vies seraient épargnées, qu'ils devaient émigrer de Yatrib, et qu’ils devaient déposer tous leurs biens excepté ce qui pouvait être porté par des bêtes de somme, quelque part où ils seraient distribués aux Mohajerun indigents et sans foyer.

Cet événement renforça la position économique des musulmans et consterna les autres tribus juives. Le tour des Banu'n-Nadir vint peu après. L’ambiance était à la colère car un de leurs chefs, Ka'b ben al-Ashraf, déjà mentionné, avait été assassiné sur l'ordre de Mohamed. Un jour que le Prophète, accompagné de partisans, alla à la rue des Banu'n-Nadir pour juger un conflit concernant le prix du sang, ils conspirèrent afin de se révolter et de le tuer. Il donna des ordres pour les combattre, et les musulmans bloquèrent leur rue et toute livraison de nourriture. Les Banu'n-Nadir, cependant, étaient mieux armés que les Banu Qaynoqa, et peut-être qu’avec les derniers événements à l'esprit ils avait pris plus de précautions. Ils se défendirent avec opiniâtreté et vaillamment. Le siège s’éternisa tant que le Prophète commença à craindre que les musulmans ne succombent à l'habituelle inconstance arabe et lassés ne retournent chez eux. Il ordonna donc que la plantation de palmier appartenant aux Banu'n-Nadir soit incendiée.

Comme les palmiers dattiers, avec les chameaux et les moutons, sont la base de la nourriture et de la richesse en Arabie, les protestations des Banu'n- Nadir ne sont pas passées inaperçues. "Comment est-ce possible ?», ont-ils demandé au Prophète Mohamed, "Alors que tu prétends être un faiseur de bien, un adversaire du mal et de la destruction, que tu détruises cruellement une ressource si utile ?". Pourtant Mohamed ne recula pas. En réponse aux clameurs et pour justifier son acte, il cita les versets 3, 4, sourate 59 (al-Hashr) qui fut descendue à cette occasion : "Si Dieu n'avait pas prescrit l'expulsion pour eux, il les aurait punis en ce bas monde. Et ils auront la punition du feu dans le monde d’après. C'est parce qu'ils se sont détachés de Dieu et de son apôtre, et pour ceux qui se détachent loin de Dieu, alors Dieu est sévère dans le châtiment. Quand tu abats quelques palmiers et laissent les autres debout sur leurs racines, c’était avec la permission de Dieu et pour qu'il puisse déshonorer les pécheurs."

Ces versets s’appuient sur le principe que les fins justifient les moyens. Aussi inhumain qu'il soit, ce principe était considéré comme allant de soi par les tribus arabes contemporaines. Le Prophète s’en est également prévalu dans la guerre avec les Banu Thaqif et le siège de Taïef en 630, quand il a ordonné qu’on brûle leur vigne. Il n'y avait donc aucun manque de précédent dans l'acte des troupes omeyyades qui en 680 ont coupé l'approvisionnement en eau, même pour les femmes et les enfants, afin de forcer le petit-fils du Prophète Hosayn ben Ali à se rendre.

Finalement les Banu'n-Nadir se rendirent après vingt jours. Par l'intercession de quelques chefs khazrajites, on convint qu'ils devraient quitter Médine avec un sauf-conduit après avoir déposé tous leurs biens meubles quelque part pour être distribués aux partisans du Prophète.

Le seul groupe juif important restant à Yatrib était la tribu Qorayza. Après la guerre du fossé en 627, ça s’est aussi mal terminé pour eux. On leur allégua qu'ils avaient accepté de sortir de l'aide aux assiégeants qorayshites; mais le Prophète avait habilement semé la dissension parmi eux, et ils en fait ils n'avaient pas aidé l’armée d'Abu Sofyan. Dès qu'Abu Sofyan perdit tout espoir de prendre Médine et abandonna le siège, les musulmans se retournèrent contre les Banu Qorayza et bloquèrent leur rue pendant vingt cinq jours. Puis ils acceptèrent avec promptitude les termes de la reddition qui avaient été concédées aux deux autres tribus juives, à savoir cession de leurs bien et départ avec un sauf conduit. Le Prophète, cependant, ayant été profondément offensé du fait qu’ils aient traité avec Abu Scifyan ne consentira pas. Il est également possible qu’il ait pensé que leur destruction augmenterait la peur de l'Islam et servirait de sinistre avertissement à d'autres.

Craignant d'une telle décision, et se rappelant comment l'intercession des chefs khazrajites avait sauvé la vie les deux autres tribus juives, les Banu Qorayza recherchèrent l'aide des chefs des Aws. En réponses aux plaintes de ces derniers contre eux, le Prophète Mohamed s'engagea à nommer un arbitre awsite et à exécuter toute sentence que cet arbitre pourrait prononcer. Il a alors nommé Sa'd ben Mo'adh qu’il savait être en mauvais termes avec les Banu Qorayza. Ses espérances concernant Sa'd n'ont pas été déçues. Sa'd ordonna que tous les hommes de Qorayza soient décapités, que les femmes et les enfants soient vendus comme esclaves, et que toute leur propriétés soient distribuées aux musulmans.

Ces sentences étaient injustes, mais ne pouvaient pas être changées parce que les deux côtés avaient juré accepter la sentence de Sa'd ben Mo'adh. Malgré cela la principale considération, cependant, était le besoin d'une action énergique, aussi cruelle qu’elle puisse être, afin d'établir un Etat viable. Des fossés furent creusés dans le bazar de Médine pour y déposer des corps décapités de sept cents (ou selon quelques sources presque mille) prisonniers juifs, qui s'étaient rendus dans l'espérance d'un sauf conduit pour quitter la ville.

En violation de la sentence de Sa'd, une femme juive, l'épouse de Hasan al-Qorazi, fut également décapitée. Elle avait quelques liens d’amitié avec Aïcha, avec qui elle s'est assise et parla jusqu'à ce que le temps soit venu pour elle d’aller à sa mort. Quand son nom fut appelé, elle marcha souriante et gaiement sur le lieu de l'exécution. Sa faute avait été d’avoir jeté une pierre durant le blocus de la rue des Banu Qorayza. Aïcha a dit d'elle, "Je n’ai jamais rencontré une femme plus belle, de si bon tempérament, et au si grand cœur. Quand elle s'est levée pour marcher sur le lieu de l'exécution et je lui ai dit qu'ils la tueraient certainement, elle a répondu avec un sourire que rester vivante n'avait pas d’importance pour elle."

LA PROGRESSION DU POUVOIR

L’histoire de la première décennie après l’Hégire montre la genèse d'un Etat. A La Mecque la mission du Prophète Mohamed, durant treize ans, avait été consacrée à la prédication, au conseil, à avertir les gens du Jugement Dernier, et à les exhorter à la vertu. À Médine la mission prophétique devint institutionnalisée et fut, par la force des choses, principalement consacrée à gouverner les gens et à leur faire accepter les nouvelles dispositions.

À cette fin, toutes sortes d'expédients ont été légitimés, indépendamment de leur cohérence avec les préceptes spirituels et moraux qui avaient été enseignés.

Parmi les événements de cette période, il y eut les assassinats politiques, les raids manifestement sans provocation, et des attaques de tribus non agressives mais dont les espions avaient indiqués qu’elles étaient remuantes ou sans sympathie pour les musulmans. Toutes ces mesures furent prises pour des raisons d'Etat. Les raids sur les caravanes marchandes qorayshites atteignirent leurs objectifs : blesser les qorayshites, acquérir du butin, augmenter le prestige militaire des musulmans, et intimider les adversaires potentiels.

C'est pendant cette même période relativement courte, que la plupart des lois de l'Islam ont été révélées et que ls établissements financiers et gouvernementaux islamiques ont été établis.

Seuls les cinq principes suivants avaient été prescrits à La Mecque :

  1. Croyance dans un seul Dieu et dans la désignation des Prophètes.

  2. La prière.

  3. Donner l’aumône, à cette époque sous forme de donation volontaire.

  4. Jeûner, à ce moment-là de la même manière que les juifs.

  5. Pèlerinage, dans le sens de visiter le sanctuaire national arabe

Soyuti remarquait qu'il n'y avait aucune pénalité légale islamique durant la période mecquoise pour la raison simple qu’aucune loi n'avait été encore décrétée. Ja'bari considérait que chaque sourate qui impose une obligation est incontestablement médinoise. On rapporte qu'Aïcha dit : "Dans le Coran mecquois, le ciel et l’enfer sont les seuls sujets. Autorisation et interdiction sont venues après l’extension de l’Islam".

A Médine les temps étaient différents. Les lois et les règlements décrétés dans la dernière décennie de la carrière du Prophète ont non seulement donné à l'Islam une nouveau cachet mais ont également préparé le terrain pour la formation d'un état arabe.

Le premier de la série fut le changement de direction de la prière, de la Mosquée Lointaine (al-Masjed al-Aqsa) à Jérusalem vers la Kaaba à la Mecque. Une des conséquences a été que les juifs furent imposés séparément des musulmans. Une autre que les Arabes de Médina se sont débarrassés de leur complexe d'infériorité et que les Arabes en général ont été mus par une sorte de ferveur nationale; du fait que toutes les tribus révéraient la Ka'ba, le temple des idoles devenue la maison Abraham et d’Ismaël, les ancêtres communs de tous les Arabes. De même, en matière de jeûne, le législateur de l'Islam cessa de suivre l'exemple des juifs et changea la durée du jeûne du dixième jour du mois de Moharram, qui était leur pratique, à plusieurs jours du mois de Ramadan et plus tard la totalité du Ramadan.

Datent en outre entièrement de la période mecquoises, les règles sur le mariage, famille et alliance, la polygamie, le divorce, la menstruation, l’héritage, la punition de l'adultère et du vol, de la vendetta, des compensations pour meurtre et blessures, et d'autres sujets civils et pénaux, ainsi que les règles sur des questions telles que l’impureté, la circoncision, et les interdictions de nourriture et de boissons. Bien que ces règles soient pour la plupart dérivées des lois juives ou des coutumes arabes païennes, elles ont été diversement changées et adaptatées Indépendamment de leur coloration juive et païenne, leur but était incontestablement d'établir un ordre dans la communauté et dans les relations mutuelles de ses membres. La civilisation de toute communauté ou nation est colorée par des éléments des autres civilisations.

Dans toute religion il y a des rites qui exigent une certaine sorte d'organisation et de formation. Les détails de leur forme et contenu sont généralement de peu d'importance intrinsèque. Aucune personne réfléchie, cependant, ne peut discerner une quelconque raison philosophique dans le pèlerinage (hajj) à La Mecque et les rites inutiles et vide de sens accomplis par les pèlerins.

La décision du Prophète Mohamed de fixer cette visite à la Kaaba en 628 est déconcertante. Pensait-il réellement que la Kaaba est la demeure de Dieu ? Où bien était-ce une manœuvre pour se concilier des partisans pour qui la visite à la Kaaba était une tradition ancestrale ? Était-ce une décision, qui est venue inopinément devant la ferme résolution des qorayshites hostiles d’empêcher l’entrée des musulmans à La Mecque, et qui a conduit à la trêve décevante de Hodaybiya, un stratagème politique destiné à impressionner les chefs qorayshites avec la force numérique et militaire musulmane et pour attirer le mecquois moyen, pas trop fanatique, à la nouvelle religion ? Comment était-ce possible que l'homme qui avait introduit la nouvelle religion et les nouvelles lois et avait nié toutes les croyances et superstitions de son propre peuple, rétablissent maintenant l‘élément principal de l’ancienne tradition sous une nouvelle forme ? Le fondateur zélé et le législateur de l'Islam avaient insisté plus que tout sur le pur monothéisme, disant au peuple que la croyance dans Un Dieu est la seule route du bonheur et proclamant "les plus nobles parmi vous au regard de Dieu sont les plus pieux parmi vous" (sourate 49, verset 13). Succombait-il à un sentiment national ou racial ? A-t-il voulu faire de la vénération de la maison d'Ismaël un symbole de l'identité nationale arabe?

Quelle que soit la raison, la décision était si surprenante et si contradictoire avec les principes islamiques que beaucoup de musulmans en furent contrariés. Plusieurs croyants s'opposèrent à la course entre Safa et Marwa parce comme ancien rite arabe païen; mais sa conservation a été imposée par le verset 153 de la sourate 2, "Safa et Marwa sont parmi les lieux sacrés de Dieu." Selon des rapports bien authentifiés, Omar ben al-Khattab, qui était un des plus grands et les plus sages compagnons de Mohamed, disait qu'il n'aurait jamais embrassé la pierre noire s'il n'avait pas personnellement vu le Prophète le faire. Ghazzali51 dont l'autorité dans les sujets islamiques est digne de respect, a écrit franchement qu'il ne pouvait trouver aucune explication du rituel de hajj mais a obéissait parce que c'était un fait accompli.

Il y a un verset dans le Coran qui jette une certaine lumière sur cette affaire et est peut-être une réponse aux questions. C'est le verset 28 de la sourate 9 (ot-Tawba) : "Ô croyants, c'est un fait que les polythéistes sont malpropres. Par conséquent ils n'approcheront pas la Mosquée du Sanctuaire (c.-à-d. la Kaaba) après cette année. Si vous craignez la pauvreté, Dieu vous enrichira de sa générosité.". Selon Tafsir al-Jaltilayn, cela signifiait que Dieu rembourserait les Arabes par des victoires et des tributs. La sourate de la Repentance (ot-Tawba) est chronologiquement la dernière du Coran, ayant été descendue en 631, bien après la conquête musulmane de La Mecque. L'interdiction de visite de la Kaaba aux tribus non musulmanes avait probablement inquiété les mecquois dont les revenus et leur commerce florissant dépendaient des allés et venus des tribus et des groupes arabes. Bien que les mecquois aient été de la même tribu que le Prophète, la plupart d'entre eux n’étaient devenus musulmans que sous la contrainte. Si La Mecque perdait sa prospérité, il pourrait y avoir un risque d'une vaste apostasie. Ce risque serait évité en faisant du pèlerinage à La Mecque une obligation pour les musulmans.

Cette explication n’est naturellement qu’une hypothèse; On ne saura jamais dans quelle mesure elle correspond à la réalité. Quoi qu’il en soit, il est impossible de trouver une quelconque justification raisonnable ou religieuse à la conservation des anciennes pratiques païennes dans le rituel du hajj islamique. Ceci a incité le grand poète philosophe universellement admiré des Arabes, Abu'l-Ala o1-Ma'arri 52 de s’exclamer :

"Les gens viennent des quatre coins de la terre
 pour jeter des cailloux (à Satan) et pour embrasser la pierre (noire).
 Comme les choses qu’ils disent sont étranges !
 L'humanité entière est-elle devenue aveugle à la vérité ?
"

Les interdictions de boire du vin et du jeu, qui avaient été proclamées à Médine sont particulières à la loi islamique, elles peuvent aisément être attribuées aux conditions sociales contemporaines. Il n’est pas non plus difficile de comprendre pourquoi à Médine la zaktat a cessé d'être une aumône volontaire et a été transformée en système d'imposition sur le revenu et la propriété approprié pour les besoins fiscaux de l'Etat nouvellement fondé. Au même moment, cependant, une forme légale a été donnée à un engagement qui n'a aucun parallèle dans d'autres Canons ou statuts, à savoir l’obligation de la guerre sainte (djihad).

Au début, la guerre n’était autorisée que dans la sourate 22, verset 40, "Permission est donné de combattre à ceux à qui on fait du tort.". Plus tard elle a été rendue obligatoire au moyen de verbes conjugés au mode impératif et emphatique. Beaucoup de passages dans les sourates 2 (al-Baqara), 8 (al-Anfal), 9 (ot-Tawba), et d'autres révélations médinoises encouragent l'utilisation de la force. C'est un fait remarquable et significatif que les sourates de La Mecque ne contiennent aucune mention de la guerre sainte ou de combattre les polythéistes, tandis que les sourates de Médine sont si pleines des versets sur le sujet que cette obligation se montre comme la plus insistante de toutes. Deux commentaires viennent immédiatement à l'esprit à cet égard. Un est que le Prophète Mohamed, se rendant compte de la difficulté de commander les Arabes indisciplinés, de former un état islamique et une société sans recours à l'épée, a probablement choisi cette méthode parce qu'elle était enracinée dans la coutume arabe et capable d'influencer l'esprit arabe. L'autre est que la méthode implique nécessairement de piétiner le plus précieux des droits de l'homme, à savoir le droit à la liberté de pensée et de croyance. Ceci a suscité une large critique, à laquelle il n'est pas facile de répondre. Est-il méritoire d’utiliser l'épée pour forcer des gens à adopter une doctrine ou une religion ? Est-elle compatible avec des idéaux de justice et d’humanité ?

Évidemment l'injustice et le mal ont à divers degrés, en tout temps et en tous lieux, imprégné bien des communautés; mais pour tout esprit capable de voir, il n'y a pas de tyrannie plus cruelle, irrationnelle, et pernicieuse que celle d'un dirigeant ou un groupe dirigeant déniant la liberté aux gens de penser et de croire. Les tentatives d’un dirigeant ou d’un gouvernement de supprimer l'opposition, bien que contradictoire avec les principes humanitaires, peuvent être présentées comme des actes de lutte pour la survie politique; mais essayer de contraindre chacun à penser et sentir comme les dépositaires du pouvoir ne peut être excusés, dans aucune circonstance. L'histoire montre, cependant, que toutes les nations ont expérimenté à un moment ou à un autre une oppression de ce type. L’ignorance des droits de l'homme et de la personnalité individuelle est un phénomène très répandu et multiforme, nullement confiné aux groupes dirigeants; on le trouve également parmi les masses, qui peuvent être aussi dogmatiques qu’un tyran et tout autant intolérantes aux idées et croyances autres que leurs siennes propres. Un tel fanatisme a été la source des phases sombres de la vie de l'humanité. Il a poussé des hommes à brûler, décapiter, pendre, mutiler, et emmurer leurs pareils, et plus encore, à massacrer en masse. A notre propre époque, il y a les exemples des carnages sur une vaste échelle des Nazis et des communistes.

Mais la question ici n’est pas le fait que la liberté de pensée et de croyance a été violée dans beaucoup de pays de par le monde. Celle qui exige d’être examinée est celle-ci : est-ce qu’une telle violation était conforme au devoir d’un guide spirituel qui avait fait savoir qu’"Il n’y a aucune contrainte dans la religion" (sourate 2, verset 257), et ce Dieu avait décidé que "Ceux qui ont péri devrait périr par un signe clair, et ceux qui ont survécu devraient survivre par un signe clair" (sourate 8, verset 44). Dieu n’a-t-il pas dit à son Apôtre, "Nous ne t’avons envoyé que pour la miséricorde des peuples du monde" (sourate 21, verset 107), et "Tu as la force morale" (sourate 68, vers 4) ?

On dit que la circonstance de la révélation de la sourate 90 mecquoise (al-Balad) avait été le comportement vantard d'un homme appelé Abu'l-Ashadd, qui était doté d’une grande force physique aussi bien que d’une grande richesse. Selon un rapport qui nous est parvenu, il avait l'habitude de se tenir debout sur un tapis à la foire d’Okaz et il offrait une énorme récompense à qui pourrait lui retirer de dessous les pieds; de jeunes hommes habituellement se précipitaient pour tirer le tapis de tous les côtés jusqu'à ce qu'il se déchire, mais ne parvenaient jamais à le bouger d'où il était. Contre une telle vanité, la sourate al-Balad exprime avec émotion la foi du Prophète Mohamed. Malheureusement son éloquence et on harmonie ne peuvent pas être transposés en une autre langue. La traduction suivante est une tentative de donner la signification des versets 4-18 :

"Nous avons créé l'humanité dans le malheur (c.-à-d. délaissée). Pense-t-il que personne n'est plus fort qu'il n’est ? Il dit, ‘J'ai dépensé de vastes richesses’, Pense-t-il que personne ne l'a vu ? Lui avons-nous donné des yeux et une langue et des lèvres, et lui avons-nous montré les deux voies ? Pourtant il n'a pas emprunté le passage. Et savez-vous ce qu'est le passage ? C’est de libérer un esclave, ou de donner de la nourriture un jour de famine à un orphelin de nos proches ou à un pauvre dans le besoin. Alors il serait un de ceux qui croie et recommande à autrui la patience et recommande à autrui la miséricorde."

L'apôtre qui avait prêché la foi et la compassion avec tant d’émotion changea peu à peu de La Mecque à Médine où il a commença à ordonner la guerre : "Le combat vous est prescrit" (sourate 2, verset 212); "Combattez ceux qui ne croient pas …!" (sourate 9, verset 29); "Si quiconque désire une autre religion que l'Islam, on ne l'acceptera pas de lui" (sourate 3, verset 79); "Quand vous rencontrez des incroyants, c’est (l’occasion de les) frapper au cou. Puis après les avoir effrayés par beaucoup d’exécutions, attachez fortement les liens !" (sourate 47, verset 4).

Des douzaines de verset tout aussi sévères furent révélés à Médine. La valeur du fer, non mentionnée à La Mecque, est évaluée dans le verset 25 de la sourate 57 médinoise (al-Hadid) : "Et nous avons descendu du fer, (parce que) en lui repose une grande puissance et un grand profit pour les hommes, et afin que Dieu dans le monde invisible puisse savoir qui les soutient, Lui et son Apôtre.". A La Mecque, il semble donc, que soit le fer n’existait pas, soit Dieu dans son omniscience n'avait pas pris en considération les moyens d'identifier Ses adversaires et ceux de Ses Prophètes; à La Mecque Dieu avait ordonné à Mohamed "Conduis (les gens) sur le chemin de ton Seigneur avec sagesse et une bonne prédication, et discutent avec eux (en utilisant des arguments) meilleurs ! Votre seigneur sait bien lesquels se sont égarés de son chemin, et il sait bien qui les a (correctement) guidés" (sourate 16, on-Nahl, verset 126)."

Ainsi l'Islam a été graduellement transformé d'une mission purement spirituelle en organisation militante et punitive dont la progression dépendait du butin des raids et du revenu de l'impôt zakat.

Dans la décennie qui a suivi l’Hégire, les objectifs du Prophète se sont orientés vers un but : établir et consolider un état basé sur religion. Certains des actes qui furent commis sur son ordre, tels que des massacres de prisonniers et les assassinats politiques, ont été jugés défavorablement par les critiques venant de l’étranger.

Après la bataille de Badr, le Prophète ne savait pas exactement quoi faire des prisonniers que les musulmans avaient capturés. Allait-il les libérer en échange de rançons qui seraient utiles pour payer les guerriers de l'Islam ? Allait-il les garder comme esclaves ? Ou devait-il les emprisonner ? Son compagnon Omar réaliste et qui voyait loin, qui doit être considéré comme un des fondateurs de l'état islamique, conseilla de les tuer. Dans le calcul d'Omar, libérer les prisonniers contre rançon serait imprudent car ils rejoindraient l'ennemi et combattraient plus amèrement, l’esclavage ou l’emprisonnement impliquerait trop de dépenses pour les garder, en raison du risque d’évasion; alors que les tuer effrayerait les tribus et augmenterait le prestige militaire de l'Islam. La décision vint avec la révélation du verset 68 de la sourate 8 (al-Anfal) : "Ce n'est pas à un Prophète d’avoir des prisonniers jusqu'à ce qu'il ait répandu la crainte du massacre sur la terre. Vous voulez un gain temporaire (c.-à-d. paiements de rançon) en ce monde inférieur, alors que Dieu veut (le bonheur dans) le prochain monde (pour vous)."

Parmi les prisonniers capturés à Badr il y avait deux hommes appelés Oqba ben Abi Mo'ayt et on-Nadr ben al-Hareth. Le Prophète, en les voyant, s'est rappelé leur hostilité et leur méchanceté à La Mecque et ordonna qu’ils soient décapités. Nadr était le captif de al-Meqdad ben Amr, qui aurait beaucoup préféré l’argent d’une rançon. Meqdad dit au Prophète, "Cet homme est mon prisonnier, ainsi j'ai autorité sur lui en tant que ma part du butin.". Le Prophète demanda à Meqdad s'il avait oublié ce que cet homme vil avait dit au sujet des révélations coraniques. C'était Nadr qui avait dit à La Mecque, "Nous avons déjà entendu (de telles choses). Si nous le souhaitions, nous pourrions dire les mêmes. Ce ne sont que des antiques fables." (sourate 8, verset 31). La mort a été la peine que Nadr a finalement payée pour ces paroles. Meqdad a retiré sa réclamation, et Nadr a été décapité. À la halte suivante, Oqba a été amené devant le Prophète, et Asem ben Thabet ordonna de le mettre à la mort. Oqba s’écria, "Que va-t-il arriver à mes enfants ?", "Les feux de l’Enfer" répondit le Prophète.

Apres la conquête de la Mecque, une amnistie générale fut proclamée, mais avec certaines exceptions. Le Prophète donna l’ordre d’exécuter six personnes quel que soit l’endroit où on les trouverait, même dans le sanctuaire de la Kaaba. Il s’agissait de Safwan ben Omayya, Abdullah ben al-Khatal, Meqyas ben Sobaba, Ekrema ben Abi Jahl, al-Howayreth ben Noqaydh ben Wahb, et Abdullah ben Sa'd ben Abi Sarh.

Ce dernier avait été à Médine durant quelque temps un des scribes employé pour noter les révélations. À certaines occasions il avait, avec le consentement du Prophète, changé les mots achevant les versets. Par exemple, quand le Prophète disait que "Et Dieu est puissant et sage", (aziz, hakim), Abdullah ben Abi Sarh suggérait de noter "connaissant et sage" (alim, hakim), et le Prophète répondait qu'il n'y avait aucune objection. Ayant observé une succession de changements de ce type, Abdullah renonça à l'Islam pour la raison que les révélations, si elles étaient de Dieu, ne pouvaient pas être changé selon les suggestions d’un scribe. Après son apostasie il partit à La Mecque rejoindre les qorayshites.

Abdullah ben al-Khatal. possédait deux filles esclaves, appelées Fartana et Qariba, qui avaient chanté des chansons satiriques sur le Prophète; les deux, ainsi que lui-même, furent mis à la mort. Deux autres femmes, Hend ben Otba et Sara, une esclave libérée d’Amr ben Hashem des Banu Abd al-Mottaleb, qui avaient également grandement ennuyé le Prophète, furent condamnées à mort; mais Hend ben Otba, qui était l'épouse d'Abu Sofyan, fit finalement allégeance et fut épargnée.

Abdullah ben Abi Sarh était un frère adoptif d'Othman. Il avait trouvé refuge chez Othman, qui le cacha pendant plusieurs jours jusqu'à ce que l’agitation se soit calmée, et il l’amena alors au Prophète et demanda pardon pour lui. Après un long silence, le Prophète dit "oui", signifiant qu'il acceptait à contrecœur l'intercession d'Othman. Sur quoi Abdullah ben Abi Sarh embrassa l'Islam lui aussi, puis Othman et lui partirent. Lorsqu’on demanda au Prophète la raison de son long silence, il répondit, "Son Islam n'était pas volontaire mais par crainte, aussi j'étais peu disposé à l'accepter. Je m'attendais à ce qu'un de vous se lève et le décapite." (c'était parce qu'il avait proclamé que son sang pouvait légalement couler n’importe où il pourrait être trouvé, "même s’il s'accrochait à la Kaaba". Un Ansar de Médine demanda au Prophète pourquoi il n'avait pas cligné de l'oeil, et reçu en réponse que "L’apôtre de Dieu ne peut pas avoir les yeux faux", signifiant qu'il ne pourrait pas faussement feindre le silence tout en donnant avec les yeux un signe de mise à mort. Ce même Abdullah ben Abi Sarh fut choisi pendant le califat d'Othman pour commander les troupes d'invasion arabes en Afrique du Nord; il s'en acquitta si bien qu'Othman renvoya Amr ben al-As, le conquérant de l'Egypte, et nomma Abdullah comme gouverneur.

Nous avons déjà mentionné brièvement l'assassinat de Ka'b ben al-Ashraf de la tribu juive Banu'n-Nadir. Après la bataille de Badr, alarmé par la croissance de la puissance du Prophète, Ka'b alla à La Mecque exprimer sa sympathie aux qorayshites et les encourager à continuer le combat. Plus tard, revenu à Médine, il composa des vers amoureux aux femmes musulmanes. Ceci donna un prétexte au Prophète, qui demanda à ses partisans, "Qui s’occupera d’Ibn al-Ashraf pour moi ?". Un homme nommé Mohamed ben Maslama se leva et se porta volontaire. Le Prophète lui dit, "Fais-le si tu peux !". Il lui confia cette mission avec quatre autres awsites. Un d'eux était Abu Na'ela le frère adoptif de Ka’b, dont la présence garantirait que Ka'b ne soupçonne rien et soit disposé à faire un pas hors de sa maison fortifiée dans la périphérie de Médine. Le Prophète les accompagna aux limites de la ville, où il leur dit adieu et pria Dieu de les aider. Les cinq hommes agirent de nuit à la maison de Ka'b. Ka'b, voyant parmi eux Abu Na'ela, franchit la porte de sa maison sans rien suspecter pour parler avec eux, et puis il partit vers la ville accompagné de ces affables amis. Ils continuèrent de parler jusque à, à une distance respectueuse de la maison, ils se jetèrent sur lui et, non sans lutte, le tuèrent. Quand ils atteignirent Médine, ils trouvèrent le Prophète éveillé et dans l’attente de bonnes nouvelles.

Sallam ben Abi'l-Hoqayq, un autre juif influent et vieil ami des awsites, était parti de Médine pour Khaybar. Certains khazrajites demandèrent au Prophète la permission d'aller tuer ce chef des juifs et allié de la tribu Aws. Le Prophète donna la permission et désigna Abdullah ben Atik pour mener l’escouade. Ils accomplirent leur tâche, et au retour informèrent le Prophète de ce succès, criant joyeusement "Dieu est grand."

Après l'élimination de Ka'b et de Sallam, une escouade sous la conduite d'Abdullah ben Rawaha fut envoyée pour tuer Yosayr ben Rezam, un autre juif de Médine qui était allé à Khaybar et avait incité les Banu Ghatafan, une grande tribu bédouine, à combattre Mohamed.

A Nakhla, Khaled ben Sofyan, un chef de la tribu Hodhayl, avait poussé son peuple à des sentiments hostiles envers Mohamed. Le Prophète désigna Abdullah ben Onays pour s’occuper de lui. On l'a lui aussi éliminé avec succès.

Après que Refa'a ben Qays eut déclenché une agitation anti-musulmans dans sa tribu, le Prophète ordonna à Abdullah ben Abi Hadrad de lui rapporter sa tête. Le tueur accomplit sa tâche en commençant par tendre une embuscade à Refa'a et lui tirer une flèche, il lui assena ensuite un coup de hache, il lui coupa alors la tête, qu'il rapporta au Prophète.

Amr ben Omayya fut chargé de tuer Abu Sofyan, mais Abu Sofyan l’apprit et put s’échapper. A la place, Amr tua un qorayshite inoffensif et un autre homme à son retour à Medine.

Abu 'Afak, un homme de grand âge (120 ans dit-on), a été tué parce qu'il avait composé des satyres sur Mohamed. Le contrat fut exécuté par Salem ben Omayr sur ordre du Prophète, qui avait demandé, "Qui s’occupera de cette crapule pour moi ?". Le meurtre d'un si vieil homme émut une poétesse, Asma ben Marwan, qui en composa des vers irrespectueux sur le Prophète, elle aussi fut assassinée.

Deux prisonniers capturés à Badr, Abu Azza al-Jomahi et Mo'awiya ben Moghira, avaient été libérés sur parole et autorisés à vivre à Médine. Après la défaite musulmane d'Ohod, Mo'awiya ben Moghira s’enfuit et Abu Azza al-Jomahi présenta une requête à Mohamed pour être libéré. Le Prophète ordonna l'exécution immédiate d'Abu Azza et la capture et l'exécution de Mo'awiya ben Moghira. Les deux ordres furent exécutés. L’exécuteur d’Abu Azza’s était Zobayr ben al Awwam.

Un des dirigeants de Médine était un chef khazrajite, Abdullah ben Obarr. Il avait embrassé l'Islam, mais quand la situation changea et qu’il vit la croissance de l'influence sociale et politique de Mohamed, cela l’alarma et il cessa de manifester une foi sincère. Il était supposé être le chef des hypocrites (monafequn). Les diverses intrigues qui eurent lieu furent révélées au Prophète. Omar en arriva à la conclusion qu'Abdullah ben Obarr devait être tué. Par la suite Sa'd ben Obada, un khazrajite et un chef Ansar, conseilla au Prophète d'être clément avec lui parce que "Dieu, en nous vous envoyant, nous a sauvés de son ambition d’être notre souverain. Autrement nous aurions été sur le point de lui donner une couronne et un cachet."

Mohamed Hosayn Haykal53 le biographe moderne de Mohamed, a écrit que le Prophète dit à Omar à ce moment-là, "Si j'avais agi sur votre conseil et tué Abdullah ben Obayy, ces proches aurait exercé des représailles pour le venger; mais sa conduite a été si répréhensible que si je donne maintenant l'ordre, même ses proches l’exécuteront". Selon Haykal, le propre fils d'Abdullah ben Obarr proposa de le tuer, si le Prophète l’ordonnait, plutôt que de laisser d'autres hommes le faire, cas dans lequel le fils serait contraint par la coutume arabe de se venger des tueurs. Soyuti affirme que la conduite d'Abdullah ben Obarr fut la circonstance de la révélation du verset 90 de la sourate 4 (on-Nesa) : "Qu’y a-t-il avec toi, peuple qui face aux hypocrites se divise en deux partis ? Dieu les a tenus à l’écart comme ils le méritaient. Peuple, souhaites-tu guider un homme que Dieu a égaré ?". Selon Soyuti, le Prophète exaspéré par Abdullah ben Obarr demanda si quelqu’un était disposé à le débarrasser de cet homme qui réunissait chez lui des adversaires et tentait de semer le désordre.

En l’occurrence, Abdullah ben Obarr fut épargné. Il mourut en 631, et le Prophète conduisit son enterrement. Parfois, sous couvert de services à l'Islam on exécutait, des meurtres qui étaient en réalité motivés par le désir de montrer sa bravoure ou par rancune personnelle. Par exemple il y avait un commerçant juif à Médine qui avait des clients musulmans et était en bons termes avec eux. Le jour où le Prophète donna l'ordre de "Tuer chaque juif que vous aurez capturé," Mohayyesa ben Mas'ud se rua et tua cet inoffensif commerçant, nommé Ibn Sonayna. La seule personne qui blâma Mohayyesa fut son propre frère.

Après la décision d’entreprendre la campagne de l’an 639 contre les Romains, le Prophète appris que quelques hommes se réunissaient dans la maison d'un juif appelé Showaylem pour discuter des manières de s'opposer à l'entreprise. Le Prophète ordonna à Talha ben Obaydollah et quelques autres d’assiéger et de mettre le feu à la maison. Seul un homme a pu s’échapper et ce faisant il se cassa la jambe. Il y a une référence dans le verset 82 de la sourate 9 (ot-Tawba) aux personnes qui n'ont pas souhaité s'associer à la campagne en raison de la chaleur : "Et ils ont dit, ‘ne marchez pas dehors dans la chaleur!’ Dis, ‘Le feu de l'enfer est plus chaud"

PROPHETIE ET SOUVERAINETE

Pour se faire une idée de Mohamed dans le rôle de Prophète, nous devons étudier les sourates de La Mecque, en particulier la 23 (al-Mo'menin) et la 53 (on-Najm) qui rayonnent d’une spiritualité semblable à celle du Christ. Pour le voir dans le rôle du dirigeant, de l’homme d’Etat et du législateur, nous devons nous tourner vers les sourates médinoises comme les 2 (al-Baqara), 4 (on-Nesa), 47 (Mohamed), et surtout la 9 (ot-Tawba).

Trois ou quatre ans après l’Hégire et particulièrement après l'élimination les juifs médinois et la défaite des Banu Mostaleq (une tribu bédouine habitant un territoire à l'ouest de la ville), les marques du dirigeant ont commencé à apparaître dans la conduite de Mohamed comme dans ses décrets.

Il y a une histoire dans la biographie du Prophète d’Ibn Hisham sur Safiya la fille d’Hoyayy ben Akhtab de la tribu juive Nadir, qui rêva que la lune descendait sur ses genoux. Quand elle raconta ce rêve à son mari, Kenana ben Abi Rabi'a, celui-ci de colère la gifla si durement que ses yeux vacillèrent, et il hurla "Tu espères devenir l'épouse du roi du Hedjaz." Ce qui se produisit, le Prophète, après sa conquête de Khaybar, ajouta cette femme au nombre de ses épouses.

Un autre récit affirme qu’après qu’un notable juif, Abdol Hih ben Sallam des Banu Qaynoqa, ait accepté l'Islam, les juifs lui dirent, "Tu sais parfaitement que la prophétie appartient aux enfants d'Israël, pas aux Arabes. Ton nouveau maître n'est pas un Prophète. C’est un roi."

Quand Abu Sofyan accepta l'Islam sous la contrainte, on rapporte qu'il dit à Abbas ben Abd al-Mottaleb, "Ton neveu a un énorme territoire.". Abbas lui répondit, "Oui. C'est le royaume de la prophétie.". Omar ben al-Khattab, qui allait devenir bientôt une grande figure dans l'histoire de l'Islam, était un homme à qui le Prophète faisait confiance et qu’il respectait. En raison de sa sincérité et de la force de caractère, Mohamed au début de la mission prophétique avait été très impatient de l’introduire dans le cercle des initiés musulmans. Le consentement du Prophète à la trêve d’Hodaybiya en 628 avait été une déception amère pour Omar, qui y voyait un échec humiliant. Ce qui s'était passé était que le Prophète avec un grand nombre de disciples et de bédouins s’étaient mis en marche pour La Mecque en annonçant leur intention de faire le pèlerinage. Les qorayshites, en apprenant cela, se préparèrent alors militairement afin de les empêcher d’entrer à La Mecque. Les musulmans stoppèrent à Hodaybiya, à environ 6 kilomètres de La Mecque, et envoyèrent des représentants pour parlementer avec les chefs qorayshites. Un accord final fut conclu sur une trêve par laquelle les musulmans devaient se retirer mais serait autorisés à visiter le Kaaba l’année suivante. Omar pensait que les Qoraysh avait fait accepter toutes leurs demandes à Mohamed, et il le lui dit en des mots si véhéments que le Prophète perdit son calme et s’écria "Puisse ta mère prendre ton deuil !". Face à la colère du Prophète, Omar tint sa langue.

Le Mohamed qui avait consenti à la trêve de Hodaybiya n'était plus le Mohamed de dix ou douze ans plus tôt qui avait été si impatient d'introduire des hommes tel que Tamar et Hamza dans l'Islam. Le retrait et la reddition aux demandes des qorayshites ont été présentés sous une lumière différente avec la révélation opportune du verset 1 de la sourate 48 (al-Fat-h) : "Nous t’avons donné une victoire manifeste.". Chacun dès lors approuvait, et même l’indignation d'Omar fut apaisée par le délicat Abu Bakr.

Bien que la trêve de Hodaybiya ait été dans certains sens un échec et de ce fait motiva la protestation d’Omar, les événements ont prouvé qu’elle a été un exemple de l’acuité politique du Prophète. Selon toute probabilité, il l’accorda car il n'était pas sûr que les musulmans puissent battre les Qoraysh en cas de combat. Un compromis et une trêve provisoires seraient plus sûrs qu'une bataille aux résultats incertains. Une défaite musulmane  auraient renforcé les Qoraysh et leur aurait rallié les tribus bédouines irritées de son influence croissante, ainsi que les juifs lésés. La position des musulmans aurait alors été périlleuse. Des considérations prudentes de ce type sont certainement venues à l’esprit du Prophète. De toute façon il était alors moins soucieux de relever un défi qu’établir un Etat. Il a probablement accepté les conditions des qorayshites car il avait suffisament confiance dans le développement de sa puissance et de son prestige, pour être assuré que lui et ses disciples pourraient faire le pèlerinage l’année d’après sans problème ni le risque d’une défaite.

L'hypothèse que la trêve de Hodaybiya était un acte de prudente raison d’Etat est corroborée par l'analyse de l’entreprise suivante du Prophète. Un des risques de la guerre avec les Qoraysh était que beaucoup de Mohajerun, ayant des proches à La Mecque ou étant susceptible d’être sous l'influence des qorayshites, ne pourraient pas combattre de tout leur cœur. Une attaque du dernier refuge des juifs, c’est à dire l'oasis de Khaybar, n'impliquerait pas un tel risque et offrirait de surcroît des perspectives de butin bonnes pour le moral.

Quelques phrases de la sourate 48 (al-Fat-h) éclairent cette question :

"Dieu avait été bien satisfait des croyants quand ils t’avaient juré fidélité sous l'arbre, et Il a su ce qui était dans leurs cœurs" (verset 18).

A Hodaybiya, à un moment où une bataille avec le Qoraysh semblait probable, le Prophète avait rassemblé les musulmans sous un arbre et avait obtenu leur promesse solennelle de combattre si les Qoraysh se montraient entêtés. Dans l'histoire islamique ceci est connu comme serment du Bon Plaisir (Bay'at or-Redwan), c.-à-d. le serment par lequel Dieu avait été satisfait.

"Et il les a rendus dignes d'une victoire imminente" (verset 18), "et beaucoup de butin qu'ils prendront" (verset 19).

"Dieu vous promet beaucoup de butin que vous prendrez, et Il le hâtera pour vous. Et il éloigne de vous les mains des gens" (verset 20).

Après avoir conclus la trêve, Mohamed se hâta de retourner de Hodaybiya à Médine et n’y resta qu’une quinzaine de jours afin de mobiliser des troupes avant de marcher contre Khaybar. Il craignait que les musulmans se querellent à propos de la trêve de Hodaybiya, et savait qu’à Khaybar ils seraient trop occupés par le butin pour continuer à se soucier de la prétendue reddition aux qorayshites.

Le verset 15 de la sourate 48 montre clairement que l'espoir du butin à Khaybar excitaient tellement les bédouins que ceux qui avait hésité à se confronter aux Qoraysh ont cherché avidement à se joindre aux guerriers musulmans dans l'attaque de la riche oasis : "Ceux qui ont restés derrière diront, quand vous vous mettrez à prendre le butin, laissez-nous vous accompagner !" Plus loin, dans le verset 16, Dieu ordonne au Prophète, "Dis aux bédouins qui traînent, ‘Vous serez appelé contre un peuple possédant une grande force, pour les combattre à moins qu'ils ne se rendent. Si vous obéissez, Dieu vous récompensera bien. Si vous revenez, comme vous êtes revenus avant, il vous punira douloureusement."

L'oasis de Khaybar comportait de nombreux châteaux. Le premier jour les musulmans attaquèrent le château de Sallam ben Meshkam et perdirent presque cinquante hommes avant de le prendre. Abu Bakr mena un autre détachement contre le château de Na'om, mais n’aboutit à rien et fut remplacé par Omar, dont l'assaut échoua pareillement; ce fut Ali ben Abi Taleb qui finalement prit ce château. Plus tard on coupa l'alimentation en eau du château de Zabir, et ses occupants durent sortir; ils combattirent mais finirent par fuir. Plusieurs autres châteaux tombèrent, l’un après l'autre, aux mains des musulmans. Enfin les musulmans atteignirent les châteaux d‘Os-Salalem et d'al-Watih où les femmes et les enfants avaient été rassemblés. Les juifs durent demander un cessez-le-feu, et le Prophète décida que leurs vies seraient épargnées et que les terres cultivées de Khaybar deviendraient la propriété des musulmans mais seraient laissées aux juifs à condition qu'ils cèdent la moitié du produit annuel aux musulmans.

Dans la part de butin du Prophète il y avait la femme juive Safiya, la fille de Hoyayy ben Akhtab - la même femme qui avait été giflée par son mari pour avoir évoquer son rêve de la descente de la lune sur ses genoux. Le Prophète l’épousa sur le chemin du retour à Médine.

L'oasis de Fadak, à l'est de Khaybar, était elle aussi habitée par des juifs. Averti par l'exemple de Khaybar, ils se rendirent sans combattre et acceptèrent de céder la moitié de leur propriété. N’ayant pas été prise par la force, cette propriété fut attribuée au Prophète.

Les tribus juives vivant dans Wadi al-Qora et à Tayma, au nord de Médine, se rendirent également. Les conditions exigées consistaient en un tribut sous forme d’un impôt forfaitaire par tête (jezya).

Ces victoires ont mis la totalité de la partie nord du Hedjaz sous la souveraineté de Mohamed.

On doit ajouter que dans la campagne de Khaybar Mohamed fit un bon usage de la diplomatie. Il a pris garde au préalable de convaincre la tribu bédouine voisine, les Banu Ghatafan, qui sinon aurait pu aider les juifs et faire perdre les musulmans. Il décida que la moitié du butin de Khaybar devrait aller aux Banu Ghatafan.

Tout ceci et d'autres actions encore prouvent qu'après l’Hégire, le Prophète Mohamed a davantage été occupé par politique que par la prédication.

Dans les raids musulmans, la tactique habituelle était l’embuscade, qui dans beaucoup de cas était mise en place après une reconnaissance par des espions soigneusement choisis. Plusieurs caravanes marchandes qorayshites ont été repérées de cette manière et attaquées avec succès. Les raids visaient le double but d'infliger des dommages financiers aux adversaires et de fournir le butin et l'encouragement aux partisans.

La défaite des musulmans à la bataille du Mont Ohod près de Médine en l’année 625 fut un choc sévère mais pas un coup décisif. Au lieu de continuer leur avancée sur Médine, les forces qorayshites sous les ordres d’Abu Sofyan revinrent à La Mecque après la bataille. Les musulmans n'auraient pas été battus s'ils avaient adhéré à la stratégie du Prophète et étaient restés sur leurs positions sur les pentes de la montagne; mais certains d'entre eux se sont cupidement précipités en bas dans l'espoir de se saisir du butin et ont subi des pertes considérables.

En 627 les musulmans durent faire face à un nouveau danger quand les forces alliées qorayshites et bédouines assiégèrent Médine. Cet événement est connu dans l'histoire islamique comme "la guerre du fossé", en effet les musulmans, en prévision du siège, creusèrent à grand-peine un fossé autour de la ville. On rapporte dans certaines sources, que l'utilisation des fossés, jusqu'ici inconnu dans les guerres arabes, fut suggérée par Salman al-Farsi, le premier iranien converti à l'Islam. Abu Sofyan était à nouveau à la tête des qorayshites. Aucun des assiégeants n’auraient pu traverser le fossé, mais il y avait un risque que la tribu juive Qorayza à l'intérieur de la ville s’allient avec eux. Si cela s'était produit, les musulmans auraient pu être battus d’une façon décisive et la montée de l'Islam aurait coupé court. Pourtant grâce à l'adresse de Mohamed, le danger fut évité, et après quinze jours bédouins et mecquois se retirèrent. Pendant le conflit, le Prophète avait chargé un homme de la tribu Ghataian qui était secrètement devenu musulman, de semer la dissension entre les Banu Qorayza et les assiégeurs. Comme cet homme, appelé No'aymb Mas'ud, avait un long passé d'amitié avec les juifs et était également en bons termes avec les qorayshites, toutes les parties supposèrent qu'il était un adversaire de Mohamed, et il persuada chacune de suspecter l'autre. Après avoir perdu tout espoir de collaboration avec les Banu Qorayza, les troupes qorayshites soudainement assaillis par une tempête de vent froid, décidèrent de retourner à La Mecque.

Nous avons déjà mentionné que dès la fin du siège et de la menace qorayshites sur Médine, le Prophète Mohamed envoya une bande armée sur la rue des Banu Qorayza. Puisque c’était leur refus de collaborer avec Abu Sofyan qui avait été la raison principale pour laquelle la guerre s’était terminée en faveur des musulmans, ils étaient en droit de penser mériter au moins l’indulgence du Prophète. Néanmoins Mohamed décida de les éliminer car leur présence continue à Médine présenterait un danger potentiel. Leur anéantissement augmenterait la crainte envers la puissance de l'Islam, fournirait du butin aux musulmans, et rendrait les awsites et les khazrajites plus solidement fidèles à son étendard.

L’incendie de la palmeraie des Banu-Nadir en 625 avait été un acte déshonorant en regard des normes contemporaines. Cet acte fut commis, ignorant les protestations, car c'était un moyen nécessaire à une fin, celle de les vaincre. Des versets coraniques (sourate 59, al-Hashr, 2-17) ont été descendus pour justifier la conduite du Prophète.

Le même expédient destructif fut utilisé dans le siège musulman de la vigne des Banu Thaqif à Taïef en 630. D'abord on empêcha tout approvisonnement de nourriture, mais bientôt il apparut clairement qu'ils disposaient de grandes provisions et qu'un long siège serait nécessaire. Par crainte que les troupes musulmanes, suivant le caractère inconstant des Arabes, se lassent ou s’ennuient, le Prophète leur ordonna d’incendier les vignes. Les vignes étaient une source de revenu si importante que les Banu Thaqif envoyèrent un messager au Prophète, le priant de renoncer de la destruction et offrant la propriété de la vigne entière aux musulmans.

Plus tard dans la même campagne, le Prophète abandonna le siège de Taïef et alla à La Mecque pour distribuer le butin pris à la tribu Hawazen. Il envoya ensuite un message à Malek ben Awf, un des chefs des Banu Thaqif, offrant de libérer son épouse et ses enfants et de lui donner cent chameaux s'il devenait musulman. Malek ben Awf quitta secrètement Taïef et embrassa Islam en présence du Prophète.

Tous ces témoignages proviennent de livres originaux datant des débuts et bien authentifiés. L’Histoire des événements des premières années de l'Islam donne de nombreuses preuves de la mentalité contemporaine et des raisons du progrès de la cause de Mohamed et de la diffusion de la nouvelle religion.

La défaite des Hawazen, qui eut lieu peu après la conquête de La Mecque et avant le siège de Taïef, rapporta une grande quantité de butin. Au moment de sa distribution, les musulmans furent débordés par l'avidité. Ils craignaient que leurs parts ne soient réduites par la générosité du Prophète envers les nouveaux convertis; car il avait donné cent chameaux à Abu Sofyan et à son fils Mo'awiya, à al-Hareth ben al-Hareth, à al-Hareth ben Hisham, Sohayl ben Amr et à Howayteb ben Abd al-Ozza, et de plus petits présents à des qorayshites de rang inférieur, tous n’avaient embrassé l'Islam que sous la menace après la conquête de La Mecque. Les partisans médinois du Prophète (Ansar) étaient particulièrement mécontents, et leur chef, Sa'd ben Obada, informa le Prophète de leurs sentiments. Le Prophète rassembla alors les Ansar et les rassura par un discours qui donne une certaine idée de sa diplomatie et de sa compétence dans la manipulation des hommes. A la fin, il demanda, "Ô mes hommes Ansar, n’est-il pas mieux que les autres hommes partent avec des chameaux et que vous rapportiez l’apôtre de Dieu avec vous ?"

Les rapports des actes et des paroles de Mohamed durant la décennie qu'il passa à Médine fournissent beaucoup de preuves de sa qualité d’homme d’Etat. Un lecteur perspicace trouvera peut-être dans des biographies du Prophète cent fois plus d'exemples que ceux que j’ai choisi de mentionner ici.

Selon le Tafsir al-Jalalayn les versets 106-108 de la sourate 4 (on-Nesa) furent révélés à l'occasion de l'incident suivant. Un homme nommé To'ma ben Ebriq déroba une armure et la cacha dans la maison d'un juif. Le propriétaire de l'armure la trouva là, et To'ma, quand les soupçons tombèrent sur lui, jura qu'il n'était pas coupable du vol et accuse un juif. Les parents de To'ma présentèrent le cas au Prophète, espérant l’acquittement et naturellement comptaient que Mohamed le favorise contre un juif. Mohamed ne fit rien de la sorte. Dans un soucis de justice, il plaça la vérité avant l’esprit partisan, comme le verset 106 de la sourate le montre : "Nous avons descendu le Livre vers toi avec la vérité, afin que tu puisses juger entre les hommes avec ce que Dieu t’a dévoilé. Ne sois pas un avocat des parjures !"

Le verset 9 de la sourate 49 (al-Hojorat) a une implication similaire et donne une indication non seulement de la qualité d’homme d’Etat du Prophète mais également des conditions sociales contemporaines et des débuts de dissensions dans l'Islam : "Si deux partis de croyants commencent à se combattre, fais la paix entre eux ! Si un d'eux donne tort à l'autre, lutte contre celui qui fait le mal jusqu'à ce qu'il revienne à l'autorité de Dieu ! Alors, s'il retourne, fais la paix équitablement entre eux !". Le verset est clair et sage.

Le Tafsir al-Jalalayn rapporte un incident qu’on dit avoir été la circonstance de la révélation de ce verset. L'histoire est citée ici comme illustration des conditions sociales et du fanatisme naissant de certains des défenseurs de Mohamed. "Le Prophète montait un âne et il passa devant Abdullah ben Obayy. Juste à au même moment l'âne s’éventa. Ibn Obayy se pinça son nez pour éviter d'inhaler l'odeur. Abdullah ben Rawaha (un chef Ansar), qui passait justement être là, dit à Ibn Obayy, ‘Par Dieu, l'odeur du vent de l'âne déplait moins au Prophète que l'odeur du parfum que vous employez.’. Ces mots provoquèrent une bagarre, avec des bâtons et des chaussures comme armes, entre les hommes d'Ibn Obayy et les hommes d'Ibn Rawaha."

Dans les conditions du temps, la crainte du Prophète s’étendait en même temps que sa cause avançait

Après la conquête de La Mecque, un poète nommé Bojayr ben Zohayr ben Abi Solma écrivit à son frère Ka'b, poète également, que le Prophète exécutait ceux qui à La Mecque l’avaient caricaturé ou offensé d’une quelconque manière, et que tous les poètes qui avaient fait une telle chose s'étaient enfui de La Mecque. Si Ka'b voulait être en sécurité, il serait mieux qu’il aille voir le Prophète lui faire ses excuses, parce que le Prophète ne tuait pas ceux qui se repentaient de leurs actions passées. Sans cela Ka'b devrait sortir sans se faire voir de quiconque.

Ka'b ben Zohayr décida d’embrasser l'Islam et de sauver sa vie. Il composa une ode élogieuse pour le Prophète, connue sous le nom d'Ode du Manteau (Borda) parce que le Prophète fut si heureux quand Ka'b lui récita qu'il lui donna son manteau.54

Au début les gens, simples et peu accoutumés au cérémoniel, se comportaient avec leur chef de manière familière et librement. Ils pensaient que la seule obligation était d’obéir aux obligations et interdictions coraniques. Hors de cela, ils traitaient Mohamed comme l’un d’entre eux. Cet état de chose ne put perdurer. Des procédures disciplinées et l'observation de quelque chose comme le respect dû à un chef d’Etat étaient devenues nécessaires. Un certain nombre de règles pour les croyants, correspondant presque au prescriptions d’une étiquette, furent présentées dans les cinq premiers versets de la sourate 49 (al-Hojoral) et quelques autres passages coraniques.

 "Ô croyants, ne vous mettez pas en avant (c.-à-d. parler ou agir en premier) en présence de Dieu et de son apôtre !" (49, 1). Puisque personne ne peut parler ou agir en premier en présence de Dieu, la règle ne peut signifier que "N'exprimez pas une opinion ou ne prenez pas une mesure sans l’autorisation du Prophète !". "Ô croyants, n'élevez pas la voix au-dessus de la voix du Prophète ou ne criez pas en lui parlant, comme vous le faites entre vous !" (49, 2). Ils ne devaient pas se comporter comme Omar, par exemple, quand il a contredit le Prophète fort et publiquement à propos des conditions de la trêve de Hodaybiya et s'est adressé à lui par "Mohamed" au lieu d'"Apôtre de Dieu."

"Ceux qui baissent la voix devant l’Apôtre de Dieu sont ceux dont Dieu a éprouvé la piété dans leur cœur. Ils recevront le pardon et une grande récompense." (49, 3). Clairement cette forme de courtoisie n’était pas pratiquée par les Arabes mais était devenue appropriée après l’accession au pouvoir de Mohamed.

"Ceux qui t’appellent de derrière les appartements – la plupart d’entre d'eux ne comprennent pas". (49, 4). Les Arabes avaient l'habitude de marcher derrière la maison du Prophète, où étaient les appartements privés de ses épouses et de crier "Mohamed" pour l'appeler.

Le Prophète détestait ces façons, mais l'avait attribué, correctement, à leur ignorance (ou à proprement parler, Dieu, parce que les mots sont les mots de Dieu). C’avait été naturel et normal à l’époque où il se joignait à ses compagnons et partisans à des tâches telles que pelleter la terre du fossé, mais inconvenant après que sa cause ait triomphé.

"S'ils attendaient jusqu'à ce que tu viennent à eux, ce serait meilleur pour eux" (49.5).

La plus précise règle d'étiquette pour les croyants est venue dans le verset 13 de la sourate 58 (al-Mojadela) : "Ô croyants, si vous souhaitez parler en privé avec l'apôtre, offrez un cadeau charitable avant votre entretien privé!". Les musulmans ont dû avoir trouvé ça trop lourd, car la règle est assouplie plus loin dans le même verset : "Si vous ne pouvez pas vous le permettre, Dieu est pardonnant et miséricordieux."

La question de l'accès au Prophète revient dans le verset 53 de la sourate 33 (al-Ahzab) : "Ô croyants, n’entrez pas dans les maisons du Prophète à moins que vous soyez invités ! (et) sans regarder sa cuisine !55 mais si vous avez été invités, entrez, et quand vous avez mangé, partez sans vous attarder pour la conversation ! Cela causerait du dérangement au Prophète, et il serait trop gêné (pour) vous (le dire). Mais Dieu n'est pas gêné par la vérité.". Le verset n'a besoin d'aucun commentaire et témoigne de ce qui se passait. Les amis du Prophète le traitaient avec familiarité, passaient sans prévenir, attendaient qu’un repas leur soit apporté, et restaient après le repas pour causer entre eux. De telles choses étaient inconvenantes alors que le Prophète était le chef d'un Etat. Il a eu besoin d'une mesure pour l’isoler du peuple. Leur dire lui aurait été embarrassant, mais pas pour Dieu qui est au-dessus de l'embarras. En d'autres termes, Dieu par la voix de son apôtre enseignait au peuple le comportement correct envers un chef d'Etat.

Cette interprétation est attestée par la phrase suivante du même verset, bien que le sujet soit différent : "Et quand vous demandez aux femmes (c.-à-d. les épouses du Prophète) quelque chose, demandez-leur de derrière un rideau ! 56. Ce qui est plus pur pour leur cœur et le vôtre.".

Une histoire qui apparaît dans les compilations de Hadith, attribuée à Aïcha explique la phrase comme suit : "Le Prophète et moi prenions notre repas autour d’un plat quand Omar est passé. Le Prophète l'invita à se joindre au repas. Tandis que nous mangions, le doigt d'Omar a touché mon doigt. Omar dit, ‘Si seulement mon conseil avait été observé! Aucun œil ne vous aurait vue alors.’. Après ça, le verset du rideau a été descendu."

Selon un témoignage rapporté d’Abdullah ben al-Abbas., la raison de la révélation du verset 53 était qu'Omar avait dit au Prophète, "Tes épouses ne sont pas comme les épouses des autres hommes.". Le verset 32 de la sourate 33 commence par les mots "Ô épouses du Prophète, vous n’êtes pas comme les autres femmes."

Pourquoi les épouses du Prophète sont-elles différentes des autres femmes ? De tout évidence parce que Mohamed n'était pas dans la même catégorie que les autres hommes. L'entretien de sa dignité exigeait l'entretien de la dignité de ses épouses. Elles se devaient d’être isolées comme des princesses orientales. Le verset 53 de la sourate 33 (dont des parties ont été déjà citées) continue pour déclarer dans la dernière phrase : "Il ne serait pas (bien) que vous offensiez l’Apôtre de Dieu en épousant ses épouses après lui même longtemps après. Ce serait un outrage selon Dieu". La raison pour laquelle ce péché serait si important était que Mohamed était sensible sur cette question. Ses épouses, comme celles des rois antiques Israélites ne devaient pas être touchées par d'autres hommes même après sa mort.

Une supposition similaire d’une supériorité sur les autres peuples et de manque de considération pour eux ressort dans un autre contexte. Le verset 14 de la sourate 49, se rapportant à des événements après la conquête de La Mecque, dit : "Les bédouins dirent, ‘Nous croyons.’ Dis (leur), ‘Vous ne croyez pas. Vous devriez plutôt dire, ‘Nous avons cédé.’’ La croyance n'est pas du tout entrée dans leur cœur."

Alors que les nouveaux convertis protestaient que leur acceptation de l'Islam n'avait pas été imposée par la contrainte ou la guerre mais qu’elle était volontaire, le verset 17 de la sourate 49 descendit : "Ils considèrent te faire une faveur en cédant. Dis, ‘Ne considérez pas votre reddition comme une faveur que vous me faites ! Au contraire, c’est Dieu qui vous confère une faveur, car il vous a guidé à la foi."

Quel contraste entre cette froide et hautaine tonalité et la chaude ferveur, analogue à celle de Jérémie, avec laquelle Mohamed condamnait au début l'arrogance et encourageait la charité ! Un bon exemple en est la sourate mecquoise 89 (al-Fajr), qu'on dit qu'il récitait au gens debout près du mur de la Ka'ba. Malheureusement cette sourate ne peut être littéralement traduite et ses assonances mélodieuses ne peuvent pas être reproduites. Ci-dessous, un rendu approximatif des versets 5-13 et 18-21 :

"Avez-vous vu comment votre Seigneur a traité les Ad,
d’Eram aux colonnes,57
rien de semblable n’avait jamais été créé sur la terre,
et les Thamud,58 qui creusaient la roche dans la vallée,
et Pharaon, le propriétaire des piquets,59,
ils étaient arrogants sur la terre,
et y causèrent beaucoup de corruption ?
Votre Seigneur les a punis de fléaux.
Assurément votre Seigneur toujours observe.
"

"Pas du tout ! Mais vous n'honorez pas l'orphelin,
vous ne vous précipitez pas pour nourrir les pauvres,
vous mangez (c.-à-d. détournez) gloutonnement les héritages,
et vous adorez la richesse de tout votre cœur.
"

A Médine les règles qui ont été établies avaient des aspects pratiques et disciplinaires. Le caractère difficile des arabes nécessitait d’être réfréné. C’est montré très clairement dans le verset 96 de la sourate 4 (on-Nesa) : "Ô croyants, quand vous marchez en avant (à la guerre) pour la cause de Dieu, assurez-vous (des faits) et de dites pas à n'importe qui vous donne une salutation paisible ‘Tu n’es pas un croyant’ (simplement parce que) vous désirez un gain occasionnel dans ce monde inférieur ! Dieu donne un butin abondant. Vous étiez comme cela avant, mais Dieu vous a favorisé. Aussi soyez sûr ! Dieu se rend compte de tout ce que vous faites.". On dit que la circonstance de la révélation de ce verset est la suivante. Au cours d’une marche, des partisans du Prophète rencontrèrent un berger de la tribu Solaym avec ses moutons. Il les salua par un salam (paix), qui était le mot de passe des musulmans. Supposant qu'il l'avait dit par crainte, ils le tuèrent et prirent ses moutons en butin.

Les douzaines de versets coraniques donnent des instructions sur la morale et des manières : ce qu’il faut faire et ne pas faire, comment parler et quand se taire. Ils donnent également des aperçus de la société arabe telles qu’elle était à l’époque du Prophète.

LES FEMMES DANS L’ISLAM

 "Veillez sur les femmes avec bonté ! Elles sont prisonnières60 n'ayant aucun pouvoir sur elles-mêmes.". On rapporte que ces mots ont été prononcés par le Prophète Mohamede dans un discours qu'il fit à la Mecque pendant son pèlerinage d'adieu en 631.

Dans la société arabe préislamique, les femmes n’avait pas un statut de personnes indépendantes, mais étaient considérées comme possessions des hommes. Toutes sortes de traitements inhumains des femmes étaient autorisés et courants.

Une femme était transférée à un héritier comme les autres biens meubles {esclave} appartenant au défunt, qui pouvait alors en faire son épouse sans établir pour elle la moindre dot. Si elle était peu disposée à devenir son épouse, il pouvait empêcher son remariage à moins qu'elle ne lui cède tous les biens hérités; et si elle refusait, il pouvait la détenir jusqu'à sa mort ou ses biens lui seraient revenus. Cette injustice cruelle a été supprimée par la révélation du verset 23 de la sourate (on-Nesa): "Ô croyants ! Il n'est pas permis que vous héritiez des femmes contre leur volonté. Et ne les détenez pas pour vous puissiez obtenir une partie de ce que vous leur avez donné ! (qu'est à dire) à moins qu'elles ne fassent quelque chose de manifestement non chaste. Et traitez-les correctement !"

La déclaration que les "hommes sont les gardiens des femmes" dans le verset 38 de la sourate 4 postule l'inégalité des droits civiques des hommes et des femmes. Les mots sont suivis de deux brèves explications de la supériorité des hommes sur femmes : "En raison des qualités dont Dieu a favorisé les uns plus que les autres, et en raison de que les hommes dépense de leur richesse.". Les qualités dont Dieu a doté des hommes plus que les femmes ne sont pas précisées.

Selon le Tafsir al-Jalalayn, la supériorité des hommes réside dans leur plus grande intelligence, connaissance et capacités administratives. Zamakhshari61 Baydawi62 et plusieurs autres commentateurs entrent plus dans les détails et construisent des théories métaphysiques; ils comparent l'autorité des hommes sur les femmes à celle des souverains sur leurs sujets, et soutiennent que la prophétie, la conduite de la prière, et le pouvoir sont réservés aux hommes parce que les hommes sont plus forts, plus intelligents, et plus prudents.

Dans la loi islamique, les héritiers masculins obtiennent plus que les héritiers féminins, et le témoignage des hommes est plus fiable que celui des femmes; pour être exact, la part de la transmission d'un homme est deux fois la part d'une femme, et son témoignage vaut deux fois plus au tribunal. Les devoirs religieux de la guerre sainte et de la prière collective du vendredi ne sont pas imposés aux femmes. Le droit de divorcer appartient aux maris mais pas aux épouses. Beaucoup de fonctions, y compris l'appel à la prière, la conduite de la prière collective, le sermon du vendredi, l’équitation, le tir à l'arc, et témoigner aux affaires pénales, sont spécifiquement réservés pour les hommes.

Les lecteurs auront observé la faiblesse logique des arguments de la dominance masculine. Presque toujours l'effet est interprété à tort comme la cause. En réalité, les conditions et les coutumes sociales étaient la cause de la l’exclusivité masculine dans beaucoup de fonctions et la conséquence du statut inférieur des femmes. Cependant dans l'opinion contemporaine, la non-participation des femmes à ces fonctions paraissait être l'effet de leur infériorité et de leur incompétence féminine. C’est parce que la loi islamique considère les femmes comme faibles que les héritiers et les témoins féminins valent la moitié de la valeur masculine. Cette valeur inférieure n'est pas une cause, mais un effet, de l'attribution d’un statut inférieur aux femmes.

Les faits sont parfaitement clairs et ne peuvent pas être expliqués par des arguments spécieux. Dans toutes les sociétés primitives depuis l'aube de l'histoire, les hommes ont affronté le poids de la lutte pour la vie, et les femmes ont été donc reléguées au deuxième rang ou, selon les mots du philosophe allemand F. W. Nietzsche, traitées comme humains de deuxième classe.

Chez les anciens Arabes, le traitement des femmes comme humains de seconde classe avait plus d’aspects barbares qu’ailleurs. Par la législation coranique, et par exhortation et remontrance, le Prophète Mohamed adoucit les angles de cette sauvagerie et a doté les femmes d’un certain nombre de droits légaux (indiquées pour la plupart dans la sourate 4).

Les arguments et les théories des commentateurs du Coran ont peu ou pas de valeur d'un point de vue rationnel, s’employant fondamentalement à justifier les pratiques arabes. Les commentateurs peuvent à peine en être blâmés, car ils leur incombaient de montrer comment Dieu "a favorisé les uns plus que les autres.»

La deuxième explication de la supériorité des hommes dans le verset 38 de la sourate 4, à savoir que les hommes dépensent une partie de leur richesse pour les femmes, est plus solide d’un point de vue logique. L'homme assume le poids des dépenses de la femme; donc elle dépend de lui; donc elle doit se conformer à ses ordres et interdictions. C'est la raison pour laquelle Zamakhshari, Baydawi, et beaucoup d'autres commentateurs pensent que le mari est le souverain ou le maître et l'épouse est le sujet ou le domestique. La même conclusion peut être tirée de la phrase suivante du verset 38 de la sourate 4 : les "Les femmes convenables sont dociles et gardent secret ce que Dieu a maintenu secret". Ceci signifie qu'une bonne épouse est une épouse qui obéit à son mari et se réserve pour lui lorsqu’il qu'il est absent. Ce qui implique que les épouses appartiennent aux maris et ne doivent pas l'oublier. La sourate 4, cependant, prescrit des droits et devoirs pour les hommes et les femmes; il montre comment le législateur de l'Islam a aidé le sexe féminin en changeant des anciennes pratiques arabes.

Un exemple est le commandement aux hommes dans des versets 24 et 25 : "Si vous souhaitez remplacer une épouse par une autre et avez donné un quintal à l’une d'elles, ne reprenez rien ! Le reprendriez-vous par calomnie et délictueusement ? Comment le prendrez-vous quand vous avez été intime l'un et l'autre et qu'elles ont obtenu un engagement concret de votre part ?". On interdit à un homme souhaitant divorcer et se remarier après avoir apprécié les services de son épouse de garder quoi que ce soit de sa dot, pourtant grande, qui avait été convenue à leur mariage. Le verset peu laisser supposer qu'un mari des anciennes sociétés arabes qui répudiait son épouse reprenait tout ou une grande partie de la dot qu’il lui avait donnée.

Il y a un passage, cependant, qui approuve apparemment une coutume arabe préislamique. C'est la phrase à la fin du verset 38 permettant à un mari de battre son épouse : "Et ces femmes dont vous craignez l'insubordination, réprimandez-les, laissez les alors seules dans les lits, et battez-les !". Les hommes, avec leur plus grande force corporelle, ont certainement recouru à cet expédient injuste et non chevaleresque depuis les temps les plus anciens, et ils le font toujours au vingtième siècle. Néanmoins son autorisation par la loi de l'Islam fournit des munitions aux critiques.

Les lois d’une communauté reflètent son style de vie, ses coutumes, et sa morale. En plus du témoignage du verset 38 de la sourate 4, il y a la preuve historique que les anciens Arabes considéraient le mari comme propriétaire de son épouse et entièrement en droit de lui faire mal. On rapporte que qu'Asma la fille d'Abu Bakr, qui était la quatrième épouse de Zobayr ben al-Awwam (un dix premiers convertis et principaux compagnons du Prophète), dit, "Chaque fois que Zobayr était fâché avec l’une d’entre nous, il avait l'habitude de la battre jusqu'à ce que le bâton se casse."

La loi islamique à ce sujet a au moins le mérite de la gradation. D’abord remontrance, puis cessation des rapports, et seulement en dernier recours, la violence doit être employées pour inciter l'épouse à obéir. Selon l'opinion de plusieurs commentateurs et hommes de loi, les coups ne devaient pas être si grave au point de casser les os, parce que dans ce cas, on pouvait invoquer le droit de représailles en nature et en degré. Zamakhshari, cependant, écrit dans son commentaire sur le verset que "Quelques autorités n'acceptent pas la gradation de la punition de l'épouse insoumise mais considère autorisée n'importe laquelle de ces trois pénalités". C'était naturellement l'interprétation faite par les théologiens arabes fanatiques tels que Ibn Hanbal et Ibn Taymiya63 néanmoins, la signification des mots est claire et d'ailleurs confirmée par ce qui suit dans le verset 39 : "Et si vous craignez une scission entre les deux époux, envoyez un arbitre de la famille du mari et un arbitre de la famille de la femme au cas où ils désireraient la réconciliation"

Les interdiction de parenté et d'affinité dans le mariage, indiqués dans le verset 27 de la sourate 4, existent pour la plupart dans la loi juive et sont également observées par les Arabes païens, cependant avec quelques exceptions. Le verset 26 stipule, "Ne vous mariez pas avec les femmes que vos pères ont épousées, à moins que ce ne soit déjà fait !". Cet ordre et en particulier sa qualification indiquent que cette pratique vile était courante parmi les Arabes avant l'Islam.

La prohibition du mariage des femmes déjà mariées dans le verset 28 de cette sourate n'est pas du roman. Ce qui est remarquable est l'exception que le verset fait en faveur des propriétaires des femmes esclaves. Une femme esclave achetée ou capturée à la guerre, même si elle a déjà un mari, peut être prise en mariage sans remord ou empêchement légal. Une explication est donnée dans un compte rendu cité par Ibn Sa'd64 "Quelques captives sont tombées entre nos mains au combat d’Awtas (près de Honayn), et comme elles avaient des maris, nous nous sommes abstenus de rapports avec elles et avons consulté le Prophète. Alors est venue la révélation (dans le verset 28), ‘Aussi (vous sont interdites) les femmes mariées, excepté ce que vos mains droites ont acquis.’ La possession de ces captives nous a été rendue légale."

Pourtant le même verset 28 démontre le souci du Prophète des droits des femmes et des méfaits de ses contemporains. Les trois dernières phrases déclarent : "Il vous est légal, indépendamment de cela (c.-à-d. ce qui est interdit), de les obtenir avec votre richesse, les prenant en mariage, pas dans la prostitution. Et à ces femmes que (ainsi) vous appréciez, versez-leur leurs dédommagements, une partie obligatoire ! Vous ne ferez aucun péché dans ce vous convenez mutuellement après (paiement de) la partie obligatoire."

Des mots "Et à ces femmes que (ainsi) vous appréciez, versez-leur leurs dédommagements" (c.-à-d. la dot) découle la question de savoir si le mariage provisoire65 est permis par la loi islamique. Les savants sunnites le considèrent comme interdit parce qu'ils pensent que cette révélation s'est produite après la conquête musulmane de La Mecque et n’était valable que trois jours, après quoi elle expirait. Les Shiites, cependant, considèrent cette forme de mariage comme autorisé d’un point de vue religieux.

Les conditions sociales et l'importance du facteur pécuniaire dans les relations entre les hommes et femmes de cette époque sont précisées dans un autre arrêté coranique, dans le verset 10 de la sourate 60 (al-Momtahana) : "Ô croyants, quand les femmes qui ont embrassé la foi viennent chez vous comme émigrantes, éprouvez-les ! Dieu saura leur foi. Et si elles se révèlent être des croyantes, ne les renvoyez pas aux incroyants ! Elles seront illicites pour les incroyants, et les incroyants seront illicites pour elles. Mais remboursez (c.-à-d. aux incroyants) ce qu'ils ont dépensé (c.-à-d. pour ces femmes) ! Alors il n'y aura aucun péché pour vous à les épouser si vous leur payez leurs dédommagements. Et ne gardez pas de liens (matrimoniaux) avec les incroyantes ! Réclamez ce que vous avez dépensé, et laissez-les réclamer ce qu'ils ont dépensé !" Ainsi si une femme mariée devenait musulmane et se sauvait, son mari incroyant perdait ses droits sur elle; les musulmans ne devaient pas la renvoyer au mari s'il leur demandait, mais ils devaient compenser ce qu’il avait dépensé pour elle. De même si l'épouse d'un musulman restait obstinément polythéiste et était ainsi une cinquième colonne potentielle, il ne devait pas insister pour la garder mais devait la renvoyer à sa famille à condition qu’elle lui rembourse ce qu’il avait dépensé pour elle.

On trouve encore des preuves du souci humanitaire du Prophète Mohamed de dissuader les Arabes de maltraiter leurs femmes dans plusieurs passages de la sourate 2. Une dans le verset 231 : "Quand vous avez divorcé de femmes qui ont atteint leur limite (c. à d.  la fin de leur période d'attente66), gardez les honorablement ou renvoyez-les honorablement, mais ne les gardez pas de force afin de violer leurs droits) !" Ceci signifie que quand un mari a prononcé le divorce à une épouse, et que la fin de la période d'attente après laquelle elle peut être remariée approche, il ne doit pas essayer de la forcer à se remarier avec lui. La décision pour ou contre la reprise de leur mariage doit être prise honorablement et à l’amiable, et ses droits ne doivent pas être violés par des menaces comme exiger une rançon ou en l’enfermant longtemps.

Un autre commandement à ce sujet vient dans le verset suivant 232 : "Et quand vous avez divorcé de femmes et qu’elles atteignent la limite, n'essayez pas de les empêcher de se remarier avec leur mari s'ils sont convenus ensemble honorablement!" On dit que le verset a été descendu en raison du comportement violent de Ma'qil ben Yasar qui voulait empêcher sa soeur de se remarier avec le mari qui l'avait divorcée.

Une autre thème de la sourate est rarement discutée et n'est pas strictement appropriée au sujet actuel, mais sera mentionnée ici parce qu'elle donne un autre aperçu des conditions sociales de l’époque du Prophète Mohamed et le type de requêtes qui lui était soumises. Le verset 222 interdit des rapports sexuels avec des femmes ayant leurs règles et continue ainsi : "Quand elles sont devenues pures, approchez-les par la direction que Dieu vous a prescrite !". Selon le Tafsir al-Jalalayn, ceci signifie la même direction dont elles sont approchées sans menstruation mais une signification différente et presque contradictoire semble être donnée juste après dans le verset 223 : "Vos femmes sont un champ pour vous. Allez à votre champ par quelque manière que vous souhaitez !". Le Tafsir al-Jalalayn donne la signification de "par quelque manière que vous souhaitez" comme "debout, assis, ou allongé, de côté, par devant, ou par derrière", et affirme que le but de la révélation était de dissiper une notion juive selon laquelle quand la femme a été approchée par derrière, l'enfant est gaucher ou avec du strabisme. Selon l'opinion de Soyuti, les mots "par la direction que Dieu a prescrite pour vous" verset 222 ont été abrogés par le verset 223, et l'abrogation s’est produite après une protestation d'Omar et d’autres compagnons du Prophète. Les possesseurs des Ecritures (c.-à-d. des juifs et des chrétiens) s’allongeaient au côté de leurs femmes, et les défenseurs médinois du Prophète (les Ansar) avaient adopté cette coutume, qui était plus en accord avec le concept de la modestie de la femme et l’isolement. Les émigrants musulmans (Mohajenln) suivaient les coutumes qorayshites et des autres mecquois, qui aimaient manipuler leurs femmes de différentes manières, telles que se jeter sur leurs dos ou leurs poitrine et les approcher par devant ou par derrière. Alors qu’un Mohajer qui avait épousé une femme Ansar souhaita la manipuler de cette façon, elle refusa, disant "Allongeons-nous côte à côte.". Le cas fut rapporté au Prophète, et le verset donnant toute discrétion aux hommes dans ce domaine fut descendu. Selon Ibn Hanbal et Termedhi67 la signification du verset est "Par avant ou par derrière, sur le dos ou sur le ventre", et sa révélation a eu lieu après qu'Omar ait dit au Prophète un matin "Je n’en peux plus", et en réponse à la question du Prophète "Comment cela ?"  répondit "J’ai changé mon approche cette nuit mais cela n'a pas marché."

On peut deviner dans les versets coraniques et des enseignements de l'Islam que les femmes avaient un statut très bas dans l'ancienne société arabe et y étaient traitées très cruellement par les hommes. Par exemple, le verset 33 de la sourate 24 (on-Nur) interdit aux propriétaires de femmes esclaves de faire des bénéfices pécuniaires en les louant comme prostituées contre leur volonté : "Et ne forcez pas vos femmes esclaves à la prostitution si elles souhaitent se maintenir chastes, dans le seul but d’en obtenir un gain occasionnel dans la vie d’ici-bas!". On dit que le verset a été descendu parce qu'Abdullah ben Obayy s'était engagé dans les affaires viles. Il existe des preuves que ce n'était pas le seul contrevenant et cette exploitation cruelle des femmes esclaves qui les forçait à la prostitution et empochait les gains était à cette époque une industrie importante.

Après la conquête musulmane de La Mecque, une grande délégation de femmes de La Mecque alla jurer l'allégeance au Prophète et embrasser l'Islam. Ce fut la circonstance de la révélation du verset 12 de la sourate 60 (al-Momtahana) qui conditionnait leur admission à l’Islam à leur croyance et leur comportement : "Ô Prophète, quand les femmes croyantes viennent à toi, pour prêter serment d’allégeance, (ce doit être) à condition qu'elles n'attribueront aucun associé à Dieu, ne voleront pas, ne s'engageront pas dans l'adultère et la prostitution, ne tueront pas leurs enfants, ne diront pas de contes infamants inventés au sujet de ce qui est entre leurs bras et leurs jambes (c.-à-d. faire de fausses allégations au sujet de la paternité des enfants attendus), et ne vous désobéiront pas en aucun point des bonnes coutumes. Acceptez alors leurs serments d'allégeance, et priez pour que Dieu leur apporte sa clémence !"

L'importance de ces conditions pour l'accès dans l'Islam est évidente en soi. Parmi les mauvaises coutumes que les femmes devaient laisser tomber il y avait les lamentations telles que pleurer, détruire son collier, s’arracher les cheveux, se griffer le visage.

Après la révélation de la liste des conditions, on rapporte que Hend ben Otba, l'épouse d'Abu Sofyan et mère du futur calife Mo'awiya, dît que les femmes libres de noble naissance ne se sont jamais engagées dans l'adultère et la prostitution.

Une des pires pratiques interdites par les enseignements islamiques a été l'infanticide des femmes. Selon les versets 8 et 9 de la sourate 81 (ot-Takwir), "la fille nouveau-née enterrée vivante, quelle crime avait-elle commis ?"

Les anciens Arabes estimaient leurs fils et se vantaient d’en avoir, mais considéraient leurs filles comme encombrantes et déshonorantes. Ils étaient trop ignorants pour voir que la continuation de la race humaine dépendait de la naissance des filles. Leur attitude est clairement dépeinte dans les versets 60 et 61 de la sourate 16 (on-Nahl) : "Et quand l’un d'eux reçoit la nouvelle (de la naissance de) d'une femme (enfant), son visage s’assombrit tandis qu'il étouffe sa colère. Il se cache des gens en raison de la nouvelle qui lui a été donnée, (se demandant) s’il devait supporter le déshonneur ou l'enterrer dans la terre"

LES FEMMES ET LE PROPHETE

Ignaz Goldziher faisait remarquer qu'aucune autre religion ne fournit des récits et témoignages avec des informations aussi franches et détaillées que celles données par le Coran, les Hadiths, et les biographies sur la carrière et la vie privée du fondateur de l'Islam. C’est une remarque, appréciatrice, faite par l’auteur dans son livre Le dogme et la loi de 1'1slam et loi, dans un chapitre mentionnant le fait historique et bien documenté de l'appétit croissant de Mohamed de Prophète pour des femmes. Au sujet des vies de Jésus et de Moïse, encore moins Abraham et de Noé, toutes les information que nous possédons sont opacifiées par les nuages de la mythologie populaire et des préjugés religieux et raciaux. Sur la vie de Mohamed, des centaines de témoignages n’ayant pas subi de déformation tendancieuse sont à notre disposition dans des versets coraniques, des Hadiths fiables, et des premières biographies. La plus important de ces sources est le Coran, par lequel la connaissance de beaucoup d'événements contemporains peut être obtenue directement, à partir de certains versets, et indirectement, des compte-rendu des circonstances des révélations données par des commentateurs. Le nombre de versets concernant la vie privée du Prophète est important.

Tous les commentateurs conviennent que le verset 57 de la sourate 4 (on-Nesa) a été descendue après que les juifs aient critiqué l'appétit de Mohamed pour des femmes, alléguant qu'il n’avait pour seul but que de prendre des épouses. Le verset dit, "Ou envient-ils ces gens auxquels Dieu dans sa générosité a donné ? Nous avons donné les Ecritures et la sagesse aux descendants d'Abraham, et nous leur avons donné un grand royaume.". Les juifs étaient jaloux de Mohamed du cadeau de Dieu de la prophétie et de beaucoup d'épouses. La deuxième phrase répond à leur argument qu'un Prophète véritable ne prendrait pas tant d'épouses, et se rapporte évidemment aux Prophètes David et Salomon, qui ont été censés avoir eu respectivement quatre-vingt-dix neuf épouses et un harem de mille femmes, mais n'en avait pas souffert d’une quelconque perte de leur statut prophétique. Ces suppositions, comme d'autres histoires des rois des enfants d'Israël, ont naturellement été brodées d’exagérations fabuleuses.

Les critiques européens ont jugé cet appétit pour les femmes excessive et irréconciliable avec le rôle spirituel d'un homme qui prêchait la modération et la renonciation. Certains ont conjecturé que le penchant de Mohamed pour des femmes a motivé ce qui dans législation islamique améliore le statut et les droits des femmes.

De telles objections perdent leur poids quand la question est examinée d'un point de vue purement rationnel et non émotionnel. Mohamed était un humain, et aucun humain n'est sans point faible. L'appétit sexuel est un instinct humain nécessaire et un important facteur dans la pensée et le comportement envers autrui de toute personne; il ne devient répréhensible que lorsqu’il induit un comportement socialement nocif. Hors ce cas il n’est pas nécessaire de discuter des mérites et des démérites, des forces et des faiblesses, de la vie privée d'une personne. Les idées de Socrate ont rayonné d'Athènes à toute la Grèce et à toute l'humanité; la question de sa vie privée pervertie est non pertinente à moins qu'il n’ait nui de ce fait à la société. Adolf Hitler aurait pu être qualifié de chaste car son instinct sexuel était absent ou faible, mais par contre, et au lieu de ça, il a développé des concepts pernicieux qui ont plongé le monde dans le carnage et la ruine.

Le Prophète Mohamed se voyait comme un humain soumis à Dieu et s'était engagé à sauver son peuple du bourbier de l'idolâtrie. Son penchant pour les femmes et ses nombreux mariages n'ont pas altéré la validité de sa mission ou n'a pas violé le droit d'autres personnes. Les actions et les idées de grands chefs des communautés humaines devraient être évaluées dans le contexte de l'environnement social et par les critères de leurs apports à la communauté et à l'humanité. Vu sous cette lumière, la négation de la liberté intellectuelle et religieuse des autres, qui impliquent de ne leur donner que le choix entre l'acceptation de l'Islam ou le paiement d’un tribut à des conditions humiliantes, est beaucoup plus discutable.

Les musulmans aussi ont fait des mauvaises interprétations, mais d'un type très différent. Afin le louer le fondateur de l'Islam, ils ont dit et écrit des choses qui contredisent des versets clairs du Coran et des rapports de premières sources fiables. L'auteur moderne égyptien Mohamed Hosayn Haykal, qui dans son livre Life of Mohamed se donne pour but d’examiner la question avec des méthodes du vingtième siècle, a pris tellement ombrage des critiques occidentales qu'il a écrit un chapitre où il essaye de défendre le Prophète en niant qu'il a eu le moindre penchant pour des femmes. Un passage de ce chapitre est cité ci-dessous :

"Mohamed a vécu vingt ans de vie conjugale avec Khadîdja et n'a pas désiré prendre une autre épouse (…). C'était normal et inévitable. Khadîdja était une femme riche et distinguée qui s’était marié avec un employé pauvre, mais assidu et honnête. Elle l'avait pris dans sa maison parce que, par nature ou en raison de circonstances difficiles, il était dénué d’inclinations frivoles et licencieuses des autres jeunes qorayshites. C'était pour ces raisons que la Khadîdja mûre et expérimentée s'est occupé de son mari avec dévotion, qui était quinze ans plus jeune qu'elle, et avec ses propres ressources, elle l'a aidé à atteindre une prospérité dans laquelle il pourrait oublier ses expériences difficiles de son enfance et la dépendance à l’égard de son oncle. La paix et le confort de la maison de Khadîdja lui ont permis de mûrir les pensées qu'il avait nourries pendant dix ou douze ans. Khadîdja elle-même approuvait certainement ses idées austères, parce que comme cousine de Waraqa ben Nawfal elle sympathisait avec les ascètes (hanifs)68. Après la désignation de Mohamed à la prophétie, elle a cru en la vérité et l’inspiration divine de sa vision, et est devenue la première convertie à l'Islam. En outre Khadîdja était la mère des quatre filles du Prophète, Zaynab, Roqayya, Omm Kolthum, et Fatema69. Dans une telle situation, comment Mohamed pouvait-il prendre une autre épouse tant que Khadîdja était en vie ? Ce n’est qu’après sa mort qu’il a entrepris de demander la main d'Aïcha, et comme Aïcha n’était alors qu’une enfant de setp ans, de se marier avec Sawda, la veuve du o-Sakran ben Amr". Haykal déclare alors, dans une tentative évidente d'affranchir Mohamed de désir pour les femmes, que "Sawda ne possédait ni beauté ni richesse. Son mariage avec le Prophète était un acte de charité et pour venir en aide à la veuve resté sans conjoint d'un des émigrants musulmans en Abyssinie."

Haykal aurait assurément mieux fait d’écrire que le Prophète s’était marié avec Sawda parce qu’étant une personne mûre, elle convenait très bien pour faire son ménage et s'occuper de ses quatre filles jeunes; bien que l’on pourrait objecter à cette théorie que quoique la première pensée du Prophète fut pour Aïcha, elle n’était qu’une enfant qu'il ne pourrait pas épouser avant deux ans parce qu'elle était trop jeune, et qu’il se maria avec Sawda parce qu'il ne pouvait pas vivre sans épouse, une raison qui n’est nullement blâmable. Peut-être une autre raison était le manque de disponibilité de toutes autres femmes à ce moment-là, avec les qorayshites peu disposés à donner une fille à Mohamed et des musulmans qui n'avaient probablement aucune fille à marier. Le Prophète est resté deux ou trois ans à La Mecque après la mort de Khadîdja.

Cependant après son déplacement à Médine, des occasions ont surgi et le grand appétit du Prophète Mohamed pour les femmes a trouvé un plus grand choix. Ce fait ne peut pas être nié et est suffisamment démontré par la liste plus ou moins complète de ses épouses ci-après :

  1. Khadîdja, fille de Khowayled. C’était une femme distinguée et riche, et Mohamed fut son troisième mari. Elle lui donna quatre filles et deux fils, appelés (al-) Qasem et (ot-) Taher, tous deux morts dans leur petite enfance.

  2. Sawda, fille de Zam'a. C’était la veuve d'un émigrant musulman mecquois mort en Abyssinie. L'opinion de M. H. Haykal's selon laquelle le Prophète l'a épousée par compassion pour une veuve musulmane seule a été discutée ci-dessus.

  3. Aïcha, fille d'Abu Bakr os-Seddiq. Elle avait sept ans quand elle fut fiancée et neuf ans quand elle fut mariée au Prophète, l'écart entre eux étant de plus de quarante ans. A sa mort en 632 elle avait seize ou dix-sept ans. C’était l'épouse favorite du Prophète. Elle était également une des personnes qui avait appris le Coran par cœur. Elle était considérée comme une importante source d’information sur les paroles, les actes du Prophète (Hadith) et les coutumes musulmanes (Sunna). Après l'assassinat d'Othman, elle s'est opposée à l'accession d'Ali ben Abi Taleb au califat et fut une des principales figures du mouvement qui défia Ali, sans succès, à la bataille du chameau en 656.

  4. Omm Salama, la veuve d'un émigrant musulman mecquois à Médine mort de blessures reçues à la bataille d'Ohod.

  5. Hafsa, fille d'Omar ben al-Khattab. Elle aussi s’est mariée avec le Prophète après qu'elle ait été 3 fois veuve. Il y a des preuves que ce mariage avait un aspect pragmatique.

  6. Zaynab, fille de Jahsh et ancienne épouse du fils adoptif du Prophète Zayd ben Haretha. Ce mariage peut être considéré comme un des mariages d’amour du Prophète. Il y a une longue poésie narrative au sujet de Zayd et de Zaynab. L'affection et l’attention du Prophète pour Zaynab faisait d’elle une rivale d'Aïcha.

  7. Jowayriya, fille d’al-Hareth ben Abi Derar, le chef de la tribu Mostaleq, et ancienne épouse de Mosafe ben Safwan. Elle avait été faites prisonnière à la défaite des Banu'l-Mostaleq en 627 et donnée à un des guerriers musulmans comme butin. Son nouveau propriétaire avait demandé une rançon, mais elle avait trouvé le prix trop élevé et au delà de ses moyens. Elle était donc allée à la maison du Prophète demander son intercession et obtenir une baisse du montant. Ce qui s'est produit après a été raconté par Aïcha : "Jowayriya était si belle et charmante que quiconque la voyait était captivé. Quand j'ai aperçu Jowayriya par la porte de ma chambre, cela m’a inquiétée parce que j'étais sûr que l’Apôtre de Dieu serait fasciné sitôt que son regard se porterait sur elle. Et c’est ce qui se passa. Après qu'elle ait été admise auprès du Prophète et fait sa réclamation, il lui dit qu'il ferait quelque chose de mieux pour elle; il payerait sa rançon lui-même et puis lui demanderait de l'épouser. Jowayriya en fut heureuse, et elle consentit. En conséquence de son mariage avec le Prophète, les musulmans libérèrent plusieurs des captifs Mostaleq parce qu'ils étaient devenues beaux frères et belles soeurs du Prophète. Je ne vois aucune autre femme qui a fait tellement de bien et apporté tant de bienfaits à ses proches."

  8. Omm Habiba, fille d'Abu Sofyan. Elle était devenue veuve quand son premier mari Obaydollah ben Jahsh mourut en Abyssinie.

  9. Safiya, fille de Hoyayy ben Akhtab et ancienne épouse de Kenana ben Abi Rabi, un des chefs juifs de Khaybar. Après avoir été faite prisonnière, elle fut choisie par le Prophète en tant que part de son butin. Il l’épousa la veille de son retour de Khaybar à Médine.

  10. Maymuna, fille d’al-Hareth de la tribu Helal. Une de ses sœurs a été mariée à Abu Sofyan, et une autre à Abbas ben Abd al-Mottaleb. Maymuna était la tante maternelle de Khaled ben al-Walid. (le futur conquérant de la Syrie); on dit qu’après son mariage avec le Prophète, Khaled alla dans le camp musulman et embrassa l'Islam, et que le Prophète fit cadeau de chevaux à Khaled.

  11. Fatema, fille de Shorayh.

  12. Hend, fille de Yazid.

  13. Asma, fille de Saba.

  14. Zaynab, fille de Khozayma.

  15. Habla, fille de Qays et soeur d’al-Ash'ath ben Qays (un chef du sud de l’Arabie, plus tard devint célèbre lors de la conquête d'Iran).70

  16. Asma, fille d'aucun homme. Le Prophète n'a pas consommé ce mariage.

  17. Fatema, fille d’od-Dahhak. Ce mariage n’a non plus pas été consommé.

  18. Mariya la Copte, une femme esclave envoyée d'Egypte comme cadeau au Prophète.71. Elle lui donna un fils, Ebrahim, qui mourut dans sa petite enfance.

  19. Rayhana, comme Mariya la Copte, tombe dans la catégorie coranique de "celles que vos mains droites ont acquis", c.-à-d. elle était une femme esclave avec qui le mariage contractuel était inutile mais le concubinage était permis. Elle avait été captive des juifs Banu Qorayza et le Prophète participa au butin pris à cette tribu. Elle était peu disposée à embrasser l'Islam et à entamer un mariage contractuel avec le Prophète, préférant garder le statut d'une esclave dans sa maison.

  20. Omm Sharik, de la tribu Daws, étaient une de quatre femmes qui se sont données elles-mêmes au Prophète. En plus des épouses et des concubines contractuelles, il y avait quelques femmes dans le harem du Prophète qui entraient dans cette troisième catégorie. Le mariage avec une épouse contractuelle, dans la limite de quatre, exige des formalités telles que la fourniture de la dot, la présence de témoins, l'approbation du père ou d’un tuteur. Le concubinage avec des femmes esclaves est permis aux musulmans si le mari de la femme était un polythéiste ou tout autre incroyant. Le mariage à une femme qui s'est donnée a été autorisé par la dernière partie du verset 49 de la sourate 33 (al-Ahztib) mais pour le Prophète seulement. Les trois autres femmes qui se sont données au Prophète étaient Maymuna, Zaynab, et Khawla.

Le cadeau d'Omm Sharik de sa propre personne dérangea Aïcha car Omm Sharik était si belle que le Prophète l’avait immédiatement acceptée. On dit que toute à sa grande jalousie et de son indignation, Aïcha dit, "Je me demande ce que vaut une femme qui se donne à un homme.". L'incident est cité comme circonstance de la révélation de la dernière partie du verset 49, qui a autorisé le cadeau d'Omm Sharik et l'acceptation du Prophète. En entendant cela, il est rapporté qu’Aïcha lui dit avec impertinence, "Je vois que votre Seigneur est rapide à vous accorder vos souhaits".

Un autre rapport bien authentifié, cité par les "Deux Cheikhs" (Jalal od-Din al-Mahalli et Jalal od-Din os-Soyuti) dans le Tafsir al-Jalalayn, donne une version différente de la querelle d'Aïcha avec le Prophète. Selon cette version, c’est après l'affaire d'Omm Sharik et la révélation du verset 49 qu'Aïcha a dit avec indignation, "Je se demande ce que vaut une femme qui se donne à un homme.". Le verset 51 a été descendu pour la réprimander, et ce fut après la révélation du verset 51 qu'elle fit sa remarque au sujet de la rapidité du Seigneur à approuver les souhaits du Prophète.

Le verset 49 de la sourate 33 définit les droits du Prophète dans l'acquisition des épouses et des concubines: "Ô Prophète, nous t’avons rendue licites tes épouses pour qui tu as versé récompense, celles que ta main droite a acquises en plus du butin que Dieu t’a donné, les filles de tes oncles et tantes paternelles et les filles de vos oncles maternels et tantes qui ont émigré avec toi, et (toute) femme croyante qui se donne au Prophète (et) si le Prophète souhaite se marier avec elle - pour vous seulement, pas pour les (autres) croyants."

Le verset 50 continue : "Nous savons bien quels devoirs Nous leur avons imposés au sujet de leurs épouses et celles que leurs mains droites ont acquises. (cette exemption est là) afin qu'aucun blâme ne tombe sur toi. Et Dieu est pardonneur, er mésirécordieux."

La protestation d'Aïcha contre la dernière partie du verset 49 a amené l’avertissement du verset 51, qui détermine, ou plutôt ne place aucune limite, au pouvoir du Prophète sur ses épouses, les privant de n'importe quelle sorte de droit ou de réparation contre lui : "Tu fais attendre qui tu veux d'entre elles, et tu mène au lit qui tu veux. Et ça ne te sera pas compté comme péché si tu invites chez toi l'une de celles que tu avais écartées. Voilà ce qui est le plus propre à les réjouir, à leur éviter tout chagrin et à leur faire accepter de bon cœur ce que tu leur as donné à toutes. Allah sait, cependant, ce qui est en vos cœurs. Et Allah est Omniscient et Indulgent"

Zamakhshari, dans son commentaire du coran intitulé al-Kashshaf, explique la révélation du verset 51 comme suit. Les épouses du Prophète, qui étaient des rivales jalouses les unes des autres, ont commencé à exiger des allocations de subsistance plus élevées. (C'était après le massacre des hommes de la tribu Qorayza, quand les musulmans avaient obtenu beaucoup de butin et les épouses du Prophète ont naturellement espéré qu'une partie de son 1/5 de ce butin pourrait être leur être attribué). Selon le témoignage d'Aïcha, que Zamakhshari cite, le Prophète a alors boycotté ses épouses pour un mois jusqu'à ce que la révélation du verset 51 lui ait donné les mains libre dans ses relations avec elles. Les épouses sont devenues inquiètes et lui demandèrent de leur donner l'attention personnelle et l’aide financière qu’il lui plairait.

Ceci signifie que les épouses ont reconnu le pouvoir discrétionnaire absolu du Prophète à traiter chacun d'elles de quelque façon qu'il le souhaiterait. Zamakhshari dans son étude détaillée interprète le verset 51 comme donnant toute liberté au Prophète d’approcher, éviter, garder, ou divorcer de chacune de ses épouses et d’épouser d'autres femmes de sa communauté toutes les fois qu'il lui plairait. En outre, selon un récit de Hasan ben Ali que Zamakhshari cite, si le Prophète voulait la main d'une femme, aucun autre homme n'aurait le droit de faire la cour à cette femme jusqu’à ce que le Prophète ait changé d'avis. Zamakhshari ajoute qu'à cette époque le Prophète avait neuf épouses et ne voyaient pas régulièrement ou pas du tout cinq d'entre elles, à savoir Sawda, Jowayriya, Safiya, Maymuna, et Omm Habiba, mais accordaient ses faveur et des visites régulières aux quatre autres, à savoir Aïcha, Hafsa, Omm Salama, et Zaynab. Aïcha est de nouveau citée comme disant, "Ca faisait quelques jours, que le Prophète n'avait pas invité chacune d’entre nous, mais il montrait une considération particulière à celle dont le tour était venu et avec qui il passerait la nuit. Sawda ben Zam'a craignait que le Prophète se separe d’elle et lui dit, ‘Ne garde pas mon tour ! J'ai perdu tout espoir de relations conjugales avec toi, et je cède ma nuit à Aïcha. Mais ne divorcez pas, parce que je voudrais être comptée en tant que votre épouse le jour de Jugement Dernier !’"

Le point de la dernière partie du verset 51 est que leur privation de droits conjugaux rendraient les épouses du Prophète plus heureuses. Quoique la commande divine l'ait doté de la discrétion absolue et les ait privées du droit de lui réclamer leur dû, la nouvelle distribution était meilleure pour elles parce qu'elle mettrait fin à leur rivalité et les rendrait satisfaites à l'avenir.

Peut-être fut-ce pour apaiser les sentiments blessés et la fierté offensée des épouses que le verset 52 de la sourate 33 fut descendu, tant les mots semblent certainement être un message de consolation et de réassurance pour elles : "Il ne t'est plus permis désormais de prendre [d'autres] femmes. ni de changer d'épouses, même si leur beauté te plaît; - à l'exception des esclaves que tu possèdes. Et Allah observe toute chose."

Ce verset présente un problème, parce que selon les mots d'Aïcha, que tout compilateur de Hadiths cite et considère comme authentiques, "Le Prophète n'est pas mort sans que toutes ses épouses lui aient été autorisées" (c.-à-d. tous ses mariages lui étaient autorisés). D’après l'opinion de Zamakhshari, les mots d'Aïcha prouvent que le verset 52 a été abrogé par la coutume et par le verset 49 ("Ô Prophète, nous t’avons rendu licite …"). Mais un verset d'abrogation doit venir après un verset abrogé. Néanmoins Soyuti, dans son traité sur les problèmes coraniques intitulé al-Etqan, maintient que dans ce cas-ci le verset antérieur a abrogé le postérieur.

En ajoutant ces privilèges matrimoniaux du Prophète, dans de nombreux verset de la sourate 33, leur côté étonnant saute aux yeux. Il pouvait avoir plus de quatre épouses, le maximum permis aux autres croyants; il lui était autorisé d’épouser les cousines germaines qui avaient émigré à Médine avec lui; il pouvait prendre comme épouse, sans paiement de dot ni présence de témoins, n'importe quelle croyante qui se donnait à lui; il était exempt de l'engagement au respect de l'égalité des droits des co-épouses; il pouvait remettre ou annuler les tours de n'importe laquelle de ses épouses; s'il aspirait à la main d'une femme, n'importe quel autre prétendant devait renoncer; et après sa mort, aucun autre homme ne pourrait épouser ses veuves. De plus les épouses du Prophète n'avaient pas le droit d'exiger des allocations de subsistance plus élevées.

Contrastant avec les privilèges et la liberté donnés au Prophète, des restrictions exceptionnelles sont imposées à ses épouses. Elles n'étaient pas comme les autres femmes; elles ne doivent pas se laisser voir par le peuple; elles doivent parler aux hommes derrière un rideau; elles doivent s'abstenir d’ornements usuels dans ces périodes païennes; elles doivent se contenter des quelques allocations de subsistance qu’on leur accorde; elles ne doivent pas se plaindre si leurs tours ne sont pas respectés; et elles ne doivent jamais se remarier. La dernière phrase du verset 53, qui est adressée aux croyants masculins, dit catégoriquement : "Il ne serait pas (correct) que vous offensiez l’Apôtre de Dieu en épousant ses femmes après lui, quel que soit quand. Ce serait un outrage à Dieu.". Dans le Talmud il y a une interdiction semblable de remariage des veuves des rois juifs.

On rapporte qu'Abdullah ben al-Abbas72 dit qu'un homme était allé voir une des épouses du Prophète, et le Prophète lui ordonna ne pas recommencer. L'homme protesta qu'elle était la fille de son oncle paternel et que lui et elle n'avaient pas de mauvaise intention. Le Prophète répondit, "Je suis bien au courant de ça, mais il n'y en a personne plus jaloux que le Seigneur et moi-même.". L'homme en prit ombrage et sortit, murmurant "Il m'interdit de parler à ma cousine. Peu importe, je l'épouserai après sa mort.". C'était alors que la révélation du verset 53 de la sourate 33 eut lieu.

Un point qui devrait être présent à l’esprit est qu’à aucun moment les vingt épouses du Prophète ont vécu toutes ensembles dans son harem. La perte de sa première épouse vénérée, Khadîdja, a déjà été mentionnée. Plus tard au moins une de ses épouses, Zaynab ben Khozayma, mourut de son vivant, ainsi que son esclave concubine Rayhana. Il ne consomma pas deux de ses mariages. À l'heure de sa mort il n'avait pas plus de neuf épouses contractuelles.

Deux factions rivales sont apparues parmi les épouses du Prophète : d’un côté Aïcha, Hafsa, Sawda, et Safiya de l'autre Zaynab ben Jahsh, Omm Salama, et trois autres.

Certaines des épouses ont été impliquées dans des incidents qui sont entrés dans l'histoire et la littérature islamiques. La plus connue est l'histoire du mensonge au sujet d'Aïcha et de Safwan ben al-Mo'attal.

Après le raid musulman sur la tribu des Banu'l-Mostaleq en 627, une querelle entre un des domestiques d'Omar et un Kharijite de Médine éclata. Abdullah ben Obayy, le chef des Kharijites connus dans les débuts de l’histoire islamique comme chef des hypocrites, se sentit offensé et dit à son peuple, "Nous avons apporté ce malheur (c.-à-d. la présence des Mohajerun mecquois) sur nos propres têtes. Le proverbe dit qui si vous nourrissez un chien il vous mordra, est vrai pour nous. Retournons à Yatrib, où la majorité du peuple sont nos amis, et jetons dehors cette minorité importune !". Lorsque le Prophète apprit cette déclaration, il retourna hâtivement à Médine avec sa caravane afin de devancer toute agitations ou intrigues d’Abdullah ben Obayy. Il chevaucha sans arrêt, avec peu de haltes en chemin pour se reposer. Aïcha avait été choisie par le sort pour accompagner le Prophète dans ce raid. Durant une halte sur le chemin du retour, elle s’éloigna dans le désert pour accomplir un besoin naturel mais s’aperçut qu'elle avait perdu des perles. Elle les rechercha puis les trouva, mais ce faisant la caravane partit sans elle. Le chameau portant son howdah {un siège ou un pavillon couvert sur le dos d'un éléphant ou d'un chameau} était parti avec les autres chameaux. Ainsi Aïcha se retrouva seule dans le désert, jusqu'à ce que Safwan ben al-Mo'attal, qui avait été chargé de suivre la caravane et de rassembler toutes les choses qui pourraient s’être perdues, la vit alors qu’il remontait. Il la monta derrière lui sur son chameau et l’apporta à Médine. L'aventure se sut. Lorsque Hamna, la soeur de Zaynab ben Jahsh et rivale d'Aïcha, en entendit parler, elle saisit l'occasion de nuire à Aïcha et l'accusa d'adultère avec Safwan. Le célèbre poète Hassan ben Thabet et un Mohajer appelé Mestah ben Othatha ajoutèrent leurs voix à celle d’Hamna, et le déloyal Abdullah ben Obayy répandit promptement la rumeur dans toute la ville. Les circonstances n'étaient certainement pas favorables à Aïcha. Après avoir accompagné le Prophète pendant le raid, cette fille très jeune et belle s'est trouvée face à deux nouvelles rivales, également belles, al-Hareth de Zaynab ben Jahsh, dont le Prophète avait été récemment autorisé à épouser par révélation coranique spéciale, et Jowayriya ben al-Hareth, l'ancienne épouse de "l’homme nommé Mosafe" de la tribu Mostaleq, dont on a déjà mentionné qu’elle a été faite prisonnière lors d’un raid et mariée au Prophète peu après qu’il ait payé pour elle à son ravisseur une rançon de quatre cents dirhams.

Il est bien sûr possible que les sentiments féminins d'Aïcha aient été si atteints et exaspérés par l’apparition d'une rivale, qu'elle ait délibérément péché ou mis en scène l'aventure comme un avertissement à son mari. On peut vraiment difficilement croire que lorsque son howdah a été posé sur le chameau, personne n'a noté qu'il était trop léger. Plusieurs autres questions surgissent également à l'esprit. Pourquoi est-ce que Mohamed, qui était attaché à Aïcha, ne lui a pas demandé si tout allait bien avant que la caravane ne parte ? Comment Aïcha pouvait-elle avoir ignoré les préparatifs de départ de plusieurs centaines de guerriers musulmans et qu’elle n'a pas pu elle-même retourner à la caravane à temps et fut laissée abandonnée dans le désert jusqu'à ce que Safwan ne la trouve ? Bien que la tâche de Safwan ait été de rester en arrière de la caravane lorsqu’elle se déplaçait, ne l’aurait-il pas rattrapée quand elle a dû stopper plus tard pour reposer les hommes et les animaux ? Cette histoire de l’apparition soudaine de Safwan et de la délivrance d'Aïcha longtemps après le départ de la caravane ne semble pas vraie vis-à-vis des faits et incohérent logiquement. À première vue l'évidence suggère qu'Aïcha soit restée derrière en connivence avec Safwan.

Les commérages commencèrent dès le matin où Safwan arriva à Médine avec Aïcha derrière lui, et devint de plus en plus obscènes au fur et à mesure qu'ils se répandaient dans la ville. Médine était si petite que même les sujets les plus insignifiants devenaient rapidement connus de tous, la question se pose si on peut donner crédit aux déclarations disant que rien de ce dangereux commérage n’atteignit l'oreille d’Aïcha pendant vingt jours, et que quand elle l’apprit, elle tomba malade. Elle a pu, naturellement, avoir simulé la maladie. En raison de son indisposition, on lui a permis de retourner chez son père. La déduction naturelle est qu'elle avait en réalité appris le commérage dès le début, et qu'elle a seulement simulé la maladie et est retourné chez son père quand le Prophète entendit parler du bavardage et se montra distant et se désintéressa d'elle.

Pourtant en dépit toutes les apparences et des circonstances défavorables, l'innocence d'Aïcha n’est nullement improbable. On peut argumenter que l'incident entier est un jeu féminin d’enfant. Ceci semble d’autant plus probable qu'il est dit que Safwan ben al-Mo'attal était un misogyne notoire.

Quoi qu’il en soit, les rumeurs qui se répendaient affligèrent considérablement le Prophète et l‘incitèrent à consulter deux de ses confidents, Osama ben Zayd et Ali ben Abi Taleb. Osama tenait pour certain qu'Aïcha était innocente et, étant une fille d'Abu Bakr, ne se serait jamais abaissée à une quelconque inconvenance. D’un autre côté Ali, arguait du fait qu'il ne manquait pas de femme à marier pour le Prophète, et que la vérité au sujet de l'affaire pourrait être obtenue probablement par la bonne d'Aïcha. Quelques temps après, Ali alla frapper la malheureuse bonne pour l'inciter à révéler la vérité, mais elle ne savait rien et jura qu'Aïcha était innocente.

Le Prophète, cependant, restait harcelé par le doute. Il est donc allé lui-même interroger Aïcha à la maison d'Abu Bakr, où il fut reçu par des scènes de larmes et de protestations d'innocence. Alors qu'il était là, une transe d'inspiration lui est venue. Ils l'enveloppèrent et mirent un oreiller de cuir sous sa tête. Il transpirait tellement que la sueur coulait de sous son manteau. Après un moment il récupéra, et la sourate 24 (on-Nur) fut révélée. Cette sourate commence par une section prolongée (presque la totalité des versets 2 à 26) au sujet des sanctions de l'adultère et des fausses accusations d’adultère et au sujet de l'histoire du mensonge. Il disculpa Aïcha.

Zamakhshari remarque qu'aucun autre sujet dans le Coran n'est traité avec une telle intensité. Le verset 23 en est le meilleur exemple : "Ceux qui lancent des calomnies sur des femmes mariées inattentives mais croyantes seront maudits en ce bas monde et dans l’au-delà. Et ils auront un énorme châtiment."

On a conclu l'affaire du mensonge par la punition des trois auteur du scandale, à savoir Hamna, Hassan ben Thabet, et Mestah ben Othatha. Ils ont été condamnés à la flagellation (quatre-vingts coups de fouet) décrétée par le verset 4 de la sourate 24. La pénalité a été appliquée rétrospectivement, parce qu'elle n'avait pas été décrétée au moment où ils ont commis l'offense.

Également rapportés dans les biographies et les versets coraniques sont l’amour et le mariage du Prophète avec Zaynab ben Jahsh, l'épouse de Zayd ben Haretha son fils adoptif.

Zayd avait été un esclave captif, et Khadîdja l'avait acheté et présenté à Mohamed. Plus tard le Prophète l'avait libéré et, selon une pratique arabe contemporaine, l'avait adopté en tant que fils. Dans la coutume arabe préislamique, un fils adopté avait exactement les mêmes droits et restrictions qu’un fils normal, par exemple pour ce qui concerne l’héritage et les interdits de parenté dans le mariage. Les musulmans ont maintenu les vieilles pratiques jusqu'à ce qu'elles soient interdites par la révélation des versets 4-6 de la sourate 33 (al-Ahzab). À ce sujet, on rapporte qu'Abdolhih ben Omar73 dit : "Nous qui étions près du Prophète avions l’habitude de parler de Zayd comme Zayd ben Mohamed. Il était non seulement le fils du Prophète, mais également un de ses compagnons les plus dévoués et plus fidèles."

La mère de Zaynab était Omayma, fille d'Abd al-Mottaleb, et Zaynab était ainsi la fille de la tante paternelle de Mohamed. C'était le Prophète lui-même qui demanda qu’on la donne en mariage à Zayd. Elle et son frère Abdullah furent d'abord peu disposés à y consentir, car Zayd était un esclave libéré, mais ils retirèrent leur objection quand le verset 36 de la sourate 33 (al-Ahzab) a descendu : "Quand Dieu et son Apôtre ont décidé d’une question, ni un homme de croyance ni une femme de croyance n’a plus aucun choix sur la question. Quiconque désobéit à Dieu et à son Apôtre commet une erreur manifeste.". Après cette révélation, Zaynab fut donnée en mariage à Zayd.

L'amour du Prophète pour Zaynab est arrivé ensuite, et les moments et circonstances de son apparition sont diversement rapportés. Son compte-rendu dans le Tafsir al-J alalayn suggère que son attitude a commencé à changer peu après son mariage avec Zayd : "Plus tard (signifiant probablement peu après) son œil se porta sur elle, et l'amour pour Zaynab bourgeonna en son cœur"

Zamakhshari, dans son commentaire sur le vers 37 de la sourate 33, indique que c'était après le mariage de Zaynab avec Zayd que l'œil du Prophète tomba sur elle. Elle lui plaisait tellement qu'il ne pu s’empêcher de dire, "Loué soit Dieu qui fait battre les cœurs !". Le Prophète avait vu Zaynab avant, mais elle ne lui avait pas plu; sinon il aurait demandé sa main. Zaynab avait entendu l'exclamation du Prophète et en parla à Zayd. Zayd a intuitivement compris que Dieu avait jeté un malaise dans le cœur de Zaynab. Il alla voir rapidement le Prophète et lui demanda s'il pouvait divorcer. Le Prophète demanda ce qui s'était passé et s'il l'a suspectait. Zayd répondit qu'il n’avait rencontré que bonté en elle, mais était attristé qu'elle se considère plus noble que lui et plus digne du Prophète. C'est alors que ces mots "Garde pour toi ton épouse et crains Dieu" du verset 37 furent descendus.

Ce verset significatif est un exemple impressionnant de l'honnêteté du Prophète Mohamed et de sa sincérité. Une traduction complète est donnée ci-dessous :

"Quand tu disais à la personne que Dieu avait aidée et que vous aviez aidée, ‘Garde ton épouse pour toi-même et la crainte de Dieu’, tu cachais quelque chose à ton cœur que Dieu toujours découvre et tu craignais les gens, tandis que c'est Dieu que tu devrais plus justement craindre. Maintenant que Zayd a accompli un souhait avec elle, Nous faisons d’elle ton épouse de sorte qu'il n'y ait aucun empêchement pour les croyants en ce qui concerne des épouses de leurs fils adoptifs, à condition qu’ils (c.-à-d. les fils adoptés) aient accompli le souhait les concernant (c.-à-d. aura divorcé). Et ce que Dieu a ordonné soit accompli."

Le verset est suffisamment clair et n'a pas besoin d'exégèse. Le Prophète était tombé amoureux de Zaynab, mais quand Zayd était venu lui demander la permission de divorcer, il avait conseillé à Zayd de ne pas le faire mais de la garder. En donnant ces conseils à Zayd, il avait caché son souhait intérieur. Mais Dieu lui dit qu'il avait réprimé son souhait que Zaynab divorce car il craignait que les gens disent du mal de lui, tandis qu'il ne devait craindre que Dieu. Quand malgré son conseil, Zayd mena le divorce à bonne fin, Dieu l’autorisa à épouser Zaynab de sorte qu’il ne soit plus interdit aux musulmans d'épouser d'anciennes épouses de leurs fils adoptifs.

Tandis que le changement d'attitude et du sentiment amoureux du Prophète envers Zaynab avait probablement commencé à la cérémonie de son mariage avec Zayd, le fait que Zayd soit allé demander l'approbation du Prophète pour divorcer par suite de son désintérêt pour lui suggère que Zayd et Zaynab avaient vécu ensemble pendant un certain temps, un rapport conjugal normal, même un court moment. Dans ce cas, la séquence des opérations données par Zamakhshari peut être visualisée comme suit : l'exclamation du Prophète "Loué soit Dieu qui fait battre les cœurs" se produisit juste après qu’il ait aperçu Zaynab à la cérémonie du mariage; ces mots et peut-être un éclat dans l'œil de Mohamed l'a informé de la vraie nature de ses sentiments; cette prise de conscience a allumé en elle l’ambition d’accrocher Mohamed et de devenir l'épouse de l'homme le plus éminent de la tribu Qoraysh; avec cette motivation, et sous le prétexte qu'elle n'avait jamais désiré être mariée à Zayd, elle a commencé à se comporter froidement vers Zayd, allant jusqu'à se vanter de son origine plus noble et même des sentiments du Prophète pour elle; Zayd, dans sa dévotion à son patron et libérateur, a alors décidé de la libérer, et malgré le conseil contraire a procédé au divorce.

L'auteur inconnu du Tafsir74 de Cambridge en donne un compte-rendu différent : "Un jour alors que l’Apôtre de Dieu, bénédictions soit sur lui, alla à la maison de Zaynab rechercher Zayd, il vit Zaynab se tenir prêt d’une cuvette dans laquelle elle pilait un parfum parfumé. Elle lui plu, et le souhait qu'elle pourrait être son épouse surgit en son cœur. Quand Zaynab vit le Prophète, elle posa sa main sur lui. Alors le Prophète dit, ‘Grace et beauté ! Ô Zaynab, loué soit Dieu qui fait battre les cœurs !’. Il dit ceci deux fois et partit. Quand Zayd arriva, elle lui dit que ce qui s'était produit et dit, ‘Tu ne peux m'avoir plus longtemps. Va et demande la permission de divorcer de moi !’. Zayd eut alors une telle aversion pour Zaynab qu'il ne pouvait pas soutenir la vue de son visage. Après le divorce, le Prophète demanda à Zayd de dire à Zaynab que Dieu dans le Cieux lui avait donnée comme épouse. Zayd alla à la porte de Zaynab et frappa. Elle demanda ce qu'il voulait d'elle maintenant qu'il l'avait divorcée. Il répondit qu'il avait apporté un message de l’Apôtre de Dieu.  Zaynab dit ‘Salut à l’Apôtre de Dieu’ et ouvrit la porte. Zayd entra, et elle pleura. Zayd dit, ‘Ce n'est pas un moment pour des larmes. Dieu t’a donné un meilleur mari que je ne l’étais.’. Elle répondit, ‘Peu m’importe que toi ! Qui est ce mari ?’. Il lui dit que c'était l’Apôtre de Dieu, alors elle se courba à terre en prière"

Cette relation s'accorde avec une autre selon laquelle Zayd dit : "Je suis allé à la demeure de Zaynab et l’ai trouvée pétrissant sa pâte. Puisque je savais qu'elle devait bientôt devenir une épouse du Prophète, ma vénération pour lui ne m'a pas permis de la regarder en face. Je suis resté dos tourné tandis que je lui l’informais que le Prophète demandait sa main."

Selon le Tafsir al-Jaltilayn, le Prophète comptait les jours, et dès que la période d'attente après laquelle la divorcée Zaynab pouvait être remarriée expira, il alla à sa maison sans cérémonie prélable où un mouton avait été tué et le festin d’une noce préparé. Le festin et la distribution au gens du pain et de la viande continuèrent longtemps dans la nuit.

On rapporte qu'Omar et Aïcha ont dit que le verset 37 de Sural al-Azhab donne la preuve de l'honnêteté et de franchise du Prophète. Aïcha a dit que si le Prophète avait été voulu cacher des choses, ses sentiments pour Zaynab n'auraient pas été mentionnés dans le Coran (c.-à-d. ces mots "vous cachiez quelque chose dans votre cœur que Dieu découvre toujours" n'aurait pas été révélés).

Non seulement le verset 37 de la sourate 33, mais également beaucoup d'autres versets coraniques, sont la preuve de l'honnêteté et la franchise du Prophète. Mohamed n'avait pas peur d’admettre ses faiblesses humaines. Ce fait, cependant, n'a été jamais apprécié par les fanatiques musulmans voulant être plus royalistes que le roi et affamés de miracles avec une avidité décrite au premier chapitre. En dépit du témoignage du Hadith et de la claire signification du verset 37, le premier grand disciple Tabari ne pouvait accepter que le sujet du verbe dans la phrase "que vous cachiez quelque chose dans votre cœur" était Mohamed; il argue donc du fait que la phrase est adressée à Zayd et que c'était Zayd qui cachait quelque chose en son cœur. Pour justifier cette interprétation sans fondement, Tabari allègue que "Zayd a eu une maladie qu'il cachait, et à cause de cette maladie il décida de divorcer d’avec Zaynab, afin que sa maladie ne devienne pas publique."76

Le biographe moderne, Mohamed Hosayn Haykal, est un autre auteur plus royaliste que le roi, ou selon l'expression persane, "une infirmière s'inquiétant plus que la mère absente". Dans sa Life of Mohamed, il écrit : "Zaynab était la fille de la tante paternelle du Prophète. Il l'avait déjà vue sans ressentir le désir de l'épouser. De plus il avait conseillé à Zayd de ne pas divorcer de son épouse. Mais Zayd a négligé le conseil de son patron et a divorcé de son épouse. Le Prophète s’est alors marié avec Zaynab afin de stopper la coutume arabe païenne sur les résultats de l'adoption en montrant aux croyants que le mariage avec les épouses de leurs fils adoptifs était permis. C'était la seule raison pour laquelle il a marié Zaynab et probablement pourquoi il est allé chez elle pour le festin de la noce aussitôt après la fin de la période d'attente."

Mohamed Hosayn Haykal pense que la plupart des mariages du Prophète étaient politiques ou pour le bien de sa cause religieuse. À l'appui de ce point de vue il cite un compte-rendu au sujet du mariage du Prophète avec Hafsa, la fille de Omar ben al-Khattab :

"Un jour Omar discutait d'une question avec son épouse. Elle était très polémique et hargneuse. Il se fâcha et lui dit, des ‘Les femmes ne sont pas faites pour discuter des affaires de la vie avec les hommes et pour avoir leurs propres opinions.’ Son épouse répondit, ‘Votre fille discute parfois tant avec l’Apôtre de Dieu que l'Apôtre est fâché pour le reste de la journée.’ Après avoir entendu les paroles de son épouse, Omar alla immédiatement à la maison de Hafsa pour l'interroger. Il lui dit de prendre garde de la punition de Dieu et de la colère du Prophète, et ajouta, ‘Ne vous inquiétez pas de cette jeune fille (Aïcha) qui est si fière de sa beauté et de l’attirance du Prophète pour elle ! Le Prophète vous a épousé à cause de moi, pas parce qu'il vous aime.’"

Évidemment certains des mariages du Prophète ont été contractés pour établir les liens de parenté qui renforçaient la cause de l'Islam. Selon Haykal, c’est dans ce but que le Prophète avait choisi de faire d'Ali et d'Othman ses beaux-fils. Il est bien connu que Khaled ben al-Walid. avait accepté l'Islam quand le Prophète, à sa visite à La Mecque en 629 pour exécuter le pèlerinage inférieur, avait épousé sa dernière épouse Maymuna, qui était la tante maternelle de Khaled et soeur des épouses des oncles du Prophète Abbas et Hamza ben Abd al Mottaleb.

Une autre question d’ordre conjugal doit être mentionnée, elle provoqua une agitation à l’époque et est le thème de versets coraniques, c’est le boycott de Mariya la Copte par le Prophète. Un jour Mariya alla voir le Prophète chez Hafsa. Hafsa n'était pas chez elle. Il amena Mariya dans la chambre à coucher et coucha avec elle. Hafsa revint. Pleine d’indignation elle lui cria, "Pourquoi couchez-vous avec votre femme esclave sur mon lit ?". Pour calmer Hafsa, le Prophète jura qu'il ne toucherait plus jamais Mariya. Après la fin de l'orage, et peut-être parce qu'il aimait Mariya ou avait été affecté par ses sentiments et ses plaintes au sujet de l'interdiction, il changea d'avis. Sa conduite a été justifiée par la révélation des cinq premiers versets de la sourate 66 (ot-Tahrim) :

"Ô Prophète, pourquoi mets-tu une interdiction sur quelque chose que Dieu t’a permis, cherchant à apaiser tes épouses ? Dieu est pardonneur, miséricordieux." (Verset 1)

"Dieu a imposé à ton peuple le devoir d'expier vos serments déliés. Et Dieu est votre gardien. Il est connaissant, sage." (Verset 2)

C'est évidemment une référence au verset 91 de la sourate 5 (al-Ma'eda), qui autorise de se délier des serments irréfléchis par de bons contrats compensatoires tels que nourrir ou vêtir dix pauvres personnes, libérer un esclave, ou de jeûner pendant trois jours. Selon une relation, attribuée à Moqatel ben Solayman77 le Prophète délia son serment au sujet de Madya en affranchissant un esclave, mais on rapporte que Hasan ben Ali dit que les mots "Dieu pardonne, est miséricordieux" du verset 1 signifie que Dieu a pardonné au Prophète.

"Lorsque le Prophète confia un secret à une de ses épouses, et elle le divulga et Dieu l'en informa, il en fit connaître une partie et s’abstint (d’en faire connaître) une partie. Et quand il lui en parla, elle demanda, ‘Qui vous l’a dit ?’ Il répondit, ‘Celui qui sait tous et est au courant de tout me l'a dit." (verset 3)

Ce qui s'était produit fut évidemment ce qui suit. Le Prophète fit la confidence à Hafsa qu'il s'engageait à n’avoir plus aucne relations avec Madya, et avait demandé à Hafsa de n’en parler à personne; mais Hafsa le dit à Aïcha, et Dieu informa le Prophète qu'elle l’avait fait. Il a alors parlé à Hafsa, mentionnant une partie de ce dont il avait été informé mais s'abstenant d’en mentionner une partie. Hafsa, pensant qu'Aïcha l’avait dit au Prophète, lui demanda comment il l’a appris, et il répondit que c’est Dieu qui lui avait dit.

Tout lecteur du Coran doit être stupéfait de rencontrer de tels sujets privés dans une écriture et un code moral valables pour toute l'humanité et pour tout temps.

Plus stupéfiantes encore sont les explications données par les commentateurs de Coran. Par exemple, ce qu’en dit le Tafsir de Cambridge : "Quand Hafsa parla à Aïcha du secret du Prophète et quand Dieu informa son Apôtre qu’Hafsa avait parlé de son secret à Aïcha, le Prophète a rappelé Hafsa une partie de ce qu'elle avait dit à Aïcha."

Est ce que de telles paroles de femmes, qui peuvent se produire à tout moment et dans n'importe quel coin du monde, est un sujet convenable devant être inclus dans le texte du Coran ? Les commentateurs ne dégradent-ils pas Dieu, le créateur de l'univers, au niveau d'un conteur rendant compte de la conversation de Hafsa avec Aïcha ? Quoi qu’on en dise, le sujet des trois premiers versets de Sural ol-Tahrim est un conflit banal entre un mari et une épouse.

Les deux prochains versets avertissent Hafsa et Aïcha. Si elles persistaient en maugréant et en montrant leur jalousie conjugale, elles encourraient le mécontentement du Prophète. Dieu était le protecteur du Prophète, et le Prophète pourrait en dernier recours divorcer.

"Si vous les deux femmes vous repentez à Dieu, et que vos cœurs sont réellement devenus (ainsi) disposés, (tout ira bien). Si vous vous soutenez mutuellement contre lui (c.-à-d. contre le Prophète), Dieu est son protecteur. Et Gabriel, et les hommes de bien parmi les croyants, et les anges sont ses partisans tout autant." (verset 4)

"Peut-être que s'il divorce, son Seigneur lui donnera de meilleures épouses que vous - des femmes musulmanes, croyantes, dociles, repententes, dévotes et prêtes à jeûner, des veuves ou des divorcées, et des vierges." (verset 5)

Bien que la signification et les circonstances de la révélation de ce verset soient claires, la manière dont les commentateurs ont essayé de l'expliquer fait sourire le lecteur de leur naiveté. Selon le Tafsir de Cambridge, le mot lhayyebal (veuves ou divorcées) se rapporte à l'épouse du Pharaon Asiya, et le mot "vierges" (abkar) se rapporte à la mère de Jésus Marie, toutes deux attendent au ciel d’être mariés au Prophète Mohamed.

Un récit tout à fait différent de la circonstance de la révélation des cinq premiers vers de la sourate 66 devrait peut-être également être mentionné. Selon lui, le Prophète avait mangé du miel chez Zaynab, et après qu'il soit parti, Aïcha et Hafsa, étant jalouses de Zaynab, lui dirent, "Ton haleine sent mauvais." En entendant cela, le Prophète jura qu'il ne mangerait plus jamais de miel. Plus tard (vraisemblablement après qu'il ait regretté son serment), le verset de la réprimande (le verset 1) dans Sural al-Tahrim a été descendu, puis le principe de l'expiation compensatoire pour le renoncement à un serment a été institué et les épouses du Prophète ont été menacées du divorce si elles persistaient dans leur jalousie et leur rivalité. Il est peu probable, cependant, que ce Hadith soit authentique parce qu'il n’évoque pas l’affaire de la connaissance et de la divulgation du secret du Prophète par Hafsa.

CHAPITRE 4

MÉTAPHYSIQUES

DIEU DANS LE CORAN

Près de ces neuf dômes d'émail,
la terre est comme une graine de pavot flottant sur l'océan.
Quand vous voyez de quelle taille vous êtes à côté de cette graine de pavot,
vous deviez rire dans votre barbe.

Shabestari78

Cette graine de pavot, telle que le poète Mahmoud Shabestari décrit notre terre, pèse six mille milliards de milliards (6 x 1021) de tonnes et a une circonférence de 40.076 kilomètres et d'une surface de 510.100.000 kilomètres carrés. Elle est un des planètes plus petites du système solaire. Le temps d'une révolution autour du soleil est d'un peu plus de 365 jours. Les huit autres planètes connues se déplacent sur des orbites prédéterminées semblables. La plus lointaine est Pluton, qui a une plus petite masse (plus ou moins celle de Mercure) et une orbite variant entre 4,5 et 7,5 milliards de kilomètre du soleil. Il est plus facile de visualiser les distances en calculant le temps de vol d'un avion à la vitesse constante de 1000 kilomètres par heure pourrait atteindre Pluton, le voyage prendrait au moins soixante-dix ans. Des preuves scientifique et mathématique indiquent que Pluton n'est pas le dernier corps lourd régi par l'attraction du soleil, et qu'un voyage cent fois plus long, c.-à-d. de 7000 ans à 1000 kilomètres par heure, serait nécessaire pour atteindre la limite du champ de la gravité d'une autre étoile.

Notre soleil, si grandes que soient pour nous sa gloire et son importance, n'est qu'une étoile moyenne dans la galaxie, connue en persan sous le nom de Kahkashan (ruban de paille) et dans les langues européennes sous le nom de Voie Lactée, parce que dans une nuit d'été elle ressemble à un ruban à travers le ciel de couleur de la paille ou du lait. Dans cette seule galaxie, il a été jusqu'à présent possible d'identifier sept mille étoiles, chacune d'elle est un soleil et pour laquelle on peut supposer, a priori plus qu'empiriquement, qu'elles ont un système planétaire propre plus ou moins semblable au solaire système.

La graine de pavot flottant sur l'océan, avec une surface de 510.100.000 kilomètres carrés a un volume de 1.082.842.210.000 kilomètres cubes, ce qui par rapport au volume du soleil est minuscule. Si, à titre de comparaison, le soleil était une coquille creuse, un million de globes de la taille de notre terre pourraient y être logés. Le soleil contient 99,86 pour cent de toute la matière du système solaire, la part de ses neuf planètes et de leurs satellites étant seulement 0,14 pour cent du total et de celui de la terre et de sa lune étant moins de 0,0014 pour cent.

Dans l'espace il y a des étoiles cinq cents fois plus grosses que le soleil avec sa circonférence de 1.392.000 kilomètres et de masse d'approximativement 1.200.000.000 milliards de milliards de tonnes. Le soleil, comme déjà mentionné, est un des étoiles de la Voie Lactée. On estime que chaque galaxie contient au moins cent milliards d'étoiles, et sur la base des calculs mathématiques et d'observations télescopiques, on conjecture aujourd'hui qu'au moins cent millions de galaxies (notre Voie Lactée y compris) sont dispersée par l'espace.

L'éloignement des étoiles ne peut pas commodément être représenté par des nombres ordinaires et est donc exprimé en d'années lumières. La vitesse de la lumière étant approximativement de 300.000 kilomètres par seconde, une année lumière est équivalente à approximativement 9460,8 milliards de kilomètre. Les distances de certaines étoiles de la terre sont si grandes que le temps nécessaire pour que leur lumière puisse nous atteindre va de 100 à 1000 ans.

Ces figures déconcertent nos esprits et nous donnent seulement une vague idée de l'immensité de l'univers; mais elles prouvent clairement que la terre est une très petite graine de pavot flottant sur un très grand océan. Tout homme ou femme pensif qui essayent de visualiser cet immensité en vient à se sentir impuissant et humble. Si l'univers apparemment infini, a de quelconques limites, elles se trouvent au delà du pouvoir de l'intellect humain.

Que l'univers apparemment infini ait des frontières dans l'espace mais qu'également il y ait un commencement des temps, c'est encore quelque chose que nos esprits ne peuvent concevoir. Si nous postulons l'existence d'un créateur d'un univers si vaste, nous présupposons nécessairement que le créateur est plus grand que lui et l'entoure. Si nous supposons que ce mécanisme énorme et impressionnant a un contrôleur, nous présupposons nécessairement que le contrôleur possède une puissance infinie. Ca implique une nature de ce créateur contrôleur trop à distance, trop élevé, et trop abstrait pour être compris de nos intellects limités et limiteurs. Dans les mots de Jalal od-Din Rumi, "Ce que nous ne pouvons concevoir est Lui."

En général, l'humanité n'a pas été capable de pensée de grande envergure. L'étude de la croyance religieuse prouve que les êtres humains, à de rares exceptions, ne peuvent que visualiser l'immense arrangement de Dieu comme une reproduction agrandie de systèmes ils connaissent dans leurs propres petites vies, et peuvent seulement visualiser la nature unique de Dieu comme semblable à leurs propres natures, quelque peu supérieures naturellement, mais sujet essentiellement aux mêmes réactions, émotions, faiblesses, désirs, et ambitions.

Il y a une phrase arabe, trouvée dans les Hadiths et originaire de l’Ancien Testament, qui dit que Dieu a créé l'homme à sa propre image. Il serait plus juste de dire l'exact opposé, à savoir que les hommes ont créé Dieu dans leur propre image.

Il y a quelque temps, un livre satirique mais intelligemment écrit titré "Et Moïse créa Dieu" est arrivé par hasard à ma connaissance. En référence à la phrase "Et Dieu crée l’Homme" dans l’ancien testament, le livre arguait du fait que c’est l'inverse qui est vrai et que Dieu est le produit de l'imagination de Moïse.

Dans l’Ancien Testament, le Dieu qui nous est présenté est un être impérieux, rapidement irritable, peu disposé à se laisser fléchir, et avide d'éloge et de culte. Parmi des millions de Ses créatures, il a préféré Abraham qui était docile, et a donc fait des descendants d'Abraham Son peuple élu. Par conséquent ce serait juste que ces gens règnent sur la terre entière.

Le choix est tombé sur Abraham parce que, dans la période après Noé, il était l'esclave le plus obéissant et le plus respectueux que Dieu pouvait trouver. Pour la même raison, Dieu permis à l'épouse d'Abraham, Sarah, de tomber enceinte et de donner naissance à Isaac durant sa vieillesse. Comme il n'y avait aucune vierge dans toute la terre de Canaan susceptible être mariée à Isaac et de devenir l’ancêtre du peuple élu, Abraham sur l'ordre de Dieu a envoyé un messager en Chaldée qui a demandé de fiancer la nièce d'Abraham, Rebecca, à Isaac et de la ramener en Palestine. Puis Dieu a obtenu des Enfants d'Israël un engagement par lequel ils adoreraient personne d’autre et en retour ils auraient les lois du monde. Toute l'attention du contrôleur de l'univers ne s’est même pas dirigée vers le système solaire et la terre, mais vers une petite partie de la surface de la terre, à savoir la Palestine.

Il arriva que Dieu fût si fâché à la vue du peuple de Sodome et de Gomorrhe qui glissait vers le vice et le péché qu'il décida de détruire ces deux villes. Même l'intercession d'Abraham, plus clément que Dieu, a été inefficace. Dieu envoya un désastre qui tua tous les habitants, les coupables et les innocents, hommes, femmes, et enfants, à une exception; Dieu, afin de satisfaire Abraham, a aussi envoyé un ange qui a sauvé son neveu Loth du massacre général. Dans tout l’Ancien Testament, Dieu est ainsi dépeint comme capricieux, exigeant, et tyran implacable.

Les textes indiquent que Moïse avait des mêmes inclinations despotiques, et que David et Salomon ont aimé le même idéal de royauté quand ils régnèrent sur les l'Israélites. L'histoire de l'épouse d'Uriah {Bain-sheba, dans la bible, épouse d'Uriah le Hittite. David l'a séduite, entraîné la mort de son mari, et l'a puis épousée. Son deuxième fils par David était Salomon} montre le peu de respect du Roi David les droits des autres hommes.

Dans le Coran, Dieu est doté de toutes les qualités de la perfection.  Il est connaissant, fort, entendant, voyant, sage, indépendant de tous besoins, et bienveillant. Cependant ce ne sont pas, ses seules qualités, car il est également souvent impérieux et courroucé, et parfois rusé; dans le verset 47 de la sourate 3 et le 30 de la sourate 8, il est "Le meilleur des stratèges.".

Ces attributs ne sont pas mutuellement compatibles. Si Dieu est autosuffisant et intrinsèquement parfait, comment peut-il être susceptible d’accidents comme la colère et le désir de vengeance ? Pourquoi devrait-Il se fâcher alors que Sa force est absolue et que la colère est une humeur involontaire produit par la faiblesse ? Pourquoi devrait-il, dans son indépendance absolue, être fâché par l'ignorance et la stupidité de quelques humains incapables de discerner Son existence et sa maîtrise de l'univers ? Pourquoi aussi, alors que Dieu est "Le plus miséricordieux des miséricordieux" (sourate 12, verset 92), devrait-Il avertir les gens qu'Il ne pardonnera jamais à ceux qui imaginent qu'il a des associés (sourate 4, verset 116), mais les punira d’un éternel tourment ? En dépit des propres mots de Dieu "Je ne suis pas injuste envers (mon) esclave" (sourate 50, verset 28), il jette les pécheurs à jamais dans l'enfer, et de peur qu'ils ne pensent que l'incinération en son feu mettra fin à leurs tourments, il déclare "Chaque fois que leurs peaux sont consommées, nous leur donnerons d'autres peaux pour qu'ils puissent (continuer à) goûter la punition" (sourate 4, verset 59). Seule une colère insatiable pourrait induire une telle cruauté, et la colère est un signe de faiblesse. La faiblesse peut-elle être attribuée à Dieu tout-puissant ?

Dans le Coran il y a, d'une part, de nombreux versets qui déclarent que les conseils et l'erreur dépendent entièrement de la décision de Dieu, et d'autre part, de nombreux versets qui imposent des engagements spécifiques aux hommes et aux femmes ainsi que des sévères pénalités à ceux qui décident de ne pas les observer.

Il y a également des moments où l'Omnipotent et Omniscient Dieu a besoin de l'aide des humains. "Jésus, le fils de Marie, dit aux disciples, 'Qui seront mes défenseurs dans la cause de Dieu ?'. Les disciples dirent, ‘Nous seront les défenseurs de Dieu" (sourate 61, os-Saff, verset 14). "Et nous avons descendu le fer, (parce qu’) en lui réside une grande puissance et avantages pour le peuple, et de sorte que Dieu dans le monde invisible puisse savoir qui soutiennent Lui et Son Apôtre". (sourate 57, al-Hadid, verset 25).

Ces problèmes sont fondamentaux, mais ne seront pas ici examinés plus avant. Durant des siècles, les théologiens islamiques et les commentateurs du Coran ont tâché d'expliquer les contradictions ou au moins les discordances. Dans le contexte de ce livre, il sera suffisant de procéder à un bref examen de certains des passages coraniques au sujet des événements en vingt trois années étudiées.

Dieu, le contrôleur omnipotent de l'univers infini, a été offensé par Abu Lahab qui dit au Prophète, "Péris, Mohamed ! Vous nous avez invités ici pour cela ?". Comme un coup de tonnerre, la sourate 3 (al-Masad) est descendue sur la tête d'Abu Lahab, et son épouse n'a pas été épargné par le souffle : "Périssez les mains d'Abu Lahab, et puisse (lui-même) périr ! Sa richesse ne lui donnera pas la sécurité, ni les gains qu'il a faits. Il rôtira dans un feu flamboyant. Et son épouse, la porteuse des morceaux de bois, aura une corde de fibre de palmier à son cou !"

La vanité d'Abu'l-Ashadd lui attira le reproche cuisant que Dieu Tout-puissant lui donna dans la sourate 90 (al-Balad).

La sourate 104 (al-Homaza) est une claque semblable à la face d’al-Wand ben al-Moghira et Omayya ben Khalaf, qui en présence de Mohamed s'étaient vantés de leur richesse et l'avaient raillé avec des insinuations et des clins d'œil. La sourate 108 (al-Kawlhar) blâme al-As ben Wa'al, qui après la mort du fils du Prophète l’avaient traité de "sans héritier" de façon insultante.

Ka'b ben al-Ashrafs en chemin vers La Mecque après la bataille de Badr avait particulièrement irrité le Maître de l'Univers car Ka'b, étant juif et donc propriétaire des Ecritures, exprimait de la sympathie pour les polythéistes défaits et les plaçait plus haut que Mohamed, qui était un monothéiste stricte. Les versets 54-57 de la sourate 4 (on-Nesa) témoignent de la véhémence de la fureur de Dieu en cette matière.

De même dans la sourate 59 (al-Hashar), Dieu tire fierté dans l’éradication de la tribu Nadir et la décrit comme une punition méritée pour leur adhésion persistante au judaïsme. On rapporte que c’est Abdullah ben al-Abbas qui intitula cette sourate Sourate Bani'n-Nadir.

Dans le Coran, non seulement Dieu désapprouve et blâme les personnes et les groupes qui gênaient l'avance de la cause de Mohamed; mais Il intervient également dans les problèmes de son Prophète avec les femmes. L’un d’entre eux était l'amour du Prophète pour Zaynab, la fille de Jahsh et épouse de Zayd, et dont il résulta que Zaynab s’éloigna de Zayd. Après son divorce et la période d'attente, Dieu la donna en mariage à son Prophète par la révélation du verset 37 de la sourate 33 (ol-Ahzab). Dans les versets 28 et 29 de la même sourate, le problème des demandes des épouses du Prophète pour des parts plus élevées au butin pris aux Banu Qorayza massacrés, s’arrange par la décision de Dieu que les épouses doivent se contenter de leurs parts actuelles ou risquer le divorce. Plus tard, le problème de la plainte de son épouse Hafsa au sujet de ses relations avec sa concubine Mariya est le sujet des nombreux versets dans la sourate 66 (ot-Tahrim) qui ont été discutés dans le chapitre précédent. La jalousie de Hafsa et d'Aïcha a considérablement contrarié Dieu, qui a averti ces deux femmes qu’à moins qu'elles cessent de vexer le Prophète et se repentent, Dieu et Gabriel et les croyants pieux soutiendraient le Prophète, et qui si le Prophète divorçait, Dieu lui donneraient de meilleures épouses à la place - des femmes musulmanes obéissantes prêtes à jeûner et prier, qui avaient émigré à La Mecque, et qui pourraient être veuves, divorcées, ou vierges. On a déjà mentionné qu’un commentateur du Coran comprenait dans "veuves" l'épouse du Pharaon Asiya et dans "vierge" Marie la mère de Jésus, et déclare que toutes deux seront mariées au Prophète au ciel; puisque le Coran ne dit rien à ce sujet, la seule explication à cette affirmation est qu'elle illustre la mentalité du commentateur.

La sourate 24 (on-Nur) traite principalement de l’affaire du mensonge d’Aïcha et ordonne une peine de quatre-vingts coups de fouet pour avoir calomnié de chastes épouses. Par cette peine, infligée rétrospectivement à Hassan ben Thabet et Hamna ben Jahsh, l'innocence d'Aïcha a été officielle.

Tout au long des années 622-632, non seulement l'univers infini mais également d'autres régions de la terre ont été oubliés ou ignorés parce que quelques Arabes dans le Hedjaz et le Nadjd avaient commencé à penser à un grand Dieu mais avaient parfois, par peur ou négligence, négligées leur devoirs tels que la participation à des raids. Pour les punir, le feu de l'enfer a été rendu plus chaud, tandis que pour récompenser ceux qui, par foi ou dans l’espoir du butin, avaient donné des preuves de leur valeur et de leur loyauté, on réservait des jardins parcourus de rivières.

Quand les sentiments de Apôtre aimé de Dieu étaient blessés par des moqueries ou des ricanements, il était consolé par l'assurance que "Nous t’avons donnée suffisamment de (protection) contre les moqueurs" (sourate 15, al-Heir, verset 95).

L’intervention la plus manifeste et effective du Créateur dans des affaires arabes eut lieu en 624 à la bataille de Badr et c'est le sujet de la totalité de la sourate 8 (al-Anfal). Une caravane, transportant une grosse cargaison et menée par Abu Sofyan, revenait de Damas à La Mecque. Quand le Prophète en entendit parler, il quitta Médine avec une partie de ses compagnons pour l'attaquer et pour s’emparer des marchandises de valeur. Abu Sofyan, en ayant eu connaissance, demanda l'aide de La Mecque, et Abu Jahlled envoya une force qorayshite pour protéger la caravane. Comme précaution supplémentaire, Abu Sofyan changea l'itinéraire de la caravane. Il réussit à la conduire sans embûche à La Mecque. Le Prophète Mohamed et son camp ne prirent pas la caravane mais rencontrèrent des troupes d'Abu Jahl en un endroit appelé Badr. Sans surprise certains hommes du Prophète, qui comptaient obtenir beaucoup de butin sans beaucoup d'ennui, craignirent la bataille avec la grosse force qorayshite et conseillèrent de retourner à Médine. Dans le verset 7 de la sourate 8, Dieu réprimanda ces hommes et les invita à combattre les incroyants. Le verset 9 déclare que Dieu avait promis de les renforcer avec mille anges, et le verset 17 dit que, non pas eux, mais Dieu, avait massacré les ennemis tombés durant la bataille. Un de ces ennemis était Abu Jahl, sur qui la malédiction a été ainsi accomplie. Le verset 17 continue de s'adresser au Prophète, disant "Tu (au singulier) ne jetais pas quand tu jetais, mais Dieu jetait." Ceci se rapporte au geste symbolique du Prophète de jeter une poignée de sable dans la direction des polythéistes afin de les aveugler, et il signifie que c'était Dieu, et non pas le Prophète, qui a de ce fait causé leur invisibilité et défait la grosse force ennemie.

Cette victoire sur les polythéistes a entraîné des problèmes de partage du butin. Dieu en attribua un cinquième à son Apôtre et au trésor public des musulmans, et prit des dispositions pour sa distribution (sourate 8, verset 42).

Le problème suivant fut quoi faire avec les prisonniers. D’abord Dieu approuva le conseil d'Omar de les décapiter tous afin intimider de ce fait les adversaires : "Un Prophète n’a pas à faire de prisonniers jusqu'à ce qu'il ait répandu la crainte du massacre dans le pays" (sourate 8, verset 68).

Peu un plus tard, cependant, Dieu accepta le conseil plus paisible d'Abu Bakr de les rançonner : "Ô Prophète, dis (ceci) aux prisonniers entre tes mains ! ‘Si Dieu sait qu’il y a quelques biens dans vos coeurs, il vous donnera mieux que ce qui vous aura été pris. Et il vous pardonnera" (verset 71).

La totalité de la sourate 8 est consacrée aux solutions des problèmes résultant des relations des musulmans avec les polythéistes et des juifs.

L'intervention de Dieu dans la crise qui surgit lorsque la tribu Ghatafan s’allia avec les Qoraysh, et que leurs armées réunies firent le siège de Médine, est décrite dans verset 9 de la sourate 33 (al-Ahzab) : "Ô croyants, rappelez-vous de la générosité de Dieu pour vous quand des armées sont venues contre vous, et Nous avons envoyé contre elles un vent et des armées que vous n'avez pas vus !" Les versets 10-13 donnent plus d'informations sur cette crise dans laquelle Dieu a si considérablement aidé les musulmans.

Le Tafsir Cambridge donne l'exposé suivant de ce qui s'est produit : "Dieu dans les Cieux a envoyé du vent pour déraciner leurs piquets de tente, souffler leurs feux, et fracasser l'écurie où ils gardaient leurs chevaux, avec pour résultat qu’ils tous sont tombés l'un sur l'autre. Et les anges ont crié, ‘Dieu est grand.’"

Le pieux commentateur n’a jamais pensé à demander pourquoi Dieu Tout-puissant n'avait pas envoyé ce vent trois semaines plus tôt. Si Dieu avait fait cela, il aurait soulagé les musulmans de la tâche exténuante de creuser un fossé défensif autour de Médine et leur aurait épargné beaucoup de jours et de nuit nuits de vive inquiétude.

Est il arrivé à ce commentateur ou à tous les contemporain ou aux musulmans plus tard de se demander pourquoi, à la bataille du Mont Ohod, Dieu n'avait pas envoyé d'ange en renfort, comme à Badr, ou une tempête, comme à la guerre du fossé, afin d'éviter la défaite douloureuse et le martyre de soixante-dix combattants musulmans, un d’entre eux étant le plus jeune oncle du Prophète, intrépide et populaire, Hamza ben Abd al-Mottaleb. Si quelques anges ou une tempête avaient aidé au Mont Ohod, cela aurait épargné au Prophète l'embarras d'un échec militaire et l'expérience d'être heurté au visage par une pierre et d’être lui-même sauvé du martyr que grâce au courage d'Ali qui l'a protégé.

Une vaste peinture des conditions sociales contemporaines dans le Hedjaz peut être rassemblée de l'étude de divers passages du Coran. En plus des commandements et des préceptes moraux, il y a mentions des événements et des conflits contemporains. Des centaines de versets sont consacrés à la polémique, à la réfutation des calomniateurs, à l'arbitrage des conflits privés, à l'exhortation à combattre, à la condamnations des tire au flan, à la promesse de butin et de la possession des épouses et de la propriété d’autrui, et à la menace du feu de l'enfer des adversaires et des désobéissants. La foudre de la colère de Dieu est suspendue sur les têtes des personnes mauvaises comme des bonnes, prête à détruire une ville entière si quelques uns de ses habitants sont désobéissants ou pécheurs.

Dieu dans le Coran a les caractéristiques typiques d'un être humain. Parfois il est heureux, et d'autres fois furieux. Il a des préférences et des antipathies, et peut être content. En somme, toutes les propensions de notre nature humaine faible et instable, telles que l'amour, la colère, l’esprit de vengeance, et même la fourberie, sont aussi éprouvés par l'Être Suprême. Pourtant si nous postulons l'existence d'un créateur et d'un contrôleur de l'univers infini, nous devons rationnellement le penser exempt de tels accidents. Nous sommes donc conduits à interpréter les attributions coraniques de qualités incongrues au créateur comme l’expression des propres sentiments humains du Prophète Mohamed, et à plus forte raison parce que le Prophète lui-même disait qu'il était aussi humain. Nous savons que, comme n'importe quel autre homme, il se sentait offensé, ressentait de la peine et se lamenta de la perte de son fils, et fut si bouleversé à la vue du corps mutilé de Hamza au Mont Ohod qu'il se promis âprement de mutiler les corps de trente qorayshites.

Les observations précédentes amène la question de si une confusion entre Dieu et Mohamed est perceptible dans le Coran. C'est la seule hypothèse capable de résoudre les difficultés présentées par un grand nombre de passages coraniques. Une étude de certains d'entre eux peut, peut-être, rendre le problème un peu plus clair.

Tous les musulmans croient que le Coran est la parole de Dieu. Cette prémisse est basée sur l'information fréquemment fournie dans le texte du Coran, par exemple dans les versets 3 et 4 de la sourate S3 (on-Najm), "Et lui (le Prophète) ne parle pas selon sa volonté. Ce n'est rien que la révélation qui est révélée"; et dans le verset 1 de la sourate 97 (al-Qadr), "Nous l'avons descendu la nuit de la puissance." Ainsi le Coran est devenu pour des musulmans le document unique de la foi, incontestable, majestueux, et sacro-saint.

La vénération pour le Coran était si grande que cent ans après, une polémique féroce a surgi parmi les savants religieux sur la question de savoir s’il a été créée ou est, comme Dieu lui-même, incréé, c.-à-d. non précédé par une non-existence. Cette polémique a continué pendant des siècles. Tout ce qui doit être dit ici est que la doctrine de l'incréation du Coran contredit les faits, les critères de la raison, et les principes de base de la théologie islamique.

Malgré cela, sous le règne du calife Abbasside Mo'tasim (833-842), le principal représentant Sunnite, Ahmad ben Hanbal, cru tellement fort en cette doctrine que, plutôt que de l’abjurer, il supporta le fouet jusqu’à en perdre connaissance. Vraisemblablement il a aussi cru que les mots "Périssent des mains d'Abu Lahab" étaient aussi éternels que Dieu lui-même.

Quand une communauté a succombé à une fièvre, elle ne peut pas être apaisée avec des mots et des preuves. Pourtant pour tous ceux qui lisent le Coran et étudient son contenu, les faits sont évidents.

Un exemple qui frappe immédiatement est le contenu de la sourate d'ouverture (al-Fateha). Elle se compose de sept versets79 appelés les sept répétitions80 et est placée au début du Coran en raison de sa grande importance dans la prière islamique. Une traduction en est donnée ci-dessous :

"Au nom de Dieu, le Compatissant, le Miséricordieux !
Louange à Dieu, Seigneur des Mondes,
le Compatissant, le Miséricordieux,
le Maître du Jugement Dernier !
Toi (seul) que nous adorons et de Toi (seul) nous cherchons l'aide.
Guide-nous sur le droit chemin,
le chemin de ceux à qui Tu as accordé la générosité,
pas de ceux avec qui Tu es fâché et qui se sont égarés !
"

Ces mots ne peuvent pas être les mots de Dieu. De leur contenu il est clair qu'ils sont les mots du Prophète Mohamed, parce qu'ils consistent en une éloge à Dieu, un hommage à Dieu, et une supplication pour l'aide de Dieu. Dieu lui-même ne dirait pas "Eloge à Dieu, seigneur des Mondes, le Compatissant, le Miséricordieux, le Maître du Jugement Dernier." Cette difficulté n'aurait pas surgi si la sourate al-Fateha avait été introduite avec le mot "dis" (qol en arabe) comme beaucoup de sourates et de versets, par exemple la sourate 112, verset 1, "Dis ‘Il est le seul Dieu"; sourate 109, verset 1, "Dis ‘Ô incroyants'"; sourate 18, verset 110, "Dis ‘Je ne suis qu’un humain comme vous". Il est logiquement intenable, cependant, que Dieu ait dit "Guide-nous sur le droit chemin, le chemin de ceux à qui tu as accordé la générosité, pas de ceux avec qui tu es fâché et qui se sont égarés."

Puisque la sourate al-Fateha ne peut être la parole de Dieu puisque elle consiste dans sa totalité en une éloge et une supplication à Dieu, elle doit être considéré comme la parole du Prophète Mohamed et une prière qu'il a composée. C'est pour cette raison qu'Abdullah ben Mas'ud, qui était l’un des scribes qui ont noté les révélations et connaissait le Coran par cœur et plus tard est devenu un transmetteur respecté de Hadiths, considérait que la sourate al-Fateha et également les sourates 113 (al-Falaq) et 114 (on-Nas), toutes deux contenant les mots "Je me réfugie auprès du Seigneur", ne faisaient pas partie du Coran.

Un autre énoncé qui, par la nature de son sujet, ne peut être attribuée au Soutient de l'Univers est la sourate III (al-Masad), la riposte à Abu Lahab. Le Prophète avait invité quelques parents et influents qorayshites à venir l'entendre faire un exposé des drincipes de l'Islam. Quand il commença à parler, Abu Lahab l'interrompit avec colère, criant "Que tu périsses, Mohamed ! Tu nous avez invités ici pour çà ?" La sourate, en répétant le mot d'Abu Lahab "périsses", exprime l'indignation du Prophète devant la grossièreté d'Abu Lahab et la méchanceté de son épouse, Omm Jomayyel, qui avait répandu des épines le long de la route du Prophète. La riposte en tant que telle n'est pas hors de proportion. En revanche, ça le devient si le Soutient de l'Univers maudit un Arabe ignorant et appele son épouse porteuse de bois.

Dans certains versets coraniques le verbe est à la première personne, et dans d'autres il est à la troisième personne. Évidemment Dieu parle d'abord, puis le Prophète Mohamed parle au nom de Dieu. Dans la sourate 53 (on-Najm), le premier locuteur est Dieu, qui confirme la prophétie de Mohamed par les mots "Votre camarade n'est pas perdu, ni égaré, et il ne parle pas selon sa volonté. Ce n'est que la révélation révélée." Dans les versets 21-28, cependant, le locuteur est évidemment Mohamed, qui évoque le concept païen des idoles Lat, Ozza, et Manat filles de Dieu et demande avec reproches aux Arabes, "Avez-vous des garçons et a-t-Il (Dieu) des filles ?" Ces mots ne peuvent pas être des mots de Dieu, qui ne se demanderaient pas s'Il a des filles. Ils expriment clairement la condamnation par le Prophète des coutumes et morales des Arabes du Hedjaz, dont la fierté d’avoir des fils et la honte d’avoir des filles est le sujet de plusieurs autres versets coraniques, par exemple le verset 42 de la sourate 17 (al-Esra) : "Votre Seigneur vous a-t-Il favorisé avec des fils et a-t-il choisi pour lui-même des filles parmi les anges ? Assurément vous dites une chose monstrueuse." Seul le Prophète Mohamed peut avoir posé cette question, parce que si elle avait été posée par Dieu, les mots seraient "Vous ai-Je favorisé avec des fils et choisi des filles pour Moi ?" Évidemment Dieu, pour qui le sexe des enfants ne fait aucune différence, n'aurait pas posé une telle question.

Le préjugé à courte vue contre les filles reste encore répandu, même parmi des nations civilisées. Les anciens Arabes se vantaient d'avoir des fils, et certains d'entre eux étaient barbares au point de pratiquer l'infanticide des filles; tout en supposant, de manière illogique, que les anges étaient de sexe féminin. Le Prophète Mohamed lui-même n'était pas exempt de ce désir arabe traditionnel d'avoir des fils. A chacun de ses mariages, il espérait que son épouse donnerait naissance à un fils. Quand son fils Qasem est mort, il en a été douloureusement affligé, et a até aussi profondément blessé par les railleries de al-As ben Wa'al's au sujet de son absence d’héritier, parce que dans la vision arabe seuls les fils étaient de vrais héritiers. Il se réjouit quand Mariya la Copte lui donna un fils Ebrahim, et pleura avec peine quand l'enfant mourut. Tel était le Mohamed qui disait aux polythéistes, "Dieu vous a-t-Il favorisé avec des fils ?"

Le Coran contient beaucoup d'exemples de confusion entre les deux locuteurs, Dieu et Mohamed, dans le même verset. Par exemple premier verset de la sourate 17 (al-Esra), qui est la seule mention coranique, et pour des musulmans la preuve unique, du voyage nocturne du Prophète:

"Loué soit Celui qui transporta la nuit son serviteur de la Mosquée du Sanctuaire à la Mosquée Lointaine, dont nous avons bénie l'enceinte, de sorte que Nous pourrions lui permettre certains de Nos signes. Il est (tout-)audiant, (tout-)voyant." L'éloge de Celui qui a transporté son serviteur de La Mecque à la Palestine ne peut pas être l'expression de Dieu, parce que Dieu ne se félicite pas Lui-même, et ce doit être une action de grâce de Mohamed à Dieu pour cette faveur. La partie suivante de la phrase, décrivant la Mosquée Lointaine "dont nous avons bénie l'enceinte", est énoncée par Dieu, et de même la proposition suivante "de sorte que Nous pourrions lui montrer certains de Nos signes". Les mots de fin "Il est (tout-)audiant, (tout-)voyant" semblent très probablement être de Mohamed.

Un autre exemple frappant de changement de sujet de la première à la troisième personne est la phrase d'ouverture de la sourate 48 (al-Fat-h) : "Nous t’avons donné une victoire éclatante afin que Dieu puisse pardonner tes péchés passés et futurs." La séquence de la pensée exigerait l’expression suivante "afin que Nous puissions pardonner tes péchés passés et futurs." Parmi ces exemples, beaucoup, comme ceux qui précèdent, peuvent facilement être expliqués, mais par contre d'autres présentent de grande difficulté.

Parmi eux, les verset 21-24 de la sourate 33 (al-Ahzab), vers 21-24.  Le verset 21 déclare :

"En l'Apôtre de Dieu vous (les gens) avez eu un bon exemple pour ceux qui espèrent en Dieu et dans le Jour Dernier et se sont souvent rappelés de Dieu.". Assurément, si Dieu avait été le locuteur, la phrase aurait dû avoir été exprimée afin d’avoir cette signification "Ceux qui Me cherchent devraient prendre mon Apôtre comme modèle." Dans les versets 22 et 23, les croyants sincères reçoivent une éloge pour leur loyauté dans la guerre du fossé, et dans le verset 24 un commentaire est ajouté : "Afin que Dieu puisse récompenser les sincères pour leur sincérité et punir les hypocrites, s'il le souhaite ainsi, ou bien les affranchir. Il est indulgent, miséricordieux." Ici encore il est clair que le locuteur n'est pas Dieu mais le Prophète, car Dieu aurait parlé à la première personne ("afin que Nous puissions récompenser les sincères pour leur sincérité ...").

On a rapporté que le Prophète, en préparant l'expédition contre les Romains (c.-à-d. les Grecs Byzantins) en 630, demanda pourquoi al-Jadd ben Qays, le chef d'un clan médinois, n'allait pas s'associer au combat cette année. En réponse, al-Jadd ben Qays dit au Prophète, "Excuse-moi de ce retrait et sauve-moi de la tentation ! Je suis fou des femmes, et je crains que qu’à la vue des femmes romaines, je ne puisse pas résister à la tentation." C'était la circonstance de la révélation du verset 49 de la sourate 9 (ot-Tawba) : "Il y a l'un d'eux qui dis, ‘Excuse moi et ne me laisse pas tomber dans la tentation !’  Ne sont-ils- pas (déjà) tombés dans la tentation ? L'enfer encercle des incroyants." Clairement le verset est de la bouche de Mohamed, pas de Dieu, parce que al-Jadd ben Qays avait demandé à Mohamed, pas à Dieu, son exemption du service militaire. Dieu a soutenu son Apôtre en rendant l'enfer valide pour punir des personnes osant faire cette demande déplacée, mais Il n'a pas parlé à cette occasion.

La présence dans le Coran de confusions entre Dieu et le Prophète ne peut objectivement pas être contestée. Parfois Dieu parle, donnant au Prophète l'instruction "dis" (c.-à-d. aux gens). Parfois la structure de la phrase montre que c'est le Prophète qui parle, exprimant la dévotion à Dieu. L'impression donnée par le Coran est qu'une voix cachée dans l'âme ou l'esprit de Mohamed le poussait continuellement à guider les gens, le retenait des fautes, et lui fournissait des solutions aux problèmes.

Aucune autre hypothèse ne peut expliquer certains passages coraniques qui imputent à Dieu l’excellence de tromperies et d’intrigues. Versets 44 et 45 de la sourate 68 (al-Qalam) "Laissez moi ceux qui crient ces mots mensongers ! Nous les leurrerons, (et) ils ne sauront pas d'où. Et je leur lâcherais la bride. Ma tromperie est infaillible." Dans les versets 181 et 182 de la sourate 7 (al-A'raf), le passage est répété avec l'omission du "Laissez moi", commençant "Et ceux qui crient ces mots mensongers, nous les leurrerons".

Le verset 30 de la sourate 8 (al-Anfal) se rapporte à un conclave des chefs qorayshites dans leur salle de réunion (dar on-nadwa) et déclare : "Quand les incroyants complotent contre toi, pour t’arrêter ou te tuer ou t’expulser, tandis qu'ils complotent, Dieu (aussi) complote, et lui est le meilleur des comploteurs."

La tromperie est un substitut à la force, un expédient auquel a recours une personne face à un adversaire plus puissant. Dans ces deux passages Dieu Tout-puissant, qui a créé l'univers en prononçant le mot "Sois" et qui décide de tout qui s’y produit, semble avoir acquis la nature d'un cheik arabe plus rusé que ses rivaux. Une analogie historique qui jaillit à l'esprit est le succès de Amr ben al-As circonvenant Abu Musa al-Ash'ari dans l'arbitrage des réclamations d'AIi et de Moawiya sur le califat81.

La confusion entre les mots de Dieu et de Mohamed est encore évidente dans deux versets de la sourate 10 (Yunos). "Et si ton Seigneur le souhaitait ainsi, tous les habitants sur la Terre croiraient ensemble. Vas tu contraindre les gens d’être des croyants ?" (verset 99). "Il n’est (possible) pour une âme de croire qu’avec la permission de Dieu. Et Il inflige la bassesse à ceux qui ne sont pas intelligents" (verset 100). Dans le verset 99 les mots sont de Dieu et sont adressés au Prophète, mais dans le verset 100 les mots semblent être Mohamed, une sorte d'auto-consolation suivie d'une explication de l'inflexibilité des polythéistes qui n'observeraient pas son enseignement.

Il est évident en soi que Dieu, n'ayant pas souhaité que certaines personnes croient, ne ressentent aucune colère envers eux pour leur incroyance, car la colère ne surgit chez une personne que quand une action contraire à son souhait a lieu.

Comme ça a déjà été noté, le contenu rend évident que le Prophète (et non Dieu) énonce les mots du verset 24 de la sourate 33 : "Afin que Dieu puisse récompenser les sincères pour leur sincérité et punir les hypocrites, s'Il le souhaite ainsi, ou bien les absout. Il est indulgent, miséricordieux."

Les Arabes, étant de tempérament instable et volage, allaient suivant la direction du vent, et ainsi quelques musulmans de La Mecque avaient effectivement rejoint les forces d’Abu jahl et combattaient Mohamed à Badr. La versatilité et la déloyauté de ces hommes, qui étaient très pauvres, ont tellement contrarié Dieu que les versets 99 et 100 de la sourate 4 (on-Nesa) ont été descendus. "A ceux que les anges ont emportés alors qu'ils se faisaient du tort, (les anges) dirent, ‘Comment partiez-vous ?’ Ils dirent, ‘Nous étions pauvres sur la terre’ (les anges) dirent, ‘La Terre n’était pas assez spacieuse pour que vous y émigriez ?’ (Pour) ces hommes, leurs abris seront un enfer, une destination sévère" (verset 99). "Mais pas pour ces hommes, femmes, et enfants pauvres qui sont incapables de tromperie et ne reçoivent aucun conseil du (droit) chemin. Dieu leur pardonnera peut-être, Dieu est pardonnant, indulgent" (verset 100).

A la Mecque avant l'hégire, Dieu avait descendu à Mohamed le commandement : "Fait venir (les gens) sur le chemin de ton Seigneur avec sagesse et bonne prédication, et discute avec eux (en utilisant des arguments) meilleurs ! Ton Seigneur sait bien qui dévie de Son chemin, et Il sait bien qui a été (correctement) guidé" (sourate 16, on-Nahl, verset 126).

Quelques années plus tard, après l’arrivée de l'Islam au pouvoir et de l'entrée triomphale de Mohamed dans La Mecque à la tête d'une armée, la tonalité de Dieu a changé et a acquis une note dure et péremptoire : "Les mois sacrés terminés, tuez les polythéistes partout où vous les trouvez ! Attrapez-les, assiégez-les, et tendez-leurs des embuscades partout !"  (sourate 9, ot-Tawba, vers 5).

Etant données les limitations de la nature humaine, il est tout à fait normal qu'une personne réagisse de telle manière aux difficulté et d’une autre manière au succès, et parle et agit en conséquence ; mais en raison de l'omnipotence et de l'omniscience divins, il est inconcevable que Dieu doivent éprouver de telles réactions. Néanmoins l'assurance qu’ "il n'y a aucune contrainte dans la religion" (sourate 2, 257), que Dieu a descendu la première année après l’hégire, a été suivie, probablement un an après, par le commandement "de combattre dans la cause de Dieu" (sourate 2, 186 et 245) et de l'avertissement que "les incroyants qui restent (à la maison), autre que les handicapés, ne sont pas les égaux de ceux qui investissent leurs propriétés et leurs vies dans la guerre pour la cause de Dieu" (sourate 4, 97). Ainsi on a exigé des croyants de combattre des gens dont on avait dit une année plus tôt qu’ils ne seraient pas obligés de devenir musulmans s’ils ne le souhaitaient pas ; et en même temps on a dit aux croyants qu'ils n'étaient pas tous égaux, ceux qui ont contribué à la guerre en donnant leur argent ou en utilisant leurs épées étant supérieurs à ceux qui n'ont que professé l'Islam et suivi ses règles.

A la Mecque avant l’hégire, Dieu avait révélé à son Apôtre le précepte moral que "L'action bonne et l'action méchante ne sont pas égales. Répond (à l'action mauvaise) par ce qui est meilleur ! Alors la personne qui t’est hostile deviendra comme un ami proche" (sourate 41, Fosselat, verset 34). A Médine, Dieu a envoyé son Apôtre des instructions contraires : "Ne sois pas faible et ni n’appelle à la paix quand tu es supérieur !" (sourate 47, Mohamed, verset 37).

De tels changements de ton et de méthode attirent fortement l'attention. De même on note que dans le Coran certaines questions du Contrôleur de l'Univers, avec ses myriades étoiles et planètes, concernent les Arabes du Hedjaz. Un exemple est la question de l'eau dans le verset 68 de la sourate (al-Waqe'a) : "L'avez-vous fait descendre des nuages, ou Nous l’a-t-Il descendu ?"

Dans certains passages, le créateur semble avoir le même besoin d'aide humaine que le pauvre mortel. Un tel passage (déjà cité avant en ce chapitre) est le verset 25 de la sourate 57 (al-Hadid) : "Et Nous avons descendu du fer, (parce qu’) en lui repose une grande puissance et des avantages pour les gens, et afin que Dieu dans le monde invisible puisse savoir qui Le soutient, Lui et son Apôtre." Ceci semble signifier que seule l'utilisation humaine de l'épée pourrait indiquer à Dieu qui Le soutenait, Lui et son Apôtre.

Il y a plus de cinquante versets coraniques dans lesquels Dieu déclare que les conseils des humains dépendent complètement de ses volonté et choix. Trois sont cités ci-après.

"Ceux contre qui la parole de ton Seigneur se réalisera ne croiront pas, même si tous les signes leur parvenaient. À la fin ils verront une punition douloureuse." (sourate 10, Yunos, versets 95 et 96).

"Et si Nous l’avions ainsi souhaité, nous aurions donné à chaque âme ses conseils. Mais le mot de Moi est réalisé. Je remplirai l’enfer de génies et d'humains réunis." (sourate 32, os-Sajda, verset 13).

"Ainsi goûtez (la punition) pour oublier votre rencontre de ce jour ! (c.-à-d. avec Dieu le jour du Jugement Dernier). Nous vous avons oubliés. Goûtez la punition éternelle pour ce que vous avez fait !" (sourate 32, verset 14).

La lecture de ces versets fait dresser les cheveux sur la tête. Selon eux, Dieu ne désire pas guider beaucoup d'humains correctement, puis inflige une punition éternelle et douloureuse à ces humains pour ne pas avoir été guidés correctement.

L’absence du désir de Dieu de bien conseiller toute l'humanité est explicitement affirmée dans le verset 25 de la sourate 6 (al-An'am) et aussi, avec des mots identiques, dans le verset 55 de la sourate 18 (al-Kahf) : "Nous avons mis des voiles sur leurs cœurs, au cas où ils pourraient le comprendre, et un poids dans leurs oreilles. …"

Oui, comme nous l'avons déjà dit, plus de cinquante versets menacent d’une punition éternelle et douloureuse ceux que Dieu choisit de ne pas guider.

Le sujet ne peut être poursuivi ici. Une différente, mais non moins étonnante, question exige l'attention. C'est la présence de versets d'abrogation et abrogés dans le Coran.

Les commentateurs du Coran et les théologiens ont rassemblé et expliqué tous les cas d'abrogation.82 Un verset précédemment révélé est abrogé par un verset révélé ultérieurement avec une signification différente ou contraire.

Changer d’idée après avoir pris une décision ou mis au point un projet est un événement normal et fréquent dans la vie des êtres humains, qui ne peuvent pas à tout moment connaître tous les faits appropriés. L'esprit humain est limité et enclin à être déçu par des apparences extérieures, mais est capable d’apprendre de l'expérience et d'identifier les erreurs. Il est donc approprié et souhaitable que les hommes et les femmes révisent leurs décisions ou projet. Cependant il est contraire à la raison, que Dieu, qui est omniscient et omnipotent, doive mettre à jour ses commandements. Ce point a conduit les adversaires de Mohamed de se moquer de ce qu'il publie un décret un jour et le décommande le jour d’après. Leurs protestations ont eu une réponse dans le verset 100 de la sourate 2 (al-Baqara) : "A chaque fois que nous abrogeons un verset ou commandons qu'on l'oublie, nous en apportons un meilleur ou un semblable. Vous ne savez pas que Dieu est capable de tout ?"

C’est précisément parce que Dieu est capable de tout cela qu'il ne révélerait pas un verset pour ensuite l'abroger. Puisque l'omniscience et l'omnipotence sont les attributs essentiels du Créateur, Il doit pouvoir délivrer des commandements qui n'ont pas besoin de révision. Toute personne réfléchie qui croit en un Dieu Tout Puissant est amenée à se demander pourquoi Il proclamerait un commandement pour le retirer ensuite.

Il y a une contradiction dans le verset susmentionné. Puisque Dieu est capable de tout, pourquoi n'a-t-il pas indiqué le meilleur vers d'abord ?

Il semble qu’il y avait des éléments interpellateurs à cette époque aussi, et qu'ils étaient obstinés. Une réponse leur a été donnée dans les versets 103 et 104 de la sourate 16 (on-Nahl) : "Quand Nous avons remplacé un verset par (un autre) verset  -et Dieu sait bien ce qu'Il descend- ils disent, ‘Tu n'es qu'un inventeur’. Mais la plupart d'entre eux ne savent rien. Dis (leur), ‘Le Saint Esprit l'a descendu de votre Seigneur, vraiment (ainsi), afin d’affermir les croyants.’"

Dans l’hypothèse où le Coran est la parole de Dieu, il ne doit y avoir aucune trace d'imperfection intellectuelle humaine dans tout ce que Dieu dit. Pourtant dans ces deux versets l'incongruité est évidente. Naturellement Dieu sait ce qu'il descend. C’est pour cette bonne raison que le remplacement d'un verset par un autre a rendu les protestataires soupçonneux. Bien évidemment, même les simples Arabes, sans éducation du Hedjaz pouvaient comprendre que ce Dieu Tout-puissant, étant conscient de ce qui est le meilleur pour Son Serviteur, prescrirait d’abord le meilleur et ne changerait pas d’idée comme Ses créatures imparfaites.

L'étude et la réflexion mènent à la conclusion que cette incongruité peut seulement s’expliquer que comme le produit d'une inextricable confusion entre Dieu et Mohamed. Dieu s'était manifesté dans les profondeurs de l'esprit de Mohamed et fait de Mohamed Son messager pour guider le peuple. Mohamed accomplissait la mission tout en conservant ses caractéristiques humaines. Les versets du Coran sont des épanchements des deux parties de sa personnalité.

Les observations faites par Ignaz Goldziher au commencement du chapitre 3 de son livre Le dogme et la loi de l'Islam peuvent sembler surprenantes, mais peut-être approchent-elles de la solution du problème; elles méritent certainement considération. "Les Prophètes" écrit-il, "ne sont pas des philosophes ou des théologiens. Les messages que leurs consciences les incitent à transmettre, et la croyance religieuse à qui ils donnent le jour, ne forment pas un corpus de doctrine construit selon un plan prémédité et ne sont pas en règle générale capable de systématisation."

En d'autres termes, les enseignements inspirés par la conscience d'un Prophète émergent de son âme intérieure ; les gens sont attirés par ses enseignements, et le nombre de croyants croît jusqu'à ce qu'une nouvelle communauté religieuse se dessine ; les savants apparaissent alors et essayent de coordonner la croyance populaire dans un système. Si les savants trouvent une lacune, ils la remplissent, et s'ils trouvent une contradiction, ils la justifient. Pour chaque simple déclaration du Prophète, ils imaginent ou inventent une certaine signification cachée, et pour chaque expression inspirée un certain ordre logique. En bref, ils font naître des significations et des concepts qui n'ont jamais traversé l'esprit du Prophète, et répondent à des questions et des difficultés qui ne l'ont jamais préoccupé. Ils font tout ceci dans le but de créer un système théologique et philosophique qui, espère-ils, sera une forteresse imprenable contre les doutes internes et les adversaires externes. Ils basent l'édifice entier sur les propres paroles du Prophète. Ces savants zélés ne restent cependant pas incontestés, car d'autres théologiens et commentateurs extraient des significations différentes des mêmes paroles du Prophète et construisent d'autres systèmes en désaccord avec le système du premier groupe.

Bien que les perspicaces observations de Goldziher soient exprimées d'une façon générale et concernent toutes les religions, son discernement doit avoir été considérablement aiguisé par son étude des polémiques féroces qui ont fait rage dans les premiers siècles de l'Islam entre les sectes Kharijite 83 Shiite, Morjeite 84 Mutazilites 85 et Acharite 86. Etant juif et ayant acquis une connaissance complète de l'histoire des églises chrétiennes, il était bien conscient de polémiques semblables dans les religions juives et chrétiennes; mais il doit clairement sa perspicacité perçante à ses études approfondies des évolutions dans l'Islam.

Quelques brèves illustrations de la nature de la question fondamentale peuvent être incluses en ce chapitre.

Le Coran contient beaucoup de figures de rhétorique, dont la signification devrait être évidente à chaque lecteur intelligent. Par exemple, l’expression "La main de Dieu est au-dessus de leurs mains" dans le verset 10 de la sourate 48 (al-Fat-h) signifient clairement que la puissance de Dieu est supérieure à toutes autres puissances. De même la signification "Le Miséricordieux a occupé le trône" dans la sourate 25 (al-Forqan), verset 60 (ainsi que 7, 52; 10, 3; 32, 3; 57, 4) n'est pas Dieu, qui n'a pas de corps, assis sur une chaise de cérémonie, mais que Dieu était et est le maître suprême. Dans la sourate 75 (al- Qiyama), les propos des versets 22 et 23 "En ce jour (c.-à-d. le Jour du Jugement), les visages seront rayonnants, regardant vers leur Seigneur" semblent signifier, par le contexte, que ce jour-là les hommes et les femmes de bien tourneront leurs pensées vers Dieu. La déclaration répétée que Dieu est audiant et voyant (sourates 22, 60 et 74; 31, 27; 42, 9; 58, 1) signifie manifestement qui rien n'est inconnu de Dieu.

Beaucoup de musulmans, cependant, ont eu des esprits rigides. De tels hommes n’ont accepté que les interprétations confirmées par les Hadiths, et ils considéraient que toute utilisation de la raison dans les sujets religieux était fallacieuse et interdite. Ils comprenaient littéralement les expressions coraniques susmentionnées et croyaient que Dieu possède une tête, une bouche, des yeux, des oreilles, des mains, et des pieds comme ceux d'un être humain. Selon l'opinion d'Abu Ma'mar al-Hodhali (mort en 850), un prédicateur de Bagdad, quiconque niait cette croyance était un infidèle. Les partisans de l'école du célèbre traditionaliste et avocat Ahmad ben Hanbal (780-855) suivent depuis lors le même littéralisme sans réfléchir. Plus tard un défenseur de ce chef d'école, Ahmad ben Taymiya, était si fanatique qu'il a qualifié les Mutazilites d’infidèles et Ghazzali d’hérétique; en une célèbre occasion, après une citation du Coran dans un sermon, il dit à l’assemblée alors qu'il descendait du pupitre de la Grande Mosquée à Damas, "Dieu descendra de Son trône de la même manière que je descends de ce pupitre."

Ces bigots à l’esprit étroit considéraient que non seulement les Mutazilites mais même les théologiens Ascharites étaient non islamiques et condamnaient, comme innovations pernicieuses, toutes divergence par rapport à leurs propres vues grossièrement simplistes. Abu Amer al-Qorashi, un maure de Majorque mort à Bagdad en 524/1130, déclara qu'il était hérétique de comprendre la phrase "Il y a  rien de semblable à Lui" dans le verset 9 de la sourate 42 (osh-Showra) comme signifiant ce qu'il dit; il signifiait, à son avis, que rien ne ressemble à Dieu en comparaison de sa divinité, parce que "Dieu possède des membres et des organes comme les vôtres et les miens." Comme preuve de la possession par Dieu de tels membres et organes, Abu Amer al-Qorashi citait la description du Jugement Dernier dans le verset 42 de la sourate 68 (al-Qalam) "Ce jour-là quand la jambe sera découverte et qu'ils souhaiteront s’agenouiller mais ne le pourront pas," et il s’est tapé sur la cuisse et a dit "Dieu a des jambes comme les miennes."

La croyance de ces littéralistes ou, comme ils sont parfois appelés, fondamentalistes ne peut pas manquer de rappeler à ceux qui les étudient, les notions et les coutumes primitives répandues en Arabie préislamique. Les Arabes n'ont pas soudainement perdu leurs conceptions matérialistes, leur incapacité de penser en termes abstraits, leur désintérêt des questions spirituelles, et leur indiscipline et entêtement. Dans l'ensemble, leurs esprits n'ont pas été beaucoup influencés par leur mélange avec les autres nations telles que les Iraniens ou par leurs contacts avec les groupes islamiques à tendance intellectuelles tels que les Mutazilites, les Soufis, les chiites, les Ekhwan os-Sam, et les baténites.87

Nous savons que tous les chefs partisans du fondamentalisme étaient d’ascendance arabe, et que la plupart des intellectuels du début de l'Islam n'étaient pas d’ascendance arabe. Les Mutazilites et les penseurs religieux ultérieurs étaient des non Arabes ou des Arabes qui avaient abandonné leurs conceptions primitives sous l'influence des idées grecques et iraniennes. Ces faits confirment l'opinion, exprimée au début de ce chapitre, que les hommes créent Dieu à leur propre image.

GENIES ET MAGIE

Les génies ressemblent à des humains mais sont normalement invisible. Il y a les génies masculins (jenni) et les génies féminins (jenniya), les génies malveillants et les génies ou fées bienveillants. En de rares occasions un génie est vu par un humain, et il est même possible à une princesse féerique de tomber amoureux d'un homme ou qu’un génie masculin aime une femme. Il y a également des esprits mauvais, qui parfois entrent dans les corps humains et les rendent épileptiques. De telles notions ont longtemps existé dans tous les peuples et communautés.

Tout aussi répandue et ancienne est la croyance en la magie. C'est l’idée que les incantations, les amulettes, et les drogues ou d'autres substances permettent d’obtenir des résultats impossibles à obtenir par des moyens ordinaires; par exemple que ces choses peuvent faire mourir une personne, ou la rendre amoureuse, ou devenir folle, ou que la fabrication d'une poupée de cire et lui enfoncer des aiguilles dans les yeux peut immédiatement rendre aveugle une personne vivant à des centaines de km. De tels sottises ont été en vogue dans toutes les nations depuis l'aube de l'histoire connue, et sont toujours déplorablement communes même parmi les nations plus avancées.

Il n'est pas difficile d'expliquer ces deux types d'illusion. L'homme est un animal sensible et curieux. L'esprit humain cherche des causes aux phénomènes qu'il perçoit et a des difficultés à les trouver. Lorsque le faible esprit humain ne peut pénétrer l'obscurité de l'inconnu, il a recours à l'estimation et l'imagination. L'échec des facultés rationnelles fait place aux facultés imaginatives. L'homme est faible contre la nature, et sujet aux craintes et aux désirs qui ne peuvent pas être apaisés par des moyens normaux.

De tels facteurs poussent l'humanité dans l'abîme de la superstition. Des notions telles que la prévisibilité du futur au moyen de lecture des signes, l’astrologie, la géomancie, ou l'arithmomancie, ont prise sur les esprits incultes, et des phantasmes de toute sorte et de toute forme prolifèrent. Il n’est pas étonnant que les Arabes du 7ème siècle ont sombré dans la superstition. Ce qui est étonnant c’est que dans le Coran les deux illusions discutées ci-dessus sont non seulement mentionnées mais également présentés comme des faits.

Les effets de la magie et du mauvais œil sont le sujet de deux sourates, 113 (al-Falaq) et 114 (on-Nas). L'explication de ces sourates données par la plupart des commentateurs du Coran est que les polythéistes qorayshites persuadèrent Labid ben A'sam de faire un charme qui empêcherait le Prophète de poursuivre son travail, et que le Prophète par conséquent tomba malade jusqu'à ce que Gabriel descende et l’informe. Selon le Tafsir de Cambridge, le Prophète, endormi pendant sa maladie, rêva que deux anges planaient au-dessus de sa tête et l’un demanda à l'autre, "Pourquoi cet homme est-il malade et gémit ?" L'autre ange répondit, "À cause d’une amulette que Labid a fait pour lui et enterrée dans le puit de Dorwan." Quand le Prophète se réveilla, il envoya Ali ben Abi Taleb et Ammar ben Yaser (un converti de la première heure) sortir l’amulette du puits. Ils retirèrent l’eau du puit, soulevèrent la pierre du fond, et tel que les anges l’avaient prévu, trouvèrent l’amulette, constituée d’une corde avec onze nœuds. Ils la rapportèrent au Prophète. Sur quoi les deux sourates, formant en tout onze versets ont commencé à descendre, et chaque fois qu’un verset était récité un nœud se déliait, avec comme résultat la guérison du Prophète. Tabari donne un exposé encore plus coloré, alors que les Tafsir al-Jalalayn déclare simplement que la récitation de chaque verset dénouait chaque nœud un par un. Zamakhshari, qui n’acceptait pas les effets de la magie, omet cette histoire dans son Kashshaf; comme d'autres penseurs rationnels, il interprète "le mal de ce qu'Il (Dieu) a créé" dans le verset 2 de la sourate 113 comme se rapportant probablement au poison ou à quelque chose de créé qu'un humain peut employer pour blesser des autres.

Aucun commentateur ou théologien, cependant, n'a nié l'existence des génies, parce qu'ils sont mentionnés dans plus de dix passages coraniques et sont explicitement énoncés, dans le verset 14 de la sourate 55 (or-Rahman), pour avoir été créés par Dieu d’un feu sans fumée. D'ailleurs la sourate 72, qui est connu comme la Sourate al-Jenn, déclare dans ses deux premiers versets qu'une troupe de génies écoutaient (la récitation du Coran) et dirent : "Nous avons entendu un Coran merveilleux. Il guide vers la vertu, c’est pourquoi nous l’avons cru et n'attribueront jamais aucun associé à notre Seigneur."

Les anciens Arabes, comme les autres peuples primitifs, croyaient en l’existence de bons et mauvais esprits, et d’autant plus que leur environnement désertique était rude et isolé. On relate que quand un Arabe descendait de sa monture pour passer la nuit dans une étendue inhabitée, il était si effrayé qu'il criait des supplications au roi des fées pour l'abriter et au roi des génies pour empêcher les génies insolents de le tourmenter. Le verset 6 de la sourate 72 avertit que se mettre à l'abri des génies ne les rend que plus insolents.

Alors qu'il est facile de comprendre pourquoi les illusions et les idées irrationnelles sont si communes parmi les peuples primitifs et les classes inférieures des nations avancées, il est étonnant de les trouver dans un livre considéré comme étant la parole de Dieu et dans la prédication d'un homme qui a défié les superstitions de son propre peuple et cherché à reformer leurs coutumes et morales.

On peut imaginer que le contenu de Surtl ol-Jenn décrive un rêve de Mohamed. Sa vision de l'ange pendant la première révélation, quand il fut désigné à la prophétie, a été appelé la vision béatifique, et sa deuxième vision de l'ange pendant son voyage nocturne à la Mosquée Lointaine peut également être interprétée comme un rêve.

Une autre hypothèse possible est que les idées des compatriotes de Mohamed ont eu une influence si forte sur son esprit imaginatif qu'il en est venu à réellement visualiser une race ayant les mêmes facultés perceptives et rationnelles et les mêmes obligations morales que les humains et exigeant une exhortation semblable à croire en Un Dieu et la vie à venir. Dans ce cas on peut se demander, cependant, pourquoi les génies n'ont pas été aidés par la désignation d'un apôtre de leur propre race pour les guider, car dans plusieurs passages coraniques (par exemple la sourate 10, 48 et la sourate 16, 38) on affirme que chaque nation reçoit son propre messager de Dieu, c.-à-d. qui appartient à la nation et parle sa langue. Qui plus est, on déclare dans le verset 97 de la sourate 17 que si les anges avaient marché sans risque sur la terre, Dieu aurait descendu pour eux un ange du ciel comme apôtre.

Il est également possible de considérer la sourate al-Jenn comme une prédication allégorique. Comme le dit le poète Jalal od-Din Rumi, "Quand vous avez affaire à des enfants, vous devez vous servir d'un langage enfantin." Peut-être que le Prophète, faisant preuve d’indulgence pour la mentalité de son peuple, a inventé l'histoire des génies entendant le Coran et si impressionnés qu'ils sont devenus musulmans.

Quelle que soit l'explication, on ne peut faire aucun blâme au Prophète Mohamed. Les grands philosophes de la Grèce antique, avec toutes leurs hautes idées, réussites mathématiques, sciences normales et sociales ne pouvaient pas ignorer les idées de leur peuple; en effet ils étaient baignés dans la mythologie religieuse grecque. Néanmoins il y a un dilemme. Les musulmans croient que le Coran consiste dans les révélations de Dieu à Mohamed et nient qu'une quelconque partie ait été composée par Mohamed. En outre la sourate al-Jenn commence par la commande "Dis". Dieu approuve-t-il la croyance en des génies et des fées des Arabes du Hedjaz d’autrefois ? Ou bien est ce que ce sont des croyances propagées et perpétuées par les paroles du Prophète Mohamed ?

COSMOGONIE ET CHRONOLOGIE

L’Ancien Testament est un legs précieux comme annales de l'histoire de la pensée humaine. Il illustre la naïveté des idées des peuples primitifs sur la question de la création et du créateur. Selon lui, Dieu créa le ciel et la terre en six jours et se reposa le septième jour, qui était le jour du Sabbat ; mais puisque le soleil n'a évidemment pas existé avant la création du ciel et la terre, les phénomènes du lever du soleil et du coucher du soleil, qui permettent à des humains de mesurer le temps en jour et en nuit, ne peuvent pas avoir été présent alors. De toute façon, pourquoi Dieu a-t-Il eu besoin d'une échelle humaine pour mesurer le temps pris par la création ? Pourquoi l’a-t-Il mesuré en jours terrestres plutôt qu’en jours d'une autre planète, par exemple en jours Neptuniens ? Le lever de soleil et le coucher du soleil sont la montée et la descente du soleil vu de la surface de la terre. Si Dieu n'avait pas encore créé le soleil et la terre, comment pourrait-il y avoir eu des jours et des nuits? Moïses a-t-il placé l'effet avant la cause ?

Quoi qui puisse en être, la création de l'univers par Dieu en six jours est réaffirmée huit fois dans le Coran, comme suit:

  1. "Votre seigneur est Dieu qui a créé les cieux et la terre en six jours, puis a occupé le trône" (sourate 10, Yunos, verset 3).

  2. Exactement les mêmes mots que (i) dans la sourate 7 (ol-A'raf) verset 52

  3. "Et il était Celui qui a créé les cieux et la terre en six jours, alors que Son trône était sur l'eau, afin qu’il puisse vous éprouver (pour trouver) lequel d’entre vous est le meilleur dans la conduite" (sourate 11, Hud, verset 9). Dans ce vers le thème de la création en six jours est complété avec le l’affirmation qui pendant la création le trône était sur l'eau, ce qui implique que le trône et l'eau aient existé avant la création des cieux et de la terre. Dans la sourate 10, 3, et la sourate 7, 52, on affirme que Dieu est monté sur le trône après la création des cieux et de la terre, et ceci peut peut-être être un écho partiel de l'histoire biblique du repos de Dieu le septième jour. Il est remarquable que les trois exposés de la création dans les versets cités ci-dessus, soit faits à la troisième personne, et que l'orateur doit donc être le Prophète Mohamed. Dans le verset cité ci-dessous, le locuteur est Dieu.

  4. "Et Nous avons créé les cieux et la terre et ce qui est entre les deux en six jours, et aucune fatigue ne Nous a touchés" (sourate 50, Qaf, verset 37). Ce verset diffère de trois précédents parce qu'il mentionne non seulement les cieux et la terre mais également l'espace entre les deux, et nie que la tâche lourde de créer ces structures ait lassé Dieu. La fatigue étant une diminution involontaire de l'énergie vitale éprouvée par les humains et les animaux, faibles et mortels, évidemment elle ne peut pas être attribué à un créateur omnipotent et éternel. Les mots "aucune fatigue ne Nous a touchés" étonnent donc, mais peuvent peut-être être une réfutation de l’affirmation biblique selon laquelle Dieu s'est reposé le septième jour, qui implique que Dieu était fatigué ce jour.

  5. "Dis, ‘Ne croyez-vous pas en Lui qui a créé la terre en deux jours ?" (sourate 41, Fosselat, verset 8). Ici encore l'orateur n'est pas Mohamed, mais Dieu, qui précise le temps pris à la création de la terre comme étant égal à deux jours. La phrase implique que puisque tous les Arabes de La Mecque connaissaient la création de la terre en deux jours, ils ne devaient pas refuser l'existence de la personne qui avait accompli cette lourde tâche en deux jours. Mais les Arabes devaient ne pas en avoir connaissance ; sinon il ne leur aurait pas été demandé pourquoi ils ne croyaient pas au créateur. Bien que Dieu soit le locuteur, les mots sont inadéquats pour une expression divine. Dieu ne compterait pas que les gens croient en lui parce que quelques Arabes reconnaissaient qu'il y avait une personne qui avait créé la terre en deux jours. La phrase doit donc être considérée comme un produit de l'imagination du Prophète Mohamed.

  6. "Et Il a fixé en elle les montagnes très hautes, à son sommet, et les a bénies, et a prédéterminé ses aliments en elle, en quatre jours, également pour tous ceux qui le demandent" (sourate 41, verset 9).

    "Ensuite il a rempli le ciel qui n'était que fumée et lui dit ainsi qu’à la Terre, ‘Venez, tous deux, volontairement ou non !’ Les deux dirent, ‘Nous venons (et) sommes consentants" (sourate 41, verset 10). Le trône de Dieu n'est pas mentionné dans la sourate 41, mais le paradis ou le ciel prend place dans le verset 10. Le ciel et la terre en arabe sont des noms féminins, et le verbe "dis" dans le verset 10 est en conséquence féminin et duel; mais l'adjectif "consentants" à la fin du verset est masculin et pluriel, et ainsi en désaccord avec les règles de la grammaire arabe.

  7. "Ensuite Il les a disposés, les sept cieux, en deux jours, et a inspiré à chaque ciel sa fonction" (sourate 41, verset 10). Dans ce verset, il y a deux jours supplémentaires pour la stratification des sept cieux, et le temps pris pour la création est de ce fait augmenté de six à huit jours. Cette autre confusion rend impossible de considérer ces mots comme des mots de Dieu.

Un autre dilemme est posé par l'ordonnance de calendrier dans le verset 36 de la sourate 9 (ot-Tawba) : "Le nombre de mois auprès de Dieu est de douze, (comme ce fut écrit) dans le livre de Dieu le jour où il créa les cieux et la terre. Quatre d'entre eux sont sacrés. C'est la bonne religion."

Les peuples de la Terre comprennent qu’une année est la période, d'approximativement 365,25 jours, pendant lesquels la terre tourne autour du soleil. Ils perçoivent quatre saisons par année et organisent leur travail selon les saisons. Les premiers peuples civilisés, tels que les Babyloniens, Egyptiens, Chinois, Iraniens, et Grecs, ont utilisé l'année solaire pour mesurer le temps et l'ont divisée en quatre quarts de trois mois chacun, faisant douze mois par année ; ils ont déterminé les quarts par l'observation des positions variables du soleil dans le ciel. Pour les peuples primitifs avec peu ou pas de connaissance des mathématiques, l'observation précise du soleil était difficile; ils ont donc préféré la méthode plus simple de mesure du temps par l'observation des phases de la lune. Les mois lunaires, cependant, sont inutiles pour prévoir les opérations agricoles, qui sont les principaux moyens de subsistance de l'humanité.

Les Arabes utilisaient les mois lunaires, et afin d'obtenir les suspensions régulières des combats et des querelles, considéraient quatre de ces mois comme sacrés. Certains Arabes ont essayé d'adapter leur année de douze mois lunaires au calendrier solaire en "reportant" périodiquement la nouvelle année à plus tard, c.-à-d. en augmentant la durée de la vieille année. Dans le Coran, cependant, la vieille utilisation arabe de l'année lunaire est vue comme une loi inviolable de la nature, et l'intercalation est interdite dans le verset 37 de la sourate 9 : "Le report est un surcroît d’incroyance." Le Seigneur qui a rendu obligatoire l'observation de la mesure du temps lunaire des anciens arabes partout et à jamais doit avoir été un dieu arabe local ou le Prophète Mohamed.

De manière semblable on a fait de la coutume nationale arabe du pèlerinage à La Mecque un devoir religieux pour des musulmans tandis que la course de Safa à Marwa est devenue un rite islamique.

Dans le verset 185 de la sourate 2 (al-Baqara), une coutume ou une règle humaine est présentée pour étant la cause d'un phénomène naturel : "Ils t’interrogent au sujet des croissants de Lune.  Dis, ‘Ils servent à indiquer le temps aux gens et pour le pèlerinage’" Le Tafsir al-Jalalayn fait le commentaire absurde que la raison de la lune croissante et décroissante est d’informer les gens des bons moments pour semer, récolter, aller en pèlerinage, jeûner, et s’arrêter de jeûner. Les phases de la lune ne sont évidemment d’aucune aide dans les cycles agricoles, et les mois lunaires n’ont été prescrits pour fixer les périodes de pèlerinage et de jeûne que parce que les mois solaires n’étaient pas d’utilisation générale en Arabie. La vraie raison de la lune croissante et décroissante est son mouvement orbital autour de la terre entraînant par conséquent un changement de la position de son disque face à la terre par rapport au soleil, et la coïncidence de ce phénomène avec le phénomène terrestre de la nuit et du jour. La lune croissante et la pleine lune étaient visibles des milliers d'années avant que les Arabes n’habitent dans le Hedjaz et le Nadjd, et sans aucun doute visibles des millions d'années avant la race humaine. Le créateur de l'univers est certainement averti de ces faits ;  Il n'aurait donc pas dit ces mots qui inversent effet et cause.

Bien plus étonnante est la question dans le verset 31 de la sourate 21 (al-Anbiya) : "Les incroyants n’ont-ils pas vus que les cieux et la terre était (un) morceau cousu et Nous les avons décousus ?" Les incroyants n'étaient pas les seules personnes qui ne pouvaient voir comment les cieux autrefois étaient cousus à la terre et ensuite décousus; les gens qui ne sont pas incroyants ont également du mal à comprendre.

CHAPITRE 5

APRES MOHAMED

LA SUCCESSION

Au début de l'année 11 AH (probablement le 8 juin 632), l'étoile qui avait montré la voie aux peuples arabes pendant presque vingt trois années cessé de briller.

L'événement causa un tumulte immédiat.  Avant que le cadavre du Prophète Mohamed n’ait été froid, la clameur "un amir à nous et un amir à vous" retentit hors dans la salle des Banu Sa'eda, où les Ansar s'était réunis à la hâte. La rivalité pour le pouvoir entre les médinois Ansar et les mecquois Mohajerun était déjà au point d'ébullition.

L'étude de l'histoire de l'Islam montre une série de luttes pour le pouvoir dans laquelle les concurrents traitaient la religion comme un moyen, pas comme une fin.

Durant les treize années entre la désignation de Mohamed à la prophétie et son déplacement à Médine, sa mission était purement spirituelle. Les révélations coraniques de cette période consistent uniquement en prédication, conseils, et exhortation pour faire le bien et éviter le mal. Dans la période médinoise, la tonalité spirituelle est moins marquée et une grande partie du contenu se compose d’instructions et de lois destinées à renforcer les musulmans face à leurs ennemis et pour créer la base d'une entité politique et nationale. L'intention a été accomplie. Des circonstances favorables ont également aidé à réaliser une nouvelle communauté et un état islamiques.

Bien que le Coran et ce qui a été relaté des actions du Prophète montrent clairement que les périodes mecquoises et médinoises étaient très différentes, il ne peut y avoir aucun doute que son but fut toujours d'implanter l'Islam. Il a été par la suite réalisé sous le drapeau d'un état.

Toutes les décisions du Prophète ont été prises pour poursuivre ce but. L'utilisation de la force, de l'assassinat politique, et du carnage sans excuse légale ou morale apparente, étaient des tactiques afin de favoriser l'avance de l'Islam.

Après la mort du Prophète, cependant, l'ambition pour le commandement a remplacé l'ardeur pour la religion comme motif principal. En même temps il y avait accord unanime que l'Islam, ayant été la cause de la naissance du nouvel état, était nécessaire pour sa survie ou, en langue plus simple, que la religion qui avait rendu le commandement possible devait être résolument maintenue. En l'occurence, on a strictement observé les principes islamiques et la coutume Prophétique durant les douze années des califats d'Abu Bakr (632-634) et d’Omar (634-644) ; mais plus la mort du Prophète s’éloignait, plus on tendait à traiter la religion comme un moyen plutôt que comme une fin en soi - de l'employer comme instrument pour la mainmise du commandement et de la domination.

Dès que fut connue la mort du Prophète ; Sa'd ben Obada (le chef Ansar Khazrajite) s’efforçât d’obtenir le commandement de toute la communauté musulmane. Une action adroite d’Omar assura le commandement à Abu Bakr et expédia Sa'd ben Obada dans l’oubli. Abu Bakr remboursa sa dette à Omar en définissant le commandement comme la "succession (khelafat) du Prophète", c.-à-d. le califat, et en recommandant qu'Omar soit choisi comme prochain calife. Omar, sur son lit de mort, après avoir été poignardé, désigna un comité de six hommes pour choisir son successeur, bien qu'il ait été en fait en faveur d’Abd or-Rahman ben Awf. Le choix du comité, cependant, tomba sur Othman, dont le califat se termina par son assassinat en 656. En dépit de l'allégeance faite alors à Ali, les cinq années de son califat se sont passées en guerres civiles (aux batailles du chameau, du Seffin, et du Nahrawan) et dans des affrontements avec les intentions hostiles de Mo'awiya et de Amr ben el-As jusqu'à ce son assassinat en 661. Le califat Omeyyade de Mo'awiya et de ses successeurs, le meurtre du fils d'Ali, Husayn en 680, la profanation de la Kaaba lors du combat contre Abdullah ben oz-Zobayr en 683, la propagande Hachémite et la chute des Omeyyades, la prise de contrôle du califat par les Abbasides, le califat rival des Fatimides à l'ouest et les mouvements révolutionnaires Ismaélites à l'est, les événements qui ont culminé par la prise de Bagdad par les Mongols de Hulagu Khan en 1258 - tout ceci étaient des symptômes du même délire pour le pouvoir sous couvert de la succession au Prophète de l'Islam.

Comment le gouvernement, que l'énergie spirituelle de Mohamed et les révélations coraniques avaient réalisé, allait-il être dirigé après son décès ? Le Prophète aurait-il dû désigner son successeur et de cette façon montrer clairement à la nouvelle communauté des musulmans en quoi consistait leur devoir ? Les compagnons du Prophète auraient-ils dû conclure d’une façon ou d'une autre un accord sur le choix de son successeur ? Puisque la prophétie avait été une confiance donnée par Dieu, le futur commandement spirituel (emamate) des musulmans devait-il participer de ces mêmes caractéristiques ? Si le Prophète avait nommé un successeur, qui aurait-il choisi ? Aurait-il choisi son neveu et gendre Ali, le meilleur homme de son clan des Hashem, le premier converti masculin à l'Islam, un guerrier dont le courage avait bien servi la cause et avait protégé sa propre vie du danger ? Son choix serait-il tombé sur Abu Bakr, un aîné et homme très respecté dont la conversion au début de la mission avait apporté crédit à l'Islam, qui l'avait accompagné et avait partagé l'abri d'une caverne avec lui sur son fuite à Médine, qui lui avait donné une belle fille en mariage ? Ou aurait-il préféré Omar, un homme à la ferme volonté et à la vive perspicacité politique et un défenseur loyal de la foi ? Mais le Prophète n’avait-il jamais pensé à nommer son successeur ? Pourquoi n’a-t-il montré aucun signe d'une telle intention pendant les dix années de sa carrière à Médine ? Pourtant est-il imaginable que le Prophète, qui avait construit la communauté et le gouvernement islamiques à partir de rien et avait toujours montré de grandes qualités d’homme d’Etat et de prévoyance, aurait-il négligé une si importante question ? Est-ce que le Prophète, qui les derniers jours de sa vie avait identifié le nationalisme arabe avec l'Islam en disant qu'il devait dorénavant n’y avoir qu’une religion en Arabie, aurait-il laissé le futur du nouvel état à la chance ?

Beaucoup de ces questions surgissent à l'esprit. Elles n’auront jamais de réponse. Toutes les suggestions qui ont été faites ne sont que des conjectures. Le problème est à la racine de la plupart des conflits qui devaient déranger le futur cours de l'Islam.

Il semble certain que le Prophète n'a pris aucune disposition définie pour la succession. Des rapports bien authentifiés disent que le Prophète, pendant un arrêt à la mare de Khomm (Ghadir Khomm) sur le chemin de retour à Médine après son pèlerinage d'adieu en 632, a pris Ali par la main et a dit, "Ceux dont je suis l'ami, Ali est leur ami." (le mot mawla, littéralement "fait proche", était employé avec deux significations : "protecteur et ami [aimant]", ou le "protégé et ami [aimé]"). Dans la croyance chiite, ces paroles du Prophète désignaient Ali comme son successeur. Les sunnites rejettent cette croyance; s'ils acceptent la complète véracité du propos, ils interprètent les paroles du Prophète comme une récompense à Ali pour ses services à la cause islamique, que tous les musulmans reconnaissent. Si on peut arguer que les propos du Prophète à Ghadir Khomm signifiaient la désignation d'Ali, on peut tout aussi bien arguer que son ordre fait à Abu Bakr, de son lit de mort, d’aller à la mosquée et prendre sa place de directeur de la prière indiquait son désir que Abu Bakr lui succède.

La théorie du califat soutenu par les musulmans Sunnites s’oppose à la croyance chiite mais à première vue elle peut sembler convaincante. Ils maintiennent que la révélation des mots "Aujourd'hui j’ai parfait votre religion pour vous et accompli Ma générosité pour vous" (dans le verset 5 de la sourate 5, al-Ma'eda) a marqué la fin de la mission prophétique de Mohamed et ont limité les obligations des musulmans à ce qu’en dit le Coran. A partir de là, la législation coranique est parfaite et complète. Par conséquent il n'est pas nécessaire qu'il doive y avoir un successeur au Prophète guidé par Dieu et infaillible (comme les chiites le croient) ; il suffit que la conduite des musulmans soit faite par un homme qui impose sérieusement les commandements coraniques et en suivant l’exemple de la conduite du Prophète. Les compagnons du Prophète avaient donc le droit de nommer un successeur bien qualifié pour diriger les affaires de la communauté musulmane selon le Coran et la sanna (coutume et jurisprudence Prophétiques).

Cette théorie sunnite, malgré sa plausibilité, est un exemple de raisonnement ex post facto, étant basé sur une interprétation particulière du cours des événements sous les quatre premiers califes. L'étude attentive de l'histoire du califat prouve que la théorie était mal fondée.

Le conflit dans la salle des Banu Sa'eda montre clairement que ce qui avant tout était dans les esprits était l'ambition pour le commandement, non pas le souci de trouver un successeur capable de diriger les affaires en accord avec le Coran et la sanna. Lors de cette réunion les Ansar et les Mohajerun {émigrants} ont réclamé la priorité, les premiers à cause de leur aide au Prophète, les derniers à cause de leur parenté.

Personne du propre clan du Prophète, les Banu Hashem, ne participa à cette réunion des chefs pour décider de la succession. Son cousin Ali et son oncle Abbas, qui étaient ses proches plus parents n'était pas présents. Etaient aussi absents deux des "dix à qui le paradis a été promis" (c.-à-d. les dix premiers convertis masculins à l'Islam), à savoir Talha ben Obaydollah et Zobayr ben al-Awwam ; ils étaient chez Ali, occupées à prendre des dispositions pour le lavage et l'enterrement du corps du Prophète. Quand on dit à Ali que la réunion s’était tenue et que les Mohajerun l’avaient emporté sur les Ansar sur la foi de l'argument qu'ils étaient de l'"arbre" du Prophète, on rapporte qu'il dit "Ils ont avancé l'argument de l'arbre, mais ils ont perdu (de vue) le fruit."

Quant à Zobayr, les nouvelles de la réunion lui aurait fait crier de colère, "Je ne rengainerai pas mon épée jusqu'à ce que j’obtienne d’eux qu’ils jurent allégeance à Ali"

Les remarques d'Abu Sofyan sont rapportées comme suit : "Ô descendants d'Abd Manaf (l'ancêtre commun des clans Omeyyades et Hachémites), un vent de sable a explosé qui ne peut être apaisé avec des mots doux. Pourquoi Abu Bakr devrait-il vous contrecarrer ? Ont-ils placé la succession dans le clan qorayshite le plus pauvre (le clan d’Abu Bakr) parce qu'ils ne trouvent pas Abbas et Ali assez modestes ?" Alors il se tourna vers Ali et dit, "Donne-moi ta main pour que je puisse te jurer allégeance ! Je remplirais Médine de cavaliers et de fantassins si vous le souhaitez" Ali refusa son offre d'allégeance.

Il semble certain qu’à l’unique l'exception d'Ali, dont la dévotion sincère au Prophète et la foi dans l'Islam l'avait élevé à un plan moral bien au-dessus de la norme des anciens Arabes, que tous les chefs étaient motivés par l'ambition de régner. Un rapport qui confirme cette vue, cité dans les annales de Tabari ainsi que dans la Biographie d'Ibn Hisham, mérite d’être reproduit ici : "Ali était sorti de la maison du Prophète le dernier jour de sa maladie. Les gens se pressaient autour d'Ali, lui demandant des nouvelles de la santé du Prophète, et à Ali leur répondit, ‘Il récupère, Dieu merci.’ Abbas prit Ali à part et lui dit, ‘A mon avis il meurt. J'ai vu sur son visage les mêmes signes qui étaient sur le visage des fils d'Abd al- Mottaleb avant leur mort. Va de nouveau près du Prophète et demande qui doit commander après lui ! Si l'autorité doit être avec nous, nous serons au courant ; si elle doit être avec d'autres, il nous recommandera (à eux).’ Ali répondit, ‘Je ne poserai jamais une telle question. S'il nous la refuse, personne à l'avenir ne se tournera vers nous.'"

C'est un fait indéniable que les règnes des deux premiers califes furent bons. Alors que leurs accessions avaient été obtenues par des moyens contestables et sans un accord unanime des compagnons du Prophète, leurs méthodes de gouvernement n'ont pas dévié du Coran et de la sanna. Abu Bakr et Omar étaient les hommes honnêtes. Bien qu'Ali, en tant que candidat le plus éligible pour la succession, ait attendu six mois avant qu'il ne jure l'allégeance à Abu Bakr, il ne montra, selon les rapports, aucune hésitation semblable à jurer allégeance à Omar.

On ne peut pas dire autant du troisième califat. Sous le règne d'Othman, la déviation des normes coraniques atteint un tel point que toute la communauté musulmane entière s’enflamma et une révolte éclata.

Il y avait eu un semblant de démocratie pour la succession d'Othman, le choix ayant été fait par un comité et soutenu par l'opinion publique. Omar avait nommé les six membres du comité et les avait chargé de choisir eux-mêmes son successeur. Les six hommes étaient Ali, Othman, Talha, Zobayr, Sa'd ben Abi'l-Waqqas, et Abd or-Rahman ben Awf. Sur la proposition d'Abd or-Rahman ben Awf, le califat fut proposé soit à Ali soit à Othman ; comme Ali exprimait de la réticence, Abd or-Rahman ben Awf jura allégeance à Othman, et les autres suivirent son exemple. Pour jauger l'opinion publique, Abd or-Rahman avait mené une sorte de référendum les trois jours précédents.

Néanmoins le règne de ce calife qui avait été élevé au pouvoir avec l'approbation de toute la communauté s’écarta rapidement des normes établies par le Prophète. On a enregistré pas moins de 50 transgressions par Othman. Pour la plupart, ce sont l'ambition et l'avarice des membres de son clan qui sont à blâmer. Othman lui-même était un homme modeste, mais il était trop faible pour résister aux exigences de sa parenté. Sa faiblesse faisait un fort contraste avec la fermeté d'Omar. Même les conseils des sages compagnons du Prophète le lui faisaient pas prendre garde.

Le plus populaire de tous les choix pour le califat fut celui d'Ali. Son l'accession a été bien accueillie par l'opinion publique de Médine et par la plupart des compagnons du Prophète. Durant son court règne, cependant, il a dû combattre trois guerres civiles et faire face à la conspiration et à la perfidie provenant de nombreuses directions. Même les compagnons vétéran du Prophète Talha et Zobayr ont rompu leurs serments d'allégeance à Ali, et ont pris les armes contre lui parce qu'il avait refusé de leur donner le poste de gouverneur respectivement de Kufa et de Bassora.

On aurait pu citer des douzaines d’autres cas semblables. L'histoire prouve que la théorie sunnite du califat, même si elle peut être acceptée en principe, était démentie dans la pratique et n'a pas travaillé pour le bien de la communauté islamique. L’avidité de pouvoir et de richesse l’a emporté sur le souci d’imposer les commandements du Coran et des règles de la sanna.

Ceci soulève encore la question de savoir si le Prophète Mohamed était plus compétent que toute autre personne ou groupe pour désigner son successeur. Sûrement, pensera-t-on, il était le seul bien qualifié pour le faire, non seulement par son don d'inspiration et de prophétie mais aussi par ses forces intellectuelles et morales et autres qualités dépassant de loin ceux de ses contemporains, par sa dévotion absolue à la cause islamique, et en particulier par sa connaissance de nature humaine et des caractères de ses compagnons. Pourtant il s'est abstenu à cette étape, même au zénith de sa carrière quand personne n'aurait osé s'opposer à lui. Pourquoi s'est-il abstenu ? N'avait-il aucune considération pour une question importante telle que le choix de son successeur ? Ou a-t-il pensé que le moment n'était pas venu et qu'il aurait beaucoup d'années pour faire un choix ?

Le Prophète n'était pas très vieux quand il est tombé malade ; tous les récits lui donnent 63 ans. Sa maladie était courte. Il y a des raisons de supposer qu'il ne la considérait pas comme mortelle mais comptait jusqu'au dernier jour qu'il guérirait. Ceci doit avoir été la raison pour laquelle le premier jour il a demandé à ses épouses d’être soigné à la maison d'Aicha. On rapporte qu'il dit en plaisantant à Aicha, qui avait un mal de tête, "Vas-tu mourir avant moi et me laisser la tâche de laver ton corps et de dire la prière à ton enterrement ?" Sa réponse, elle aussi facétieuse, fut "Dans ce cas tu pourrais apprécier la compagnie de tes épouses à ma maison sans inquiétude." Visiblement le Prophète ne s’attendait pas alors à ce que sa maladie soit mortelle.

Cette supposition s’appuie sur le fait suivant. Peu de temps auparavant, le Prophète avait rassemblé une armée pour attaquer les arabes chrétiens en Syrie et avait désigné Osama, le fils de Zayd ben Haretha, qui n’avait que vingt ans, pour en prendre le commandement. Ce choix avait provoqué du mécontentement parmi les troupes musulmanes, car beaucoup de dignes vétérans Mohajerun et Ansar devaient servir dans cette armée. Lorsqu’on lui rapporta tous ces murmures, cela irrita tant le Prophète qu’alors que sa fièvre était à son début, il enroula un foulard autour de sa tête et marcha jusqu’à la mosquée, où il déclara du pupitre que le mécontentement des personnes était une forme de désobéissance et qu'Osama ben Zayd était en tout point le meilleur choix. Cette action fit taire les mécontents; elle indique également que le Prophète espérait une maladie courte et un rétablissement rapide.

Une raison supplémentaire peut être ajoutée à cette supposition, le fait que le Prophète soit mort avant qu'il ne se soit occupé d'une autre matière aussi importante pour le futur de l'Islam que le choix d'un successeur. Il n'avait pas pris ses dispositions pour que le Coran soit rassemblé et édité sous sa surveillance.

Le Coran est la garantie de la prophétie de Mohamed et l’écriture des musulmans qui fait autorité. À l'heure de la mort de Mohamed il n'avait pas été rassemblé ni stocké quelque part, mais était dispersé parmi ses compagnons et les scribes de la révélation.

Beaucoup de problèmes qui devaient préoccuper de futurs théologiens et commentateurs auraient été résolus s'il avait organisé sa collecte et avait personnellement supervisé son édition. Différentes lectures du texte n'auraient pas été accréditées, les versets d'abrogation et abrogés auraient été identifiés, et surtout, les sourates et les versets auraient été placés dans l'ordre chronologique de leur révélation, comme on rapporte qu'Ali le fit.

Selon certains récits, Zayd ben Thabet, qui avait été un des deux scribes en chef du Prophète, a dit ceci : "Abu Bakr m'a appelé et dit, ‘Depuis quelques temps Omar me presse de faire rassembler le Coran et de l’éditer. J'étais peu disposé, parce que si la collecte et l'édition du Coran avaient été nécessaires, le Prophète lui-même se serait occupé de la question. Mais à la bataille de Yamama (en Arabie centrale contre le Prophète rival Mosaylema), tant de compagnons de l’Apôtre de Dieu ont été tués, et tant de morceaux du Coran qu'ils ont pris avec eux ont été perdus, qui j'approuve maintenant l'opinion d'Omar."

Le point significatif est que c'était Omar qui avait vu la nécessité de cette mesure et persuadé le calife Abu Bakr de la prendre. Beaucoup d'années passèrent, cependant, avant que les travaux éditoriaux ne soient terminés. Le texte qui a été finalement rédigé sous la surveillance d'un comité désigné par Othman n'est hélas pas ordonné dans l'ordre chronologique des révélations. Les textes en possession d'Ali ben Abi Taleb et Abdullah ben Mas'ud n'avaient pas été consultés.

Les sourates sont placées illogiquement par ordre de longueur décroissante, alors qu’au moins les sourates mecquoises auraient pu être placés d'abord et les sourates médinoises en dernier. Il y a également des erreurs de rangements de versets mecquois dans des sourates médinoises et des versets médinois dans des sourates mecquoises.

Quoi qu’il en soit, le fait que le Prophète n'a pas organisé l’édition du Coran suggère que la mort l'a pris au dépourvu.

Il y a une preuve que jusqu'au dernier jour il n’a pas senti que la maladie serait mortelle. Ce jour a été enregistré comme étant le 28 Safar 11 AH, ou (plus probablement) 13 Rabi' ol-Awwalll AH. correspondant au 8 juin 632. Un jour que la fièvre était devenue aiguë et lui avait fait perdre connaissance. Lorsqu'il se réveilla et dans la conscience évidente de l'approche de la mort, il dit à ceux qui l’entouraient, "Apportez-moi un encrier et une feuille pour que je puisse écrire quelque chose (ou faire écrire quelque chose) pour vous ! Après ça, vous n'errerez pas à l'avenir." Hélas cette dernière demande du Prophète n'a pas été satisfaite. Les participants furent d'abord étonnés puis commencèrent à discuter entre eux. L’un d'eux dis, "Délire-t-il ? Devrions nous chanter un exorcisme ?" Zaynab ben Jahsh et certains des compagnons dirent, "Vous devriez apporter ce que le Prophète a demandées." Omar dit, "Sa fièvre est trop grave. Vous avez le Coran. Le livre de Dieu est assez pour nous." L'argumentation, entre ceux en faveur de laisser le Prophète écrire ou dicter une lettre qui éviterait de futures erreurs, et ceux qui étaient contre le laisser faire ainsi pour la raison que le Coran donnait des conseils suffisants, continua pendant longtemps et affligea tant le Prophète qu'il leur dit de cesser de se disputer en sa présence. Aucun d'eux n'a su ce que le Prophète souhaitait écrire ou, puisqu'il ne savait probablement pas écrire, dicter. A-t-il eu l'intention de nommer son successeur ? Se prononcer sur une question pas encore déterminée dans le Coran, ou abroger une loi coranique ? Pour définir une politique pour l'avancement de la nation arabe ? Si c'était une question d'importance pour le futur de l'Islam, pourquoi ne l'a-t-il pas faite connaître oralement ? L'énigme ne pourra jamais être résolue.

Il y a une question encore plus controversée qui a provoquée beaucoup de polémique. Pourquoi Omar, un homme fort et fidèle complètement convaincu par l'Islam et son fondateur, argumente-t-il contre le fait d’apporter de quoi écrire et enregistrer le dernier testament du Prophète sous le prétexte que le Coran était suffisant ? Omar a-t-il vraiment pensé que la fièvre du Prophète l'avait amené à délirer ? Ou Omar, avec son œil perçant et sa prescience pragmatique, avait senti que le Prophète allait nommer un successeur avant que la mort ne soit venue et nomme probablement Ali, dans ce cas Omar ne détiendrait jamais de véritable pouvoir parce que le testament du Prophète serait respecté par la grande majorité des musulmans ? C’est ce que les chiites croient; ils ne sont peut être pas loin de la vérité, car on ne peut trouver aucune autre raison convaincante pouvant expliquer pourquoi Omar s'est opposé à l'accomplissement de la dernière demande du Prophète.

Omar était une figure exceptionnelle de l'Islam, un des compagnons du Prophète le plus respecté et le plus influent et la référence dans les questions politiques. En plus de ses qualités d’homme d’Etat, il avait toujours montré de la capacité de juger les caractères et d’anticiper. Il est donc probable qu’il a fait un calcul. Si le Prophète était sur le point de nommer un successeur, le choix serait tombé probablement sur Ali ou Abu Bakr. Ali était le membre le plus distingué du clan Hachémite, étant un beau-fils du Prophète, un vaillant combattant, et un scribe de la révélation, et il avait une pensée et une volonté bien à lui; il n’aurait pas été susceptible d’être l'influencé par quelqu’un d’autre. Abu Bakr était un ami loyal d'Omar; tout au long des dix années à Médine, Omar avait été en contact étroit avec Abu Bakr plus qu'avec les autres compagnons du Prophète, et la plupart du temps ils étaient du même avis. Si le choix du successeur était entre Ali et Abu Bakr, Omar avait intérêt à préférer Abu Bakr. Le clan d’Abu Bakr n'était pas influent, et son tempérament était modeste et placide, Omar pouvait fortement espérer devenir son bras droit. Sous Ali, qui aurait eu l'appui de tout le clan Hachémite et du respect de beaucoup des compagnons du Prophète, Omar pouvait craindre d’être écarté. Un autre point peu susceptible d'avoir échappé à l'esprit perspicace d'Omar était âge d'Abu Bakr ; il avait alors plus de 60 ans. Cet âge, qui était une des raisons pour laquelle Abu Bakr jouissait d’un respect général, a dû renforcer l'espérance d'Omar que le choix se porte sur Abu Bakr plutôt qu'Ali, dont l'âge était alors de seulement 32 ans. En bref, la désignation d’Abu Bakr, par plusieurs aspects, offrait une meilleure perspective pour l'ambition politique d'Omar.

De telles considérations peuvent bien expliquer le malaise d'Omar lorsque Prophète demanda de quoi écrire avec l'intention probable de faire un testament. Il avait aussi peut être un autre souci en tête. Il ne serait pas facile d'accepter qu'après la prophétie la souveraineté reste dans la famille Hachémite et que la porte soit fermée à d'autres aspirants.

Il est naturellement possible que l'intention du Prophète n'ait pas été de nommer un successeur mais de traiter d’une toute autre question; mais tout s’est passé comme si l'intention d'Omar avait été d'éviter le risque d'être confronté au fait accompli. Ne souhaitant pas révéler son intuition que le Prophète était sur le point de faire un testament, il a prétendu que le Prophète avait parlé sous l’emprise la fièvre et n'était pas dans l’état d’ajouter quoi que ce soit au Coran, qui lui avait été révélé lorsqu’il était en bonne santé et contenait tous les commandements nécessaires.

Dans ce contexte une autre question surgit à l'esprit. Si le Prophète avait l'intention de désigner son successeur, pourquoi n'a-t-il pas annoncé son nom oralement ? Quand la discussion a commencé et qu’Omar empêchait qu’on apporte de quoi écrire, le Prophète ne pouvait-il en dire suffisamment pour exprimer sa décision, qui selon la croyance chiite était qu'Ali devrait lui succéder ? Puisque le nombre de personnes présentes dans la chambre était plutôt important, les nouvelles de son dernier souhait auraient aussitôt été connues par la communauté musulmane. Y avait-il une raison pour laquelle il n'a pas fait connaître sa décision oralement ? À première vue c'est un autre insondable mystère.

On ne doit pas oublier, cependant, que Mohamed a toujours agi avec un but. Pendant les 23 années de sa carrière prophétique, une idée avait pris racine et avait pris une telle force dans son esprit qu'on peut dire qu’elle était devenue une partie de sa personnalité. C'était dans le but de créer une nouvelle société basée sur l'Islam et d'incorporer le nationalisme arabe. Le Prophète, avec sa sagacité innée et une compréhension exceptionnelle de la nature humaine, était bien averti des idiosyncrasies et des mérites de ses compagnons. Il a certainement compris le caractère d'Omar, ayant eu souvent l'occasion d'observer son objectivité et sa prévoyance, sa ténacité vis-à-vis du but, et sa force morale. Le Prophète connaissait également l'amitié entre Omar et Abu Bakr. Omar depuis sa conversion avait été un des compagnons les plus proche du Prophète et à plusieurs occasions avait pressé le Prophète de prendre des décisions ou des initiatives qui avaient contribué au progrès de l'Islam. En d'autres termes, Omar n'était pas un sectateur dévoué comme Abu Bakr, mais un homme avec ses propres idées et opinions, qu'il a souvent soumises au Prophète et que le Prophète a souvent adoptées. Dans l’Etqan de Soyuti il y a un chapitre intitulé les "Passages dans le Coran qui ont été révélés à la suggestion des compagnons" ; parmi eux beaucoup ont été révélés à la suggestion d'Omar. Selon Mojahed ben Jabr (un traditionniste des débuts), "Omar exprimait souvent une opinion, qui ensuite descendait dans le Coran." On rapporte qu'Omar lui-même pensait que trois versets avaient été révélés à sa suggestion; le verset du voilage (sourate 33, al-Ahzab, 53), le verset des prisonniers (c.-à-d. ceux capturés à Badr ; sourate 8, ol-Anfal, 68), et le verset de la halte d'Abraham (c.-à-d. la Kaaba; sourate 2, al-Baqara, 119). Les traditionalistes, les biographes, et les commentateurs du Coran ont beaucoup à dire à ce sujet. Leurs écrits expliquent amplement qu'Omar était intelligent et sage et que le Prophète lui faisait confiance. Assurément parmi les compagnons du Prophète, il n'y avait pas plus de cinq hommes de valeur comparable.

Un tel homme n'aurait pas entravé l'écriture du testament sans motif. Si le Prophète nommait Ali oralement, il y aurait le risque qu'après sa mort la désignation puisse être contestée par Omar, Abu Bakr, et leurs associés et que la cause islamique subisse de ce fait de grands dommages. Du vivant de Mohamed, l’infini prestige de la prophétie lui avait permis de prendre toutes mesures qui lui semblaient justes. Peu de temps auparavant il avait donné le commandement d’une armée au jeune Osama ben Zayd faisant face à la critique générale, qu'il avait fait taire d’une courte réprimande.

Mais après sa mort comment cela se passerait-il ? Quand il ne sera plus là, qui aurait la capacité de mettre fin aux querelles  tribales et de réprimer les ambitions pour la richesse et le pouvoir ? Qu'arriverait à la nouvelle communauté islamique dont la création avait été son grand but ? Les Arabes rechuteraient-ils dans la vendetta et les combats fratricides ? Peut-être que de telles réflexions ont traversé l'esprit du Prophète et l'ont incité à rester silencieux, à part de demander aux gens de quitter la salle. On peut naturellement conjecturer d'autres raisons pour lesquelles le Prophète n’a pas, en fin de compte, nommé un successeur.

Quant à Ali, il avait toute une série de mérites que ses amis et ses ennemis lui reconnaissaient. Il n'avait jamais adoré les idoles et était devenu croyant à 11 ans. Il avait combattu dans les principaux raids, avait protégé le Prophète d’un danger mortel à la bataille du mont Ohod, abattu le champion qorayshite Amr ben Abd Wodd à la guerre du fossé, et pris d’assaut la forteresse de Natom à Khaybar. La nuit avant l’hégire (que le Prophète, ainsi qu'Abu Bakr, avait passé dans une caverne), Ali avait dormi sur le lit du Prophète en affrontant le risque d'être assassiné. Il avait tué plus d'ennemis que n'importe quel autre compagnon du Prophète. Il avait gagné l'estime par son courage, sa franchise, son éloquence, et sa minutie lorsqu’il suivait l'exemple du Prophète. Il était l'homme le plus distingué du propre clan du Prophète, les Banu Hashem.

Toutes ces vertus, cependant, ont pu avoir été compensées par la jeunesse d'Ali, car il était le plus jeune des compagnons du Prophète, et par sa double parenté au Prophète comme cousin (fils de l'oncle paternel du Prophète) et gendre (mari de la fille survivante, Fatima, du Prophète). Il y avait le risque que la désignation d'Ali comme successeur puisse être attribuée au népotisme et allume ainsi les jalousies des clans altérant l'unité et l'harmonie musulmane.

D'autres vertus pour lesquelles Ali était bien connu ont pu peut-être avoir été des obstacles sur le chemin de son avancement vers le commandement. Pour gouverner des hommes à l’ambition déchaînée, le futur poste de chef exigerait du calme, de la modération, et du respect les besoins et des aspirations de ses subalternes - qualités que le Prophète lui-même avait amplement démontrées. Après la conquête de La Mecque, le Prophète s'était abstenu d’infliger la peine de la mort à des adversaires obstinés, sauf de très rares exceptions, et avait distribué le butin pris à la tribu Hawazen, aux chefs qorayshites. Ali, cependant, était inflexible dans le traitement de telles questions. Il n'était jamais disposé à prendre en compte des demandes qu’il considérait comme non justifiée. Durant la campagne au Yémen sous l'ordre d'Ali en 631-2, les troupes avaient exigé que l’abondant butin leur soit distribué sur place, mais Ali les avait ignorés et avait insisté pour remettre tout le butin au Prophète; le résultat avait été que le Prophète décida d’une distribution équitable et disculpa Ali des plaintes déposées par la troupe. Des années plus tard, du temps du califat d’Othman, il consulta Ali au sujet du cas d'Obaydollah ben Omar qui avait tué Hormozan (un général iranien fait prisonnier et employé comme conseiller à Médine) parce qu'il suspectait Hormozan de complicité avec l’assassin de son père 88, Ali jugea sans hésitation qu'Obaydollah, en vertu de la loi islamique, était passible de la peine du châtiment en nature. Othman ne suivit pas le conseil d'Ali; il épargna la vie du deuxième fils des califes en le laissant payer l'argent du sang à la place puis en l'envoyant en Irak.

Le Prophète a bien compris le caractère d'Ali. Il était bien conscient des vertus d'Ali et savait également qu'Ali était un rigoriste intransigeant quand il considérait avoir raison. Cet idéalisme, bien qu'intrinsèquement précieux, n’était pas vraiment approprié au maniement des hommes dont la foi religieuse serait probablement couplée à l'ambition ou à la cupidité. Si la conduite d'Ali alarmait ce genre d’hommes, la communauté pourrait être divisée par la dissension et le grand but ne pourrait pas être réalisé.

Durant la courte période du califat d'Ali (18 Dhu'l-Hejja 35 - 17 juin 656, Ramadan 40 - 24 janvier 661), les opportunistes ont en effet été alarmés. Sa réticence a laisser des pécheurs continuer, même temporairement, de régner sur les musulmans l'a mené à un conflit avec Mo'awiya, le gouverneur de Syrie. Ses vues sur la question ont également contrarié deux anciens compagnons du Prophète, Talha et Zobayr, qui ont pris les armes contre lui.

Quelle que soit les raisons, la succession était irrésolue quand le Prophète trépassa. Ce fait est peut-être une indication de la sagesse et de la prévoyance du Prophète. Il est possible que le Prophète ait finalement décidé de ne pas placer une faction au dessus d’une autre mais de laisser la lutte pour le pouvoir et le commandement suivre son cours naturel, dans l'espérance que le principe appelé aujourd’hui la survie du plus apte, assurerait la survie de l'Islam.

Cette question rappelle un événement quelque peu semblable de l'histoire moderne. Lénine malade envoya de son lit une lettre au comité central du parti communiste soviétique. Ne pouvant pas assister aux réunions de comité, il fut obligé d'écrire cette lettre, qui est devenue connue sous le nom de testament de Lénine. Il y félicitait les qualités des deux principaux membres du comité, Staline et Trotski, et décrivait les deux hommes comme des composants essentiels du nouveau régime, mais ne pouvait cacher son inquiétude au sujet du risque d’un futur conflit entre eux. Il mentionna même les démérites aussi bien que les mérites de chacun. Pourtant là aussi il choisit aussi de se taire sur le problème de la succession, laissant sa solution aux mécanismes de la loi de la survie du plus apte (ou du plus fort).

Avant l'arrivée de l'Islam, les Arabes avaient l'habitude de se vanter de la supériorité de leur tribu, clan, ou généalogie par rapport à ceux des autres. Leurs prétentions à la supériorité n’étaient pas basées sur des vertus et des grâces mais sur la prouesse dans le meurtre, pillage, et l’enlèvement les femmes à d'autres hommes. Les enseignements de l'Islam ont détruit ce concept et ont fait de la piété la mesure du mérite d'une personne. Malheureusement la nouvelle norme ne s’est pas maintenue longtemps dans la pratique - pour être précis, pas après la mort d'Omar en 644. Durant le règne d'Othman, le népotisme a prévalu sur la piété. Les hommes dévots tels qu'Abu Dharr al-GheIari89 et Ammar ben Yaser90 ont été écartés, et les membres des clan des califes comme Mo'awiya ben Abi Sofyan et al-Hakam ben Abi'l-Comme ont été nommés gouverneurs.

Sous le califat Omeyyade (661-750), le grand principe islamique de la noblesse par la piété a été tout simplement ignoré. La fierté tribale et nationale a tenu bon, mais dans un plus grand cadre. Les exigences du nationalisme arabe ont alors pu être satisfaites aux dépens des peuples conquis.

Les hommes des déserts stériles de l'Arabie avaient envahi de grandes régions du monde civilisé. La conquête des peuples autrefois renommés pour leur puissance impériale et leurs richesses matérielles intoxiqua les Arabes de fierté. Partant de l'idée que leur propre nation était supérieure et les nations conquises inférieures, ils ont dédaigné ces nations et ne les ont jamais reconnues comme leurs égales. Ils n'ont pas même concédé à ceux qui sont devenus musulmans l'égalité des droits garantie par la loi islamique.

On relate qu'après qu'un iranien converti, protégé d'une tribu arabe les Banu Solaym, se maria avec une de leurs femmes, un membre de la tribu nommé Mohamed ben Bashir alla à Médine pour s'en plaindre au gouverneur, Ebrahim ben Hisham ben al-Moghira. Le gouverneur envoya alors des représentants qui donnèrent à l'Iranien 200 coups de fouet, lui rasèrent le visage et les sourcils puis l'obligèrent à divorcer. Mohamed ben Bashir en a composé une ode, conservée dans le Ketab al-Aghani91. Quelques lignes en sont traduites ci-dessous :

"Vous respectiez la coutume et la jugiez juste.
Vous n'aviez pas hérité des fonctions de gouverneur d'un étranger.
Le protégé (non arabe) reçut une punition exemplaire de deux cents (coups de fouet), du rasage les sourcils et des joues.
Alors que les filles de Kesra92 sont des bonnes camarades pour eux, est-ce que les protégés en veulent encore plus ?
De quoi les protégés sont-ils justement dignes ?
Le mariage d’esclaves à esclaves.
"

Il existe une autre histoire instructive dans Oyun ol-akhbar of Ibn Qotayba :93

"Un Arabe alla voir un qadi (juge) et lui dit, ‘Mon père est mort avec la volonté que sa propriété soit divisée entre mon frère, moi-même, et un hajin (un mot arabe signifiant ignoble qui qualifiait le fils d’une femme non arabe). Quelle est la part de chacun ?’ Le qadi répondit, ‘il n'y a aucun problème.  Chaque frère a droit à un tiers de la propriété.’ L'Arabe dit ‘Vous n'avez pas compris notre problème. Nous sommes deux frères et un hajin.’ Le qadi répondit, ‘Chacun a droit à une part égale.’ L'Arabe demanda en colère, ‘Comment un hajin peut-il être notre égal ?’ Le qadi répondit, ‘C'est le commandement de Dieu.’"

Des centaines de récits semblables des premiers siècles islamiques ont été transmis. Ils fournissent la preuve que l'Islam a été employé pour le pouvoir et comme instrument de domination des d'autres peuples. Les commandements et les enseignements humanitaires du Coran n'ont été ni imposés ni observés. Des notions arabes païennes de supériorité ont été réaffirmées dans le contexte islamique. Des musulmans non arabes, cependant, sont restés soucieux du grand précepte de l'Islam, "Le plus noble d’entre vous devant Dieu est les plus pieux d’entre vous" (sourate 49, al-Hojorat, verset 13). Le mouvement Sho'ubiya (de la renaissance culturelle iranienne) est né en réaction aux prétentions Arabes et ne serait peut être jamais apparu si l'Islam de Mohamed ben AbdolHih et le courant d'Abu Bakr, Omar, et Ali s’était maintenu.

LA QUÊTE DU BUTIN

Certains savants occidentaux qui ont étudié l'Islam le considèrent comme un phénomène régional et critiquent plusieurs de ses commandements comme peu convenables pour les sociétés avancées. Parmi les exemples qu'ils citent il y a les obligations d'exécuter la prière et l'ablution rituelles cinq fois par jour et de préférence dans une mosquée; la mesure du temps en années de douze mois lunaires; le jeûne et l'abstention des activités essentielles du lever de soleil au coucher du soleil pendant l'un de ces mois, indépendamment du fait géographique que sous des latitudes élevées le soleil ne se couche pas et le jour est continu. Selon l'opinion de ces savants occidentaux, le législateur du jeûne du Ramadan n’avait connaissance que des conditions du Hedjaz au 7ème siècle, et en a fait une norme car il était ignorant des conditions qui régnaient ailleurs. L'interdiction du prêt à intérêt est critiquée comme nocive à l'investissement pour des équipements essentiels et au développement économique. La permission de l'esclavage est vue comme une autorisation légalisée de traiter les êtres humains comme des animaux. L'inégalité des droits d’héritage des femmes avec ceux des hommes, alors que les femmes en ont un besoin plus grand car elles n’ont habituellement pas de fonctions productrice de richesse, est considérée comme irrationnelle, et la présomption que le témoignage d’une femmes vaut la moitié de celui d’un hommes est jugée comme une négation des droits de l'homme. Les peines d’amputation de la main pour un vol et du pied pour vols répétés sont considérées antisociales parce qu'elles font du condamné un infirme inapte au travail. La polygamie dans la limite de quatre épouses contractuelles, le concubinage illimité avec les femmes esclaves comprenant les femmes mariées dont les maris ont été faits prisonnier, et de l'adoption de la loi juive de la lapidation pour l'adultère sont condamnés comme inhumains. La restriction de la liberté des dispositions testamentaires est considérée comme contradictoire avec le principe légal islamique "Les gens ont le contrôle de leurs propriétés et de leurs personnes." Le résultat de toutes les critiques est qu'une telle religion ne peut être universellement et définitivement valide.

Mais le fait est que bien évidemment plusieurs de ces commandements, tels que lapider, l’amputation, et les représailles "œil pour œil, dent pour dent", ne sont plus observés dans la plupart des pays musulmans, et que les banques qui payent et encaissent des intérêts ont été crées dans tous les pays musulmans. Quand ce fait est mentionné, les critiques font des commentaires caustiques sur le hadj. Ils disent qu’appeler maison de Dieu un temple des idoles, considérer le rite païen antique d'embrasser une pierre noire comme une cérémonie islamique, et tous les autres rites de pèlerinage sont contradictoires avec l'affirmation de l'Islam de sauver les gens de l'idolâtrie et de la superstition et doivent être interprétés comme des expressions d’un sentiment racial. Aucune religion, arguent-ils, ne peut être universelle et permanente à moins qu'elle ne guide la totalité de l'humanité vers le bien et transcende tous les racialismes et fanatismes.

Ces critiques oublient trop souvent que les meilleures lois sont celles qui comblent des lacunes et combattent des maux existant dans la société concernée. Sur une terre où tuer, piller, et violer les droits et l’honneur des autres peuples étaient banal, seule la rigueur pouvait être efficace. Amputation, lapidation, et vengeance étaient peut être les seuls remèdes dans de telles circonstances. L'esclavage était et avait été pratiqué par des peuples contemporains et civilisés bien avant, tels que les romains, les assyriens et les chaldéens; et dans l'Islam l’affranchissement d’un esclave rachetait beaucoup de péchés. Comme déjà noté dans la section "Les femmes dans l'Islam" du chapitre 3, les femmes arabes païennes n’avaient aucun droit; l'épouse d'un homme décédé pouvait même être transférée à son héritier comme partie de ses biens. La législation coranique sur les femmes a constitué une avance révolutionnaire. Il est absurde d’évaluer les actions et les commandements d'un chef qui vécut au 7ème siècle à l’aune des normes du 19ème et 20ème siècle; pour arguer, par exemple, que le Prophète Mohamed aurait dû agir comme Abraham Lincoln sur la question de l'esclavage.

Beaucoup de critiques peuvent être critiqués à leur tour. Même sur le point important de liberté de pensée et de croyance, on peut arguer que les musulmans étaient bien fondés de donner aux habitants des territoires conquis le choix entre professer de l'Islam et du paiement d’un tribut. Cependant selon les normes de la pensée avancée du 20ème siècle, l'utilisation de l'épée pour contraindre à professer l'Islam était évidemment indécente et injuste. La pensée moderne ne peut non plus accepter que Dieu Tout-puissant ait choisi les Arabes du 7ème  siècle d’Arabie pour guider la totalité de l'humanité. Si Dieu avait été si soucieux que les peuples de la Syrie, de l'Egypte, et de l'Iran deviennent musulmans, les moyens de genre étaient disponibles, car dans le Coran (par exemple sourate 16, verset 95) "Il égare qui Il veut et guide vers le bien qui Il veut.". Le fait que les peuples ne peuvent être guidés par l'épée est dit clairement dans le verset 44 du la sourate 8 (al-Anfal) : "Ceux qui périssent périront par la preuve claire et ceux qui survivent survivront par la preuve claire." Le verset 6 de la sourate 109 (al- Kaferun), qui déclare "Tu as ta religion et j’ai ma religion,", on pourrait citer des douzaines d'autres versets coraniques avec la même signification en confirmation de cette thèse.

L'étude de cette question mène à la surprenante conclusion que donner le choix entre embrasser l'Islam et payer un tribut fut une politique visant les habitants d'Arabie, et qu'elle ne fut adoptée qu’après la capture de Khaybar et, surtout, de la conquête de La Mecque et de la soumission des qorayshites. Le Prophète Mohamed avait l'intention de transformer l'Arabie en unité politique unique, et selon un Hadith bien authentifié, il a déclara en conséquence qu’ "il ne doit pas y avoir plus d'une religion dans la péninsule Arabe." La conquête de La Mecque a été suivie de la révélation d'un verset (sourate 9, ot-Tawba, 28) qui déclare que les polythéistes sont impurs et ne peuvent plus s'approcher de la Mosquée du Sanctuaire. Plusieurs passages dans la même sourate témoignent de la résolution du Prophète à former une entité nationale arabe sous la bannière de l'Islam. On menaça le bédouin de mesures sévères et d'utilisation de la force, que le verset 98 décrit comme "Le plus têtu dans l’incroyance et l'hypocrisie et le plus susceptible d'ignorer les limites de ce que Dieu a indiqué à son Apôtre." L’expression "Si nous l'avions descendu à un non Arabe" dans la sourate 26 (osh-Sho'ara), verset 198, suggère que les étrangers avaient été plus rapides que les Arabes pour comprendre et accepter le Coran et ses enseignements.

Parmi toutes les observations faites par des savants européens, deux restent pratiquement irréfutables. Une concerne l'irrationalité de l'idée que Dieu a commissionné les Arabes du Hedjaz pour enseigner la moralité et le monothéisme aux peuples du monde par l’épée. Puisqu'il est difficile d’y croire, le sujet ne sera pas poursuivi ici. L'autre observation concerne l'impulsion économique des conquêtes arabes.

Dans la section précédente de ce chapitre, on a noté que l'ambition pour le commandement et le pouvoir a façonné l'histoire politique de l'Islam après la mort du Prophète. Il y a également abondance de preuves que les conquêtes arabes ont été motivées par le désir de s’emparer de la richesse d'autres peuples.

Les rudes hommes qui économisaient de maigres subsistances de leur sol aride savaient bien qu'au delà de leurs frontières s’étendaient des terres fertiles et des villes prospères où abondaient le nécessaire et le luxueux. Malheureusement ces régions très peuplées appartenaient aux puissants empires d'Iran et de Rome, et ils n’étaient pas concevable qu’il puisse attaqués par une quelconque bande de pauvres nomades mal équipés. L'Islam, cependant, a mis fin aux querelles intestines des tribus arabes, élargi leurs horizons, et forgés une puissante unité de leur force dispersée. L'impossible est alors devenu possible.

Ces peuples pauvres avaient l’habitude de s’abandonner à leur avidité en s’emparant de 2 ou 300 chameaux par un raid sur une tribu plus faible. Unis dans une force unique, ils sont devenus capables de s’emparer de bien plus de butin, de conquérir les terres riches et fertiles, de posséder de belles femmes à la peau blanches, de trésors inestimables. Ils ne craignaient pas de risquer leurs vies dans la poursuite du butin ou pour satisfaire leur avidité. Sous la bannière de l'Islam, ils marchaient non seulement dans l'espoir du butin mais également dans la confiance que s'ils tuaient ils iraient au ciel et s'ils étaient tués ils iraient au ciel. Cette croyance satisfaisait un besoin spirituel urgent, alors qu’ils éprouvaient une grande envie de gloire et de contrôle. Les attaques par la tribu Tamim de la tribu Taghleb, par les Aws des Khairaj, par les Thaqif des Ghatatan, n'étaient plus possibles; au lieu de cela, de leurs yeux se sont tournés sur la Syrie et l’Irak.

Comme on l’a déjà noté dans la troisième section du chapitre 3, le butin avait été un facteur important dans l'implantation de l'Islam et de la consolidation de la communauté musulmane. La prise de la caravane qorayshite à Nakhla la deuxième année après l’hégire avait renforcé la position des musulmans, et la prise suivante d'une partie de la propriété des Banu Qaynoqa puis de toutes les propriétés des Banu Qorayza, avaient assaini leurs finances.

L'insatiable soif arabe pour le butin est clairement dépeinte dans le Coran (sourate 48, al-Fat-h, verset 15) : "Ceux qui ont traîné derrière diront, quand vous vous mettrez à prendre le butin, ‘Laissez-nous vous accompagner!" Le verset évoque un bédouin qui s'était abstenu de combattre les qorayshites et de participer à l'engagement sous l'Arbre, mais plus tard il a voulu joindre l'expédition contre les juifs de Khaybar afin de partager dans le butin abondant que Dieu a promis aux musulmans.

A la campagne de Khaybar, le Prophète offrit une part du butin à la tribu Ghatatan et les a de ce fait dissuadés d'aider les juifs locaux, avec qui ils étaient alliés.

Les récits de la première décennie après l’hégire livrent beaucoup d'autres exemples de l’avidité arabe pour le butin. Un exemple, qui a été déjà mentionné dans la cinquième section du chapitre 3, mérite une note particulière, à savoir le mécontentement des Ansar quand le butin pris à la tribu défaite Hawazen a été distribué aux chefs qorayshites.

Les rapports fournissent des preuves de l'instinct prédateur des Arabes et en même temps de la compréhension du Prophète de la mentalité de son peuple.

Dans une discussion sur ce sujet, il est important de considérer que le recours du Prophète aux mesures telles que l'attaque des caravanes et l'élimination ou le assujettissement des communautés juives a été motivé par un but plus élevé que le désir arabe d'amasser de la richesse. Mohamed était également un homme d’Etat, et dans les esprits des hommes d’Etat la fin justifie les moyens. Il visait à implanter l'Islam, de supprimer les polythéistes corrompus et les hypocrites, et à de fonder un état arabe uni sous la bannière de l'Islam. Toutes les étapes qui conduisaient à ce but élevé étaient permises.

Les revenus des attaques et des raids ont été employés au bien de l’encore petite communauté musulmane, pas pour le profit personnel du Prophète. Lui-même se contentait d’un style de vie très modeste. Après la confiscation des maisons et des biens des Banu Qorayza, ses épouses exigèrent des parts plus élevées du riche butin, mais il leur a donné le choix entre se contenter de leurs allocations ou de divorcer.

Les chefs compagnons du Prophète, suivant son exemple, également vécurent modestement. Aussi longtemps qu'il a été là, aucun d'eux n'est tombé dans la cupidité. Après sa mort, cependant, et en particulier après le grand afflux de butin des terres conquises loin des frontières de l'Arabie, bon nombre d'entre eux y ont succombé.

Le deuxième calife Omar prit soin de maintenir une main ferme. Dans la répartition du butin et des pensions aux chefs des Mohajerun, des Ansar, et autres notables de Médine, il agissait toujours modérément et équitablement. Tenant à garder le peuple sur la voie du Prophète, il menait lui-même une vie austère. On rapporte que l’esclave affranchi Salem (un transmetteur de hadiths des débuts) dit que la valeur de tous les vêtements d’Omar pendant son califat, y compris le turban et les chaussures, n'excédait pas 14 dirhams, alors qu'elle s'était précédemment élevée à 40 dinars. La frugalité d'Omar était si stricte que, selon Tabari, un large mécontentement monta les dernières années de son règne; quand il l’apprit, il monta au pupitre un jour et déclara sans ambages, "Je me suis efforcé d'élever l'Islam. Maintenant il est mûr. Les qorayshites veulent prendre la générosité de Dieu des bouches de Ses fidèles. Ceci ne se fera pas tant que le fils d'al-Khattab sera vivant. Je me tiens vigilant. J'empêcherai les qorayshites de quitter le droit chemin et d'aller en Enfer." Tabari déclare également qu'aucun des principaux compagnons n'étaient autorisés à quitter Médine sans la permission d'Omar, et que s'il donnait une telle permission, ce n’était que pour une courte absence ou un voyage dans le Hedjaz, parce qu'il craignait que leur venue dans les territoires conquis ne cause la division dans les rangs musulmans. Si un qorayshite important demandait à s'associer à une des guerres contre des étrangers, Omar répondrait, "Le raid où tu as accompagné le Prophète est suffisant. Il vaut mieux pour toi que tu ne voies pas les pays étrangers et que les pays étrangers ne te voient pas"

Commentant la sévérité d'Omar, le perspicace savant égyptien moderne Taha Hosayn94 a écrit dans son livre al- Fetnat al-Kobra (2 vols., le Caire 1947 et 1953) : "Omar se méfiait des qorayshites, se rendant bien compte de leur mentalité tribales et de leur avidité de puissance et de gains. Le seul fondement à leur prétention à être la tribu arabe la plus noble était leur situation de gardiens de la Kaaba, qui avait été le principal centre de pèlerinage et le temple des idoles des Arabes. En fait ils étaient devenus la tribu la plus riche en exploitant la croyance et les coutumes religieuses des Arabes. Grâce à la sécurité assurée de La Mecque et de ses environs, ils avaient pu se concentrer sur le commerce et gagner une position dominante dans ce domaine. Omar savait que ses mêmes membres de la tribu qorayshites devaient leur prestige et leur richesse à la Kaaba et qu'autrement ils n'auraient pas révéré ses idoles. Il savait également que leur acceptation de l'Islam n'avait pas été volontaire mais imposée par la victoire de Mohamed et par leur crainte des musulmans. D'ailleurs ils considéraient toujours leur mouvement dans le camp musulman comme un jeu risqué. Évidemment il serait dangereux de donner les mains libres à de tels opportunistes cupides."

La solidité du jugement d'Omar est certifiée par le cours des événements après sa mort. Quoique Othman ait laissé un an à leur poste tous ceux qu’Omar avait désignés conformément à une demande du testament d'Omar et fait des changements que plus tard, dès le début de son règne il fit des paiements somptueux du trésor public aux Mohajerun et aux Ansar, et à une occasion il augmenta leurs pensions de 100 %. Alors que le troisième calife conservait le style de vie modeste de ses prédécesseurs et ne détournait jamais les fonds publics pour son usage privé, ses largesses indues suscitèrent l’envie et l’avidité et discréditèrent l'austérité et l'abnégation.

On a déjà évoqué la tenue et le style de vie modestes d'Omar, un des plus solides califes de l'histoire de l'Islam et le premier à porter le titre de "Prince des Croyants." L'austérité d’Ali est également bien connue, ce dont ses amis et ennemis témoignent. Les vêtements d'Ali étaient si rapiécés qu'il avait honte de donner autant de travail à la couturière. Il réprimanda sévèrement son frère Aqil quand ce dernier demanda l'aide du trésor public pour payer ses dettes. Le recours ultérieur d'Aqil à l'adversaire d'Ali, Mo'awiya ben Abi Sofyan est une marque supplémentaire de l’importance du facteur pécuniaire dans la détermination des attitudes arabes.

Dans ce contexte, la carrière d'un des plus grand compagnon du Prophète, Sa'd ben Abi Waqqas, mérite qu’on s’y arrête. Converti de la période mecquoise, il devint un des dix à qui le paradis a été promis. Sous le règne d'Omar il a commandé l'armée qui défit les Iraniens à la bataille de Qadesiya et pris leur capitale, Ctésiphon, en 637. Pour cela il fut honoré du titre de "Chevalier de l'Islam" et premier gouverneur de Kufa. En 644, à la mort Omar, il fut désigné au comité des six compagnons qui choisiraient le prochain calife, et fut naturellement lui-même candidat. A sa mort en 674-5 dans son château de la vallée d’al-Aqiq près de Médine, il laissait une fortune dont une somme d'argent d’une valeur comprise entre 200.000 et 300.000 dirhams.

On ne doit pas non plus oublier la conduite du fils de cet éminent compagnon. En 681 Omar ben Sa'd ben Abi Waqqas reçu d'Obaydollah ben Ziyad, vice-roi d’l'Irak, une offre du poste de gouverneur de Rayy en Iran s'il prenait d’abord le commandement d’une expédition pour intercepter Hosayn ben Ali et contraignait ce dernier à reconnaître le califat de Yazid ben Mo'awiya ou d'en subir les conséquences. Omar ben Sa'd fut d’abord peu disposé à accepter cette mission. Ses parents, avec qui il en discuta une nuit durant, désapprouvèrent unanimement, pour la raison qu'il serait mal que le fils d'un compagnon respecté du Prophète risque de combattre le petit-fils du Prophète. Néanmoins l'ambition d'Omar ben Sa'd et l'insistance d'Obaydollah ben Ziyad l’ont emporté, et Omar ben Sa'd accepta de marcher sur Hosayn. Cependant lorsqu’il rencontra le groupe d’Hosayn, il préféra négocier et passa trois jours à essayer de persuader Hosayn de se rendre et faire allégeance à Yazid. Les pourparlers prolongés firent craindre à Obaydollah ben Ziyad que les sentiments d'honneur ou le zèle islamique amènent Omar ben Sa'd à passer dans le camps d’Hosayn. Obaydollah envoya donc un message à un des officiers, Shemr ben Dhi'l-Jowshan, lui ordonnant de prendre le commandement de force si Omar ben Sa'd continuaient à temporiser. Dès qu'Omar ben Sa'd l’apprit, il oublia la carrière de son père au service à l'Islam et son souci de montrer du respect à la famille du Prophète. Ce fut lui qui a tira la première flèche sur le petit-fils du Prophète. Le poste de gouverneur de Rayy signifiait plus à lui que la religion, l'honneur, et la moralité.

Talha ben Obaydollah, un autre éminent compagnon et un des dix à qui le paradis a été promis, fut également désigné par Omar pour le comité des six et également candidat à la succession; mais son absence de Médine l'empêcha de participer au comité, qui fit son choix sans entendre son avis. Après son retour à Médine, il adopta une attitude dissidente et refusa l'allégeance à Othman. Finalement Othman alla en personne le voir et lui offrit d'abdiquer en sa faveur. Talha fut embarrassé puis fit allégeance à Othman, qui le récompensa par un prêt de 50000 dirhams tiré du trésor public et, en reconnaissance de son utilité, n'exigea pas le remboursement de cette somme substantielle. Par la suite Talha devint un des amis les plus proches d'Othman et arrangea beaucoup de transactions avec son aide; par exemple, si Talha souhaitait échanger des terres ou des sommes d'argent en d’Irak pour le Hedjaz ou l’Egypte, Othman était prêt à aider en envoyant des ordres aux fonctionnaires n'importe où dans l'empire islamique. Quand les murmures de l'opposition au troisième calife ont commencé à se faite entendre, Talha parla d'abord en sa faveur; quand ils sont devenus plus fort, il a prudemment tenu sa langue, puis lorsque les dissidents ont fait le siège de la maison d'Othman, il s'est sans difficulté déclaré être de leur côté. Talha fut tué à la bataille du chameau en 656. Il y a un rapport selon lequel le cousin d'Othman, Marwan ben al-Hakam, lança la flèche qui tua TaIha en disant, "Pour venger le meurtre d'Othman, je n'ai pas besoin de plus que le sang de Talha." (Marwan, qui était également un adversaire d'Ali, est devenu le quatrième calife Omeyyade en 684-685.) Bien que Talha ait été loin d’être riche à l'heure de sa conversion et guère plus que modérément cossu à la fin du règne d'Omar, la fortune qu'il a laissée a été estimée à 30 millions de dirhams constituée de 200.000 dinars et le reste en bâtiments, terres agricoles et biens mobiliers. Un autre récits (dans le Tabaqat d’Ibn Sa'd) donne comme possessions en argent comptant de Talha, 100 sacs de cuir de 3 qentars (quintal) d'or pur.

Un autre des six désignés par Omar pour décider de la succession fut (oz-)Zobayr ben ol-Awwam. Il était un parent proche du Prophète, étant le fils de la tante paternelle de Mohamed et relié par d'autres filiations également. De plus c’était un converti du début et un des dix à qui le paradis a été promis. Plus tard il a combattu dans plusieurs raids et guerres. Le Prophète l'avait appelé "mon disciple". Il était ainsi un des compagnons le plus respectés. Il existe un racit selon lequel le troisième calife donna 600.000 dirhams du trésor public à Zobayr, et que Zobayr ne sut pas quoi faire d’une si grande somme mais agit conformément à l'avis de certains de ses amis. Il avait l'habitude d’acheter des maisons et des champs dans diverses villes et aux alentours, à sa mort il possédait de nombreuses propriétés à Fostat (le futur Caire), Alexandrie, Bassora, et Kufa, ainsi qu’à Médine où il possédait onze maisons de location. Les évaluations de la valeur totale de son patrimoine allaient de 35,2 à 52 millions de dirhams. Ibn Sa'd affirme dans son Tabaqat que Zobayr était trop pieux pour accepter des dépôts, craignant que les marchandises ou l'argent déposés puissent être perdus ou endommagés dans une quelconque calamité, mais était disposé, si les gens insistaient, à accepter des prêts, parce qu'il pourrait investir leurs fonds aussi profitablement que ses propres fonds et parce que ses héritiers seraient obligés de payer ses dettes après sa mort. Il a en fait laissé des dettes s'élevant à environ 2 millions de dirhams, que son fils remboursa.

Abd or-Rahman ben Awf, un proche compagnon du Prophète et un des dix à qui le paradis a été promis, est connu comme un commerçant judicieux et expérimenté. Il était conseiller de confiance d'Abu Bakr et d'Omar, et un membre du comité des six. Jamais dans la gêne, il prit la tête d’activités charitables. La richesse qu'il laissa, cependant, dépassa de loin ce que les affaires au bazar de Médine pouvaient rapporter. A sa mort, il avait quatre épouses, chacune d’elle hérita de 50.000 dinars d'or ainsi que 1000 chameaux et 3000 moutons; dans son testament il leur conseillait de dépenser leurs richesses pour la cause de Dieu.

Durant le règne du troisième calife, il y avait peu d'hommes du calibre de Hakim ben Hezam, qui n'acceptait pas un penny du trésor et refusa une pension alors que les fonds publics étaient distribués aux Mohajerun et aux Ansar.

Bien plus connues sont la piété et l'austérité d'Abu Dharr al-Ghefari95 un premiers converti et compagnon du Prophète et important transmetteur de hadiths. Il soutenait que le verset 34 de la sourate 9 (ot-Tawba), "Ceux qui amassent l'or ou l'argent et ne le dépensent pas pour la cause de Dieu, se préparent une punition douloureuse !", est un commandement à tous les musulmans de ne pas accumuler des richesses mais de les dépenser en charité. Alors qu’il habitait en Syrie, Abu Dharr reprocha au gouverneur, Mo'awiya, d’enfreindre ce commandement. Il fut alors banni comme indésirable et renvoyé de nouveau dans le Hedjaz. A Médine il répéta les mêmes vérités, et ses mots ont atteint les oreilles du troisième calife. Il fut alors flagellé et expulsé. Le reste de sa vie ce dévot compagnon habita dans une caverne.

A l’exception de quelques uns, tous ont succombé à la cupidité et se sont joints à la mêlée pour la richesse. Même des non qualifiés et des non liés ont pu faire de l'argent. Il est rapporté qu’un homme appelé Jannab, qui avait été bagagiste et garçon de course à La Mecque laissa 40.000 dirhams à sa mort à Kufa.

Les parts du butin saisi données aux guerriers en campagne et les pensions que leur payait le trésor en d'autres occasions les ont rendus riches. Les cavaliers qui ont combattiu en Efriqiya {Afrique} (aujourd’hui Tunisie) sous le commandement d'Abdullah ben Sa'd ben Abi Sarh ont reçu 3000 methqals d'or pur, et les fantassins 1000 methqals (Un methqal vaut environ 4,7 grammes).

Des sources fiables du début de l’histoire islamique rapportent des centaines d'exemples, il est évident que l'espoir de butin, de s'approprier les terres d’autrui, et de capturer et d'asservir les femmes d'autrui a été une motivation majeure des combattants arabes. Dans leurs quêtes de profits, ils n’ont manqué ni de courage ni reculé devant la cruauté. Sous couvert d'Islam, ils cherchaient le pouvoir, la possession, et la suprématie. Ce faisant ils ont ignoré le grand précepte de l'Islam que "les plus nobles d’entre vous dans le regard de Dieu sont les plus pieux d’entre vous" (sourate 49, verset 13).

Tôt ou tard cette conduite ne pouvait manquer de provoquer des réactions. D'autres peuples, en particulier Iraniens, ne se soumettront pas à une telle tyrannie. Ils ont accepté les enseignements spirituels et humanitaires de l'Islam, mais rejeté la prétention arabe à la supériorité raciale et refusé d'être saignés par des exploiteurs Arabes. Les porte-parole arabes répliquèrent en les accusant de nationalisme (sho'ubiya) et même d’hérésie (zandaqa).

Votre serviteur se rappelle avoir lu un livre intitulé oz- Zandaqa wa'sh-Sho'ubiya édité en Egypte avec une préface d’un professeur de l'université du Caire. Le livre était une tentative de dépeindre l'affirmation de soi nationale des Iraniens comme une forme d’hérésie ou de déviation des principes islamiques; il ne contenait aucune mention des infractions arabes du commandement "Dieu encourage la justice et la charité" (sourate 16, verset 92).

Parmi les califes dénommés les "Princes des Croyants" il y eut des hommes si débauchés qu'on rapporte qu’ils se sont baignés dans des piscines de vin. Dans l’indifférence flagrante de l’enseignement du Prophète selon lequel l'honnêteté et la vertu sont la mesure de la valeur humaine, les califes Omeyyades étaient certains de la supériorité des arabes sur les autres musulmans et de la supériorité des Omeyyades sur les autres Arabes.

Il y eut de prétendus "Princes des Croyants" qui montèrent au pupitre pour insulter Ali ben Abi Taleb, le plus dévot et instruit des compagnons du Prophète. Le calife Motawakkel (847-861), lui-même descendant de l’autre cousin du Prophète, l’érudit Abdullah ben al-Abbas, est allé jusqu’à mettre un masque de clown représentant Ali et de danser devant ses courtisans. Il a également fait labourer et irriguer l'emplacement de la tombe d’Hosayn ben Ali dans l'espoir que la mémoire de ce petit-fils courageux du Prophète soient de ce fait effacée.

Les Iraniens jugèrent avec raison que des hommes si éhontés et si insouciants des enseignements du Prophète Mohamed ne méritaient pas le titre de "Prince des Croyants".

CHAPITRE 6

RESUMÉ

L’apparition et la diffusion de l'Islam constituent un phénomène historique unique. L'étude d'anciennes périodes est toujours une tâche difficile, qui exige des recherches minutieuses et exhaustives afin de dévoiler et de clarifier tous les aspects des événements et pour s'assurer de la cause ou des causes qui les ont provoqués. L'étude de l'histoire de l'Islam est relativement facile par suite de l'abondance des archives authentiques et ne présente pas d’obstacles insurmontables aux savants consciencieux, à condition qu’ils puissent penser objectivement et se garder des préjugés. Il est essentiel que le chercheur efface de l'ardoise de son esprit les notions héritées ou inculquées.

Ce court livre n'est pas le résultat d’une profonde recherche mais tout au plus une tentative de fournir les grandes lignes, même si c'est trop général, des points saillants des 23 années de la carrière prophétique de Mohamed. Ces points sont récapitulés ci-dessous.

  1. Un orphelin, laissé seul à l'âge de 6 ans sans père ni mère pour prendre soin de lui, a vécu chez un parent dans des conditions bien moins confortables que celles des autres enfants des mêmes âge et rang. Tout son temps était consacré à sortir les chameaux pâturer sur les terres stériles autour de La Mecque. Son esprit perspicace et intelligent avait une inclination à l’imagination. De longues heures de solitude dans le désert durant 5 ou 6 ans ont développé son pouvoir à rêver et d'avoir des visions. La conscience de ses propres manques et de la prospérité relative des autres lui a donné un complexe qui a graduellement évolué, d'abord dirigé vers ses camarades et parents, puis vers les familles riches, et finalement vers la source de richesse de ces familles. C'était leur tutelle de la Kaaba, le célèbre temple des idoles au centre de la vie religieuse arabe. Peut-être est-ce après avoir adressé de vaines prières aux idoles qu'il a conçu sa haine intense de l'idolâtrie.

    Il n’était pas seul à avoir cette façon de penser. Parmi les habitants de La Mecque se trouvaient les détenteurs des Ecritures et d'autres personnes réfléchies qui voyaient l'absurdité des cultes d’images sans vie. Le contact avec ces gens a renforcé le processus au travail dans son esprit. Ses voyages en Syrie certaines années lui ont donné des aperçus du contraste entre le monde extérieur et l’arriération superstitieuse de son propre peuple. Des visites aux lieux de culte des détenteurs des Ecritures, des conversations avec leurs prêtres, et de ce qu’il a entendu sur leurs Prophètes et leurs doctrines l’ont renforcé dans sa conviction.

  2. À l’époque où la croyance dans un Dieu unique et ce qu’il avait appris des juifs et des chrétiens devenait la préoccupation centrale de sa vie intérieure, son mariage à une riche veuve l'a soulagé des inquiétudes de la vie matérielle. Des réunions fréquentes avec son cousin monothéiste Waraqa ben Nawfal ont transformé sa conviction en obsession. Le concept de Dieu omnipotent et jaloux a totalement rempli son esprit. Il était sûr que le Dieu unique s’offensait du culte d'autres déités par un peuple. Les peuples de Ad et de Thamud avaient été anéantis pour cette offense, et son propre peuple allait mériter bientôt une punition semblable. C'était donc son devoir urgent de le guider.

    Le temps passant, ce sombre présage a fusionné avec ses visions et a pris la forme de révélations. Khadîdja et Waraqa ben Nawfal étaient persuadés que ses révélations étaient vraies et étaient inspirées par Dieu. Assurément il devait à présent avertir son peuple, de la même manière que Hud et Saleh avaient averti les peuples de Ad et de Thamud. Assurément les prophètes ne devaient pas venir que des juifs mais également de leurs cousins arabes.

    Ce processus spirituel, ou plutôt cette crise et cette obsession spirituelles, l’ont mené à commencer à prêcher vers son peuple durant sa quarantième année.

  3. Puisque toute personne un peu intelligente reconnaissait la futilité de cultes d’images faites par l’homme, il pouvait avoir confiance en ses capacités à sortir le peuple de son indifférence. Quelques uns partageaient déjà et approuvaient sa croyance. Il n'y avait aucune raison de se décourager. Il devait commencer immédiatement à accomplir l'ordre de Dieu "Avertis ta tribu, tes parents proches" (sourate 26, osh-Sho'ara, verset 214).

    Dès le premier jour, cependant, il a rencontré dérision et dédain. Dans son esprit simple et dévot, il n’avait pas imaginé que le peuple qu'il espérait convaincre par ses messages salutaires et de sages arguments était fortement attaché à ses vieilles manières, et surtout que sa prédication réclamait le renversement du système qui avait apporté richesse et prestige aux dirigeants de la tribu Qoraysh. Ces hommes étaient déterminés à combattre durement pour la défense de leur position. Le premier à lui déclarer la guerre a été son propre oncle Abu Lahab, qui lors d’une réunion avec les chefs Qoraysh a crié, "Que tu périsses, Mohamed ! Tu nous as invités ici pour ça ?"

  4. La mentalité des adversaires de Mohamed est illustré par une remarque d'Abu Jahl's à (al-)Akhnas ben Shariq au sujet de la vieille rivalité entre le clan Makhzum et les descendants d'Abd Manaf et son allégation que c’était parce que le premier l’avait rattrapé que ce dernier fournissait un prophète dans l'espoir d’avancer à son tour. La même notion apparaît dans ces vers d’un poème qu’on dit avoir été composé 50 ans plus tard par Yazid ben Mo'awiyawith se référant à Hosayn ben Ali : "Les Hachémites jouaient pour le pouvoir, mais aucun message n'est venu, aucune révélation n’a été descendue."

    Les motifs des opposants sont clairement décrits dans des paroles d'Abu Jal's à Akhnas ben Shariq. Mohamed, un pauvre orphelin dépendant de la richesse de son épouse, n'était pas comparable en position sociale et personnelle aux chefs riches et influents de la tribu Qoraysh. Si sa prédication était menée à bien, leur position serait affaiblie ou peut-être disparaîtrait complètement, et les Banu Abd al-Mottaleb (ou Hachémites) deviendrait le clan dominant de la tribu. En réalité, les Banu Abd al-Mottaleb n’ont pas adhéré à Mohamed; même Abu Taleb et ses autres oncles souhaitaient éviter une rupture avec les autres clans Qoraysh.

    Peut-être que si Mohamed avait prévu l'opposition des chefs et l'insouciance du peuple, ce qu'il a en fait rencontré pendant les treize années de sa mission à La Mecque, soit il ne se serait pas embarqué si imprudemment, soit, comme d'autres monothéistes tels que Waraqa ben Nawfal, Omayya ben Abi's-Sel et Qass ben Sa'eda, il se serait contenté d’exprimer sa foi et de suivre son propre chemin.

    Mohamed, cependant, comme les archives de sa carrière prophétique le montrent, était un homme d’une conviction trop profonde pour être intimidé par un quelconque obstacle dans la poursuite de son but. Complètement absorbé dans une croyance, qui avait pris presque trente ans de réflexion, il s'est vu comme tenu de guider son peuple dans le droit chemin.

    En plus de la force de la foi, il possédait un autre grand don, celui d'une éloquence unique qui était en effet remarquable de la part d’un homme illettré et sans éducation. Sur un ton fervent il implorait les gens à être vertueux, honnêtes, et humains. Pour prouver que la décence, la vertu, et la piété étaient la seule route du salut, il citait des récits impressionnants sur les premiers peuples et des prophètes du passé.

  5. La recherche a établi que la prédication de l'Islam était une réponse aux conditions sociales à La Mecque. Le nombre de personnes dans la ville qui désapprouvaient l’idolâtrie avait graduellement augmenté. Des magnats riches et puissants côtoyaient de pauvres indigents. L'Islam parlait en faveurs de ces gens et était donc probablement en train de gagner du terrain. L'histoire prouve que le mécontentement d'une classe dépossédée ou opprimée est un facteur dans toutes les révolutions. Les magnats de La Mecque, cependant, ne sont pas restés sans rien faire. Ils ont constamment persécuté et même torturé de pauvres musulmans sans défense, bien qu'ils n'aient pas molesté Mohamed lui-même ni quelques musulmans tels qu'Abu Bakr, Omar, et Hamza qui avaient une parenté influente. Tous les moyens de dissuasion possibles ont été exercés sur les membres de la classe nécessiteuse, qui devait constituer la base de la pyramide de la nouvelle communauté religieuse. Ainsi durant 13 ans de prédication continuelle, Mohamed n'a pu gagner qu'un nombre restreint de convertis, peut-être pas beaucoup plus que 100. De ceci, une seule conclusion pouvait être tirée, aussi étonnante qu’elle puisse paraître. Ni la solidité de Mohamed prêchant, ni son austérité, ni son éloquence, ni ses avertissements de la punition après la mort, ni ses préceptes moraux et humanitaires n'ont eu suffisants pour donner à l'Islam la diffusion qu'il méritait.

  6. La dernière solution était le recours à l'épée, qui est devenue un facteur important et essentiel dans la diffusion et l'implantation de l'Islam. Les meurtres et la coercition ont été impitoyablement employés comme moyens pour cette fin. On doit naturellement ajouter que l'utilisation de la force n'était pas une innovation du Prophète Mohamed mais une longue pratique arabe bien établie. Dans l'environnement dur du Hedjaz et du Nadjd, les Arabes n’avaient que peu ou pas d'agriculture et d’industrie et vivaient sans loi humaine ou donnée par Dieu. Ils leur étaient normal de se piller et de se combattre les uns les autres. Ayant besoin de périodes de repos et de récupération, ils considéraient comme sacrés 4 mois par an et s’abstenaient de guerre ces mois-là. Hors de ces périodes, la seule sécurité d'une tribu contre le pillage de ses biens et de ses femmes était sa propre vigilance et sa capacité à l’autodéfense.

    La décision de faire une semblable utilisation de la force a été prise après que Mohamed ait accepté la protection des tribus Aws et Khazraj et son émigration à Médine. Presque tous les raids musulmans ont été entrepris conformément à cette décision. Les cibles principales étaient les tribus juives de Médine et des zones adjacentes. Ce qui a permis l’obtention de ressources pour la fondation d'un état islamique avec le Prophète comme législateur, chef exécutif, et commandant en chef. Le développement du nouvel état a été alors pris en main.

  7. Avant l'arrivée de l'Islam, les arabes étaient généralement superficiels, matérialistes, et impulsifs. Le vers d’un poème pouvait les ravir tandis qu’une expression méchante pouvait les amener à tuer. Leurs pensées étaient fixées sur le palpable et les expériences du quotidien. Toutes idées spirituelles et mystiques, en fait tout intérêt pour le surnaturel, leur étaient étranger. Ils étaient habitués à la violence et pas intéressés par la justice. Il n'y avait rien dans lequel n’entrait pas leur avidité pour le butin. Un savant européen a montré des cas où vaincus, ils abandonnaient leur propre camp et passaient à l'autre côté; mais un tel comportement était certainement exceptionnel.

    Dans n'importe quelle société sans gouvernement organisé, l'ordre et la sécurité dépendent nécessairement de l'équilibre des forces et de la crainte mutuelle.

    Les arabes étaient amateurs de vantardise et d’éloge individuel. Ils exagéraient non seulement leurs mérites personnels et tribaux, mais même tiraient fierté de leurs défauts. Ils étaient incapables d’autocritique. Le matin après le viol d'une femme capturée, ils composaient des vers vantant leur prouesse en injuriant leur victime. La simplicité primitive avec laquelle les poètes bédouin parlaient de leurs instincts semble parfois tout à fait animale.

    Dans la mesure où les bédouins ne pensaient pas du tout aux questions spirituelles et surnaturelles, ils formaient des images mentales à partir du monde concret autour d’eux. La même manière de penser a persisté dans la période islamique, surtout parmi les Hanbalites qui dénonçaient toute utilisation des catégories logiques comme hérésie ou incroyance.

  8. L’étude des événements de la première décennie après l’hégire prouve que Mohamed a tiré profit de ces caractéristiques arabes pour obtenir succès et force pour l'Islam. Il y a eu des cas où une tribu faible était attaquée pour équilibrer une défaite et maintenir les gens dans la crainte des musulmans. Chaque victoire sur une petite tribu l’attirait dans l’orbite de l’Islam ou au moins se concluait par un pacte de non-agression.

    La prise de butin était un facteur puissant dans l'avance de l'Islam. L'espoir d’avoir sa part a certainement décuplé l'ardeur à obéir au commandement de faire la guerre sainte. La promesse d’un abondant butin pour les musulmans, faite après la trêve d’Hodaybiya dans la sourate 48 (al-Fat-h), verset 20, était un motif plus puissant que la promesse d’un bonheur futur dans les jardins sous lesquels coulent les rivières (sourate 85, al-Boruj, verset 11).

    Bien qu'aucune statistique fiable entre les fervents et les opportunistes parmi les partisans du Prophète n'ait été encore réalisée, on peut estimer, qu’à sa mort, environ 90 % de ceux qui avaient professé l'Islam l’avaient fait soit par crainte soit par opportunité. Les apostasies ultérieures (redda) de beaucoup de tribus arabes et les guerres contre les sécessionnistes vont dans ce sens.

    Même à Médine, la capitale et la source de l'Islam, des fervents tels que Ali ben Abi Taleb, Ammar ben Yaser et Abu Bakr os-Seddiq étaient bien moins nombreux que les hommes dont la fidélité à la foi et au Prophète était liée au matérialisme des objectifs. Cela est devenu tout de suite évident dans la lutte pour le commandement entre les Mohajerun et les Ansar qui retarda l'enterrement du Prophète et dura 3 jours. Ali, Talha, et Zobayr étaient chez Fatima et n'entendirent pas cette dispute entre les factions rivales. Abu Bakr, Omar, Abu Obayda96 et quelques autres étaient chez Aicha, où un homme est venu les avertir d'agir rapidement s'ils ne voulaient pas que le pouvoir tombe dans les mains des Ansar, qui se ralliaient autour de Sa'd ben Obada. Omar a alors demandé Abu Bakr de venir avec lui pour voir ce que faisaient les Ansar. Quand ils atteignirent la salle des Banu Sa'eda où les Ansar s’étaient réunis, Sa'd ben Obada se tourna vers eux et leur dit, "Nous, Ansar, sommes l'armée de l'Islam. Nous étions les défenseurs du Prophète. Nos vaillants avant-bras ont rendu l'Islam fort. Vous, Mohajerun avez également aidé, et nous vous laisserons nous rejoindre." Impatienté, Omar allait sortir, mais Abu Bakr lui a saisi la main et l'a arrêté. Puis avec sa dignité et son calme habituels, il dit à Sa'd ben Obada, "Je reconnais ce que vous avez dit au sujet des Ansar. Mais cette autorité doit revenir aux Qoraysh car ils sont supérieurs aux autres tribus arabes." Il a alors serré la main d’Omar et d’Abu Obayda et a dit, "Faites allégeance à l’un de ces deux hommes !"

    Omar, très réaliste et anticipant, ne s'est pas laissé troublé par cette offre. Il savait que dans l'état d’excitation du public, la seule solution acceptable pour tous serait de choisir Abu Bakr, le plus aîné et respecté des Mohajerun, l'homme qui avait partagé le danger avec le Prophète dans la caverne et avait été désigné par le Prophète pour conduire les prières pendant sa maladie. Pour cette raison, Omar s'est promptement levé et a serré la main d’Abu Bakr, lui promettant allégeance de ce fait et le présentant à tous les autres comme un fait accompli. Les Mohajerun ont tout naturellement suivi l'exemple d'Omar. Remués par l’acte d'Omar, les Ansar ont bientôt également juré allégeance à Abu Bakr. Selon un récit, Omar tenait tant à que cette question soit définitivement conclue qu'il a traîné Sa'd ben Obada hors de la salle et avec l'aide de quelques hommes a tant frappé le vieux et malade chef Ansar qu'il est mort sur le champ.97 Omar a également fait pression sur Ali, qui au début était peu disposé à reconnaître le califat d'Abu Bakr. Sachant que l'exemple d'Ali serait suivi par les autres Hachémites et que l'autorité d'Abu Bakr ne serait pas assurée sans appui total du clan Hachémite, Omar a rencontré Ali à plusieurs reprises pour discuter jusqu’à ce que 6 mois plus tard, Ali cède et jure allégeance à Abu Bakr.

  9. Hors les 13 années de la mission du Prophète à La Mecque, l'histoire de l'Islam est indéniablement une énumération de violences et de prises de pouvoir. Tant que le Prophète vivait, la force était employée principalement pour la propagation de l'Islam et pour l’imposer aux polythéistes. Après sa mort, la rivalité pour le pouvoir et le commandement a été le motif d’une violence récurrente.

    Abu Bakr a dû son accession à l’habileté d'Omar, comme décrit ci-dessus. Sur son lit de mort il a dit son désir qu'Omar lui succède, et grâce à cela, Omar a assuré le califat sans opposition. Dix ans après, Omar en ses dernières heures, a nommé un comité pour choisir son successeur, composé d’Ali, Othman, Abdor-Rahman ben Awf, Talha, Lobayr, et Sa'd ben Abi Waqqas. Quand le comité s'est réuni, aucun d’eux n'a proposé de candidat parce que chacun aspirait au califat pour lui-même. Abd or-Rahman ben Awf s'est alors retiré, mais personne d’autre n'a exprimé d’opinion. À la suggestion d’Abd or-Rahman, le comité a été suspendu pendant 3 jours afin d'écouter les sentiments des Mohajerun et des Ansar. Pendant ces 3 jours Abd or-Rahman a interrogé les autres membres du comité sur leurs intentions. On rapporte qu’il a demandé à Othman lesquels des 4 autres il recommanderait si le choix ne tombait pas sur lui, et Othman a répondu qu'Ali avait le plus de droit et les meilleures qualifications pour devenir calife. Abd or-Rahman a alors posé la même question à Ali, qui a répondu qu'Othman était le plus digne. Quand le comité s’est rassemblé à la mosquée du Prophète à la fin des 3 jours, il était clair presque pour tous que le prochain calife serait Ali ou Othman.

    Les caractères des deux hommes différaient. Othman était connu pour être facile à vivre, sans prétention et généreux. Ali avait une réputation de courage, de dévotion, et de rigidité dans les sujets religieux. Les cercles intéressés par le monde matériel, déjà en difficulté par la sévérité du règne de 10 ans d'Omar, appréhendaient l'accession possible d'Ali parce qu'ils savaient qu'il se tiendrait dans la ligne d'Omar.

    Selon Tabari, ces gens ont utilisé Amr ben al-As comme intermédiaire. Un soir Amr est allé voir Ali et lui a dit que Abd or-Rahman se tournerait d’abord vers lui et le proposerait pour le califat. Mais une acceptation précipitée était inconvenante pour un homme comme Ali. La dignité et la stabilité du califat seraient mieux assurées si Abd or-Rahman devait répéter la proposition. Le jour de la réunion de comité, Abd or-Rahman est monté au pupitre et s’est d'abord tourné vers Ali, disant qu'il était le cousin et le beau-fils du Prophète, le premier musulman, et le premier combattant pour la foi. Si Ali promettrait d'agir selon le livre de Dieu, de la coutume du Prophète, et des exemples des deux shaykhs (c. a d. Abu Bakr et Omar), Abd or-Rahman lui jurerait allégeance comme calife. Ali a répondu qu'il adhérerait au livre de Dieu et à la coutume du Prophète, et pour le reste agissait selon ce qu'il jugeait bien. Abd or-Rahman s’est alors adressé à Othman, disant qu’après Ali, il était le plus digne candidat. Si Othman se conformerait au livre de Dieu, de la coutume du Prophète, et des exemples des deux shaykhs, Abd ot-Rahman lui jurerait allégeance. Othman a donné la promesse sans réserve et est devenu calife.

    C'est le point essentiel du récit de Tabari. Au risque de répétition, le rapport complet, tel qu'il apparaît dans la traduction persane de Bal'ami98 des annales de Tabari, est donné ci-dessous parce qu'il donne un aperçu révélateur de la scène sociale de ce temps où l'ambition du pouvoir et la lassitude de la sévérité d'Omar étaient au plus haut dans les esprits de certains des vieux compagnons du Prophète.

     

    "Tous les chefs des habitants du désert vinrent à Médine après la mort d'Omar pour s'associer au deuil. Abd or-Rahman les consulta, et chacun dit qu'Othman serait le meilleur. Un soir, Abu Sofyan alla voir Amr ben al-As et dit qu’Abd or-Rahman l'avait appelé plus tôt dans la soirée pour lui dire que le choix consistait maintenant entre Othman et Ali, ‘Comme pour moi’ ajouta Abu Sofyan, ‘Je préférerais Othman’. Amr répondit que Abd or-Rahman était venu le voir aussi, et ajouta, ‘Je préférerais également Othman.’ Puis Abu Sofyan demanda, ‘Que devons nous faire ? Othman est facile à vivre et peut laisser la question lui glisser des mains. Ali peut gagner par défaut.’ Abu Sofyan resta avec Amr cette nuit-là et continua à demander comment ils pourraient s'assurer qu'Othman serait choisi. Cette même nuit, Amr alla chez Ali et lui dit, ‘Tu sais que je suis ton ami et que j’ai été ton partisan depuis toujours. Tous les autres ne sont plus dans la course, et le choix est entre toi et Othman. Ce soir Abd ou-Rahman a consulté tous les chefs et demandé qui ils préféraient. Certains te veulent et d’autres veulent Othman. Alors il m'a appelé, et je le lui ai fait savoir que je te veux. Maintenant je suis venu te dire que le poste sera à toi demain si tu écoutes mon conseil.’ Ali répondit, ‘J'écouterai tout ce que tu dis.’ Amr répondit, ‘Tu dois d'abord me promettre de ne parler à personne de notre conversation.’ Ali donna sa promesse. Arnr dit alors, ‘Ce Abd or-Rahman est un homme sage et prudent. Il te voudra que s’il te trouve hésitant et lent à accepter. Il pourrait se tourner contre toi s'il te trouvait désireux et pressé d’accepter.’ Ali répondit, ‘J'agirai en conséquence.’ Plus tard dans la nuit, Amr alla chez Othman et lui dit sans attendre, ‘Le poste sera à toi demain si tu fais attention à mes paroles. Si tu ne le fais pas, Ali te l’enlèvera.’ Othman répondit, ‘J’y prêterai attention. Parle !’ Amr dit alors, ‘Cet Abd or-Rahman est un homme honnête et franc. Peu lui importe que les choses soient dites prudemment ou franchement. Ainsi ne montre pas d'hésitation quand il te l'offrira demain ! S'il fixe de quelconques conditions, ne les refuse pas ! Consent immédiatement à tout ce qu'il dit !’ Othman répondit, ‘Je ferais comme tu le conseilles.’ Puis Amr retourna chez lui."

    "Le jour suivant Amr alla à la mosquée. Abd or Rahman menait la prière du matin puis monta le pupitre.

    Se tenant sur sa plateforme il dit ‘Vous devez tous savoir qu’Omar, Dieu le bénisse, n'a pas désigné son successeur. Il était peu disposé à encourir récompense ou punition pour cela. Il a laissé la tâche sur les épaules de cinq d’entre nous. Sa'd et Zobayr m’ont délégué leurs droits, et je me suis retiré. Le choix maintenant est entre Ali et Othman. Qui choisissez-vous ? A qui devrai-je jurer l'allégeance ? Avant que quiconque dans cette assemblée ne rentre chez lui, tous devrez savoir qui doit être le Prince des Croyants.’ Certains répondirent qu'ils voulaient Ali, d'autres qu'ils voulaient Othman, et tous ont discuté âprement. Sa'd ben Zayd dit à Abd or-Rahman. ‘C'est toi que nous aimons le plus. Si tu jures allégeance à toi-même, personne ne s'opposera à toi.’ Abd or-Rahman répondit, ‘Il est trop tard pour cela maintenant. Pense soigneusement qui des deux sera le meilleur, et cesse de discuter !’ Ammar ben Yaser dit, ‘Si tu veux éviter la dissension, jure allégeance à Ali !’ Meqdad99 dit, ‘Ammar a raison. Si tu jures allégeance à Ali, il n'y aura aucune opposition.’ Abdullah ben Sa'd ben Abi Sarh (qui était le frère adoptif d'Othman et était revenu à l'Islam après une première apostasie100) se leva parmi la foule et dit à Abd or-Rahman, ‘Il y a certainement les gens qui résisteront si tu ne jures pas allégeance à Othman.’ Ammar alors maudit Abdullah en disant ‘En quoi ce serait ton affaire, toi l’apostat ? Quelle sorte de musulman es-tu pour nous dire qui devrait être le Prince des Croyants ?’ Un homme du clan Makhzum dit à Ammar, ‘Toi esclave et fils d’esclave, qu’as-tu à faire avec les affaires des Qoraysh ?’. Ainsi le peuple se divisa en deux groupes et une lutte amère en résulta.

    Sa'd ben Abi Waqqas se leva et dit à Abd ot-Rahman, ‘Dépêche-toi, homme ! Si tu ne règles pas la question bientôt, il y aura une émeute.’ Abd ou-Rahman se leva alors à nouveau et dit au peuple, ‘Faites silence afin que je puisse régler la question comme je la juge juste !’ Les gens cessèrent de parler. Abd or-Rahman cria, ‘Ali, lèves-toi !’ Ali se dressa et marcha jusqu'à Abd or-Rahman. Après avoir saisi le bras droit d'Ali avec sa main gauche et soulevant vivement son propre bras droit pour serrer la main droite d'Ali, Abd or-Rahman demanda à Ali, ‘Jures-tu à Dieu que tu conduiras les affaires des musulmans selon le Coran et les coutumes du Prophète et les exemples des deux califes qui lui ont succédé ?’ Attentif aux conseils donnés la nuit par Amr, Ali répondit, ‘La tâche peut être difficile selon ces conditions. Est-ce que quiconque connaît tous les commandements du livre de Dieu et tous les précédents dans la coutume du Prophète ? Mais j'entreprendrais la tâche au mieux de mes connaissances, capacités, et forces, et prie Dieu de m'accorder le succès.’ Abd ou-Rahman laissa tomber sa main gauche du bras d'Ali, et avec sa main droite toujours tendue, dit à Ali, ‘Tes conditions permettraient le relâchement et la faiblesse.’ puis Abd ou-Rahman cria, ‘Othman, viens ici !’ Othman se redressa et s’approcha. Après avoir saisi le bras droit d’Othman avec sa main gauche, Abd or-Rahman demanda, ‘Jures-tu à Dieu que tu conduiras les affaires de cette communauté selon le Coran et la coutume du Prophète et les exemples des deux califes ?’ Othman répondit, ‘Je le jure’ Abd or-Rahman déplaça sa main droite de dessus la main d'Ali, qu'il n'avait pas touchée, et l’étendit sur la main d'Othman. En même temps il jura allégeance à Othman, disant ‘Puisse Dieu te bénir dans ce qu'Il t’a ordonné !’ Tout le monde s’est alors approché et jura allégeance à Othman, alors qu'Ali était laissé à sa stupéfaction.

    Ali dit à Abd or-Rahman, ‘Tu m’as joué un tour.’ Il pensa que Amr ben al-As lui avait donné les conseils en connivence avec Abd or-Rahman, Othman, lobayr, et Sa'd.

    Après avoir été ainsi déçu, Ali tourna les talons pour partir.

    Alors qu’il se retournait, Abd or-Rahman lui demanda, ‘Ali, où vas-tu ? Es-tu peu disposé à jurer l'allégeance ? Dieu a dit que ceux qui violent leur promesse le font à leur propre détriment (sourate 48, al-Fal-h, verset 10). Ne m’étais-je pas retiré de ce concours à condition que tu acceptes quoi que je pourrais décider ? Omar n’a-t-il pas dit que quiconque s’opposerait à la décision d’Abd or-Rahman la décision devra être mis à mort ?’ Après avoir entendu ces mots, Ali revint et jura l'allégeance. La prise des serments fut accomplie avant la prière de l'après-midi le même jour. Après cela Othman fut l’Imam."

    Tel est le récit complet de Tabari. Il montre qu'Abu Sofyan a comploté avec Amr ben al-As pour s’assurer de la succession d'Othman craignant de ce qui pourrait se produire si Ali devenait le calife. 12 ans plus tôt, Abu Sofyan avait été si fâché du choix d'Abu Bakr qu'il avait poussé Ali à ne pas jurer allégeance et avait menacé de remplir Médine de troupes qorayshites; mais entre Ali et Othman, il a préféré Othman, dont la protection lui rendrait la vie facile, et avait craint Ali, dont la piété fervente pouvait être dangereuse.

    On peut prendre pour certain que si Ali avait succédé à Omar, l'âge d'or de l'Islam aurait duré plus longtemps et les conflits et les déviations des normes islamiques qui ont suivi n'auraient pas eu lieu.

    La parentèle égoïste d’Othman ne se serait pas approprié les postes de chef dans le gouvernement, et plusieurs des événements qui ont mené à la souveraineté de Mo'awiya et de la dynastie Omeyyade auraient été évités.

  10. Après la mort du Prophète, on peut dire que ses compagnons se scindèrent en deux groupes : ceux qui le voyait principalement comme le Prophète de Dieu, et ceux qui le voyait également comme fondateur d'un état. Les membres du deuxième groupe avaient personnellement contribué à la naissance de l'état. Ils se voyaient comme en ayant pratiquement hérité et comme étant tenus de le préserver et le défendre.

    Les deux groupes étaient en accord dans leur grande vénération du Prophète.

    Dans le deuxième groupe, l'homme exceptionnel était incontestablement Omar. Le souci pour la survie de l'état était la raison pour laquelle il s'était tenu, brandissant son épée de manière menaçante, par la porte de la mosquée du Prophète et disant au peuple, "Mohamed n'est pas mort mais absent pendant 40 jours comme Moïse." Abu Bakr, cependant, rappela à Omar les mots "Tu es mortel et ils sont mortels" (sourate 39, oz-Zomar, verset 31). Il est alors monté au pupitre et dit au peuple, "Si c'est Mohamed que vous adorez, Mohamed est mort. Mais si c'est Dieu que vous adorez, Dieu ne mourra jamais." Après avoir dit cela, Abu Bakr récita le verset "Mohamed n’est qu’un apôtre. Les apôtres avant lui nous ont quitté. S'il meurt ou est tué, tournerez-vous les talons ?" (sourate 3, Al Emran, verset 138).

    Grâce à la sagesse et l'adresse d'Omar, le commandement fut délivré de la rivalité des Mohajerun et des Ansar, et la succession d'Abu Bakr fut assurée. Poussé par Omar, Abu Bakr poursuivit les guerres du redda (apostasie) et soumit impitoyablement les tribus dissidentes.

    Naturellement la question se pose de savoir si dans l'esprit d'Omar c’était la religion islamique ou l'état islamique qui était le plus important. De toute façon un appareil d'état avait été établi et devait être préservé. Le nouveau régime fondé par Mohamed avait mis un terme à l'ignorance et à la barbarie des tribus arabes et devait donc être consolidé.

    Les bédouins devaient être amenés à stopper leurs querelles futiles pour s'associer à une nouvelle communauté sous la bannière de l'Islam.

    C'était pourquoi Omar, avec son réalisme et sa compréhension du caractère arabe, lança les troupes devenues disponibles après l'écrasement des redda dans l'entreprise sans précédent d’une guerre avec l'Iran et Rome. Il savait que les tribus ne s’établiraient pas dans l'agriculture et dans l'industrie, dont elles ignoraient tout, et qu'elles avaient besoin d’un débouché pour leur énergie. Qu'il avait-il de meilleur pour entraîner cette force agitée que des cibles lucratives au delà des frontières ? L'histoire devait prouver qu'Omar jugea sainement quand il adopta cette politique.

  11. La longue série de guerres entre les Iraniens et les Romains avaient considérablement affaibli les structures politiques et sociales des deux empires. Un facteur bien plus important était la présence de nombreux arabes dans leurs territoires. Pendant deux ou trois siècles, des arabes d'Arabie du nord avaient graduellement infiltré la Transjordanie, la Syrie et l'Irak, où ils avaient établi des états sous suzeraineté romaine et iranienne. Ces communautés arabes, ou au moins leurs classes inférieures, fraternisèrent avec les armées de l'Islam.

    C'était surtout leur collaboration qui a rendu les conquêtes d'Omar possibles. Elles ont pu peut-être l'avoir invité à se déplacer, parce que l'Islam était devenu une organisation pour l'avancement du nationalisme arabe. L'épopée de la conquête a non seulement satisfait le désir arabe pour le butin et la supériorité; elle a également enlevé la stigmate de la vassalité et de la servilité sur des étrangers.

  12. Bien qu'il y eut sans le moindre doute des gens qui ont embrassé l'Islam par sincère conviction et se sont associés aux invasions de Syrie et d'Irak par respect pour le commandement islamique de la guerre sainte, les preuves enregistrées de l'histoire des conquêtes prouvent clairement que le motif de base a été le désir de s'appropier la propriété d'autrui.

    L'ascétisme et le désintérêt pour la richesse terrestre étaient confinés à un petit cercle. Le reste des musulmans, y compris certains des chefs compagnons du prophète, ont tirés de grands gains des conquêtes.

    Talha et Zobayr, deux des dix à qui le paradis a été promis et membres du comité de succession désignés par Omar, ont laissés tout deux de 30 à 40 millions de dirhams en cash et des biens immobiliers à La Mecque, à Médine, en Irak et en Égypte. Après le meurtre d'Othman, tous deux ont juré l'allégeance à Ali mais se sont rebellés contre lui quand ils ont vu qu'il ne continuerait pas les extravagances d'Othman et ne permettrait pas plus longtemps de se servir des fonds publics.

    Aïcha la veuve du Prophète est devenue une des femmes les plus respectées de l'Islam, non seulement parce qu'il l'avait chèrement aimée mais aussi parce qu'elle était une des rares qui connaissaient le Coran par cœur et pouvaient faire des rapports fiables de ses paroles et de ses actes. Quand Ali a été choisi comme calife, elle a prétexté du meurtre d'Othman pour défier le consensus et elle a été à l'origine du défi à Ali à la bataille du chameau. C'était parce qu'Ali avait interrompu l'allocation qu'Othman lui versait sur fonds publics et probablement aussi parce qu'elle se rappelait l'opinion défavorable qu'avait eu Ali à son sujet dans l'affaire du mensonge.

    Les guerres civiles dont on connaît les batailles du chameau, de Seffin, et de Nahrawan résultaient au départ de la transition imposée par Ali, très éloigné du laxisme d'Othman. Tous ceux qui après avoir supporté la sévérité d'Omar avaient vécu comme des pachas sous Othman ont été contrariés par la politique d'austérité d'Ali.

    Ces hommes, et en particulier l'astucieux Mo'awiya, ont usé de tous les moyens disponibles pour renforcer leurs positions personnelles.

  13. Sa vie durant, le Prophète a imposé l'Islam aux tribus prédatrices et spirituellement apathiques par les révélations coraniques, la diplomatie et en dernière extrémité, par la force.

    Après sa mort, les califes affirmant agir en son nom, ont fondé un royaume national arabe.

    Des mythes attribuant à Mohamed des capacités et des miracles surhumains ont alors été mis pour la première fois en circulation. Le Mohamed qui durant toute sa carrière prophétique se disait lui-même simple serviteur de Dieu a été l'objet de déshumanisation et d'apologie posthume. La fabrication des mythes sur les grands hommes après leurs morts est un phénomène répandu et de tous temps.

    Cela ne change pas le fait que les grands hommes, malgré toute leur grandeur, sont humains et enclins aux faiblesses humaines. Ils éprouvent la faim et la soif, ressentent le froid et la chaleur et ont des instincts sexuels qui peuvent probablement les porter au delà des limites de la prudence. Parfois ils hésitent devant les obstacles et devant les oppositions. Il est même possible qu'ils puissent succomber à l'envie. Après leur mort, cependant, toutes leurs frictions avec les autres hommes sont oubliées et on ne se souvient que de leurs bonnes réalisations et pensées. On se souvient des livres d'Abu Ali ibn Sina (980-1037) de médecine (al-Qanun en arabe) de philosophie et de science (osh-Shefa en arabe et Daneshnama- ye Ala'i en persan), et cela fait son courage dans une carrière aventureuse, mais ses faiblesses humaines sont maintenues cachées ou embellies.

    Lorsqu'il s'agit de fondateurs de religions professées par des millions de personnes, ce processus va naturellement être culminant.

    Pendant la guerre du fossé, les chefs Qoraysh envoyèrent à Mohammad un émissaire, Oyayna ben Hesn de la tribu Ghatafan, leur offrant de lever le siège en échange de la totalité de la récolte médinoise de dattes de l'année. Le prophète refusa. L'émissaire a alors proposé de lever le siège en échange d'un tiers de la récolte. Le Prophète, qui avait fait creuser un fossé pour la défense de la ville, savait que l'alliance tribale présentait un danger. Il a donc jugé la deuxième offre correcte.

    Quand il demanda qu'on mette par écrit les conditions de la paix, Sa'd ben Mo'adh (un des chefs de la tribu Aws) demanda si son acceptation avait été une révélation divine. Le prophète répondit qu'elle ne l'était pas, mais qu'ainsi il se débarrassait des assiégeurs alliés et évitait le risque d'éventuelles collaborations ultérieures entre eux et les juifs. Sa'd répliqua que naguère quand son peuple était païen, personne n'avait été capable de leur extorquer une seule datte et maintenant qu'ils étaient musulmans, ils n'allaient pas se soumettre à une telle humiliation et céder à un tel chantage; la seule bonne réponse était l'épée. Le Prophète changea d'idée. Il accepta les arguments de Sa'd de ne pas céder au chantage.

    De tels incidents sont fréquemment mentionnés dans les histoires des 23 années de la mission prophétique. Un compagnon consultait le Prophète, ou le Prophète prenait le conseil de ses compagnons. Ils lui demandaient comment Dieu jugeait une question et il la laissait à leur propre décision.

    Après sa mort cependant, cette caractéristique humaine a été oubliée.

    Tout ce qu'il a fait et dit est devenu un modèle de perfection et une manifestation de la volonté de Dieu. Des autorités gouvernementales et juridiques ont pris ses mesures comme des précédents en solution à tout type de problèmes. Les croyants naïfs de cette époque l'ont imaginé encore plus grand qu'il ne l'était vraiment.

    Quiconque affirmait avoir entendu quelque chose de la bouche du Prophète était assuré d'un grand prestige.

    Les commandements et les lois coraniques ne sont pas pleinement clairs et précis. Les croyants ont donc dû trouver des précédents dans la propre conduite du Prophète. Par exemple, la prière est prescrite dans le Coran, mais le rituel et le nombre de prières quotidiennes ont dû être déterminés à partir de la pratique usuelle du Prophète. C'était en réponse à ce besoin qu'on a collecté les récits ou traditions concernant ses usages (sanna), ses paroles et ses actes (Hadilh). La prolifération qui en a résulté a été telle que vers les 9ème  et 10ème siècle, des milliers de récits étaient en circulation et des centaines d'investigateurs se sont précipités dans les pays islamiques pour rassembler plus de récits encore. Une classe de traditionnistes professionnels a surgi et a acquis un grand respect dans le monde islamique. Ils savaient des milliers de traditions par cœur. Un d'eux, Ibn Oqda (mort en 943), en est crédité de 250.000 y compris la chaîne des transmetteurs.

    Selon un proverbe persan, "quand quelqu'un prend une grande pierre, vous pouvez être sûr qu'il ne la jettera pas." L'immense masse de compilations de hadiths est en soi une preuve que tout ne peut être authentique. Un aspect plus important de la question est la motivation de ces personnes consacrant leur vie et leur énergie à rassembler les hadiths avec autant d'assiduité. Au fond leur but était de ne laisser aucune place à la raison humaine. Ibn Taymiya (1263-1328) a dit, "Rien n'est vrai excepté ce qui est nous est parvenu par Mohamed." On rapporte qu'un savant érudit, Hasan ben Mohammad al-Erbili (mort en 1261) a dit sur son lit de mort, "Dieu nous a dit la vérité. Ibn Sina nous a dit des mensonges."

  14. C'est un fait indéniable que plus l'intervalle de temps après la mort du Prophète croît, plus la distance avec le Hedjaz s'agrandit et plus le nombre de miracles qu'on lui attribue augmente.

    Les imaginations se sont mises au travail et ont transformé un homme dont les forces mentales et morales avaient changé l'histoire du monde en un être du royaume des fables.

  15. les Iraniens ont été mis en déroute. Leurs défaites successives à Qadesiya en 636 ou 637 et à Nehavand en 642 étaient si honteuses et douloureuses que leurs échecs contre Alexandre et les Mongols paraissent pâles en comparaison. La longue suite de désastres de l'histoire iranienne montre à quel point ce pays est vulnérable chaque fois qu'il manque d'un roi ou d'un dirigeant compétent et de bons hommes d'état et généraux. Ici l'Iran s'est trouvé face à des troupes arabes plutôt petites, mal armées et non entraînées. Ville après ville, province après province, toutes se sont rendues, acceptant les conditions arabes de la conversion à l'Islam ou le statut inférieur de payeurs de tribut. Certains sont devenus musulmans pour éviter l'impôt local, d'autres pour échapper à la poigne oppressante des mobeds (prêtres) zoroastriens. Tout ce qui était demandé pour devenir musulman était de reconnaître l'unicité de Dieu et la prophétie de Mohamed. Graduellement, et souvent à la pointe de l'épée, la foi simple de l'Islam a gagné l'acceptation générale.

    Bien en accord avec le caractère national iranien, après la conquête ils ont cherché à se faire bien voir de leurs conquérants. Ils ont obéi, servi, et mis leurs cerveaux et leurs connaissances à la disposition des nouveaux maîtres. Ils ont appris la langue et ont adopté les façons des arabes. Ce sont eux qui ont systématisé la grammaire et la syntaxe arabes. Il n'y avait aucune limite à leur obséquiosité dans leurs efforts visant à ce que les conquérants les emploient. Ils devançaient les arabes dans leur ardeur islamique et ont recouvert de mépris leurs anciennes croyances et coutumes. Ils exaltaient non seulement la nation et les héros arabes mais ont même essayé de montrer que la chevalerie, la générosité et le commandement n'étaient inhérents qu'aux seuls arabes. Ils ont présenté des poésies bédouines et des aphorismes banals de l'Arabie préislamique comme des perles de sagesse et des modèles de comportement.

    Ils étaient contents d'être des protégés des tribus et larbins des amirs arabes, et heureux de donner leurs filles en mariage aux arabes et d'adopter des noms arabes.

    Les cerveaux iraniens ont bientôt été au travail dans les domaines de la théologie et de la loi, de la compilation des hadiths islamiques et de la littérature arabe. Environ 70 % des principaux travaux arabes sur des sujets islamiques ont été écrits par des iraniens. Bien que les premières conversions aient été induites par la crainte, après deux ou trois générations les iraniens étaient plus musulmans que les arabes.

    Les Iraniens étaient si doués pour infiltrer la nouvelle classe dirigeante par la flatterie et la cajolerie qu'on rapporte qu'un vazir célèbre ne regardait jamais un miroir de crainte d'y voir un iranien. Au début ils ont obéi et servi les souverains arabes parce qu'ils espéraient devenir chefs eux-mêmes avec le temps et en attendant voulaient partager le butin. Les années passant, cependant, ils sont devenus désorientés sur leur propre identité. Aux 9ème et 10ème siècles, certains iraniens n'attribuaient aucune valeur à leur spécificité nationale et imaginaient que le Hedjaz était l'unique source des bénédictions de Dieu envers l'humanité.

    Ceci peut peut-être expliquer comment est devenue possible le développement de la superstition et des vendeurs de miracle. Les iraniens n'auraient pas été si crédules s'ils avaient pu visualiser les vraies circonstances à La Mecque, et à Médine durant les 13 premières et les 10 dernières années de la mission du Prophète Mohamed.

    Comme exemple de crédulité iranienne, cet extrait de Behar al-Anwar de Mohamed Baqer Majlesi (1627-1699)101, chef mojtahed (autorité dans la loi et la théologie islamiques chiite) de la fin de la période Safavide, mérite d'être recopié ici. Il y est relaté, Majlesi déclare, que les Emams Hasan et Hosayn demandèrent à leur illustre grand-père (le Prophète) comme présent de nouveaux vêtements le jour de la rupture du jeûne. Gabriel descendit et offrit comme cadeau de festivité un vêtement blanc à chacun. Le Prophète dit que les deux garçons portaient habituellement des vêtements colorés mais Gabriel avait apporté des vêtements blancs. Gabriel obtint du Ciel un baquet et une cruche et dit aux garçons que s'ils disaient quelles couleurs ils voulaient, il remplirait le baquet de liquide et chacun devrait y plonger son vêtement, le vêtement serait alors teint de la couleur désirée. L'Emam Hasan choisit le vert et l'Emam Hosayn le rouge. Mais tandis que les vêtements se teignaient, Gabriel pleurait. Le prophète demanda pourquoi il pleurait alors que les enfants étaient heureux de ce jour. Gabriel répondit que choix du vert par Hasan signifiait qu'il serait martyrisé par l'empoisonnement avec un poison qui rendrait son corps vert, et le choix du rouge par Hosayn signifiait qu'il serait martyrisé quand son sang rougirait la terre.

    Il est intéressant de noter que cette histoire absurde est aussi citée par l'auteur bábí Mirza Jani dans son livre Noqtat al-Kal102. Les superstitions héritées chiites sont évidemment demeurées vivantes dans les esprits des bábís, qui affirment être des réformateurs et ont fondé une nouvelle religion.

    Mohamed et ses compagnons sont connus pour avoir vécu dans une extrême pauvreté durant la première année après l'hégire jusqu'à la période du raid de Nakhla. Peu d'entre eux avaient le flair commercial d'Abd or-Rahman ben Awf, qui dès son arrivée à Médine a installé des affaires au bazar et fait du profit. D'autres ont trouvé du travail comme ouvriers dans les palmeraies des juifs et se sont mis à la houe ou à creuser des puits, car ils ne connaissaient rien à la culture des dattes. Le prophète lui-même ne travaillait mais vivait de la charité. Il est souvent allé au lit sans avoir mangé plus que quelques dattes pour apaiser sa faim, et parfois sans repas du tout. Ce fait n'est pas mentionné pour déprécier Mohammad. Au contraire, il atteste de la grandeur de sa réussite. Il n'a pas laissé la pauvreté et le manque de ressources l'éloigner de sa résolution à établir la maîtrise de l'Arabie.

    L'Histoire ne montre que quelques self-made-men de cette qualité.

    Les événements de l'époque montrent que Mohamed était un humain comme le reste de l'humanité et ne recevait pas d'aide de puissance surhumaine ou surnaturelle. La bataille de Badr s'est terminée par une victoire en raison du courage et de la fermeté des musulmans et de la négligence et du relâchement des qorayshites. La bataille du Mont Ohod a fini en défaite parce que les musulmans n'ont pas adhéré à la stratégie de Mohamed. S'il était prédestiné que Dieu devait toujours aider les musulmans, il n'y aurait eu aucun besoin de raids musulmans, de creuser un fossé autour de Médine ou de massacrer les hommes du Banu Qorayza. Si on se fie au verset 13 de la sourate 32 (os-Sajda), "si Nous l'avions souhaité ainsi, Nous aurions donné à chaque âme ses conseils," il aurait été plus logique que Dieu infuse la lumière de l'Islam dans les cœurs de tous les incroyants et hypocrites.

    Quand la tribu juive des Qaynoqa s'est rendue après deux semaines de blocus de leurs approvisionnements en nourriture et en eau, Mohamed avait l'intention de les mettre tous à mort. Leur vieil allié, Abdollah ben Obayy, a tant protesté et tempêté que le visage de Mohamed est devenu noir de colère; mais après pleine considération du vœu d'Abdollah ben Obayy de continuer à protéger les Banu Qaynoqa et sa menace d'entrer dans une opposition ouverte, Mohamed a changé d'avis. Il a décidé de ne pas les mettre à la mort, et s'est contenté de les expulser de Médine dans les trois jours.

    Des douzaines d'événements comme celui-ci rapportés dans les biographies du Prophète et les histoires de la naissance de l'Islam sont autant de preuves concluantes qu'aucune puissance surnaturelle n'était à l'œuvre. Les événements dans la vie de Mohamed, comme partout et toujours, étaient déterminés par des causes naturelles. Loin de l'abaisser, ceci rend la grandeur de son esprit et de son caractère encore plus exceptionnels.

    Malheureusement les êtres humains ne sont pas accoutumés et, semble-t-il, souvent incapables d'étudier et d'établir les causes des événements. Leurs facultés imaginatives sont toujours prêtes à expliquer les choses en inventant des dieux. Les peuples primitifs dans leur ignorance ne peuvent expliquer le tonnerre et la foudre que comme la voix et l'éclair d'un potentat irrité par leur désobéissance de ses commandements. Des hommes très intelligents et instruits ont ignoré les relations de cause à effet, préférant postuler l'interposition divine même pour des petits évenements. Ils supposaient que le gouverneur omnipotent de l'univers infini était un être comme eux. Les hommes qui pensaient ainsi pouvaient bien croire que le gouverneur de l'univers envoyait des vêtements du Ciel en cadeau pour Hasan et Hosayn et que son ange messager teignait les vêtements en rouge et vert, et pleurait.

    Le Behar al-Anwar de Majlesi n'est pas exceptionnel. Ce n'est pas le seul livre qui déclare qu'un poisson appelé Karkara fils de Sarsara fils de Gharghara a dit à Ali ben Abi Taleb où traverser l'Euphrate à gué avant la bataille de Seftin. Des centaines de livres de ce type sont en circulation en Iran, par exemple Helyal al-Mollaqin103, Jannal al-Qolub, Anvar-e No'mani, Mersad al-Ebad104 et beaucoup de collections d'histoires de prophètes et d'olama. Un seul d'entre eux est suffisant pour empoisonner l'esprit d'une nation et pour altérer sa capacité de penser.

    La vente de miracle trafique une drogue qui dépossède hommes et femmes de leur raison.

    Les gens savent ce que Mohammad a accompli durant sa carrière prophétique. Ils savent aussi qu'il a connu la faim, a mangé de la nourriture et a eu les mêmes naturels fonctions et instincts qu'eux. La mystification de sa personnalité ne lui fait aucun honneur et ne fait aucun bien à humanité.

NOTES

  1. Mohamed ben Jarir ot-Tabari (839-923), un Iranien de naissance, auteur de deux grands œuvres en arabe : Annales des Prophètes et des Rois et du plus vieux commentaire du Coran encore existant (Tafsir).

  2. Mohamed al-Waqedi (mort en 823), auteur du Livre des Guerres du Prophète.

  3. Cette histoire de la naissance du babisme a été réimprimée à Leyde en 1910 (Edité par E. G. Browne, E. J. W. Gibb Memorial Series, XV). L'auteur, Mirza Jani, était un des 28 premiers babistes qui n'ont pas abjuré et ont été mis à mort à Téhéran en 1852.

  4. Abu Jahl (Promoteur de l'Ignorance) étaient le nom donné par les musulmans à Amr ben Hisham ben al-Moghira, qui succéda à son oncle Walid ben Moghira à la tête du clan Makhzum. Un ferme adversaire de Mohamed, il persécuta les premiers musulmans et en 624 mena les forces mecquoises à la bataille de Badr, pendant laquelle il fut tué.

  5. Le micocoulier (anglais lote tree, arabe sedra, persan konJr) est une variété de jujube (zizyphus).

  6. Né en 1888; auteur de Zaynab, le premier roman arabe égyptien (1914), et des biographies de Mohamed (1935), d'Abu Bakr (1943), et d'Omar (1944); Ministre de l'éducation et le président du sénat; mort en 1956.

  7. Auteur de La vie de Mahomet (Paris 1929) et de Mahomet et La tradition Islamique (Paris 1955).

  8. Auteur d'œuvres persanes en mathématiques, astronomie, chronologie et minéralogie et inventeur réputé de la trigonométrie (1201 ~1274). Il a également écrit un traité sur l'éthique (traduit par G. M. Wickens, The Nasirean Ethics, Londres 1964), qui inclut un chapitre sur la politique et un chapitre pénétrant en sciences économiques.

  9. Petit-fils de Gengis Khan et frère de Kubilaï Khan, le fondateur de la dynastie de Yuan de la Chine. En tant que premier de la dynastie d'Ilkhanide, il régna de 1256 à 1265 sur l'Iran, l'Irak, et la majeure partie de l'Asie Mineure.

  10. La salle royale d'audience construite pour le roi iranien sassanide Chosroes Ier Anôchak-Ravan, (531-579). Une partie de sa voûte de 26 mètres est toujours en place dans des ruines au bord Tigre à 22 km. en aval de Bagdad.

  11. Chosroes II Parviz (591~628) fut un roi sassanide d'Iran dont les armées conquirent la Syrie, la Palestine, l'Asie Mineure et l'Egypte entre 611 et 616. Après leur défaite et leur expulsion, il fut mis à la mort et remplacé par son fils Siroès, qui restitua les conquêtes et fit la paix avec les Romans d'orient. Les premières biographies et histoires affirment que le Prophète Mohamed envoya des lettres à Chosroes II Parviz, l'empereur romain Héraclius, le gouverneur d'Egypte, et le Négus d'Abyssinie les invitant à embrasser l'Islam.

  12. Voir ci-dessous

  13. Voir ci-dessous.

  14. Voir note 94.

  15. Ibn Hisham (Abd al Malek ben Hisham), vécu en Egypte et mourut en 828, il écrivit une version révisée de la biographie perdue du Prophète d'Ibn Es- haq (Mohamed ben Ishâq), un natif de Médine mort à Bagdad en 767. L'œuvre d'Ibn Hisham est la plus ancienne et la plus complète de ce type (traduit par A. Guillaume, The Life of Muhammad, Oxford 1955).

  16. Mohamed ben Ismail al-Bukhari (810-870), compilateur de la collection de Hadith intitulée les Sahih (correctes). Il réalisa un gros travail de vérification des rapports (7397 en tout) et particulièrement des chaînes des transmetteurs. C'est la collection de Hadith la plus largement respectée et répandue par les musulmans sunnites.

  17. Zohayr ben Abi Solma, un des poètes préislamiques les plus admirés, qu'on dit avoir vécu dans les premières années de la prophétie de Mohamed mais ne pas être devenu musulman.

  18. Labid ben Rabi'a, un poète de la tribu Hawazen, remarquable pour ses descriptions la nature et du sentiment religieux; il devint musulman après avoir conduit la délégation de sa tribu au Prophète Mohamed à Médine, il a par la suite renoncé à la poésie; mort très agé en 661.

  19. Célèbre médecin (864-925) de Rayy (près de Téhéran), auteur de travaux en arabe comprenant deux encyclopédies médicales qui furent traduites en latin et utilisées en Europe médiévale, d'un traité sur l'alchimie qu'il essaya de transformer en chimie scientifique, et de traités psychologiques et philosophiques pour la plupart aujourd'hui perdus. Il rejeta la prophétie pour la raison que Dieu a doté tous les humains de raison.

  20. Poète arabe (979-1058) de Ma'arra près d'Alep, devenu aveugle dans son enfance à cause de la variole; remarquable pour ses poésies agnostiques et anticléricales et son récit en prose d'un voyage dans le prochain monde (Resalat al-Ghofran).

  21. Dans d'autres récits les mots arabes de la réponse du Prophète sont légèrement différents et pourraient signifier que "Je ne peux pas réciter" ou "Que pourrai-je réciter ?"

  22. Voir Theodor Noldeke, Geschichte des Qorans, 2ème édition, 2 volumes, édité par F. Schwally, Leipzig 1909-19; Richard Bell, The Qur' an, translated with a critical rearrangement of the surahs, 2 volumes, Edinburgh 1937-39.

  23. Edité par Ahmad Zaki, Le Caire 1912; édité traduit en Français par W. Atallah, Paris 1969; Traduit en Persan par Sayyed Mohamed Reza Jalali Na'ini, Téhéran (début des années 70); traduit en anglais par Nabih Amin Faris, The Book of Idols, Princeton 1952.

  24. Selon certaines des sources, le vengeur de son père et le compositeur des vers étaient la même personne, à savoir Emro al-Qays , le semi légendaire prince poète à qui on attribue quelques belles poésies arabes préislamiques. Voir R. A. Nicholson, A Literary History of the Arabs, Londres, 1907, reproduit Cambridge 1953, pp. 103-105; Encylopaedia of Islam, 2ème édition., articles Dhu'l-Khalasa et Imru' al-Kays.

  25. Cité également dans Life of Mohamed d'Ibn Ishâq's, traduit par A. Guillaume, Oxford 1955, p.37.

  26. Un emamzada est un fils, une fille, ou un descendant d'un Emam et donc un descendant d'Al et de Fatema. On trouve des tombes d'emamzadas dans beaucoup de villages et de villes iraniens et ils sont visités par des dévots qui adressent à l'emamzada des demandes d'aide ou d'intercession, oralement ou par écrit sur un morceau de papier ou de tissu appelé un dakhil. Plusieurs de ces sanctuaires ont un dôme, et certains sont très vieux. Certains ont pu avoir été des tombes de saints ou des prêtres soufistes locaux. Dans la plupart des cas, aucune information sur les carrières, encore moins les généalogies, de ces personnes révérées sont parvenues; néanmoins elles sont toutes populairement censées être des descendants d'Emams.

  27. C'est la traduction choisie par Ali Dashti. Une autre traduction est "et un guide pour chaque nation."  Toutes les deux sont grammaticalement possibles.

  28. Introduction d'une étude du Coran par l'Egyptien Jalal od-Din os-Soyuti (1445-1505), co-auteur du Tafsir ol-Jalalayn.

  29. Un théologien majeur de l'école mutazilite, qui soutenait que le Coran avait été créé, que les êtres humains ont leur libre arbitre, et que les pécheurs ne sont pas nécessairement incroyants. Il est mort entre 835 et 845. Quelques passages de ses écrits perdus sont cités dans les travaux de d'al-Jahez et d'autres parmi les premiers auteurs.

  30. Un auteur du 9ème siècle dont les écritures ont été condamnées par beaucoup de théologiens comme hérétiques.

  31. Abu Mohamed Ali ben Ahmad ben Hazm (994-1064), un célèbre théologien maure, juriste, historien, et poète. Parmi ses oeuvres encore existantes il y a un livre sur les religions et les sectes (al-melal wa'n-nehal). .

  32. Abu'l-Hosayn Abd or-Rahim ben Mohamed al-Khayyat (~835- ~913), un théologien mutazilite de Bagdad, auteur de beaucoup de travaux dont quelque uns existent encore.

  33. Traduction d'Ali Dashti, "par un ange"; généralement on considère qu'il s'agit de l'ange Gabriel.

  34. Shams od-Din Mohamed Hafez of Shiraz, le poète lyrique persan le plus admiré (1326?-1390).

  35. Jalal od-Din Rumi (1207-1273), connu par les Iraniens sous le nom de Mawlavi, est le plus admiré des poètes mystiques persans. Il vécut à Konya en Asie Mineure, qui s'appelait alors Rum. A cette époque les alchimistes recherchaient une substance, l'élixir, qui transformerait les métaux non précieux en or.

  36. Ignaz Goldziher (1850-1921), professeur d'arabe à Budapest et savant exceptionnel, Auteur (entre autre) de Muhammadanische Studien, 2 volumes, Halle 1889-90, 1£. par C. R, Barber er S. M. Stern, Muslim Studies, 2 volumes, London 1967-71; Vorlesungen aber den Islam, Heidelberg 1910, 2ème édition. 1923, 1£. par Felix Arin, Le dogme et la loi dans l'lslam, Paris 1920, 2ème édition. 1958, et par A. et R. Hamori, Introduction to Islamic theolegy and law, Princeton 1981; and Die Richtungen der Islamischen Koranauslegung, Leiden 1920.

  37. Abu'I-Abbas Ahmad ben Mohanunad al-Qastallani du Caire, auteur d'une biographie du Prophète et de commentaires sur les Hadiths.

  38. Voir note 15. On lit cette réponse pages 677 et 678 de la traduction d'A. Guillaume.

  39. Son emploi par Mohamed fut arrangé par sa mère, peu de temps après l'Hégire alors qu'il avait dix ans et jusqu'à la mort du Prophète. Plus tard il combattit dans les guerres de conquête et s'opposa aux Omeyyades. Il mourut à Bassora en 709(?) ou en 711(?).

  40. Abd al-Wahhab osh-Sha'rani du Caire, un auteur prolifique d'œuvres mystiques et théologiques.

  41. Un Yamani qui arriva à Médine et n'embrassa l'Islam que quatre ans avant la mort du Prophète Mohamed, mais est qui devint un transmetteur de Hadiths très prolifique. Il est mort en ~678.

  42. Un Aveugle bédouin d'origine qui vécu à Bassora et fut un transmetteur de Hadiths prolifique (680 ? – 735 ?)

  43. La bibliothèque de l'université de Cambridge possède le manuscrit unique de la troisième partie d'un Tafsir persan (commentaire et traduction de Coran) écrit par un auteur inconnu probablement au environ de l'an 1000 et copié en 1231. Elle couvre les sourates 19-114 et est la seule partie subsistante. On pense que c'est le plus ancien ouvrage de ce type en langue persane. Le texte a été imprimé par le Bonyad-e Farhang-e Iran, Téhéran, 1970 (2 volumes, édité et introduction de Jalal Marini).

  44. L'événement est le sujet de la petite sourate 105 (al-Fif). Les Abyssiniens apportèrent un éléphant, qui pour les Arabes du Hedjaz était un prodige inconnu. Les versets 3 et 4 déclarent que les Abyssiniens furent frappés par des pierres d'argile cuites au four, que les essaims d'oiseaux tombèrent sur eux. Selon l'opinion d'Ekrema, un premier traditionniste, et Tabari, l'historien et commentateur du Coran, les versets sont l'expression allégorique du fait que les Abyssiniens ont été frappés par la variole.

  45. On pense que les versets 14 et 15 de la sourate 34 se rapportent à ce désastre. Les preuves archéologiques et épigraphiques indiquent qu'il s'est produite au alentour du milieu du 6ème siècle.

  46. ot-Ta'ef, une relativement grande ville à environ 80 kilomètres au  sud-est de La Mecque dans une oasis de montagne où on peut cultiver les céréales. Elle eut une certaine importance dans le commerce caravanier et était le centre du culte de la déesse ol-Lat.

  47. Dans le Coran, la ville est nommée une fois Yathrib (sourate 33 verset 13) et 4 fois al Médine (9:101, 120, 33:60, 63:8)

  48. Le dogme et la loi de l'lslam, traduit par Felix Arin, 2ème .édition, Paris 1958, p. 3.

  49. Le mot ommiyin est souvent pris pour illettré, mais dans ce contexte signifie évidemment ceux qui n'ont pas reçu les Ecritures, c.-à-d. des gentils.

  50. cf. la sourate 2, 187;  dans les deux versets, le mot fema semble signifier "persécution" plutôt que "anarchie", qui est la signification normale.

  51. Abu Hamed Mohamed al Ghazali (1058-1111), de Tus dans le Khorasan, était un théologien et un mystique exceptionnels. Parmi ses nombreuses œuvres, les plus souvent lues sont Ehya 'olum ed-din, un traité arabe sur la foi et des morales, et le Kimiya-ye sa'adat, une version persane raccourcie et quelque peu différente; Tahafut al-Falasifa, sur les contradictions des philosophes (c.-à-d. métaphysiciens); et al-Monqedh men od-dalal, une autobiographie spirituelle (traduit par W. Montgomery Watt, The faith and practice of al Ghazali, Londres 1953). Bien que Ghazali ait été un Sunnite, ses oeuvres sont lues et respectées par beaucoup de Chiites.

  52. Voir note 20.

  53. voir note 6.

  54. L'action du Prophète a probablement créé un précédent dans l'importance donnée au rôle de l'honneur (khel'a) par des règles musulmanes des abbasides et des dynasties suivantes, bien que cette pratique existait depuis longtemps au Proche Orient avant l'Islam. Une autre poésie célèbre s'appelle également l'Ode du manteau. C'est un poème religieux d'un Egyptien, Sharaf od-Din ol-Busiri (1212-1296), qui l'écrivit après avoir été guéri de sa paralysie par un rêve dans lequel le Prophète jeta son manteau sur lui.

  55. Ali Dashti traduit cette phrase par "Ne montrez pas que vous attendez la préparation du repas," après avoir probablement lu ena (pot). A. J. Arberry's le traduit par "Sans surveiller l'heure" (ana, durée).

  56. Le mot arabe hejab signifie à la base "ce qui couvre" dans le contexte probablement "rideau"; ultérieurement sa signification devint "voile".

  57. Selon des traditions musulmanes, Ad est le nom d'une ancienne nation, et Eram est le nom de sa cité, ou selon une opinion moins commune, de sa tribu dirigeante. Les peuples de Ad [spumed] le Prophète Hud que Dieu leur avait envoyé, ils en ont été punis d'une inondation et puis d'une période de sécheresse qui les ont détruits.

  58. Thamud est le nom d'une ancienne nation dont l'existence est attestée dans les sources romaines. Ils étaient apparentés aux Nabatéens de Petra et ont laissé quelques inscriptions dans une langue et une écriture semblables au Sémitique. Après la conquête romaine de Petra, leur ville al-Heir (aujourd'hui Mada'en Saleh) au nord du Hedjaz resta quelque temps un centre de commerce. Parmi les vestiges Thamudites à Mada'en Saleh et al-Ola il y a des monuments taillés dans la roche, semblables à ceux de Petra en plus petits. D'après les traditions musulmanes, Thamud a été punie d'avoir défié le Prophète Saleh par sa destruction dans un tremblement de terre ou la foudre.

  59. La signification habituelle de l'arabe watad (pluriel awlad) est "piquet", en particulier "piquet de tente". Aucune explication satisfaisante à "propriétaire des piquets" n'a été trouvée par les commentateurs traditionnels ou les savants modernes.

  60. Voir la traduction de A. Guillaume's de Ibn Ishâq's Life of Muhammad, Oxford 1955, p. 651. "Prisonniers" est la traduction d'Ali Dashti et de A. Guillaume's du mot arabe 'awan, qui signifie littéralement "intermédiaire" et dans ce contexte probablement "intermédiaire entre libre et non libre"; dans la sourate 2:63, il signifie "intermédiaire entre jeune et vieux". Une autre suggestion est que le mot peut être le pluriel de 'aniya, signifiant "affligé d'infirmités".

  61. Mahmud ben Omar oz-Zamakhshari (1075-1144), de Khwarezm, a laissé les travaux importants comprenant un commentaire du Coran en arabe intitulé Al-Kashshaf, un traité sur la grammaire arabe, et un lexique Arabe - Persan.  Il adhéra à l'école de la pensée islamique Mutazilite, croyant dans le libre arbitre humain et la création du Coran.

  62. Abdullah ben Omar al-Baydawi, de Fars, écrivit un commentaire du Coran en arabe, qui est encore beaucoup utilisé par les musulmans sunnites, et d'autres œuvres en arabe et persan.  Son commentaire du Coran, intitulé Anwar or-Tanzi consiste en des ajouts au Kashshaf de Zamakhshari expurgé des interprétations Mutazilites.

  63. Ahmad ben Hanbal (780-855) de Bagdad est l'auteur d'al-Mosnad, une compilation de Hadiths achevée par son fils Abdullah, et fondateur de l'école de théologie et loi islamiques sunnite, littéraliste et anthropomorphique, connue sous le nom d'école Hanbalite. Il a souffert de coups et d'un long emprisonnement pour son rejet de la théologie mutazilite, qui fut ensuite favorisée par le califat Abbaside. Ahmad ben Taymiya (1222-1328) de Damas rétablit l'école Hanbalite et écrivit les livres qui plus tard influencèrent le mouvement Wahhabite en Arabie.

  64. Mohamed ben Sa'd (~784-845) de Bassora a compilé Keuib ot Tabaqat, qui donne des biographies de Mohamed, de ses compagnons, et de 4250 transmetteurs de Hadiths.

  65. Le terme arabe pour mariage provisoire est mot'a, qui signifie littéralement "plaisir" ou "usufruit"; il a la même racine que le mot "vous prenez plaisir" ou "vous avez l'usufruit de" dans la sourate 4, verset 28.

  66. La période d'attente ('edda) est la période pendant laquelle une veuve ou une femme divorcée n'a pas le droit de se remarier parce qu'elle peut s'avérer enceinte de son ancien mari. Dans la loi islamique, la période d'attente est de 4 mois et 10 jours pour une veuve, 3 mois pour une épouse divorcée, 2 mois pour une esclave concubine veuve, et 1 ½ mois pour une esclave concubine divorcée.

  67. Mohamed ot- Termedhi (mort en 892), de Termedh, une ville de l'Oxus, a compilé al-Jame, une des six collections de Hadiths tenues en grande estime par les musulmans sunnites

  68. See p. xxx

  69. Zaynab était mariée à Abu'I-As, un fils de la sœur de Khadija's : Roqayya à Otba, un fils d'Abu Lahab; Omm Kolthum à Otayba, un autre fils d'Abu Lahab; et Fatema à Ali ben Abi Taleb. Après le [stan] de la prédication de l'Islam, Abu Lahab força ses fils à divorcer les filles de Mohamed. Plus tard Roqayya se maria à Othman ben 'MIan, et après sa mort Omm Kolthum se maria au même Othman ben 'MIan.

  70. H. Reckendorf la nomme Qayla (Encyclopaedia of Islam, 2ème édition, Leiden 1960, volume I, page 697, article al-Ash'ath); W. M. Watt la nomme Qotayla (Muhammad at Madina, Oxford 1956, page 397 ). Les deux disent qu'elle était fiancée à Mohamed, qui est mort avant qu'elle atteigne Médine.

  71. L'Egypte a été envahi par des troupes du Roi iranien Chosroes II Parviz en 616 et resta sous occupation iranienne jusqu'en 628. Mariya est probablement arrivée à Médine avant 628.

  72. Un fils de l'oncle du Prophète (al-)Abbas et un ancêtre de la dynastie califale abbaside. Généralement connu comme Ibn Abbas, il est la source réputée de nombreux Hadiths. Il est mort ~687.

  73. Un fils du deuxième calife Omar ben al-Khattab. Il combattit dans beaucoup de campagnes, mais refusa la haute fonction. Il est connu comme un transmetteur soigneux et précis de Hadiths. Il est mort en 693.

  74. Voir note 43.

  75. Voir note 1.

  76. Zayd avait un fils, Osama, d'un précédent mariage. Après avoir divorcé de Zaynab en 626, il contracta d'autres mariages et eut d'autres d'enfants. Il mena plusieurs incursions musulmanes et fut nommé par le Prophète au commandement de la première campagne en Syrie; à cette campagne il fut tué à la bataille de Mo'ta (près de Ma'an dans ce qui est maintenant la Transjordanie) en 629. Osama, malgré sa jeunesse, reçu le commandement d'une autre expédition en Syrie en 632.

  77. Le texte d'Ali Dashti donne Maqatel/Moqatel. Zamakhshari, dans son commentaire al-Kashshaf (voir la note 61 ci-dessus) auquel Ali Dashti s'est référé, attribue le rapport à un homme appelé Moqatel ben Solayman. (Information fournie gracieusement par Dr. Paul Sprachman de l'université de Chicago).

  78. Mahmud Shabestari de Tabriz, mort ~ 1320, auteur de Golshan-e Raz, un court exposé en vers du soufisme traduit par E. Whinfield, The Rose Garden of Mystery,London 1880.

  79. Dans la sourate 1 l'invocation (au nom de Dieu, du Compatissant, du Miséricordieux) est numérotée dans un verset séparé, mais dans d'autres sourates il ne l'est pas. Le reste de la sourate 1 se compose de six courts versets.

  80. La signification du mot marhani, traduite ci-dessus par "répétitions", est obscure. Il apparaît dans deux versets du Coran, les sourates 15:87 et 39:24. Une théorie est qu'il signifie des versets ou des passages qui ont été descendus deux fois; une autre est qu'il signifie des versets qui doivent être répétés dans la prière; une autre est qu'il signifie éloges.

  81. Amr ben al-As, un qorayshite, fut le conquérant et le premier gouverneur d'Egypte. Abu Musa al-Ash'ari, un natif du Yaman, fut le gouverneur de Bassora et le conquérant du Khuzestân. A la bataille de Seffin en 657 entre les armées d'Ali et de Mo'awiya, Amr proposa un arbitrage. Mo'awiya choisit Amr, et Ali choisit Abu Musa, comme arbitres. Quand ils se réunirent à Adhruh (près de Petra) l'année suivante, Amr persuada Abu Musa de déclarer qu'Ali et Mo'awiya étaient inéligibles, puis lui-même déclara que seul Ali était inéligible.

  82. Par exemple : la sourate 4:14, abrogeant la sourate 2:241, sur les droits d'héritage des veuves; la sourate 24:2, abrogeant la sourate 4:19, sur la punition de l'adultère des femmes; la sourate 5:92, abrogeant la sourate 2: 216, sur la consommation des intoxicants.

  83. Le Kharijites désapprouvèrent l'accord d'Ali pour un arbitrage des réclamations pour le califat et firent sécession de son camp en 657. Ils croyaient que l'homme musulman le plus pieux, même un esclave noir, devait être l'Emam (c.-à-d. la tête de la communauté musulmane), et qu'un musulman qui commet un péché important cesse d'être musulman et doit être puni en ce monde. De petites communautés de Kharijites existent toujours en Oman et en Algérie.

  84. le Morjeites croyaient que le sincérité de la foi d'un musulman peut n'être jugé que par Dieu et que la punition des pécheurs musulmans doit être remise à plus tard jusqu'au Jour du Jugement, c.-à-d. laissée au jugement de Dieu. Ils recommandaient l'obéissance au califat omeyyade car, quoique pécheur, il était le régime établi.

  85. Les Mutazilites croyaient que Dieu est nécessairement juste, que les humains ont leur libre arbitre, et que le Coran a été créé (c.-à-d. par Dieu durant la vie de Mohamed). Les califes abbassides Ma'mun (813-833), Mo'tasem (833-842), et Watheq (842-847) maintirent une inquisition afin d'éliminer des juges et des fonctionnaires anti-mutazilites. Le plus grand et dernier auteur mutazilite fut Zamakhshari (mort en 1143).

  86. Les Ascharites étaient des disciples du théologien sunnite Abu'l-Hasan Ali al-Ash'ari (mort en 935), qui se détacha des mutazilites. Ils rejetaient le libre arbitre humain et la causalité scientifique, et croyaient en la prédestination et la création continue.

  87. Batenite étaient un terme employé de manière dépréciative par les auteurs orthodoxes pour qualifier ceux qui cherchaient (baten) des significations intérieures dans les textes coraniques et dans les lois et rites islamiques. Quoique applicable aux soufis (mystiques), le terme était généralement réservé aux divers groupes chiites ismaéliens, tels que les Qarmates de l'Arabie orientale au 10ème siècle; la dynastie fatimide d'Egypte (969-1171); les Ekhwin os-Saia (Frères de la Pureté), un groupe néo platonicien musulman dits avoir été basés Bassora au 10ème siècle qui laissèrent une collection de 52 épîtres; et les ismaéliens Nézaris d'Alamut (1090-1256).

  88. Le deuxième calife Omar fut poignardé le 26 Dhu'Hejja 23/3 novembre 644 par Abu Lo'lo'a Firuz, un esclave iranien décrit dans quelques sources comme chrétien. Les heures précédant sa mort il nomma le comité qui choisit Uthman pour lui succéder.

  89. Un premier converti, célèbre pour son ascétisme, sa critique des riches et comme transmetteur de Hadiths. Il fut expulsé de Syrie par Mo'awiya durant le règne d'Uthman et mourut en 652. Abu Dharr al-Ghelari, al-Meqdad ben Amr, et Salman ol-Farsi sont indiqués comme les premiers chiites

  90. Un premier converti qui combattit dans les guerres du Prophète. Il fut nommé gouverneur de Kufa par Omar et participa à la conquête du Khuzestan.  Il fut écarté par Othman. Il combattit pour Ali dans la bataille du chameau et à Seffin où il fut tué en 657.

  91. Une anthologie de chansons et de poésies arabes de la période préislamique à Ebrahim al-Mowseli, le musicien de cour du calife abbaside Harun or-Rashid (186-209). Son compilateur Abu al Faraj Ali al- sfahani (897-967) était un Arabe de descendance omeyyade qui vécut à Esfahan.

  92. Chosroes en arabe, le nom d'un roi iranien mythique et de deux rois sassanides, Chosroes I Anusharvan (531-579) and Chosroes II Parviz (591-628).

  93. Abdullah ben Qotayba (828-889), d'origine iranienne, tenait des postes officiels principalement à Bagdad où il mourut. Il fut l'auteur de Oyun ol-akhbtir, une collection d'anecdotes édifiantes, et d'une anthologie poétique, un traité sur le secrétariat, et beaucoup d'autres d'œuvres en arabe.

  94. Tâhâ Husayn (1889-1973) devint aveugle alors qu'il était jeune enfant. Après une formation à une école coranique et l'université théologique de Al Azhar au Caire, il étudia en France et obtint un doctorat de l'Université de Paris en 1919 pour sa thèse La philosophie sociale d'lbn Khaldoun. Ses études savantes sur la poésie arabe préislamique (Fi'sh-she'r el-jaheli, le Caire 1926) et la vie de Mohamed (Ala luimesh es-sira, 2 volumes, Le Caire 1933 et 1938) ont été controversées mais restent des œuvres de valeur. Il représentait la tendance libérale dans le nationalisme égyptien. Dans son livre le Futur de la Culture en Egypte (Mostaqbal oth-theqafafi Mesr, Le Caire 1938) il appelait à une coopération avec d'autres pays méditerranéens. Il fut ministre de l'éducation de janvier 1950 à janvier 1952. On se rappelle surtout de son récit de sa vie à l'école coranique et à al Azhar, al-Ayyâm (2 volumes, Le Caire 1929 et 1939. Volume I, traduit par E. H. Paxton, An Egyptian childhood, London 1932; volume II, traduit par H. Wayment, The Stream of Days, Londres 1948).

  95. Voir note 89 ci-dessus.

  96. Abu Obayda ben Abdullah ben al-Jarrah fut un des premiers convertis qui émigrèrent temporairement en Abyssinie et un des dix compagnons à qui le paradis a été promis. Comme gouverneur de Syrie de 636 à sa mort de la peste en 639, il conquit Homs, Alep, et Antioche.

  97. Suivant d'autres rapports, Sa'd b. Obada mourut quatre or cinq ans après.

  98. Abu Ali Mohamed ben Mohamed Bal'ami (d. 363/974), le vazir de deux amirs de Simanid d'ol-Malek I de Bokhara, d'Abd et de Mansur I, les annales de Tabari traduit dans le Persan à la demande des laner.  Le travail est le monument imponant le plus ancien de la nouvelle prose persane.  Il est abrégé d'original arabe de Tabari et complété avec un certain matériel additionnel, principalement sur les sujets iraniens

  99. Ammar ben Yaser et al-Meqdad ben Amr furent des premiers convertis et compagnons du Prophète et les plus importants partisans d'Ali. Ammar, dont la mère était une esclave que possédait un membre du clan qorayshite Makhzum, devint gouverneur de Kufa sous le règne d'Omar et participa à la conquête du Khuzestân; il fut tué en combattant pour Ali à la bataille de Seffin en 657. On considère que Ammar, Meqdad, Abu Dharr al-Ghefari, and Salman sont les premiers chiites

  100. Voir page xxx

  101. Behar al-Anwar est une immense compilation de Hadiths en arabe, s'étalant sur 102 volumes. Mohamed Baqer Majlesi a également écrit des livres plus populaires en Persan, dont des biographies du Prophète et des douze Emims. Sa persécution des sunnites, des soufis, des juifs, et des zoroastriens iraniens fut une des causes de l'affaiblissement de la monarchie safavide, qui fut renversée par des rebelles afghans sunnites en 1722.

  102. Voir note 3

  103. A livre persan de Mohamed Baqer Majlesi.

  104. Un exposé du soufisme par Shaykh Najm od-Din Daya (mort en 1256). Mersad al ebad contient une des premières mentions d'Omar Khayyam, qui y est dénoncé en tant qu'un philosophe et athée.

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